• Les transformations de l'économie mondiale offrent des opportunités historiques
  • L'Afrique doit s'unir pour négocier avec les "anciennes" et les "nouvelles" puissances

L'Afrique a connu une décennie exceptionnelle de transformations économiques. Le continent entier fourmille d'activité, avec de nouveaux investissements et de nouvelles infrastructures, des villes aux aéroports en passant par les raffineries. Les nouveaux lions africains entrent sur la scène mondiale.

Auparavant, on évoquait les besoins de l'Afrique en dollars. Aujourd'hui, les dirigeants voient affluer les devises des puissances économiques émergentes - le yuan chinois, la roupie indienne, le réal brésilien, le won coréen et la lire turque – attirées par une croissance soutenue, qui a permis au continent de traverser la crise mondiale de 2008-09.

Cette décennie historique a ouvert une ère pleine de promesses. Les échanges entre l'Afrique et ses nouveaux partenaires représentent aujourd'hui 673.4 milliards de dollars américains (USD) par an. Cette année, les Perspectives économiques en Afrique analysent l'explosion des relations du continent avec ses "partenaires émergents", qui jouent un rôle clé dans la prise de décisions économiques, aux côtés des "partenaires traditionnels" européens et nord-américains. Cette étude cherche également à déterminer ce que sera l'avenir.

S'appuyant sur des travaux déterminants relatifs à l'Afrique et aux relations Sud-Sud1, ce rapport met en lumière l'expansion des partenariats sur le continent après que la crise de 2008-09 a déplacé de manière spectaculaire le centre de gravité économique mondial, au détriment des pays de l'OCDE et au profit de l'Est et du Sud. L'Afrique tire les bénéfices des investissements, des échanges et de l'aide, mais aussi des avantages macro-économiques, politiques et stratégiques de l'émergence de nouvelles puissances.

Le chapitre thématique des Perspectives économiques en Afrique éclaire d'un nouveau jour la diversité des relations de l'Afrique, en pleine évolution. Si la Chine occupe le devant de la scène, d'autres pays émergents, pris ensemble, représentent une part plus importante des transactions. Les cinq principaux partenaires émergents du continent sont, par ordre d'importance, la Chine, l'Inde, le Brésil, la Corée et la Turquie.

La part de l'Europe et de l'Amérique du Nord a rapidement diminué, mais ces régions concentrent encore plus de la moitié des échanges et des investissements étrangers, et leur bonne santé économique demeure vitale pour la croissance de l'Afrique. Néanmoins, ce rééquilibrage des relations vient clore 50 années d'une dépendance excessive envers l'Occident, période que certains qualifient de postcoloniale. Les liens avec ces partenaires traditionnels sont appelés à subir de profondes modifications.

Les analystes émettent un jugement positif, mais prudent, sur l'impact des partenaires émergents sur le développement de l'Afrique. Les perspectives sont bonnes pour ce qui concerne les transferts de technologie et l'accès à la finance. Rien n'indique de manière tangible que ces nouveaux acteurs limitent l'industrialisation du continent, la soutenabilité de sa dette ou l'amélioration de la gouvernance, mais l'Afrique a besoin d'une stratégie d'engagement claire, et toutes les parties doivent faire preuve de davantage de transparence.

Pour maximiser l'impact positif du développement de ces nouveaux partenariats, les nations africaines peuvent tirer les enseignements de leurs relations avec leurs partenaires traditionnels et de l'expérience réussie des puissances économiques émergentes. La vision à long terme et l'appropriation permettront de transformer les opportunités internationales en une croissance soutenue et partagée. L'indépendance économique à laquelle les pays d'Afrique accèdent pourra se pérenniser s'ils définissent eux-mêmes leurs politiques de développement et qu'ils les coordonnent au niveau régional et continental pour mieux négocier avec les partenaires traditionnels et émergents.

Définition des "partenaires émergents" de l'Afrique

Certains se sont opposés à ce que les économies comme l'Inde ou la Chine soient qualifiées de "nouveaux partenaires", dans la mesure où leurs relations avec l'Afrique sont anciennes (Kragelund, à paraître).

La notion de "partenaire émergent" telle qu'elle est utilisée ici, tente d'exprimer deux caractéristiques :

  1. dans un contexte mondial, ils sont considérés comme des pays "émergents" ;
  2. leurs relations avec l'Afrique restaient marginales jusqu'à ces dix dernières années, mais sont en forte progression et devraient continuer de croître.

Dans cette étude, les "partenaires émergents" sont des partenaires économiques de pays d'Afrique qui n'appartenaient pas au club traditionnel des "donnateurs", au Comité d'aide au développement de l'OCDE (CAD), au début du millénaire. La Corée est la seule nation à avoir rejoint le comité depuis, en 2010. Elle a ainsi adopté les normes du CAD dans ses politiques et ses pratiques, et manifesté son intention d'en respecter les principes et les lignes directrices (*).

Il va de soi que cette catégorie rassemble des partenaires dont le niveau d'engagement avec les pays africains est très hétérogène. L'un des apports de ce texte est d'analyser et de tirer des conclusions de cette hétérogénéité, du point de vue des politiques publiques.

Ce chapitre montre également que toute typologie des relations économiques internationales de l'Afrique ne peut être que provisoire, compte tenu du rythme de leur évolution, tant dans leur nature que leur magnitude.

(*) En date de mars 2011, les 24 membres du CAD sont l'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, la Commission européenne, la Corée, le Danemark, l'Espagne, les États-Unis, la Finlande, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, le Japon, le Luxembourg, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse. Dix des membres de l'OCDE ne sont pas membres du CAD : le Chili, l'Estonie, la Hongrie, l'Islande, Israël, le Mexique, la Pologne, la République slovaque, la République tchèque, la Slovénie et la Turquie. cf. oecd.org/dac.

Haut