Le rôle des donneurs
Au lendemain des indépendances, les agences d’aide multilatérales et bilatérales ont abondamment appuyé le DCTP en Afrique car elles voyaient dans la formation un facteur de modernisation des sociétés africaines.
Entre 1964 et 1969, le DCTP arrivait en deuxièmeposition dans les prêts de la Banque mondiale àl’éducation, à pratiquement 20 pour cent du montanttotal. À la fin des années 1970, la part du DCTP dansles prêts de la Banque mondiale à l’éducation a étéramenée à 10 pour cent et elle n’a cessé de se réduireensuite, au niveau de 6 pour cent entre 1993 et 1998.Le brusque désengagement des agences multilatéralesvis-à-vis du DCTP observé tout au long des années 1990est largement attribué aux effets de la Conférencemondiale sur l’éducation pour tous (5-9 mars 1990)qui a conduit les donneurs bilatéraux et multilatérauxà privilégier l’enseignement primaire universel audétriment, en partie, de la formation initiale des jeuneset de la formation continue des adultes.
La figure 11 fait apparaître les profondes fluctuationsdes engagements des donneurs bilatéraux etmultilatéraux entre 1995 et 2006. On observe aussi unetendance à la reprise chez les donneurs bilatéraux maisnon chez les donneurs multilatéraux (dont lesengagements semblent tourner autour de50 millions USD par an en moyenne). Certaines années,les fluctuations s’annulent. D’après les dernières donnéesCAD/OCDE disponibles, le ralentissement des années2004 et 2005 serait en train de s’inverser puisqu’en2006 les engagements totaux ont augmenté de 80 pour cent par rapport à la moyenne des deux annéesprécédentes, pour atteindre plus de 180 millions USD.Reste à savoir si cette augmentation va se poursuivre àcourt terme ou si l’APD en faveur de la formationprofessionnelle restera aussi irrégulière que pendantces 15 dernières années.
Récemment, les donneurs ont pris conscience queles objectifs de l’éducation en général ne pourront pasêtre réalisés en se concentrant uniquement sur eux– d’où l’augmentation des engagements bilatéraux etmultilatéraux d’APD en faveur de la formationprofessionnelle en Afrique. En fait, ces objectifs ontplutôt besoin d’être redéfinis et intégrés dans des projetsde développement sectoriels et intersectoriels plusglobaux. Cette approche holistique a les faveurs de laCEA (dans son rapport de 2005), du Projet duMillénaire (2005) et des politiques de la Banquemondiale pour l’enseignement secondaire et supérieuret le développement des compétences.
La figure 12 propose une ventilation par soussecteursdu financement de l’éducation, qui met enévidence l’importance croissante de l’enseignementprimaire dans les engagements des donneurs, audétriment des autres catégories. Plus précisément, la partdes engagements d’APD des donneurs bilatéraux enfaveur de l’enseignement primaire africain a augmenté entre 1995, 2000 et 2006, passant de respectivement11 à 27 puis à 34 pour cent. Une tendance identiquetouche les engagements des donneurs multilatéraux, quisont passés sur la même période de 9 à 20 puis à 25 pourcent. La part de la formation professionnelle dans lesengagements bilatéraux est restée inchangée, autourde 3 à 4 pour cent tout au long de la période. En cequi concerne les donneurs multilatéraux, cette part n’aaugmenté que de manière marginale, de 8 pour centen 1995 à 10 pour cent en 2006 après un repli à 3 pourcent seulement en 2000.
La part régionale de l’Afrique dans l’APD bilatéraletotale en faveur de la formation professionnelle aaugmenté entre 1995 et 2006, de 21 à 33 pour cent,après avoir atteint des sommets en 2003, à 54 pour cent.En ce qui concerne les engagements des donneursmultilatéraux, la fluctuation a été encore plus marquée :alors que la part de la formation professionnelle a plusque doublé entre 1995 et 2006, passant de 22 à 48 pourcent, elle est en fait retombée par rapport aux taux de1997 et 2001, de respectivement 78 et 81 pour cent.En 1995, la Banque mondiale et l’UE étaient deloin les premiers donneurs de la formationprofessionnelle, en termes d’engagements. Sur les19.8 millions USD accordés alors (aux prix constantsde 2005) par les donneurs bilatéraux, un tiers était lefait de la France, suivie par les Pays-Bas (25 pour cent).La Belgique (15 pour cent), la Suisse (12 pour cent) etle Danemark (7 pour cent) comptaient aussi pourbeaucoup.
En 2006, la situation a radicalement changé : lesengagements d’APD bilatérale en faveur de la formationprofessionnelle en Afrique sont dominés depuis 1999par l’Allemagne, qui se classe alternativement endeuxième et en première (depuis 2004) position parmiles donneurs et dont les engagements pour 2006 – de48.4 millions USD – sont supérieurs à la fois à ceuxde la BAfD (43 millions) et à ceux de l’UE(36.6 millions). En pourcentage des engagementsd’APD bilatérale pour 2006 (44 pour cent des109 millions USD), l’Allemagne arrive aussi loin devantles autres grands donneurs bilatéraux que sont l’Espagne(11 pour cent), la France (10 pour cent), le Luxembourget les Pays-Bas (7 pour cent chacun), et le Japon et laBelgique (5 pour cent chacun). Ces sept donneursmembres du CAD/OCDE ont assuré ensemble 89 pourcent des engagements d’APD bilatérale en faveur de laformation professionnelle en Afrique.
De même en 2006, deux tiers des engagementstotaux d’APD en faveur de la formation professionnellesont allés à dix bénéficiaires, l’Ouganda (14.15 pourcent) et le Mozambique (11.62 pour cent) se taillantla part du lion en captant chacun plus de 11 pour centdes engagements. Les huit autres grands bénéficiairessont l’Égypte (9.92 pour cent), l’Afrique du Sud (9.89),le Sénégal (9.22), la Mauritanie (7.99), l’Algérie (4.46),le Maroc (3.22), le Burkina Faso (2.85) et l’Éthiopie(2.53). Ensemble, ces dix pays ont reçu 66 pour centdes 109 millions USD d’APD bilatérale destinée àl’enseignement professionnel.
Cette situation contraste profondément avec cellede 1995, où les engagements totaux d’APD bilatérale(19.8 millions USD) étaient encore plus concentrés surles dix premiers bénéficiaires, qui captaient à eux seulsplus de 86 pour cent de ces fonds. Les classementsrespectifs des pays ont eux aussi beaucoup évolué : en1995, la Côte d’Ivoire arrivait en tête, avec 23.60 pourcent, devant le Zimbabwe (13.65), le Tchad (10.10),l’Érythrée (9.54), le Togo (6.69), l’Afrique du Sud(6.67), le Mozambique (4.77), le Kenya (4.30), l’Angola(3.57) et le Rwanda (2.69).
Aujourd’hui, l’appui des donneurs au DCTP estdans une majorité de pays acheminé via les approchessectorielles (SWAP), qui permettent une approcheintégrée et intersectorielle de l’éducation. La SWAPrepose sur quatre éléments : un document d’orientationsectoriel, un cadre stratégique global, un cadre sectorielde dépenses à moyen terme et un budget annuel.L’adoption d’une approche de ce type, axée sur lesrésultats, est indispensable pour éviter les phénomènesde doublon et de saupoudrage de l’aide. Mais il fautencore développer les capacités des pays bénéficiairesen regroupant notamment les processus de planificationdes différents ministères sous une seule tutelleinstitutionnelle et leur permettre d’acquérir, ce faisant,un pouvoir accru de négociation avec les donneurs.
De gros efforts devront également être consentis pouraméliorer la coordination entre donneurs et éviter lemaintien de projets isolés et parallèles menés encollaboration avec différents ministères.
L’expérience a mis en évidence les raisons de lafaible durée de vie des projets des donneurs : absencede stratégie pour un financement pérenne ; absenced’ancrage dans le contexte local ; et implicationinsuffisante des communautés locales. Aussi les donneursdevront-ils s’efforcer de mieux aligner leur aide sur lespriorités locales et nationales et de réorienter leursmoyens humains et financiers vers l’acquisition decompétences dans le secteur informel, trop souventoublié malgré son importance pour la lutte contre lapauvreté et le développement du continent.
Pour renforcer la coordination et l’harmonisation,les donneurs et les autorités nationales doivent pouvoirpiloter, évaluer et diffuser leurs recherches et lespropositions des consultants relatives à ce secteur crucialmais complexe. Ils disposent déjà d’un outil avec leGroupe de travail pour la coopération internationaleen matière de développement des compétencesprofessionnelles et techniques – un réseau informelcréé en 1996 pour favoriser le partage des connaissances.
Il réunit des agences de donneurs de fonds bilatéraleset multilatérales ainsi que des organisationsinternationales apportant une assistance au DCTP. LaDirection du développement et de la coopération(DDC – Suisse), le Bureau international du travail(BIT) et le Réseau d’étude et de recherche sur lespolitiques d’éducation et de formation (NORRAG)composent son secrétariat.Un autre groupe internationald’experts en formation professionnelle – le Gefop – aété mis sur pied en 2005 par l’AFD, afin d’améliorerla documentation disponible sur la question62. Lapremière conférence du Gefop, en novembre 2007 àParis, avait retenu trois thèmes jugés stratégiques à lafois pour les politiques nationales et pour lesinterventions des donneurs : la formation professionnelleen secteur informel ; la formation professionnelle enmilieu rural ; et le financement et la régulation duDCTP. La problématique de l’insertion professionnelledes jeunes sur le marché du travail a par ailleurs soustendutous les travaux de cette conférence.
Ces initiatives sont autant de forums pour exploiterles leçons de politiques tirées de l’expérience desdonneurs et des praticiens, en mettant en évidence lesapproches réussies et novatrices déployées par des projetssoutenus par les donneurs qui ont su s’aligner sur lesinitiatives nationales et s’intégrer dans le contexte localparticulier.



