Le rapport du directeur général de l’OIT concernantL’Agenda du travail décent en Afrique (2007-15), présentéà l’occasion de la onzième réunion régionale africaine,à Addis-Abeba (avril 2007), a identifié les raisons des

pressions migratoires grandissantes dans de nombreuxpays africains : absence de travail décent, mais aussiélargissement du fossé entre le nombre d’emplois créés,le poucentage de population active, et le nombrecroissant des demandeurs d’emploi arrivant sur lesmarchés du travail.

Les pays africains et les pays de l’OCDE sontextrêmement préoccupés par l’importance des tauxd’émigration en direction des seconds parmi lescatégories de population très qualifiées – médecins,infirmiers, enseignants ou ingénieurs. Faut-il aussis’alarmer de l’émigration des personnes ayant descompétences techniques intermédiaires ? Pour le savoir,un examen des schémas de mobilité des Africains, àdifférents niveaux de qualification, s’impose.L’Afrique est-elle en train de perdre une part sensiblede sa main-d’oeuvre qualifiée, vitale pour ledéveloppement national ? Une étude récente del’OCDE65 montre tout d’abord que l’Afrique – priseglobalement – n’est pas une source d’immigrationimportante dans les pays Membres, qu’il s’agisse detravailleurs peu ou très qualifiés. En 2000, 8.8 pour centseulement des personnes hautement qualifiées nées àl’étranger et vivant dans les pays de l’OCDE étaientoriginaires d’Afrique – et 9.6 pour cent des personnespeu qualifiées. Parmi ces émigrés africains, 49 pourcent des plus qualifiés étaient originaires des pays àrevenu intermédiaire d’Afrique du Nord et d’Afriqueaustrale. Par comparaison, 50 pour cent des personnesnées à l’étranger et vivant dans les pays de l’OCDE sontnatives d’autres pays de l’OCDE. On voit par là queni l’Afrique en général, ni les pays africains, à faiblerevenu en particulier, ne sont très représentés dans lespopulations immigrées vivant dans les pays de l’OCDE.

Si l’on se place du point de vue des pays africains,la réponse est plus complexe. Comme le vivier depersonnes très qualifiées est relativement limité dansla plupart des pays, même une émigration modérée ennombre peut paraître énorme en termes relatifs. Ainsi,si l’on définit la « fuite des cerveaux » comme la partde ressortissants d’un pays donné émigrant dans lespays de l’OCDE avec un niveau supérieur d’éducation,21 des 40 pays les plus concernés au monde par ceproblème sont africains. Dans certains cas, plus de lamoitié des diplômés du supérieur ont quitté leur payspour vivre dans un pays de l’OCDE. On peut aussicomparer le nombre de ces émigrants hautementqualifiés émigrant d’un pays africain vers un pays del’OCDE au nombre total des ressortissants du mêmepays africain émigrant vers un pays de l’OCDE. Pourla plupart des pays d’Afrique subsaharienne, le rapportest supérieur au tiers, et pour beaucoup il tourne autourdes 50 pour cent (Afrique du Sud, Lesotho, Namibie,Nigeria, Zambie et Zimbabwe). On voit ainsi que lacomposition des flux migratoires en termes decompétences n’est pas du tout représentative descompétences moyennes de la main-d’oeuvre de ces pays.

Cette fuite des cerveaux est-elle dommageable pourles pays africains ? La question est loin d’être tranchée.La perte de ressortissants qualifiés – notamment dansles pays les plus pauvres et dans les secteurs prioritairescomme la santé et l’éducation – revient certainementtrès cher à ces pays. Mais tout n’est pas négatif. Laperspective de l’émigration peut inciter davantage degens à poursuivre leur éducation et leur formation etsi, finalement, certains d’entre eux renoncent à émigrer,alors leurs pays d’origine en retireront un avantageéconomique. En outre, l’émigration est l’occasiond’approfondir son expérience et de renforcer sescompétences – ce qui aura un impact positif pour lepays d’origine par le biais des envois de fonds auxfamilles, des investissements, des réseaux de la diaspora,de la migration circulaire et, finalement, lors du retourdu migrant.

Parallèlement, l’impact négatif de l’émigration detravailleurs qualifiés n’est pas aussi prononcé que prévu.Prenons le cas de ces pays d’Afrique subsaharienne quisont confrontés à une émigration inquiétante de leurpersonnel infirmier vers les pays de l’OCDE. Il arriveparfois que le secteur des soins de santé de ces pays perdeautant, voire plus, d’infirmiers qui optent pour unautre secteur économique. Dans les deux cas, lesinfirmiers quittent le secteur à cause des mauvaisesconditions de travail et de salaire – l’émigration dupersonnel de santé est en fait davantage un symptômeque la cause des problèmes du secteur.

L’acquisition de compétences « intermédiaires »rendra-t-elle les Africains plus mobiles ? Plusprécisément, si les pouvoirs publics arrivent à formerdavantage de techniciens et de mécaniciens, risquentilsde voir une partie de cet investissement bénéficieraux pays de l’OCDE ? Les données relatives aucomportement des Africains hautement qualifiésmettent en garde contre des généralisations.Mais ellesmontrent quand même que les travailleurs hautementqualifiés ont plus de probabilité d’émigrer vers les paysde l’OCDE que leurs compatriotes moins qualifiés.Pour réduire le coût pour les pays d’origine associé àla perte potentielle de travailleurs de haut niveau et deniveau intermédiaire, les pays de l’OCDE ont fait uneproposition intéressante, qui consiste à opter pour desinstruments flexibles (visas à entrées multiples, permisd’accès au marché du travail) afin d’encourager lesmigrations circulaires. Ces mouvements circulairesdevraient réduire le coût de la fuite des cerveaux enpermettant, voire même en encourageant, uneparticipation accrue des migrants à leur économied’origine. Les déficits de compétences dans certainspays pourraient être résolus en développant des projetspour la réinsertion professionnelle et l’obtention d’unemploi rémunérateur en direction des émigrants qualifiésde retour au pays.

L’acquisition de compétences « intermédiaires »rendra-t-elle les Africains plus mobiles ? Plusprécisément, si les pouvoirs publics arrivent à formerdavantage de techniciens et de mécaniciens, risquentilsde voir une partie de cet investissement bénéficieraux pays de l’OCDE ? Les données relatives aucomportement des Africains hautement qualifiésmettent en garde contre des généralisations.Mais ellesmontrent quand même que les travailleurs hautementqualifiés ont plus de probabilité d’émigrer vers les paysde l’OCDE que leurs compatriotes moins qualifiés.Pour réduire le coût pour les pays d’origine associé àla perte potentielle de travailleurs de haut niveau et deniveau intermédiaire, les pays de l’OCDE ont fait uneproposition intéressante, qui consiste à opter pour desinstruments flexibles (visas à entrées multiples, permisd’accès au marché du travail) afin d’encourager lesmigrations circulaires. Ces mouvements circulairesdevraient réduire le coût de la fuite des cerveaux enpermettant, voire même en encourageant, uneparticipation accrue des migrants à leur économied’origine. Les déficits de compétences dans certainspays pourraient être résolus en développant des projetspour la réinsertion professionnelle et l’obtention d’unemploi rémunérateur en direction des émigrants qualifiésde retour au pays.

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