La guerre piège nombre de jeunes dans le cycleinfernal de la violence – souvent parce qu’ils ne peuventaccéder à l’école ou trouver du travail, plus rarementparce qu’ils ne sont pas suffisamment qualifiés oumotivés pour continuer à apprendre ou pour progresserdans leur parcours professionnel. Le DCTP prend unerésonance particulière dans les pays post-conflit, puisqu’ilpeut faciliter la réinsertion économique et le retour àdes activités durables rémunératrices dont la populationdépend pour vivre. L’élargissement de l’accès aux servicesde base et les améliorations apportées à la qualité deces services dépendent aussi du niveau de compétenceset des capacités institutionnelles de l’administration, auniveau central et local. Dans la pratique pourtant, laplupart des systèmes de formation cessent de fonctionnerpendant un conflit ou au lendemain de ce conflit. Lesagences extérieures sont en général les seules à dispenserune formation mais avec des programmes souvent tropcourts et ne ciblant qu’une partie de la population.Ces programmes, par nature, tendent de plus à être pourla plupart informels.

L’éducation et la formation sont deux composantesvitales pour les programmes de réinsertion et dereconstruction. Elles occupent une part importantedans les travaux de l’Unesco. Pendant un conflit oud’autres formes de crise, l’éducation fait désormaisfigure de 4e pilier de la réponse humanitaire. L’Unescos’est de fait engagée à développer son expérience en lamatière, afin de pouvoir élaborer une stratégied’assistance à ses États membres sortant d’un conflit– elle vise surtout la réinsertion des anciens combattantsdans des programmes de DCTP. Elle oeuvre aux côtésdu Réseau inter-agences d’éducation d’urgence (INEE),des autres agences de l’ONU, des ONG et desorganisations internationales et nationales.

Dans la plupart des pays post-conflit, le DCTPfait partie des programmes (conduits par les Nationsunies) de désarmement, démobilisation et réinsertion(DDR). Il constitue l’essentiel de la formation proposéeet vise surtout les anciens combattants. Aujourd’hui,les programmes DDR font partie intégrante des missionsde maintien de la paix de l’ONU et des plans dereconstruction post-conflit. Le développement descompétences (mais aussi le développement économique)est considéré comme une composante à part entière desprogrammes DDR. La réussite du volet « réinsertion »de ces programmes est indispensable pour espérer unepaix et un développement durables – car la paix et lastabilité restent illusoires tant que les ancienscombattants n’ont pas le sentiment d’avoir d’autressolutions pour gagner leur vie. Au Liberia par exemple,où la guerre a déclenché la crise humanitaire la plus aigüede l’Afrique de l’Ouest pendant pratiquement toute ladécennie 1990 (ce conflit de 14 ans a pris fin en 2003),chassant du pays 850 000 réfugiés et déplaçantquasiment tous les autres habitants au sein même duterritoire, le volet DCTP des programmes DDR a étémis en oeuvre pour l’essentiel par le biais de la campagne« Des armes pour une formation », qui a mis sur piedun site de collecte où les combattants pouvaient échangerleur arme contre un bon de formation. D’après laMinul, qui a piloté le processus DDR, 94 000 des100 000 anciens combattants hommes, femmes etenfants désarmés ont pu accéder à des programmes deréhabilitation et de réinsertion, grâce à cette campagne(financée par le fonds d’affectation spéciale du Pnudpour les programmes DDR, l’USAID, l’UE et l’Unicef).La formation prévoyait souvent des volets de formationaux compétences et/ou de formation professionnelle,en général sous-traités aux ONG locales etinternationales. Cette formation a privilégié les secteurscomme le BTP, l’agriculture et la gestion des entreprises.Les programmes destinés aux femmes portaientnotamment sur la cuisine, les tâches ménagères et lagestion de petites entreprises. La majorité des enfantsdémobilisés optaient aussi pour une formation àvocation professionnelle – dans l’agriculture notamment.Au sud Soudan, où sévit l’un des conflits les pluslongs ayant jamais frappé le continent, la majorité dela population a été privée d’accès à la scolarisation.L’ETFP est y pratiquement inexistant. Les programmesde formation les plus courants portent sur l’acquisitionde compétences pour la vie courante, dispensés àl’échelon des communautés. Vétérinaires sans frontières-Belgique, par exemple, forme des groupes de bergerspour améliorer les soins au bétail. D’autres ONGinterviennent auprès des communautés agricoles pouraugmenter les rendements. Ces programmes s’appuientsur les connaissances locales ou apportent desinnovations dans un domaine déjà connu despopulations.Une autre ONG internationale, CatholicRelief Services (CRS), est à l’origine de la création dela moitié des centres de formation (une vingtaine)actuellement en fonctionnement au sud Soudan. Fautede disposer d’un programme local de formationprofessionnelle, les ONG créent leurs propresprogrammes au niveau des centres ou bien adaptent desprogrammes kenyans ou ougandais. Cette stratégie estcependant fermement condamnée par le ministèresoudanais de l’Éducation, des Sciences et de laTechnologie.

Si la mise en oeuvre des programmes de DCTPvarie d’un pays post-conflit à un autre, certainestendances et problématiques communes peuvent êtreidentifiées. Les programmes formels d’ETFP sontrarement en adéquation avec les demandes du marchédu travail. Dans les économies post-conflit fragiles etdésorganisées, les besoins en main-d’oeuvre qualifiée sonténormes, mais l’emploi salarié reste très limité étantdonné la situation économique du pays. Ce décalageentre la formation et les offres d’emploi est sans doutel’obstacle le plus sérieux aux initiatives actuelles deDCTP dans les pays post-conflit. Au Liberia parexemple, la diversité des programmes de DCTP associésau processus DDR est plus que réduite, la quasi-totalitéd’entre eux concernant les métiers du bâtiment. Cettepriorité, tout à fait louable, a largement échoué àaméliorer le niveau de vie des participants et a souventinondé le marché du travail de qualifications en BTPalors que d’autres restaient sous-représentées. Au sudSoudan, les programmes de formation qui ciblent lescompétences traditionnelles – agriculture, pêche, etc. –ont plus de succès que ceux formant à des métiers telsque charpentier ou maçon, pour lesquels la formationest généralement dispensée dans des centres formels.Le marché du travail au sud Soudan est en effetinsuffisamment développé pour recruter des personnelsayant acquis ce type de qualifications. Dans le nord del’Ouganda, majoritairement rural, l’ETFP formel n’agénéralement pas d’effet sur l’emploi salarié. Pour laplupart des habitants, la solution consiste à se mettreà son compte ou, de manière plus réaliste, à pratiquerune agriculture ou un travail indépendant à petiteéchelle. L’éducation et la formation dispensées danscette région doivent impérativement intégrer cetteréalité.

Globalement, les capacités de formation dans lespays post-conflit ont sérieusement besoin d’être relancées– avec une requalification des cours et le retour d’uncontrôle de qualité – sans pour autant renoncer auxprogrammes souples et pilotés par la demande, quidoivent rapidement impartir aux populations lesqualifications utiles et permettre aux communautés derevivre. À moyen terme, il faudra impérativementconstruire des systèmes nationaux de formation etintroduire des mécanismes adaptés de gouvernance et de financement pour le développement des compétences.

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