• L’économie mauritanienne affiche une croissance significative sur la période 2010-13, tirée essentiellement par les investissements dans le secteur minier, les investissements publics et la bonne performance des industries manufacturières.

  • 2012 s’annonce comme une année de crise alimentaire aiguë, engendrée par un déficit pluviométrique.

  • Le taux de chômage dans le milieu urbain, de 50.8 % pour les jeunes garçons et 69 % pour les jeunes filles, constitue une préoccupation majeure.

Vue d'ensemble

Avec un taux de croissance du PIB, hors pétrole, estimé à 4.3 % en 2011 et une prévision de croissance de 4.7 % en 2012, l’économie mauritanienne aligne pour la troisième année consécutive une croissance positive significative. Cette dynamique est tirée essentiellement par le volume important des investissements dans le secteur minier, notamment l’or, le programme d’investissement public et la bonne performance des industries manufacturières.

Pour ce qui est des finances publiques, la poursuite de la consolidation budgétaire a permis de ramener le solde budgétaire de base, hors pétrole, à 1 % du PIB en 2011. En 2012, il ne devrait être que de 0.8 %, grâce à la bonne performance des services de recettes et à la gestion rigoureuse des dépenses publiques. Par ailleurs, la hausse des cours internationaux des produits de base a entraîné la mise en œuvre d’une politique sociale en faveur des couches pauvres. Elle a, de plus, été contenue grâce à une meilleure réallocation des ressources. Néanmoins, le déficit budgétaire a continué à se dégrader, passant de 1.8 % du PIB en 2010 à 2.1 % en 2011. Il atteindra 3.1 % en 2012, selon les prévisions, en raison de la faible mobilisation des ressources extérieures, en particulier les financements-projets. Enfin, la politique monétaire reste axée sur la maîtrise de l’inflation, qui a été de 5.5 % en moyenne annuelle, contre 6.3 % en 2010. Elle se focalise également sur le redressement du système financier par la recapitalisation des banques.

En 2011, la majorité présidentielle et l’opposition ont su entretenir un dialogue inclusif qui a permis de décrisper la tension politique ayant été à l’origine du report des élections législatives et municipales. Un climat politique serein s’est instauré, avec la création d’une Commission électorale nationale indépendante et la libéralisation du paysage audiovisuel.

Sur le plan social, la Mauritanie a été durement confrontée à la hausse des prix de denrées de première nécessité, conduisant le gouvernement à mettre en place un Programme national de solidarité (PNS). 2012 s’annonce comme une année de crise alimentaire aiguë avec le déficit pluviométrique et une menace réelle sur le cheptel. Il faut, en conséquence, s’attendre à une aggravation de la pauvreté rurale. Au classement de l’indice de développement humain (IDH) 2011, du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le pays se classe au 159e rang sur 187 pays.

L’emploi des jeunes constitue une préoccupation majeure. Le chômage est à la fois urbain et juvénile, avec un taux de chômage dans les villes de plus de 35 %, qui concernait 50.8 % des jeunes garçons et 69 % des jeunes filles de 15 à 24 ans.

Le taux d’activité des individus de 15 à 65 ans s’élève à 52.2 %, contre 59.2 % en 2004. Ce taux cache des disparités importantes selon le sexe (74.6 % pour les hommes et seulement à 34.4 % pour les femmes).

Les autorités sont conscientes du danger de stabilisation que représente la question de l’emploi. C’est pourquoi elles ont créé, en janvier 2005, une Agence nationale pour la promotion de l’emploi des jeunes (Anapej). En novembre 2011, elles ont accentué leurs efforts avec l’appui de l’Union européenne, en lançant un ambitieux projet triennal pour améliorer l’adéquation entre la formation et l’emploi. Ce projet concerne surtout les jeunes en situation d’abandon scolaire. Ce qui n’empêche pas que l’emploi des diplômés de l’enseignement supérieur reste préoccupant.

Figure 1 : Taux de croissance du PIB réel (du Nord)

Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques 2012

 2010201120122013
Taux de croissance du PIB réel5.23.966.4
Taux de croissance du PIB réel par habitant2.81.63.74.2
Inflation IPC6.35.74.96.2
Balance budgétaire % PIB-1.8-1.5-3.6-1.9
Balance courante % PIB-8.7-7.3-18.5-21.1

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par Secteur (en pourcentage du PIB)

 20062011
Agriculture, foresterie, pêche et chasse16.616.2
Agriculture, élevage, sylviculture et pêche--
dont agriculture--
Mines et extraction37.137.1
dont pétrole--
Industries manufacturières3.63.7
Electricité, gaz et eau--
Electricité, eau et assainissement--
Construction6.05.5
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants10.310.3
dont hôtels et restaurants--
Transports, entreposages et communications4.13.7
Transport et stockage, information et communication--
Finance, immobilier et services aux entreprises--
Intermédiation financière, services immobiliers, services aux entreprises et autres services--
Services des administrations publiques9.910.6
Administration publique et défense, sécurité sociale, éducation, santé et travaux sociaux--
Administration publique, éducation, santé--
Administration publique, éducation, santé et autres services sociaux et personnels--
Autres services communautaires, sociaux et personnels--
Autres services12.612.8
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants--

L’essor du secteur minier, associé à la stabilité politique, assure désormais à la Mauritanie une croissance soutenue et régulière. Après un taux de croissance du PIB, hors pétrole, de 5.2 % en 2010, le pays a enregistré à nouveau une croissance estimée à 4.3 % en 2011. Il est prévu à 4.7 % en 2012, malgré la crise de l’économie mondiale et, surtout, la crise alimentaire qui se profile à la suite du déficit pluviométrique et de la baisse de la production agricole de 60 % à 70 % par rapport à 2010.

La dynamique du secteur minier se caractérise par une augmentation significative des volumes de production. C’est ainsi que la production de fer a crû de 8 % en 2011, celle du cuivre de 8.2 % et celle de l’or de 16.5 %. La raison : d’importants volumes d’investissements privés étrangers réalisés dans ce secteur durant la période 2004-08, qui ont atteint près de 1.7 milliard USD. Cependant, il faut relever que la performance de la Société nationale industrielle et minière (Snim), qui est le principal opérateur dans la production du fer, a été moins élevée qu’attendue en 2011, en raison de la faible teneur du site de Guelb I. Toutefois, à moyen terme, les perspectives de production de fer sont bonnes, avec l’entrée prochaine en production du site de Guelb II, sur lequel la Snim a prévu un investissement de plus d’un milliard USD. Une fois achevé, ce projet permettra à la Snim d’accroître sa production annuelle et d’atteindre ainsi ses objectifs. Soit produire 4 millions de tonnes supplémentaires par an. La production de cuivre devrait, quant à elle, augmenter de plus de 30 % en 2012.

Par ailleurs, plusieurs projets nouveaux dans le secteur des industries extractives devraient démarrer au cours de 2012, concernant notamment le quartz (dans les régions de Dhaklet et Inchiri) et le phosphate (dans les régions de Gorgol/Brakna). Ces projets devraient être menés respectivement par la société espagnole Mauritanian Minerals Company (MMC, détenue à 10 % par l’État mauritanien) et la société indienne Bofal. La société canadienne Kinross-Tasiast devrait, elle, réaliser un programme d’investissement dans le secteur de l’or d’un montant de 3.7 milliards USD, sur la période 2012-14.

Enfin de nouvelles dispositions administratives sont venues renforcer le cadre réglementaire du secteur. Parmi elles, l’instauration d’une caution bancaire reversée au Trésor public en cas de non-réalisation des travaux (équivalant au tiers des travaux minimum exigés), et la fixation du délai de démarrage des travaux de recherche à quatre-vingt-dix jours et d’exploitation à vingt-quatre mois. Ces dispositions permettent de limiter la spéculation sur les titres miniers.

Le secteur halieutique, dans lequel la Mauritanie dispose d’immenses ressources, reste prometteur. En 2011, les exportations ont enregistré une hausse de 29.7 % en volume et de 12 % en valeur, s’établissant à plus de 309 millions USD. Cette tendance se poursuit en 2012 avec le renouvellement en cours de l’accord de pêche qui lie le pays à l’Union européenne et de nouvelles conventions de pêche avec la Chine et l’Algérie. Avec un engagement de 100 millions USD d’investissement, la société chinoise Poly-Hondone Pelagic Fishery entend accélérer l’industrialisation du secteur et, surtout, en recourant à la main-d’œuvre locale. Quant à l’Algérie, elle vient de bénéficier récemment de cinq licences de pêche.

De son côté, le secteur rural a été durement touché en 2011. À l’instar des autres pays du Sahel, la Mauritanie a en effet connu cette année un déficit pluviométrique parmi les plus importants de la décennie. La répartition de la pluviométrie en 2011 est similaire à 2002, classée « année de grande sécheresse." Ce déficit s’est traduit par une situation pastorale préoccupante et une forte réduction de la production agricole. Les prévisions les plus optimistes tablent sur une chute de la production de 75 %. Celle-ci passerait d’environ 120 000 tonnes en 2011 à 29 000 tonnes en 2012. En année moyenne, les cultures de céréales couvrent 30 % des besoins de consommation du pays, et 60 % de la production provient du système pluvial qui constitue la principale, sinon l’unique activité de la majorité des populations les plus vulnérables. Dans certaines zones, cette part atteint plus de 80 % des apports alimentaires des ménages. La situation est inquiétante, car le secteur rural occupe 67 % de la population active - même s’il ne contribue que pour 16.2 % au PIB. Autre conséquence du déficit pluviométrique : le manque d’eau salubre pour plusieurs dizaines de milliers de ruraux, avec tout ce que cela engendre comme problèmes sur le plan de la santé publique.

Quant au sous-secteur de l’élevage, il occupe totalement ou partiellement quelque 60 % de la population active et contribue à 7.9 % du PIB. Les revenus issus des produits de ce secteur (lait, viande, cuir…) constituent l’essentiel des ressources des ménages pastoraux. Cet atout est sérieusement compromis par le déficit pluviométrique et l’irrégularité des pluies qui ont eu des répercussions globalement négatives sur l’état de développement des pâturages. Même si l’État a mis en place un mécanisme de réponse à la crise, le Programme d’intervention et d’espoir (PIE), d’un montant de 156 millions USD, dont 79.7 millions inscrits dans la loi de finances 2012, l’absence d’un marché mondial d’aliment-bétail et le tarissement des points d’eau font peser de lourdes menaces sur le cheptel et, en conséquence, sur la pauvreté rurale.

Le secteur des bâtiments et travaux publics (BTP) a, quant à lui, bénéficié des externalités positives des investissements dans les industries minières et du programme d’investissement public. Ainsi, en 2011, les dépenses publiques d’investissement ont atteint 321 millions USD, soit plus de 48 % d’augmentation par rapport à 2010.

Cette tendance se poursuivra en 2012, avec des dépenses prévisionnelles de 404.2 millions USD, soit plus de 20 % de croissance par rapport à 2011. Le secteur des infrastructures - avec l’énergie, les transports et la pêche - est le principal bénéficiaire des dépenses d’investissement public.

Le secteur des industries manufacturières a également connu une croissance soutenue, avec un indice de production industrielle, hors industries extractives, en augmentation de 16 % en glissement annuel. La croissance en volume a été de 8 % en 2011 et cette tendance devrait se maintenir en 2012.

Enfin, le secteur tertiaire a enregistré une croissance en volume de 5.4 % en 2011, contre 4.6 % en 2010, principalement tirée par la branche « commerce, restaurants, hôtels » qui profite de l’embellie minière. La branche des transports et télécommunications connaît un ralentissement de la croissance en raison des difficultés du secteur des télécommunications dues à l’étroitesse du marché local et à l’augmentation du nombre d’opérateurs de téléphonie mobile.

La demande intérieure est principalement stimulée par l’investissement privé, qui a augmenté en volume de 14.4 % en 2011, mais aussi par l’investissement public, qui a crû en volume de 11.4 % en 2011, contre 5.9 % en 2010. La relance des investissements publics est soutenue par la politique de rigueur budgétaire qui a comprimé la consommation finale des administrations. Celle-ci s’est accrue en volume de seulement 7.8 % en 2011, contre 16.6 % en 2010.

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

En 2011, les recettes fiscales, hors pétrole, ont atteint 988 millions USD, contre un objectif de 946.4 millions convenu dans le programme financier du Fonds monétaire internationale (FMI). Cette bonne performance des recettes s’explique, premièrement, par les recouvrements auprès du secteur minier, notamment la Snim. Cette dernière a versé au Trésor public, en 2011, 245 millions USD, dont 99.5 millions de dividendes. La fin de la période d’exonération fiscale pour la société Kinross-Tasiast a également contribué significativement aux recettes, de même qu’une politique de recouvrement volontariste axée sur le recensement des contribuables. Pour cela, de nouveaux numéros d’identification fiscale ont été affectés à tous les fournisseurs de l’État et de ses démembrements, soit plus de 20 000 fournisseurs.

Par ailleurs, le renforcement de la rigueur dans les opérations douanières et la révision de la taxation pétrolière a permis de réaliser des recettes douanières de 304.2 millions USD, contre une prévision initiale de 253 millions. Les recettes fiscales, hors dons et pétrole, ont augmenté de 19.4 % en 2011, grâce essentiellement à la bonne performance des sociétés minières. Par ailleurs, le taux de pression fiscale est passé de 15.3 % en 2010 à 15.8 % en 2011.

Cette tendance devrait se poursuivre en 2012, avec la fin de la période d’exonération fiscale pour la compagnie minière MCM. La modernisation de l’administration fiscale se poursuivra en 2012, et les premiers résultats de l’opération d’immatriculation des contribuables à Nouakchott auront eu lieu début 2012, contribuant à terme à élargir la base fiscale et assurer à l’État des ressources régulières et moins aléatoires.

Les autorités poursuivent une politique de rationalisation des dépenses publiques. C’est ainsi que les dépenses totales et prêts nets sont passés de 29.7 % du PIB en 2010 à seulement 30.1 % du PIB en 2011. Quant aux dépenses courantes, elles se sont maintenues de façon presque constante à 21.7 % du PIB en 2011, grâce notamment à la maîtrise des dépenses salariales qui ont subi une contraction, passant de 8.8 % du PIB en 2010 à 7.9 % du PIB en 2011.

Cette politique a permis de réorienter les dépenses budgétaires vers le financement des dépenses de capital, qui sont passées de 6.8 % du PIB en 2010 à 8.2 % du PIB en 2011, et surtout vers le financement du PNS, le programme national de solidarité du gouvernement en réponse à la hausse des prix des denrées alimentaires. C’est ainsi que les dépenses en subventions et transferts ont presque doublé, atteignant 5 % du PIB en 2011, alors qu’elles étaient de 2.8 % du PIB en 2010.

En 2012, les autorités se sont engagées à poursuivre l’effort d’assainissement des finances publiques, en ramenant les dépenses des subventions et transferts à 4.6 % du PIB. Pour ce qui est du programme de subvention des produits de première nécessité, le gouvernement a décidé de procéder au cash-transfert (allocations en espèces) sur la base des résultats du programme de recensement des personnes pauvres et vulnérables dans la capitale Nouakchott, mené par le Programme alimentaire mondial (PAM) et en cours de finalisation. Enfin, la poursuite de la restructuration des entreprises publiques reste une priorité.

La mise en œuvre de la politique de rigueur s’est traduite par un solde budgétaire de base en nette amélioration, passant de 2.4 % du PIB en 2010 à 1 % en 2011. En 2012, il devrait s’établir à 0.8 % du PIB. Le déficit budgétaire a été de 2.3 %, contre 1.8 % en 2010. Cette bonne tenue des finances publiques s’est traduite par un désengagement de l’État auprès de la Banque centrale, avec une baisse de l’encours des bons du Trésor de près de 35.4 millions USD à fin 2011.

Tableau 3 : Opérations financières de l'Etat (en pourcentage du PIB)

 200320062007200820092010201120122013
Recettes totales (avec dons)35.456.02824.125.526.525.525.324.9
Recettes fiscales30.613.417.315.415.21615.115.414.9
Recettes pétrolières---------
Dons4.734.82.20.80.81.21.20.70.9
Dépenses totales (et prêts nets) (a)47.228.429.630.630.628.227.628.327.5
Dépenses courantes32.721.821.624.123.520.419.920.820.4
Sans les intérêts3019.919.822.221.518.417.918.718.5
Salaires4.77.38.88.39.78.47.97.97.6
Intérêts2.71.91.81.921.922.11.9
Solde primaire-929.00.2-4.6-3.10.2-0.1-1-0.7
Solde global-11.827.6-1.7-6.5-5.1-1.8-2.1-3.1-2.6

Politique monétaire

En 2011, les autorités ont poursuivi une politique monétaire prudente pour maîtriser l’inflation et assurer la liquidité de l’économie. C’est ainsi que la masse monétaire a augmenté de 19.4 %, essentiellement en raison des entrées importantes de devises étrangères liées aux activités minières.

En 2012, cette hausse sera ramenée à 13.3 %, en ligne avec le taux de croissance nominal (taux réel et taux d’inflation). En 2011, la bonne performance des finances publiques a permis de dégager plus de financement pour le crédit au secteur privé, qui est passé de 934.3 millions USD en 2010 à 1.045 milliard USD en 2011, soit un accroissement de 11.9 %. En s’engageant à maintenir la flexibilité du taux de change de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères, les autorités monétaires visent à réduire le différentiel entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle.

Malgré la hausse des prix à l’importation des produits de première nécessité, le taux d’inflation n’a été que de 5.9 % en 2011 contre 6.3 % en 2010. Enfin, les réserves internationales ont atteint le niveau record de 3.6 mois d’importation en 2011 et s’établiraient à 4.2 mois d’importation en 2012, contre 2.5 mois d’importation en 2010.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

L’année 2011 a été marquée par un excédent commercial record de 540.4 millions USD, soit 12.8 % du PIB, contre 3.8 % en 2010. Ce résultat exceptionnel est dû à la fois à la relance en volume de l’ensemble des exportations, particulièrement l’or (+16.5 %), et à la relance en valeur. Ainsi, les exportations de fer, d’or et de cuivre ont cru en valeur respectivement de 49.1 %, 51.6 % et 76.3 % en 2011 par rapport à 2010. Au total, la hausse des exportations a été de 37.5 % contre 27.3 % pour les importations. Résultat : un solde commercial en augmentation de près de 300 %.

Toutefois, le compte courant reste négatif. Son déficit représente 5.3 % du PIB en 2011, contre 8.7 % en 2010. Ce niveau traduit une nette amélioration par rapport aux années antérieures où il enregistrait des taux au-delà de 10 % du PIB. Cependant, la tendance devrait se dégrader légèrement en 2012 et 2013 en raison des flux sortants significatifs de transferts de dividendes des sociétés minières et d’une légère détérioration du solde commercial du fait d’importations conséquentes de produits comestibles, rendues nécessaires par la situation alimentaire alarmante du pays.

Le déficit du compte des services et revenus s’est dégradé en 2011, pour un montant équivalant à 21.3 % du PIB (contre 17.1 % en 2010), sous l’effet de l’augmentation des dépenses en services extérieurs. Cette augmentation est liée principalement à la détérioration du solde des services nets (dividendes des sociétés minières, frais de service d’études) qui est passé de 1.9 % du PIB en 2010 à 6.0 % du PIB en 2011.

 

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 200320062007200820092010201120122013
Balance commerciale-17.47.40.8-4.3-4.44.111.85.25.1
Exportations de biens (f.o.b.)24.850.651.549.74557.761.558.156
Importations de biens (f.o.b.)42.243.250.75449.453.649.752.850.9
Services-11.3-11.8-16.1-17.5-12.3-15.4-16.5-14.2-14
Revenu des facteurs4.5-2.8-0.31.11.7-1.9-2.5-0.8-0.3
Transferts courants10.75.95.15.74.34.51.93.22.9
Solde des comptes courants-13.5-1.3-10.5-14.9-10.6-8.7-5.3-6.6-6.3

Politique de la dette

Fin décembre 2011, la dette extérieure représentait 50.7 % du PIB, contre 76.8 % en 2010, et près de 100 % du PIB en 2009. Les annulations de dettes accordées par certains bailleurs arabes et la politique prudente d’endettement orientée sur les emprunts concessionnels sont à l’origine de cette amélioration. Au cours de l’année 2011, une ligne de crédit non concessionnelle a été contractée en faveur du secteur de l’énergie.

Toutefois, la non-finalisation des accords sur l’annulation de la dette due au Koweït risque de fragiliser la position du pays. Les autorités ont souscrit aux conclusions de l’analyse de viabilité de la dette (AVD) effectuée conjointement avec le FMI et la Banque mondiale. Celle-ci souligne que le risque de surendettement de la Mauritanie reste modéré. Les autorités sont également déterminées à mettre en place une stratégie appropriée en matière d’endettement et à améliorer les capacités de gestion de la dette du pays pour préserver sa viabilité.

À cet effet, une assistance technique sera sollicitée auprès de la Banque mondiale dans le cadre des programmes d’assistance technique concernant l’évaluation de la performance en matière de gestion et la stratégie de la dette à moyen terme.

La dette intérieure, constituée essentiellement de bons du Trésor, est estimée à 183.1 millions USD en 2011, contre 186.8 millions USD en 2010. La bonne performance des recettes budgétaires a permis à l’État de se désengager auprès du système bancaire, ce qui a eu pour effet de renforcer le crédit au secteur privé. Par ailleurs, le critère de non-accumulation de nouveaux arriérés intérieurs a été respecté conformément au programme de facilité élargie de crédit du FMI. Toutefois, l’instabilité politique s’est traduite par l’absence de reconnaissance d’importants engagements intérieurs contractés par l’État sous les régimes précédents. Par ailleurs, des arriérés de dette intérieure restent dus sur la TVA à reverser aux sociétés minières et à certaines entreprises publiques, dont la Société mauritanienne d’électricité (Somelec). Un audit des dettes intérieures avec le FMI devrait avoir été finalisé fin mars 2012.

Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

La Mauritanie est passée du 162e rang en 2011 au 159e rang en 2012 dans le classement Doing Business de la Banque mondiale. Les composantes de cet index montrent un recul significatif du pays dans la partie « accès au crédit », qui reflète une détérioration des aspects légaux et réglementaires pour l’obtention de crédits. Cette détérioration est néanmoins contrebalancée par une amélioration significative dans le processus d’acquisition des permis de construction, un volet sur lequel le gouvernement mauritanien a entrepris des réformes. La principale a été la création d’un « guichet unique » qui facilite les procédures.

Le 1er janvier 2012, le nouveau code des marchés publics est entré en vigueur. Il est censé améliorer la transparence et la programmation dans les procédures de passation des marchés publics, et est de nature à promouvoir les affaires. Les efforts d’assainissement des finances publiques se traduiront également par une réduction des arriérés de paiements de l’État auprès des fournisseurs et prestataires.

Pour ce qui est de la liberté d’entreprendre mesurée par l’Indice de Liberté Economique de la Fondation Heritage, la Mauritanie occupe la dernière place au classement, comparée aux pays voisins (Algérie, Sénégal, Mali, Maroc) sur les périodes 1996-2002 et 2007-11, alors qu’elle a fait mieux que tous les autres pays frontaliers entre 2003 et 2006. Cette situation résulte de l’instabilité politique et la faible performance dans la gouvernance économique qui ont pesé sur l’environnement des entreprises. La liberté des affaires a régressé par rapport aux autres économies de la région, et les coûts de création d'entreprise ont augmenté. Malgré les efforts d’augmentation de la capacité productive, le pays souffre d’une faiblesse institutionnelle marquée et d’une croissance fragile.

Par ailleurs, nombre de marchés intérieurs essentiels sont captés par des structures oligopolistiques, qui constituent un obstacle supplémentaire à l’allocation efficace des ressources. Cela concourt à limiter la croissance de la productivité et de l’emploi.

Secteur financier

Le système bancaire mauritanien est composé de dix banques, deux établissements financiers, un fonds de garantie, et est très faiblement intégré au système financier international. Le taux de bancarisation est d’environ 4 %. Le secteur bancaire se caractérise par le niveau élevé des créances en souffrance. Il reste peu concurrentiel, malgré la présence de banques étrangères (Société générale, Qatar National Bank et Attijari Bank du Maroc). De plus, l’absence de marchés de refinancement oblige les banques à ne proposer que des crédits de court terme adossés à des dépôts à vue. Pour pallier cette contrainte et répondre aux besoins de la clientèle en prêts à moyen et long termes, les banques ont recours aux lignes de crédit d’institutions internationales. Ces derniers mois, de nombreuses banques ont procédé à l’augmentation de leur capital pour se mettre en conformité avec les nouvelles règles de la Banque centrale de Mauritanie, qui fixent le niveau de capital minimum des banques à 18 millions USD. Enfin, en novembre 2011, le secteur bancaire a enregistré l’arrivée d’une nouvelle institution, la Banque islamique de Mauritanie, dotée d’un capital de 22 millions USD. Elle est détenue à 60 % par la Société islamique pour le développement du secteur privé, filiale de la Banque islamique de développement (BID) et à 40 % par la banque turque Asya.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

Au travers du 3e plan d’action 2011-15 du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), le gouvernement a fait de la modernisation de l’administration publique l’une des clefs de réussite de son programme. Un recensement du personnel administratif a été entrepris et est en cours de finalisation. Le gouvernement souhaite maîtriser les effectifs de la Fonction publique, principalement en rationalisant les dépenses salariales par une baisse des effectifs - notamment des travailleurs non permanents - et des primes et avantages. Par ailleurs, un programme gouvernemental pour réexaminer les statuts du personnel de la Fonction publique et renforcer les ressources humaines dans les secteurs de l’éducation, la santé et l’administration douanière est en cours. Enfin, le gouvernement procède à la relecture des cadres organiques de tous les départements et services centraux afin d’améliorer l’éthique des services publics.

Avec l’appui des partenaires au développement, notamment la Banque mondiale, il continue d’exécuter plusieurs programmes de renforcement des capacités et de modernisation du secteur public.

Parallèlement, le département ministériel chargé de la modernisation de l’administration publique et des technologies de l’information et de la communication, créé en 2008, va poursuivre, en 2012, la mise en œuvre de son programme d’informatisation. Il s’agit d’acquérir des équipements, de développer l’Internet et l’Intranet et de former des agents de l’administration à l’utilisation de l’outil informatique.

Les plus hautes autorités réaffirment sans cesse leur engagement dans la lutte contre la corruption et pour la transparence. Depuis son élection en 2009, le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, a envoyé des signaux forts dans ce sens, notamment en se séparant de ses plus proches collaborateurs impliqués dans des scandales financiers. En 2011, l’Inspection générale des finances a multiplié les missions de contrôle. Par ailleurs, les fonctionnaires n’ont utilisé que de façon très limitée les moyens de l’État à des fins personnelles. Le Parlement, quant à lui, est très impliqué dans la lutte contre la corruption avec l’appui des partenaires au développement. Il a multiplié les interpellations de ministres dans des cas avérés de prévarication. À titre d’illustration, sur l’initiative du groupe parlementaire chargé de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption, une séance d'échanges consacrée à ces thèmes s'est déroulée, en juin 2011 à l'Assemblée nationale, entre représentants membres de la coalition contre la corruption en Mauritanie (3CM), parlementaires, ministres, représentants de la Banque mondiale et de la coopération technique allemande, la GIZ. Enfin, la loi oblige désormais tout haut fonctionnaire mauritanien à déclarer l’état des biens personnels dont il dispose avant sa prise de fonction et à la fin de celle-ci.

Gestion des ressources naturelles et environnement

En raison de la position géographique et de l’importance des exploitations minières et halieutiques de leur pays, les autorités accordent de plus en plus d’attention aux questions environnementales.

Le coût de la dégradation de l’environnement a été évalué à environ 295 millions USD en 2008, soit 17 % du PIB. La dégradation des écosystèmes a porté préjudice aux populations rurales et la diminution de la biodiversité a considérablement porté atteinte aux activités générant des revenus. Jusque-là, la Mauritanie a fait montre de faibles performances en matière de gouvernance environnementale qui le placent aujourd’hui à la 161e place sur 163 pays classés (Indice de Performance Environnementale [EPI] 2010, de l'Université de Yale).

Dans le plan d’action 2011-15 du CSLP, des objectifs clairs ont été définis. D’abord, fournir l’essentiel des besoins aux démunis à partir de la nature ; ensuite, réduire les coûts économiques de la dégradation de l’environnement ; enfin, développer des mécanismes de financement durable pour l’environnement conformément aux principes définis dans la stratégie nationale de développement durable. Le gouvernement impose à chaque opérateur dans les secteurs minier et halieutique des clauses spécifiques pour préserver l’environnement et les espèces.

La Snim a obtenu, en 2011, la certification ISO 14001 pour la protection de l’environnement. Et des repos biologiques annuels sont régulièrement observés dans l’industrie de la pêche.

La Mauritanie a également ratifié la plupart des conventions relatives à l’environnement et participe activement aux grandes réunions internationales sur les problèmes environnementaux. Elle est partie prenante du Projet régional sur le changement climatique et ses dimensions humaines en Afrique de l’Ouest (ACCC/Mauritanie).

Contexte politique

En 2011, un « dialogue politique » s’est tenu entre les partis qui soutiennent le pouvoir et certains partis de la Coalition de l’opposition démocratique (COD). L’opposition avait fait de ce dialogue un préalable à toute participation aux élections organisées par le pouvoir, obligeant ainsi le gouvernement à reporter les élections législatives et municipales. Elle est certes apparue divisée sur les conditions et le contenu du dialogue, au point que certaines formations l’ont boycotté. Mais la rencontre a été une opportunité pour débattre des grands défis politiques de la nation et définir le cadre général qui permettrait de trouver une solution aux problèmes politiques.

Au final, quatre partis politiques de l’opposition ont participé au dialogue : l'Alliance populaire pour le progrès, de Messaoud Ould Bulkheïr, El Wiam, de Bodjeil Ould Houmeid, Wissal, d’Abdessalam Ould Horma, et Hamam, de Mohamed Ould Lekhal. Ils avaient pour interlocuteurs les partis de la majorité présidentielle conduite par l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir. Trois grands partis de l’opposition, le Rassemblement des forces démocratiques, d’Ahmed Ould Daddah, l’Union des forces du progrès, de Mohamed Ould Maouloud, et Tawassoul, de Jamil Mansour, ont boycotté le dialogue.

Au terme d’un mois de discussion (17 septembre-19 octobre 2011), les participants ont arrêté une feuille de route, avec des réformes constitutionnelles touchant les pouvoirs du Premier ministre, le code électoral, l’accès des femmes aux postes politiques, l'indépendance de la justice, la bonne gouvernance. Parmi les premiers mis en œuvre, on peut retenir la responsabilité du Premier ministre devant le Parlement, l’accès de tous les partis politiques aux médias publics, la criminalisation de l'esclavage et des coups d’État, etc. Des recommandations spécifiques ont été proposées pour renforcer l’égalité hommes-femmes en facilitant l’accès des femmes aux fonctions politiques. Pour cela, un quota de 20 % des postes leur est réservé dans les fonctions électives, notamment dans le parlement et dans les conseils municipaux. Enfin, en décembre 2011, le conseil des ministres a adopté un projet de loi institutionnalisant le cadre de dialogue pouvoir-opposition.

Toutefois, des tensions sociales sont apparues à la suite du recensement national à vocation d’état civil (enrôlement) lancé en 2011, dont l’objectif final est de délivrer des documents d’état civil sécurisés (biométriques). Les Négro-Mauritaniens ont dénoncé le « caractère discriminatoire » de ces opérations d’enrôlement, entraînant des violences dans la capitale et les régions à majorité négro-mauritanienne.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

Malgré quelques progrès, la situation reste très précaire dans le domaine de la santé. Le pays souffre en effet d’une faiblesse endémique en termes de couverture médicale, de qualité des services et d’efficacité des dépenses de santé. Le taux de mortalité maternelle s’élève à 686 pour 100 000 naissances vivantes (2006), tandis que le taux de mortalité infanto-juvénile se situe à 122 pour 1 000.

L’accès universel aux soins de santé n’est que de 9 %, alors que le seuil de 100 % est visé à l’horizon 2015. Par ailleurs, les disparités entre zones rurales et zones urbaines, et entre riches et pauvres restent très marquées. Ainsi, le taux de naissance assistée par un personnel est de 90 % en zone urbaine, contre seulement 30 % en zone rurale. Ce même taux est de 95 % pour les 20 % les plus riches, tandis qu’il n’est que de 21 % pour les 20 % les plus pauvres.

Dans le domaine de l’éducation, le pays affiche des progrès, avec un taux de scolarité de 73 % et, surtout un rapport filles/garçons dans le primaire de 1.02, pour une cible de 1 à l’horizon 2015. Cependant, le taux de rétention dans l’enseignement primaire est de 49.3 %. Ce qui signifie que plus d’un enfant sur deux abandonne l’école avant même d’atteindre le niveau de la dernière année du primaire.

Les grandes maladies (Sida, tuberculose et paludisme) sont sous contrôle grâce aux efforts du gouvernement et l’appui des partenaires au développement. La prévention et le combat contre le VIH/Sida continuent de bénéficier du financement du Fonds mondial de lutte contre le Sida, à travers la stratégique nationale de lutte contre la pandémie. Le taux de prévalence ne serait que de 0.6 %. La pneumonie et les maladies diarrhéiques restent les deux facteurs de morbidité chez les enfants de moins de 5 ans.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

En 2011, le gouvernement a poursuivi sa politique de soutien aux populations défavorisées en procédant aux distributions gratuites de céréales et au programme « vivre contre travail ». Les efforts de protection des pauvres engagés par les autorités depuis 2009 ont privilégié des subventions bien ciblées qui intègrent également les préoccupations de protection de l’environnement. Le gouvernement entend redoubler d’effort pour renforcer les filets sociaux. En coordination avec les partenaires au développement, il va appuyer les systèmes de subventions et les dispositifs de protection sociale mieux cernés. De manière globale, ces efforts visent à renforcer la lutte contre la pauvreté et à promouvoir l’emploi.

Le Code du travail en vigueur est celui de 2004. Il prévoyait des normes assez rigides sur les modalités d’embauche : contrats à durée déterminée ne pouvant pas dépasser deux ans, nombre d’heures travaillées très encadré, difficulté à licencier avec la notification administrative des licenciements individuels et collectifs, et la priorité à la réembauche d’employés précédemment licenciés.

En août 2011, le salaire minimum garanti est passé de 73 USD à 104 USD, soit une hausse de 43 %. Cette mesure fait suite à l’accord intervenu, après quatre mois de pourparlers, entre les représentants du gouvernement, des employeurs et des syndicats. L’accord vise à améliorer les conditions de travail des salariés. Pour leur part, les députés ont adopté le projet de loi élargissant l’assurance santé aux salariés des collectivités locales, aux professions libérales, aux salariés et retraités du secteur privé et des métiers de la presse.

La Mauritanie a ratifié l’ensemble des huit conventions portant sur les droits fondamentaux au travail, qui sont : la liberté syndicale et le droit de négociation collective, l’abolition du travail forcé ou obligatoire, la non-discrimination en matière d’emploi et de profession ainsi que le principe d’égalité des chances et de traitement, et l’élimination du travail des enfants. Elle a ratifié la Convention 182 de l’Organisation internationale du travail sur les pires formes de travail des enfants. Cependant, dans la pratique, plusieurs lourdeurs, imprécisions et incohérences des textes nationaux freinent l’application des principes contenus dans ces conventions.

Égalité hommes-femmes

La Mauritanie continue à suivre les lignes du plan d’action pour la promotion de la femme pour la période 2009-12 adopté en 2008. Dans le cadre de ce plan d’action, le gouvernement a entrepris plusieurs campagnes nationales pour lutter contre la discrimination à l’égard des femmes et contre les violences qui leur sont faites. En outre, des progrès ont été réalisés dans le domaine de la scolarisation des filles, d’alphabétisation des femmes et dans leur implication dans la sphère publique.

Au niveau de la scolarisation, le rapport filles/garçons est de 1.02 dans l’enseignement fondamental.

Au niveau politique, les Mauritaniennes accèdent de plus en plus à la prise de décision. Depuis 2009, elles occupent 21 % des sièges au Parlement et 16 % des sièges au Sénat, contre respectivement 3 % et 5 % en 2003. Elles représentent aussi 30 % des conseillers municipaux depuis 2009. Début 2012, quatre femmes étaient maires, et 20 % des membres du gouvernement étaient des femmes.

Les efforts pour la promotion des femmes ont permis de réaliser des progrès qui ont été soulignés par l’Enquête permanente sur les conditions de vie des ménages 2008. Selon les résultats de cette enquête, les Mauritaniennes sont moins touchées par la pauvreté que les hommes (à 19.6 % contre 21 % des hommes en milieu urbain, et à 54.3 % contre 61.6 % des hommes en milieu rural). Elles subissent toutefois une discrimination dans l’accès à l’emploi et participent faiblement à l’activité économique formelle. Le taux de chômage des femmes était de 47.3 %, contre 25.2 % chez les hommes à la même période.

En octobre 2011, le gouvernement a adopté une loi qui accorde le droit de reversement de la pension aux conjoints survivants et aux enfants. Cette nouvelle loi permet de corriger la discrimination que subissaient les femmes sur cette question. Elle vise aussi à harmoniser les textes avec la Constitution et les chartes internationales.

À l’issue de la 4e Conférence des ministres africains chargés de la femme et de l'égalité, tenue à Addis-Ababa en novembre 2011, la Mauritanie a été élue vice-présidente. La conférence appelle à renforcer la participation féminine à tous les niveaux, à redynamiser la décennie de la femme africaine 2011-2020, à activer le Fonds de la femme africaine et à faire montre de transparence dans sa gestion.

Analyse thématique : Promouvoir l’emploi des jeunes

Malgré le taux de chômage le plus élevé de la région Afrique du Nord (31.2 % en 2008), la Mauritanie n’a pas connu les soulèvements populaires qui ont ébranlé les pays de la région en 2011. Cette spécificité, qui pourrait s’expliquer par la relative jeunesse du régime politique et une certaine pratique démocratique autorisant la critique du pouvoir, est cependant contrariée par l’activisme de groupes terroristes tentés de recruter dans les couches vulnérables de la population.

Le chômage en Mauritanie est à la fois urbain et juvénile : les villes accusent plus de 35 % de taux de chômage, et 50.8 % des garçons et 69 % des filles de 15 à 24 ans n’ont pas d’emploi. La conjugaison du chômage, de la pauvreté (46.7 % de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté) et du sentiment d’exclusion ressenti par certaines couches de la population constitue un facteur potentiel d’instabilité sociale, voire de crise intercommunautaire.

Les causes du chômage sont multiples et complexes. De nombreux jeunes passent par l’enseignement religieux avant de rejoindre l’enseignement formel à l’Université, principalement dans les séries littéraires qui représentent plus de 80 % des étudiants. Conséquence : une forte inadéquation entre la formation et l’emploi dans une économie tirée essentiellement par le secteur minier, la pêche et le BTP. Cette situation est aggravée par la culture de l’informalité, qui contribue au sous-développement du secteur privé formel.

Le gouvernement est conscient de la situation. Il a initié une série de mesures pour promouvoir l’emploi des jeunes, notamment en créant, en 2005, l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi des jeunes (Anapej). Cette Agence opère selon trois axes : le développement des compétences par la formation, la qualification et la reconversion ; le travail indépendant et l’auto-emploi par l’octroi de crédit et le développement des maisons de service ; l’accompagnement par la sensibilisation, l’intermédiation et la communication. D’autres actions impliquant les ministères de l’Emploi et du Développement rural visent à développer l’entrepreneuriat agricole des jeunes dans la vallée du fleuve Sénégal. Dans le secteur minier, le gouvernement veut favoriser la nationalisation des cadres et le recrutement massif de jeunes Mauritaniens.

Il entend également réformer le système éducatif pour privilégier les formations techniques et professionnelles, à travers les centres de formation professionnelle, les lycées techniques, la création de l’École des mines et de nouvelles filières professionnelles courtes dans le supérieur.

Le but recherché est d’inverser le flux d’élèves et d’étudiants allant vers les filières littéraires pour les diriger vers les filières scientifiques et les métiers. Les objectifs sont d’atteindre 22 % des étudiants inscrits dans les filières professionnelles à l’horizon 2015 et 30 % en 2020, contre moins de 10 % en 2011.

Enfin, le gouvernement développera la formation continue pour créer des conditions de recyclage.

Il s’est engagé à entreprendre une enquête emploi dès janvier 2012 pour améliorer la connaissance du marché du travail. L’objectif est de mettre en place une base de données fiable sur la situation de ce marché. Dans ce sens, l’Observatoire de l’emploi a également entrepris une étude profil/emploi par région et des études thématiques pour mieux cibler les réponses de l’État à la question du travail des jeunes.

Les facteurs de croissance à long terme de l’économie concernent le secteur minier, qui connaît un essor de développement rapide avec un volume important d’investissements directs étrangers, le secteur de la pêche et le sous-secteur de l’élevage qui offre d’immenses potentialités. Dans le secteur minier, les perspectives sont prometteuses, comme en témoigne l’intense activité de prospection géologique dans l’ensemble du pays entreprise par plus de cinquante sociétés minières, opérant dans le cadre de cent soixante-dix titres miniers. Les investissements promis sur la période 2012/13 sont estimés à 7 milliards USD.

La pêche est faiblement intégrée à l’économie. Si les accords de pêche avec l’Union européenne, ou plus récemment avec la Chine et l’Algérie, permettent à l’État d’encaisser d’importantes royalties, ils contribuent très peu à la création d’emplois locaux. Par comparaison, le Maroc voisin emploie 61 650 postes de travail à terre dans l’industrie de la pêche et 488 500 emplois indirects, soit près de 20 % de la population totale mauritanienne.

Les secteurs du BTP et de l’hôtellerie, qui créent beaucoup d’emplois en Mauritanie, profitent surtout aux travailleurs étrangers.

Si les perspectives de croissance économique à moyen terme sont jugées bonnes, le FMI a cependant rappelé : « La croissance n’est toujours pas suffisamment ancrée dans les activités créatrices d’emplois et capable de réduire de manière significative les taux élevés de chômage et de pauvreté. » Pour favoriser une croissance qui met la création d’emplois au cœur des politiques, les autorités ont sollicité une étude nationale sur l’emploi et la croissance auprès la Banque africaine de développement. Cette étude sera menée dans le courant 2012 et a pour objectif de proposer des axes stratégiques pour renforcer la création d’emplois par le biais d’une croissance plus inclusive. Elle identifiera les nouvelles sources d’emplois dans les secteurs clés de l’économie (développement des filières) et formulera des recommandations pour des stratégies sectorielles efficientes, efficaces et axées sur l’inclusion sociale.

Carte du pays

Grande carte de pays

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