• Les mouvements de révolte en Égypte ouvrent la voie à des changements politiques, économiques et sociaux sur le long terme.

  • Leur impact sur l’économie limite la capacité de l’État à répondre aux attentes de la population.

  • Le niveau des réserves de change est faible, car la fuite des capitaux et la baisse des recettes extérieures accentuent le risque de dévaluation.

Vue d'ensemble

Après plusieurs semaines de manifestations, le gouvernement d’Hosni Moubarak a été renversé en février 2011. Des élections législatives libres et équitables ont été organisées quelques mois plus tard, et, d’ici juillet 2012, un président élu devrait avoir pris ses fonctions. Les nouveaux partis dominants se sont engagés à améliorer la représentativité, l’obligation de rendre des comptes et la transparence de la gouvernance, ainsi que l’efficacité des services publics et la lutte contre la pauvreté. La nouvelle dynamique politique pourrait créer des opportunités économiques pour les jeunes, qui appellent de leurs vœux le changement. Quelque 60 % de la population a moins de 30 ans et une grande proportion des 15-29 ans est sans emploi.

La révolution a également fait naître de nouveaux défis. La croissance économique, qui redémarrait après la crise financière mondiale de 2008, a chuté, passant de 5.1 % sur l’exercice 2009/10 à 1.8 %, selon les estimations, en 2010/11, et devrait ressortir à 1.7 % pour l’exercice clos en juin 2012. Les troubles ont également touché de plein fouet le tourisme et les investissements directs étrangers (IDE), deux grandes sources de réserves de change. La banque centrale n’a presque plus assez de devises pour maintenir le taux de change de la livre égyptienne.

Alors que les réformes politiques se poursuivent, l’Égypte doit s’attaquer aux problèmes sociaux et aux inégalités qui affectent surtout les femmes. Un enseignement de mauvaise qualité ne produit pas les travailleurs dont le marché du travail a besoin. Selon les estimations, le taux d’analphabétisme avoisinait les 30 % en 2006. À la fin du deuxième trimestre de 2011, le chômage, en particulier des jeunes, avait progressé d’un tiers en 12 mois, à 11.8 %. Le taux de pauvreté reste élevé dans les zones rurales. La Haute-Égypte abrite plus de 51 % des bas salaires, dont 44 % ont entre 18 et 29 ans.

Il faut réformer les subventions à l’énergie inefficientes et les entreprises publiques non performantes pour permettre à l’État d’accroître ses dépenses d’éducation et de santé et de créer des filets de protection sociale pour les plus pauvres. L’Égypte s’efforce de répondre aux revendications à court terme des manifestants, mais elle aura besoin d’une stratégie à moyen-long terme pour garantir une croissance économique dont bénéficiera l’ensemble de sa population. L’État devra davantage coordonner les efforts de ses agences et nouer de solides partenariats avec la société civile, le secteur privé et les organismes de développement.

Figure 1 : Taux de croissance du PIB réel (du Nord)

Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques 2012

 2010201120122013
Taux de croissance du PIB réel1.82.223.5
Taux de croissance du PIB réel par habitant0.10.51.23
Inflation IPC11.18.710.611.7
Balance budgétaire % PIB-9.7-10.8-11.4-9.9
Balance courante % PIB-2.6-3.3-3.1-2.4

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par Secteur (en pourcentage du PIB)

 20062010
Agriculture, foresterie, pêche et chasse14.114.5
Agriculture, élevage, sylviculture et pêche--
dont agriculture--
Mines et extraction15.514.9
dont pétrole15.314.5
Industries manufacturières1716.5
Electricité, gaz et eau--
Electricité, eau et assainissement1.91.6
Construction4.14.6
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants--
dont hôtels et restaurants--
Transports, entreposages et communications--
Transport et stockage, information et communication10.39.3
Finance, immobilier et services aux entreprises--
Intermédiation financière, services immobiliers, services aux entreprises et autres services7.17.1
Services des administrations publiques9.810.2
Administration publique et défense, sécurité sociale, éducation, santé et travaux sociaux--
Administration publique, éducation, santé--
Administration publique, éducation, santé et autres services sociaux et personnels--
Autres services communautaires, sociaux et personnels--
Autres services2.83.9
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants17.417.3

Les bouleversements entraînent un coût économique. La destitution d’Hosni Moubarak et les soulèvements ont grevé l’activité économique. Les investisseurs étrangers et locaux attendent que les incertitudes s’apaisent et qu’une gouvernance politique et économique plus transparente se fasse jour. Outre le ralentissement de la croissance déjà évoqué, les autorités égyptiennes estiment que le coût économique de l’insurrection se chiffre à 40 milliards de livres égyptiennes (EGP), soit 2.9 % du PIB environ, pour 2010/11, et à 65 milliards EGP (4.9 % du PIB) pour 2011/12, principalement en raison du recul du nombre de touristes et des IDE. Du fait des troubles sporadiques et de la persistance des incertitudes qui entourent l’élection présidentielle de juin, la croissance économique devrait avoisiner 1.7 % en 2011/12, et 3.6 % en 2012/13.

Les réserves de change ont diminué avec la chute brutale des IDE et l’augmentation des sorties de capitaux constatées après les manifestations, causant la fermeture de la Bourse égyptienne pendant cinq semaines. À la réouverture, l’EGX 30, principal indice de la Bourse du Caire, a cédé 27 % de sa capitalisation boursière, tombant à 329 milliards EGP. En octobre 2011, ce même indice avait chuté à 4 451 points, contre 6 670 un an plus tôt. Le tourisme, l’un des piliers de l’économie égyptienne en raison du nombre d’emplois concernés, a été particulièrement touché : ce secteur, qui représente 3.9 % du PIB réel, s’est contracté de 5.9 %. Le canal de Suez, les communications, l’énergie, le bâtiment et les travaux publics (BTP) et l’immobilier ont été les plus gros contributeurs à la croissance en 2010/11. Le canal de Suez a enregistré 11.5 % de croissance (3.3 % du PIB), alors que, l’année précédente, son activité avait diminué de 2.9 %. L’électricité a, quant à elle, progressé de 4.5 % (1.5 % du PIB), les communications de 6.7 % (4.3 % du PIB), le BTP de 3.7 % (5.3 % du PIB) et l’immobilier de 2.8 % (3.3 % du PIB).

La consommation privée et publique (84.7 % du PIB réel) a été le principal moteur de la croissance en 2010/11. La consommation privée a progressé de 5 % et la consommation publique de 3.8 %, mais l’investissement total a cédé 4.4 %. Les exportations et les importations de biens et de services ont gagné respectivement 3.7 % et 8.1 %, mais leur part dans le PIB a reflué. Les exportations de biens et de services ont représenté 27.9 % du PIB sur 2010/11 (contre 27.4 % pour l’exercice précédent) et les importations 31.5 % (contre 29.7 %).

Le montant total des investissements réalisés a atteint 38.8 milliards USD en 2010/11. Le pétrole, le gaz naturel et l’immobilier sont entrés pour près de 30 % dans ce total. En revanche, des investissements modestes ont été opérés dans l’agriculture et le BTP (respectivement 2.7 % et 2.5 % du total). Dans le secteur social, les communications et l’information, le transport et le secteur manufacturier, les investissements ont représenté entre 9 % et 11 % du total réalisé pour chaque secteur.

L’extraction de pétrole a progressé de 2.4 % et constitué 5.6 % du PIB. En juin 2011, le ministre du Pétrole et des Ressources minérales a jeté les bases du plus grand projet de production de polyester au Moyen-Orient. Ce projet sera mis en œuvre à Aïn Sukhna, dans la zone économique spéciale du nord-ouest du golfe de Suez. C’est l’un des volets du programme national de pétrochimie, et il est supervisé par l’Egyptian Petrochemicals Holding Company.

En raison des incertitudes politiques, on ne sait pas dans quelles proportions les exportations et les investissements contribueront à la croissance en 2011/12. L’activité économique devrait toutefois être davantage tirée par la consommation, et moins par l’investissement et les exportations. Les autorités ont agi rapidement, via des mesures de soutien et des transferts sociaux, afin d’atténuer la hausse des prix des biens de première nécessité et le mécontentement dû à un chômage élevé.

Du fait des incertitudes qui pèsent sur la politique et la sécurité, ainsi que des coûts économiques qui les accompagnent, le PIB réel ne devrait progresser qu’au rythme modeste de 1.7 % en 2011/12 et de 3.6 % en 2012/13. Cette conjoncture pourrait aussi entraîner une hausse de la demande de dollars et un recul des dépôts bancaires, ce qui accentuerait les sorties de capitaux.

Depuis 2006/07, l’économie égyptienne a moins recours au dollar, tant en ce qui concerne la liquidité totale que les dépôts : la monnaie américaine représentait respectivement 17.2 % et 22.9 % du total en 2009/10. En 2010/11, la dollarisation s’est légèrement accrue, à respectivement 17.5 % et 24 %, mais reste inférieure aux taux de 2008/09 (20.8 % et 25.8 %).

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

Le déficit budgétaire s’est creusé de 1.7 point de pourcentage, à 9.8 % du PIB en 2010/11, en raison de la baisse des recettes rapportée à la hausse des dépenses totales (+ 9.8 % sur 2010/11). En réaction aux protestations généralisées, en 2011, les autorités ont étoffé les effectifs de la fonction publique en embauchant un million d’agents, ce qui a fait augmenter la masse salariale de 12.8 %. Subventions, dons et prestations sociales ont également été relevés de 19.6 %. Le coût du service de la dette a progressé de 17.6 %, sous l’effet de la hausse des rendements de la dette publique tout au long de l’année.

Étant donné les profonds dégâts subis par la croissance économique et les échanges internationaux, les recettes totales ont reculé de 1.1 % sur 2010/11. La hausse de 12.7 % des recettes fiscales n’a pas compensé les 25 % de contraction des autres recettes. L’augmentation des recettes fiscales s’explique par le relèvement des taxes sur les ventes, la suppression de certaines exemptions fiscales et de nouvelles mesures visant à améliorer le recouvrement des impôts. Cependant, si l’Égypte veut renforcer substantiellement ses recettes fiscales, elle devra impérativement élargir son assiette fiscale, afin d’englober le vaste secteur informel et lutter contre la fraude fiscale. En raison de certains cas de corruption très médiatisés, les protestations populaires ont conduit l’État à geler temporairement son programme de privatisations.

Le ralentissement de la croissance en Europe, la volatilité des prix des produits de base et les événements politiques retarderont toute augmentation des recettes fiscales, d’où un déficit budgétaire équivalant à 7.9 % du PIB en 2011/12. Avec la timide reprise de l’activité économique, le déficit devrait néanmoins diminuer légèrement pour ressortir à 7.3 % en 2012/13. L’assainissement des finances publiques d’ici 2015/16, qui était l’objectif du précédent gouvernement, restera tributaire de l’activité économique et de la capacité du prochain gouvernement à réformer le système de subventions.

Le futur gouvernement devra instaurer un nouveau contrat social afin d’opérer l’arbitrage nécessaire entre assainissement des finances publiques et instauration d’une protection sociale durable pour les plus vulnérables. L’État doit d’abord supprimer les subventions à l’énergie (85 % du total), puis mieux cibler les subventions aux produits alimentaires, dont bénéficie l’essentiel de la population. Le choix du moment sera crucial pour éviter de déstabiliser un processus politique fragile. Le gouvernement a déjà annoncé une augmentation de 33 % des prix de l’énergie pour les secteurs qui en sont de gros consommateurs.

Tableau 3 : Opérations financières de l'Etat (en pourcentage du PIB)

 200320062007200820092010201120122013
Recettes totales (avec dons)21.424.524.224.727.122.221.821.820.6
Recettes fiscales12.715.214.814.815.313.913.612.812.1
Recettes pétrolières7.38.30.69.210.77.77.77.77.7
Dons---------
Dépenses totales (et prêts nets) (a)30.533.629.831.533.730.331.230.329.1
Dépenses courantes25.630.226.427.729.626.327.82725.9
Sans les intérêts19.524.22022.124.520.320.920.319.7
Salaires8.17.6777.37.17.36.86.5
Intérêts6.266.45.65.166.96.76.2
Solde primaire-2.9-3.20.8-1.2-1.6-2.1-2.5-1.8-2.3
Solde global-9.1-9.2-5.6-6.8-6.6-8.1-9.4-8.5-8.5

Politique monétaire

En 2004, l’Égypte a amorcé une transition vers un régime de change flexible, mais elle maintient un flottement contrôlé (environ 6 EGP pour 1 dollar USD) afin de contenir l’inflation due aux importations de denrées alimentaires et d’énergie. Une fois que les fondamentaux se seront améliorés, l’objectif est de passer à un dispositif de ciblage de l’inflation. En 2011, après le changement de gouvernement, la banque centrale s’est attaquée à deux problèmes à court terme connexes : garantir la liquidité du système bancaire et du marché interbancaire en instaurant un mécanisme de pension et en luttant contre la spéculation sur le taux de change. Jusqu’ici, ces mesures ont limité l’impact des troubles politiques sur le taux de change et sur d’autres indicateurs monétaires. Leur coût s’élève à environ 2 milliards USD par mois en réserves de change.

Les réserves internationales nettes de l’Égypte ont fortement chuté, tombant de 35 milliards USD en janvier 2011 à 16.4 milliards USD en janvier 2012, ce qui accroît le risque d’attaques spéculatives. Si le gouvernement ne trouve pas de nouvelles sources de réserves de change, il aura de plus en plus de mal à éviter une dévaluation de la livre égyptienne face au dollar. En décembre 2011, l’armée a prêté un milliard USD à la banque centrale afin d’atténuer les tensions. Ses réserves ne sont pas comptabilisées dans les comptes nationaux, même si les activités économiques de l’armée représentent, d’après les estimations, environ 20 % du PIB. Le nouveau régime devra s’attaquer à la question sensible de l’examen du budget de l’armée par le nouveau Parlement. Jusque-là, ce budget n’était pas soumis à l’examen du Parlement.

L’inflation publiée n’a cessé de reculer, passant d’une moyenne annuelle de 11.0 % en novembre 2010 à 9.1 % en novembre 2011, malgré une légère dépréciation de la livre égyptienne vis-à-vis du dollar, une poussée inflationniste en août 2011 et des pressions importées dues à la hausse des cours internationaux des denrées et des produits de base. L’inflation restera à 11.8 % en 2012 et ressortira à 11.0 % en 2013.

Selon la banque centrale, les incertitudes qui pèsent sur l’avenir politique du pays, les problèmes locaux d’approvisionnement en denrées alimentaires et en butane et les distorsions au niveau des canaux de distribution des produits alimentaires induisent des risques inflationnistes. Par mesure d’anticipation, elle a relevé, en novembre 2011, à 9.25 % le taux des dépôts au jour le jour, à 9.5 % le taux d’escompte, à 10.25 % le taux de financement à un jour et à 9.75 % le taux de pension à sept jours. Ces mesures pourraient avoir une incidence sur la fragile croissance économique.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

Les importantes sorties de capitaux qui ont suivi les manifestations de janvier 2011 ont creusé le déficit de la balance des paiements à 4.1 % du PIB pour 2010/11, alors que cette balance affichait un excédent de 1.5 % sur l’exercice précédent. Le compte d’opérations financières est passé de 8.36 milliards USD en 2009/10 à un déficit de 4.79 milliards USD en 2010/11. Une augmentation de 30 % des envois de fonds des Égyptiens travaillant dans des pays voisins, qui ont eux aussi connu des révolutions, a contenu le déficit du compte courant à - 1.2 % du PIB, contre - 2.0 % en 2009/10. Grâce à la stabilisation des cours internationaux du pétrole et des produits alimentaires, le compte courant devrait avoisiner - 2.0 % en 2011/12 et - 0.2 % en 2012/13. Il faudra attendre que les investissements étrangers et les recettes touristiques renouent avec leurs niveaux d’avant la crise pour que la balance des paiements puisse redevenir positive.

Le déficit commercial s’est réduit de 5.3 % sur 2010/11, à la faveur d’une hausse de 13.1 % des exportations. Les importations n’ont, quant à elles, progressé que de 3.6 %, bien que l’Égypte soit le plus gros importateur mondial de blé. Les exportations de pétrole (+ 18.3 %) et de produits non pétroliers (+ 9.1 %) ont profité de la faiblesse de l’euro face au dollar. Malgré une progression de 11.9 % des recettes du canal de Suez, l’excédent de la balance des services est tombé à 3.3 % du PIB, contre 4.7 % pour l’exercice précédent.

Grâce aux accords de libre-échange portant sur le commerce et l’investissement signés en 1999 avec les États-Unis et en 2001 avec l’Union européenne (UE), les exportations industrielles de l’Égypte bénéficient d’un traitement préférentiel à l’entrée sur ces deux marchés d’envergure. L’Égypte a également signé des accords d’intégration avec le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), l’UE, l’Union africaine, la Zone panarabe de libre-échange (Pafta) et l’Initiative du bassin du Nil (IBN). Les exportations égyptiennes en direction des pays arabes ont augmenté jusqu’à représenter 18 % des exportations totales en 2010/11, contre 12.4 % en 2006/07.

Les IDE se sont contractés de 67.6 % en 2010/11, pour chuter à 2.2 milliards USD, soit moins de 1 % du PIB (contre 3.1 % en 2009/10). Ces flux ont principalement été dirigés vers le secteur pétrolier et l’immobilier.

Les autorités égyptiennes ont rejeté la responsabilité des troubles de 2011 sur des ONG locales financées par les États-Unis, ce qui ne favorisera pas le dialogue entre les pouvoirs publics et les donneurs internationaux.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 200320062007200820092010201120122013
Balance commerciale-9.3-11.1-12.5-14.2-13.4-11.7-10.2-7.3-6
Exportations de biens (f.o.b.)11.517.116.917.813.411.111.613.212.6
Importations de biens (f.o.b.)20.828.329.43226.822.821.820.518.6
Services7.17.17.98.36.66.93.64.14.3
Revenu des facteurs-0.20.70.90.80.1-2-2.6-3.6-2.2
Transferts courants5.15.45.45.74.44.95.25.54.9
Solde des comptes courants2.72.11.70.5-2.4-2-4.1-1.31

Politique de la dette

La dette publique brute de l’Égypte a atteint 68 % du PIB en 2010/11, contre 63.8 % sur l’exercice précédent, après la décision de financer par l’émission de bons et d’obligations du Trésor un déficit budgétaire en hausse. L’État prévoit d’allonger les échéances à 3, 7 et 10 ans, l’échéance moyenne de l’encours de bons et d’obligations ayant été ramenée de 1.7 à 1.3 an. Cependant, c’est la hausse du rendement de la dette publique, imputable à la perte de confiance des investisseurs et à l’absence de concurrence sur le marché bancaire, qui suscite actuellement des inquiétudes. Le service de la dette total a augmenté, passant de 5.4 % du PIB pour 2010 à 5.8 % à la fin de 2011. En novembre 2011, l’Égypte a émis ses premiers bons du Trésor à un an libellés en dollars, levant ainsi 1.53 milliard USD au taux de 3.87 %, c’est-à-dire un taux inférieur à celui de la livre égyptienne.

Le niveau tenable et faible de sa dette extérieure permet à l’Égypte de restructurer son portefeuille d’emprunts afin de passer d’emprunts intérieurs à court terme et coût de financement élevé à une dette extérieure à long terme et à taux préférentiels. La dette extérieure totale a été ramenée de 15.9 % du PIB en juin 2010 à 15.2 % un an plus tard. La dette extérieure publique a toutefois progressé de 3.2 % pour atteindre 27.1 milliards USD, ce qui correspond à 77.6 % de la dette extérieure totale.

Les pouvoirs publics envisagent désormais d’accroître la dette extérieure, notamment en acceptant un prêt du Fonds monétaire international (FMI), qui permettrait à l’Égypte de se financer à des taux plus intéressants (environ 2.5 %) que les taux intérieurs, et de bénéficier d’une assistance technique et d’une meilleure crédibilité auprès des investisseurs. En juin 2011, l’Égypte a rejeté un prêt de 3 milliards USD sur 12 mois que lui avait accordé le FMI. En conséquence, elle a révisé à la baisse ses estimations de déficit budgétaire pour 2011/12, de 11 % à 8.6 %, et décidé de financer sa dette en interne.

Cette priorité donnée au financement interne s’explique par la réticence de la banque centrale à ouvrir complètement aux opérateurs étrangers le secteur bancaire égyptien, dans lequel prédominent les banques publiques. Il en résulte des taux d’intérêt artificiellement élevés, dont bénéficient les banques du pays, mais qui nuisent au développement du secteur privé. Le gouvernement précédent avait commencé à libéraliser le secteur bancaire. En 2010, l’Égypte a ainsi privatisé l’une de ses plus grandes banques publiques, qui appartient aujourd’hui à un grand groupe européen. Le nouveau pouvoir doit poursuivre cette libéralisation.

Les pays du Conseil de coopération du Golfe ont promis 5 milliards USD supplémentaires via des mécanismes de financement islamiques. En octobre, Moody’s a néanmoins rétrogradé la note de l’Égypte à B1. En décembre 2011, Standard and Poor’s et Fitch lui ont emboîté le pas en abaissant la note respectivement à B et BB-. Ces trois agences maintiennent leurs perspectives négatives sur le pays, en raison du risque politique, de l’intensification des pressions sur les dépenses et de la baisse des recettes.

Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

Au cours des cinq dernières années, le secteur privé a représenté quelque 62 % du PIB. Il emploie environ 70 % de la population active du pays dans l’économie formelle et informelle. Mais les soulèvements populaires ont interrompu une décennie d’engagement résolu de l’État à renforcer l’environnement d’affaires. En 2010/11, l’Égypte était classée 81e sur 146 pays dans l’indice mondial de la compétitivité du Forum économique mondial. En 2011/12, elle était tombée à la 94e place. Elle a également reculé de deux places dans le rapport 2012 de la Banque mondiale sur la pratique des affaires (Doing Business), et ressort à la 110e place sur 183 pays. Ces résultats ne sont pas étonnants étant donné les troubles politiques qui secouent le pays.

Depuis la révolte, on dénombre plus de 6 000 enquêtes sur des cas de corruption et plusieurs affaires très médiatisées ont terni l’image des entreprises. Parmi les mesures prises figure l’annulation de plusieurs contrats directs d’attributions de terres, qui avaient été accordés par le gouvernement précédent. Les tribunaux ont également prononcé quatre jugements annulant la privatisation d’anciennes entreprises d’État. Ces jugements ont fait planer des doutes sur toutes les privatisations réalisées au cours des deux dernières décennies. Le gouvernement a fait appel de ces jugements, mais il reste à voir quelle issue sera réservée aux opérations antérieures. Les autorités égyptiennes ont mis en place une commission spéciale chargée de régler les différends fonciers, en se concentrant en particulier sur ceux qui impliquent des investisseurs étrangers.

Les démarches et les délais nécessaires à la création d’une entreprise pourraient être nettement améliorés. Pour cela, la loi sur les faillites et la loi unifiée sur les sociétés, qui attendent d’être examinées par le Parlement depuis une vingtaine d’années, doivent entrer en vigueur. Il faut en revanche saluer une initiative positive : l’autorité de la concurrence a vu son indépendance renforcée ; elle peut désormais engager elle-même des poursuites judiciaires. Et, les pratiques de corruption ne sont désormais plus de mise, ce qui constitue une rupture nette avec le passé. En outre, les pouvoirs publics, la société civile et des groupements d’entreprises travaillent ensemble pour définir des stratégies de lutte contre la corruption.

Le nouveau Parlement doit encore remédier aux problèmes de sécurité et réformer les politiques publiques, comme le souhaitent les entreprises. La majorité islamique juge infondées les craintes de ceux qui redoutent que la politique de la nouvelle administration nuise au tourisme. Elle affirme en outre que le secteur privé est au centre de ses politiques de développement économique.

Secteur financier

Le secteur financier égyptien reste sous-développé et entrave fortement le développement économique et la création d’emplois. Avec un ratio prêts sur dépôts de 50 % en décembre 2011, le secteur bancaire semble bénéficier d’une liquidité abondante. Mais les principales banques préfèrent prêter à de grandes entreprises et à l’État, plutôt qu’aux petites et moyennes entreprises (PME). L’État cherche néanmoins à accroître les financements accessibles au secteur privé. En 2010, l’accès aux informations sur le crédit a été élargi lorsque les petits commerçants ont été intégrés dans la base de données du bureau du crédit privé. Cependant, l’État reste le principal emprunteur, ce qui limite le crédit disponible pour les investissements du secteur privé. Les PME ont toujours du mal à se financer, car les grandes banques facturent des frais de transaction élevés et ne sont pas incitées à répondre aux besoins des acteurs économiques locaux plus petits, ou ne disposent pas de l’infrastructure requise. En outre, les petites entreprises n’ont bien souvent pas la capacité de satisfaire aux conditions, d’élaborer un plan d’activités et d’apporter leurs propres garanties. L’accès au financement demeure dans l’ensemble problématique pour les petites et micro-entreprises, qui constituent environ 90 % du total des entreprises. Une loi votée prévoit de multiplier le microfinancement par deux dans les années à venir. À ce jour, le microfinancement est limité aux organisations non gouvernementales qui sont uniquement financées par des dons. Les donneurs apportent des lignes de crédit au Fonds social de développement, mis en place par l’État à destination des petites entreprises. Plusieurs banques commerciales ont constitué des pôles de financement ciblant les PME, et l’État prévoit de transformer une banque d’État en banque de financement pour les PME. L’État envisage également de développer le secteur bancaire en s’appuyant sur le vaste réseau d’agences postales.

Depuis la chute du gouvernement Moubarak, on observe un ralentissement des réformes et de la privatisation des banques commerciales publiques restantes. En conséquence, le secteur bancaire demeure excessivement fragmenté, avec de nombreuses petites banques. D’après les critères internationaux, la Banque nationale d’Égypte, qui est la plus grande banque publique d’Égypte, n’est plus qu’un établissement de taille moyenne. En janvier 2011, alors que la révolte politique grondait, elle a garanti tous les dépôts du système bancaire, puis, à la réouverture des banques en février, elle a limité les retraits.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

L’Égypte dispose d’une fonction publique vaste, inefficiente, sous-payée et sujette aux pressions politiques. En 2010/11, les autorités nationales ont pris des mesures afin d’en améliorer l’efficience à court terme. À long terme, l’État a pour objectif de comprimer les effectifs en ne remplaçant que les départs en retraite. Cependant, la décision d’embaucher un million de fonctionnaires met en évidence les vives pressions sociales auxquelles est confronté le nouveau gouvernement, qui doit aussi mener des réformes.

L’Égypte compte davantage d’entreprises publiques que la moyenne des pays en développement. Il reste donc potentiellement beaucoup d’entités à privatiser, mais de récents cas de corruption, très médiatisés, ont terni l’image de la privatisation. Les entités publiques égyptiennes ont généralement des effectifs pléthoriques et devront licencier massivement une fois privatisées. Cependant, étant donné la nécessité actuelle de créer des emplois, l’État ne s’est pas engagé à poursuivre le programme de privatisations.

La décentralisation peut améliorer l’efficience de la gestion du secteur public. La stratégie nationale de décentralisation, lancée en juillet 2009, vise principalement à donner aux collectivités locales le droit de décider de leurs besoins et priorités. Le ministère des Finances élabore actuellement un plan de décentralisation budgétaire, mais les collectivités locales ne peuvent pas encore générer des recettes ni créer des sources de recettes supplémentaires sans l’autorisation du gouvernement.

Gestion des ressources naturelles et environnement

Malgré des investissements en hausse et des politiques publiques ciblées, les progrès dans la mise en place d’un environnement durable sont lents. La forte croissance démographique pèse lourdement sur les ressources naturelles du pays, en particulier sur l’eau. Un plan national de gestion de l’eau sera indispensable pour organiser l’offre et la demande d’eau. Les énergies renouvelables offrent un potentiel considérable en Égypte, en particulier l’éolien et le solaire. D’ici 2020, les autorités du pays souhaitent que 20 % de l’énergie proviennent de sources renouvelables. Le plan quinquennal (2012-17) vise à positionner l’Égypte comme un producteur de premier plan pour l’énergie solaire en Afrique du Nord.

La dernière étude d’impact sur l’environnement date de 2005. Le 6Plan quinquennal, qui se termine en juin 2012, comporte sept piliers liés à la gestion des ressources environnementales : gestion des déchets, qualité de l’eau, qualité de l’air, élimination de la pollution industrielle, protection de l’environnement, formation et sensibilisation aux questions environnementales et décentralisation de l’administration chargée de l’environnement.

L’Indice de durabilité environnementale 2010, élaboré par le Forum économique mondial et l’Université de Yale, classe l’Égypte à la 68e place sur 142 pays, ce qui constitue une performance honorable par comparaison avec des pays dont le niveau de revenu et la situation géographique sont analogues. Néanmoins, l’environnement pâtit toujours de la production d’hydrocarbures, de l’essor du tourisme, de l’irrigation intensive dans l’agriculture, du développement industriel rapide et de la forte demande d’énergie, ainsi que de l’expansion des transports et de l’habitat humain.

L’État a pris des mesures pour remédier à ces problèmes. Il a notamment élaboré le Plan d’action national pour l’environnement 2002-17. Ce plan vise un développement économique et social inclusif et reconnaît le lien entre développement durable de l’agriculture et de l’environnement, sécurité alimentaire et réduction de la pauvreté.

Contexte politique

Lorsque Hosni Moubarak et son gouvernement ont été destitués, le Conseil supérieur des forces armées a déclaré qu’il prenait temporairement le pouvoir. En mars 2011, 11 amendements à la Constitution destinés à préparer l’arrivée d’un gouvernement intérimaire ont été approuvés par référendum. En avril, le Conseil a promulgué une nouvelle Déclaration constitutionnelle, qui comporte 189 articles. La scène politique reste néanmoins agitée et les affrontements entre l’armée et les manifestants sont fréquents, ce qui suscite des inquiétudes sur la manière dont le Conseil suprême gère la transition. En réponse, ce dernier a élaboré une feuille de route simplifiée pour le transfert du pouvoir à un président démocratiquement élu d’ici juillet 2012.

La transition politique comporte tout de même des aspects positifs. À compter du 28 novembre 2011, l’Égypte a connu ses premières élections législatives libres et équitables en plus de 60 ans. Le taux de participation aux trois tours de scrutin s’est établi à 60 % en moyenne. Les résultats ont surpris, non seulement du fait de l’avance confortable enregistrée par les Frères musulmans, mais aussi en raison du grand nombre de suffrages remportés par le Parti islamiste radical. Les critères de sélection de la commission qui sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution restent sujets à controverse. Cette Constitution ouvrira la voie à l’élection présidentielle. La mouvance progressiste appelle à la participation de tous les pans de la société, tandis que les islamistes maintiennent que c’est au Parlement de décider. On ne sait pas encore quel rôle jouera l’armée dans le nouveau gouvernement.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

L’injustice sociale a été un moteur clé des manifestations anti-Moubarak. Malgré différents rapports indiquant que l’Égypte avait considérablement progressé en direction des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) définis par les Nations Unies, rien n’a été fait au cours des trois dernières décennies pour remédier à la pauvreté, au chômage et à la marginalisation des jeunes, des femmes et des populations rurales. Les troubles sociaux demeurent préoccupants, car les jeunes sont de plus en plus nombreux et de plus en plus déterminés. Leurs revendications sociales restent claires : liberté, justice, égalité et dignité humaine.

Selon l’édition 2010 du Rapport sur le développement humain de l’Égypte (Egypt Human Development Report), élaboré par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), les principaux problèmes de protection sociale qu’il faut résoudre ont trait au marché du travail, en particulier pour les jeunes et les femmes, à la discrimination entre hommes et femmes et à l’assainissement. La dégradation de l’économie après les soulèvements a engendré des problèmes sociaux dans tout le pays et ralenti les progrès en direction des OMD. La succession rapide des gouvernements (l’Égypte a connu pas moins de trois administrations différentes depuis le départ d’Hosni Moubarak) ralentit les progrès du développement social et humain. La pauvreté et le chômage sont élevés. L’indice du développement humain 2011 du Pnud classe l’Égypte à la 113e place sur 182 pays.

Les dépenses publiques d’éducation représentent quelque 3.8 % du PIB, et celles de santé 6.4 %. Cependant, 27 % des dépenses publiques servent à subventionner les denrées alimentaires, les carburants et d’autres biens de consommation courante. Les avancées sur l’OMD relatif à l’éducation primaire pour tous et les efforts pour réformer le système éducatif ces dernières années pourraient ne pas être pérennes.

Selon l’édition 2010 du Rapport sur le développement humain de l’Égypte, 27 % des jeunes de 18 à 29 ans n’achèvent pas le cycle d’enseignement primaire (17 % ne finissent pas leur scolarité et 10 % n’ont jamais été scolarisés). L’enseignement public est de mauvaise qualité et ne répond pas aux besoins du marché du travail. Le taux d’illettrisme global est d’environ 30 %. Le taux est supérieur chez les femmes, en particulier dans les zones rurales. On compte environ 5.8 millions d’illettrés parmi les 10-35 ans, soit deux fois plus que d’inscrits au lycée et à l’université.

L’Égypte dispose d’un vaste secteur de l’enseignement supérieur, d’où sont sortis 320 000 diplômés en 2010. Comme dans d’autres pays d’Afrique du Nord, les Égyptiens choisissent essentiellement d’étudier les sciences sociales, le commerce ou le droit : c’est le cas de plus de la moitié des étudiants. Seuls 10 % des diplômés optent pour l’ingénierie et les sciences.

Le rapport 2011 de l’Organisation mondiale de la Santé indique que la majeure partie de la population peut accéder facilement à des soins. Les dépenses publiques de santé avoisinent 6.4 % du PIB total.

Néanmoins, les habitants des zones rurales sont fortement pénalisés par des problèmes d’équité et d’accès aux soins. L’assurance maladie ne couvre que 50 % de la population et le secteur privé non réglementé ne cesse de s’étendre. La grande priorité pour ce secteur est la lutte contre l’hépatite B et C. L’Égypte affiche en effet le taux de prévalence le plus élevé au monde pour l’hépatite C. Selon l’enquête démographique et de santé menée dans le pays en 2009, quelque 9.8 % de la population en souffriraient de manière chronique. En revanche, concernant le VIH/Sida, le rapport national 2008/09 rédigé pour la Session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies (SSAGNU) sur le sida indique une faible prévalence du VIH (inférieure à 0.1 %) dans la population égyptienne. Selon l’OMS/Onusida, ce pays compterait un total de 10 400 séropositifs. Plusieurs projets sont menés avec l’aide du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), Onusida, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et plusieurs autres donneurs.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Même si l’Égypte a atteint l’OMD relatif à la réduction de l’extrême pauvreté, la pauvreté y reste très présente. Selon l’enquête sur les revenus et les dépenses des ménages (Household Income and Expenditure Survey) de 2011, 25 % de la population est pauvre, contre 21.6 % en 2008. La justice sociale et la distribution des revenus, en particulier dans les zones rurales et les bidonvilles, revêtent une importance considérable dans une société où les disparités régionales sont marquées. La Haute-Égypte rurale est la région la plus démunie : 51 % de ses habitants sont considérés comme pauvres, contre 43 % en 2008. C’est le cas de 44 % environ des 18-29 ans en Haute-Égypte. Selon l’enquête sur les jeunes en Égypte (Survey of Young People in Egypt – SYPE 2010), les jeunes qui vivent dans les ménages les plus défavorisés se classent dans trois grandes catégories en termes de niveau d’études : ceux qui ne sont jamais allés à l’école (29 %), ceux qui ont abandonné l’école avant la fin du cycle élémentaire (24 %) et ceux qui ont achevé un cycle d’enseignement secondaire technique (29 %).

Une carte de la pauvreté, élaborée dans le cadre d’un rapport de 2007 sur l’évaluation de ce fléau, montre que plus d’un million de ménages pauvres vivent dans des villages. Cela représente environ 5 millions d’individus ou 46 % de la population de ces villages et 42 % des Égyptiens pauvres.

Depuis sa création en 1991, le Fonds social de développement (Social Fund for Development), chargé de la lutte contre la pauvreté, a décaissé plus de 2.5 milliards USD. Près des deux cinquièmes de cette somme ont servi à soutenir le microcrédit et l’infrastructure du développement communautaire. La portée, les résultats et l’efficacité de ces programmes sont mis en cause. En outre, il y a peu de communication auprès du grand public.

Les efforts de réduction de la pauvreté annoncés par le gouvernement seront difficiles à mettre en œuvre du fait des troubles sociaux de 2011 et du ralentissement économique qu’ils ont causé.

L’État consacre environ 27 % du PIB à financer des services essentiels et à subventionner les denrées alimentaires et l’énergie en particulier. Il recourt à divers mécanismes pour réduire la pauvreté. Certains services ou certaines prestations, comme les subventions à l’énergie et à l’alimentation, bénéficient à l’ensemble de la population, et pas uniquement aux plus nécessiteux. Les dépenses consacrées à la santé et à l’éducation profitent également à tous les Égyptiens. L’État choisit cependant de subventionner certains produits de base (sucre, huile, riz et thé), ainsi que le gaz de pétrole liquéfié pour la cuisine. Ce vaste système de subventions alimentaires fournit certes un filet de protection sociale aux pauvres, mais il assèche le budget, car il comporte de nombreux dysfonctionnements qui en réduisent la qualité et l’efficience.

Il est trop tôt pour évaluer précisément l’impact qu’ont eu les troubles sociaux et l’instabilité politique sur l’emploi. Cependant, d’après les premiers indicateurs pour le premier semestre de 2011, on observe une hausse substantielle du chômage, qui atteint 11.8 % au deuxième trimestre de 2011, soit plus de 30 % de plus qu’en 2010 (OIT, 2011). Après le soulèvement populaire, le gouvernement a accepté de relever, à compter de janvier 2012, le salaire mensuel minimum à 700 EGP dans le secteur public. Le secteur informel naissant, le droit du travail, les salaires, la participation des femmes et le travail des enfants restent des questions prioritaires pour le gouvernement.

Seuls les travailleurs du secteur formel peuvent accéder aux dispositifs de chômage et de protection du travail. Les régimes de retraite et d’épargne vieillesse couvrent 70-90 % de la population active et versent des allocations à plus de la moitié des plus de 60 ans. Deux organismes publics gèrent cinq dispositifs de retraite et le secteur privé quelque 630 régimes professionnels.

Égalité hommes-femmes

Les progrès relatifs au troisième OMD (autonomisation des femmes) sont lents. Les femmes sont marginalisées en raison d’obstacles économiques, sociaux et politiques. Elles constituent la catégorie la plus vulnérable sur le marché du travail, car elles travaillent essentiellement dans le secteur informel, ou bien en tant que travailleurs familiaux non rémunérés. Leur part dans l’emploi non agricole rémunéré est très faible.

La culture et la tradition entravent la pleine participation des femmes à la vie économique, sociale et politique du pays. Néanmoins, l’accès des femmes à l’enseignement s’est amélioré. Pour 2007/08, le ratio garçons/filles s’établissait à 93 % dans le primaire et à 110 % dans le secondaire. On peut toutefois observer de profondes disparités dans l’enseignement technique, où ce ratio est de 88 %. Les filles optent en effet majoritairement pour des études commerciales.

Le Conseil national de la femme et le Conseil national de l’enfance et de la maternité ont été les principaux moteurs du combat pour les droits des femmes et les questions de genre et de développement. Néanmoins, ces organismes, qui étaient dirigés par Mme Suzanne Moubarak et d’autres personnalités clés de l’ancien gouvernement, sont largement considérés comme obsolètes. Ces dernières années, des organisations de la société civile et des organisations non gouvernementales ont étoffé leurs capacités avec l’aide des donneurs. Le Parlement étant aux mains de partis religieux conservateurs, il risque de revenir sur les droits acquis par les femmes. Il est impératif de soutenir davantage les programmes durables visant l’égalité hommes-femmes.

Analyse thématique : Promouvoir l’emploi des jeunes

Les revendications en faveur de la justice sociale, de l’égalité et pour un avenir économique meilleur figuraient en première place dans les manifestations menées par la jeunesse égyptienne contre Hosni Moubarak, et elles le restent toujours.

En 2008, près de 2 millions de 15-29 ans étaient sans emploi, contre seulement 183 000 adultes de plus de 30 ans. Selon le dernier rapport en date sur les avancées de l’Égypte en direction des OMD (2010), le taux de chômage frôlait les 23 % chez les 15-24 ans et dépassait 60 % chez les jeunes femmes. En d’autres termes, 90 % des chômeurs égyptiens avaient moins de 30 ans.

Alors que quelque 2 millions de jeunes chômeurs cherchent un emploi, les employeurs affirment avoir des difficultés à embaucher des travailleurs qualifiés, car le système éducatif et de formation ne produit pas les compétences dont ils ont besoin.

De 2003 à 2009, l’Égypte a élaboré une stratégie pour l’emploi des jeunes. En 2006, elle a rédigé un plan d’action national pour la jeunesse et annoncé officiellement en 2009 qu’il serait mis en œuvre sur 2010-15. Le plan national a pour but d’accroître les compétences des jeunes, de créer pour eux des opportunités d’emploi et d’élaborer de nouvelles politiques et de nouveaux programmes relatifs au marché du travail afin d’améliorer le niveau de vie et de contribuer à l’égalité des chances. On espère qu’il permettra de ramener le chômage des jeunes de 23 % en 2006 à 15 % en 2015 grâce à la création de 3 millions d’emplois.

Aucune information n’a jusqu’ici été rendue publique sur les résultats de ce plan national. En outre, le Fonds social de développement, qui cherchait à créer des emplois en aidant les petites, moyennes et micro-entreprises, enregistre des résultats mitigés. Il n’a pas encouragé l’esprit d’entreprise chez les jeunes, qui aurait permis l’émergence de nouvelles petites entreprises. Une stratégie d’information limitée et la complexité des procédures nécessaires pour obtenir une aide financière du fonds constituent des obstacles majeurs à l’accès des jeunes à ces opportunités.

Selon le rapport sur les avancées de l’Égypte sur la voie des OMD (2010), de nombreux indicateurs témoignent de la mauvaise qualité des emplois proposés sur le marché du travail officiel depuis quelques années. Le fait d’avoir un emploi ne suffit souvent pas à éviter la pauvreté. Près de 75 % des emplois qui ont été créés entre 1998 et 2006 l’ont été dans l’économie informelle. Par conséquent, la qualité des emplois et l’égalité des chances sont fondamentales pour faire reculer la pauvreté.

L’édition 2010 du Rapport sur le développement humain de l’Égypte a confirmé que le marché du travail ne parvenait pas à remédier aux inégalités hommes-femmes. Deux des caractéristiques les plus évidentes de la main-d’œuvre égyptienne sont la très faible représentation des femmes et l’inégalité des opportunités entre hommes et femmes affichant un même niveau d’instruction. Selon l’enquête sur les jeunes en Égypte (Survey of Young People in Egypt – SYPE 2009), le taux de participation et d’emploi dépasse 80 % pour les hommes alors qu’il n’atteint pas 15 % pour les femmes.

Le problème du chômage des jeunes en Égypte trouve des explications côté offre et côté demande. Côté offre, la formation professionnelle et le développement des compétences des jeunes sont mal organisés et insuffisamment financés. Il n’y a pas assez de formations pratiques et le programme d’enseignement ne tient pas compte des évolutions technologiques, d’où une pénurie de main-d’œuvre dans les spécialisations modernes et avancées.

Côté demande, le secteur privé se plaint que les compétences des travailleurs égyptiens ne répondent pas aux attentes du marché, ce qui freine considérablement la croissance du secteur privé en Égypte.

D’ici 2050, l’Égypte enregistrera une croissance démographique rapide et comptera alors 140 millions d’habitants. Cependant, la pauvreté des jeunes induit un risque important et croissant. Si ce problème n’est pas résolu, la perte de potentiel humain pèsera très lourdement sur le développement économique.

Malgré la stratégie d’emploi pour les jeunes, l’Égypte se heurte au manque de formation et à la croissance du secteur informel. Si l’on veut que les jeunes échappent au cercle vicieux de la pauvreté et du chômage, il est impératif de réformer en profondeur. Les jeunes doivent bénéficier d’une meilleure orientation professionnelle, qui constituera une passerelle vers l’apprentissage tout au long de la vie et le travail productif.

Des incitations doivent être mises en place à tous les niveaux : réforme des programmes d’enseignement et modernisation des équipements, partage des coûts de formation, ou encore incitations fiscales pour les employeurs. Ces réformes doivent être engagées pour faire de l’enseignement technique et professionnel une option viable pour les jeunes. Il faut de la transparence et des mécanismes de certification solides, reposant sur des normes de performance internationalement reconnues.

L’élimination des dysfonctionnements du marché du travail relève de la responsabilité commune des jeunes, des fédérations/chambres d’employeurs et des pouvoirs publics. Il faut donc que les prestataires des services de formation/d’enseignement et les employeurs tissent des liens étroits. Des programmes de formation et des dispositifs instaurés par les employeurs, une participation active des employeurs au contenu des programmes, à la fourniture de matériel pédagogique et une formation épaulée par des organismes professionnels solides qui fixent un bon niveau de qualité sont impératifs pour lever les obstacles qui empêchent les jeunes d’accéder à l’emploi, permettre le passage des études à la vie professionnelle et procurer des emplois à une population égyptienne de plus en plus nombreuse.

Carte du pays

Grande carte de pays

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