• La croissance a été estimée à 3.7 % en 2012, après un ralentissement en 2011 provoqué par de mauvaises performances agricoles. Cette croissance devrait se poursuivre en 2013 et 2014 grâce à des programmes d’infrastructure.

  • Les nouvelles autorités, issues des élections présidentielle et législatives de 2012, ont pris des mesures  en matière de bonne gouvernance qui devraient ameliorer la gestion des ressources publiques.

  • La transformation structurelle de l’économie demeure lente. Des stratégies sont prévues pour promouvoir de nouveaux produits phares, aptes à diversifier les exportations et les sources de la croissance.

Vue d'ensemble

Une reprise a été notée en 2012 avec un taux de croissance estimé à 3.7 %, contre 2.1 % en 2011. La croissance est projetée à 4.3 % en 2013 et 5.1 % en 2014. Ces perspectives reposent sur la mise en œuvre du programme économique et social du gouvernement, avec l’appui de l’Instrument de soutien à la politique économique (ISPE II) 2010-2013 conclu avec le Fonds monétaire international (FMI). Les principaux programmes d’investissement prévus portent sur les infrastructures routières, avec la poursuite des travaux d’une autoroute à péage et de l’aéroport international Blaise-Diagne, ainsi que l’énergie (distribution d’électricité).

La Stratégie nationale de développement économique et social (SNDES) sur la période 2013-2017 a été validée en novembre 2012. Elle comprend trois axes : croissance, productivité et création de richesses ; capital humain et développement durable ; gouvernance, institutions, paix et sécurité. Les orientations des nouvelles autorités en matière de bonne gouvernance devraient conduire à une meilleure gestion des ressources publiques. La mise en œuvre des réformes nécessaires pour réaliser les objectifs en matière de croissance pourrait être facilitée par la forte légitimité de la nouvelle équipe dirigeante, issue des élections présidentielle et législatives du premier semestre 2012.

Toutefois, l’ouverture de l’économie sénégalaise l’expose aux fluctuations des cours mondiaux des produits de base, ainsi qu’à la crise économique en Europe et la crise politique au Mali voisin. Des risques internes existent aussi, liés aux aléas climatiques (inondations) et aux lenteurs prises à la fois par le programme d’infrastructures routières et par les réformes, notamment celle du secteur de l’énergie.

S’agissant de la transformation structurelle de l’économie sénégalaise, des travaux récents indiquent que sur la période 1980-2009, la migration des travailleurs s’est faite des secteurs primaire et secondaire vers le secteur informel urbain. Mais la transformation reste lente : la majorité de la population, environ 60 % des actifs, dépend toujours de l’agriculture. Le Sénégal n’est pas pour le moment un pays à vocation minière, même s’il dispose d’un potentiel avec le phosphate et l’or. Les activités extractives ont représenté moins de 1.5 % du PIB en moyenne annuelle sur la période 2002-11. Les réformes pour améliorer l’environnement des affaires et la qualité des ressources humaines restent donc déterminantes.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (O)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel2.13.74.35.1
Taux de croissance du PIB réel par habitant-0.51.11.72.5
Inflation IPC3.42.51.61.8
Balance budgétaire % PIB-6.6-7-7.9-7.4
Balance courante % PIB-7.7-8.6-9.3-10

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072012
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche13.816.7
Construction5.64.2
Electricité, gaz et eau2.93.3
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises15.615
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières14.514.7
Mines1.12.9
Autres services7.77.0
Administration publique et services personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels7.17.2
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications12.711.6
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants1917.4
Vente en gros et de détail, immobilier--

L’activité économique a gagné en intensité en 2012, avec 3.7 % de croissance, à la faveur de la bonne campagne agricole.

La croissance a cependant subi les contrecoups de la crise malienne et de la mauvaise production arachidière de 2011, sans oublier les tensions qui ont précédé l’élection présidentielle au debut de 2012. La baisse de la demande malienne explique le recul des exportations de ciment hydraulique (‑0.3 %) et de produits pétroliers (‑2.3 %) en 2012.

Du côté de l’offre, le retour à la normale de la production agricole a permis au secteur primaire de contribuer à hauteur de 16.7 % du PIB en 2012. Cette tendance devrait se poursuivre en 2013 et 2014. L’effet de rattrapage enregistré dans l’agriculture est dû à la bonne pluviométrie et à une distribution à bonne date des semences et fertilisants par les pouvoirs publics. La filière arachidière s’est renforcée en volume, tout comme le coton, la tomate et la pastèque. La valeur ajoutée de l’élevage est estimée en baisse de 1.1 % en 2012 en raison de la diminution des abattages contrôlés de viande. Quant à la pêche, elle a connu un regain d’activité, évalué à 6.8 % en 2012, avec la hausse des débarquements de la pêche artisanale. Le Sénégal a mis un coup d’arrêt à l’octroi de licences de pêche, tandis que la Mauritanie a accordé plus de licences aux pêcheurs sénégalais.

Le taux de croissance du secteur primaire évolue de façon erratique, en fonction des aléas climatiques (inondations, sécheresse) et autres chocs exogènes. Après une baisse de 10.8 % en 2011, il a augmenté de 8.9 % en 2012 et il est projeté à 6.1 % en 2013. La diversification des sources de valeur ajoutée et la stabilisation des revenus en milieu rural représentent un enjeu de la transformation de l’économie à moyen et long termes.

Le secteur secondaire (hors mines et carrières) a contribué à hauteur de 22.2 % au PIB en 2012. Il devrait être soutenu en 2013 et 2014 par les activités manufacturières, avec la stabilisation du conflit au Mali. La baisse de la valeur ajoutée du secteur secondaire en 2012 (‑1.4 %) résulte de la baisse de la production de phosphates, de corps gras, de farine et de ciment. L’industrie, concentrée sur les processus de transformation primaire de matières premières, reste à diversifier. La production de sucre a marqué une hausse, dans le cadre du plan quinquennal d’autosuffisance en sucre à l’horizon 2015. De même, la production de fibres textiles a augmenté, dans le cadre du plan triennal 2010-13 de relance de la filière coton. La production d’énergie a également augmenté, à la faveur d’une restructuration du secteur depuis 2011. Mais ces hausses n’ont pas suffi à imprimer une dynamique de croissance à l’ensemble de l’industrie.

Le secteur tertiaire, y compris l’administration publique, a contribué pour 58.2 % au PIB avec une croissance de 4 % en 2012, tirée notamment par les services financiers, les télécommunications et le commerce. En revanche, les activités de transports (notamment ferroviaires et aériens) ainsi que les services d’hébergement et de restauration ont marqué un recul en 2012, en raison des difficultés du tourisme et des loisirs. La stabilisation de la crise en Europe et au Mali et le maintien du taux de TVA à 10 % pour le tourisme ainsi que l’accroissement de la production agricole et manufacturière devraient entraîner une certaine reprise en 2013 et 2014, avec une croissance maintenue autour de 4 %.

Le taux de croissance de la demande intérieure est passé de 3.0 % en 2011 à 5.3 % en 2012. Il a permis de compenser la faiblesse des exportations et s’est soldé par une hausse de 5 % des importations. La consommation des ménages, qui correspond à plus de 70 % du PIB en 2011/12, demeure soutenue par la hausse des transferts des migrants, estimés à 737.7 milliards XOF (franc CFA BCEAO) en 2012 (soit 10 % du PIB). La formation brute de capital fixe est soutenue par l’investissement public. Ce dernier a rebondi en 2012 après une baisse de 1.9 % en 2011, grâce aux travaux de l’autoroute à péage et de l’aéroport international Blaise Diagne ainsi qu’aux investissements dans le secteur de l’électricité. La formation brute de capital fixe et la création d’emploi bénéficieront aussi en 2013 et 2014 du démarrage de l’exploitation des gisements de zircon, en plus de l’or. Des investissements exceptionnels de 432.6 milliards XOF ont par ailleurs été prévus en 2012 par le groupe Apix, pour la création avec des capitaux allemands, turcs et sénégalais d’une unité de dessalement de l’eau et de production d’eau potable (100 000 m3 par jour), d’énergie électrique (400 mégawatts par jour) et de sel.

Sur le plan fiscal, la réforme du code général des impôts se traduira en 2013 par une rationalisation des exemptions et un allègement de la fiscalité pour les particuliers. Du coup, le pouvoir d’achat des ménages sera revalorisé à hauteur de 29 milliards XOF environ, soit 0.37 % du PIB de 2013. La poursuite de la mise en œuvre de la stratégie de croissance accélérée (SCA) en application de la SNDES devrait se traduire par des taux de croissance de 4.3 % en 2013 et 5.1 % en 2014. Les investissements publics visent à reconstituer le capital de lancement et l’équipement du monde rural, en plus des programmes d’infrastructures routières et énergétiques, y compris dans le cadre d'un ’accord financé par le Millenium Challenge Account (MCA). L’efficacité de ces investissements et réformes, notamment dans le secteur de l’énergie, devrait limiter les risques liés aux chocs exogènes comme la crise au Mali et les aléas climatiques.

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

La politique budgétaire a été conduite en 2012 dans un contexte marqué par le ralentissement de l’économie mondiale et les tensions dans les pays voisins (Mali et Guinée-Bissau). Le déficit budgétaire, estimé à 7.0 % en 2012 contre 6.6 % en 2011, aurait été plus élevé (8 %) s’il n’y avait pas eu d’efforts pour réduire le train de vie de l’État et un report de certaines dépenses d’investissement non prioritaires. Le déficit budgétaire en 2012 s’explique par le soutien aux prix de l’énergie (électricité et produits pétroliers) à hauteur de 150 milliards XOF, soit 2 % du PIB. Il a aussi été creusé par l’aide en faveur des victimes de la sécheresse et la révision de la croissance (3.7 % contre une projection de 3.9 %). Le deficit devrait augmenter en 2013 et s’élever à 7.9 %.

Les recettes totales ont augmenté de 12.9 % en 2012 pour atteindre 1 720 milliards XOF sous l’effet de l’accroissement des recettes budgétaires (9.8 %) et des dons (41.3 %). Le taux de pression fiscale s’élève à 19.1 % en 2012 contre 18.8 % en 2011, supérieur à la norme de 17 % fixée par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). La politique budgétaire a été légèrement expansionniste en 2012. Le ratio entre dépenses et prêts nets a atteint environ 30 %, contre 29 % en 2011.

La hausse de 8.9 % des dépenses totales et prêts nets en 2012 s’explique par un accroissement des salaires et traitements (6.1 %), des autres dépenses courantes y compris les subventions (6.6 %) et du service de la dette publique (17.7 %). Cette dernière résulte d’une hausse de 47.7 % du service de la dette publique intérieure.

Les dépenses en capital sur financement intérieur représentent environ 37 % des recettes fiscales, au-dessus de la norme communautaire de 20 %. La masse salariale rapportée aux recettes fiscales représente environ 30 % en 2012 et devrait rester à ce niveau en 2013/14, sous le plafond de 35 %. Dans le cadre de l’ISPE, le gouvernement dispose d’un plafond de 50 milliards XOF d’instances de paiements, mais sans accumulation d’arriérés de paiement. Le soutien aux prix de l’électricité en 2013 devrait être limité à 80 milliards XOF (soit 45 milliards XOF à économiser selon les prix pétroliers actuels). Le respect de ce plafond paraît improbable.

Le projet de Loi de finances 2013 s’inscrit dans les priorités de la stratégie de développement du pays. La répartition des allocations montre que les ministères des Infrastructures, de l’Agriculture, de la Santé et de l’Éducation ont bénéficié d’environ 35 % du budget total. La baisse des dépenses courantes de 14.2 milliards XOF et l’accroissement des dépenses en capital de 81.4 milliards XOF traduisent la volonté du gouvernement d’avoir un budget plus orienté vers l’investissement.

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)21.621.922.523.12323.2
Recettes fiscales1818.71918.91919.2
Recettes pétrolières------
Dons32.52.22.92.72.7
Dépenses totales (et prêts nets) (a)26.827.329.130.130.930.6
Dépenses courantes16.715.817.618.118.217.7
Sans les intérêts15.914.816.116.416.316.1
Salaires66.16.36.36.36.2
Intérêts0.80.91.51.71.91.6
Solde primaire-4.4-4.4-5.1-5.3-6-5.8
Solde global-5.2-5.4-6.6-7-7.9-7.4

Politique monétaire

Le Sénégal est membre de l’Uemoa, composé de huit pays partageant une monnaie commune, le franc CFA de la zone Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). La politique monétaire, dont l’objectif principal est d’assurer la stabilité des prix pour sauvegarder le pouvoir de la monnaie, s’inscrit dans ce contexte communautaire.

Les conditions monétaires dans l’Uemoa et au Sénégal ont été marquées par la baisse de 7 % à 5 % des coefficients de réserves obligatoires, entrée en vigueur en mars 2012. De même, le taux d’intérêt minimum de soumission aux adjudications d’injections de liquidités est passé de 3.25 à 3 % en juin 2012. Ces décisions de la BCEAO ont entraîné une tendance à la baisse des taux d’intérêt à toutes les maturités, à l’exception notable des taux d’intérêt débiteurs qui se sont accrus de 25 points de base entre le deuxième et le troisième trimestre pour atteindre 8.16 % à fin septembre 2012. Au Sénégal, les taux d’intérêt débiteurs se situent à fin novembre 2012 en moyenne entre 4.97 % et 11 % selon les emprunteurs. Une nouvelle baisse des taux directeurs de 25 points de base a été décidée par la BCEAO en mars 2013. Le taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres d’injection de liquidités est ainsi ramené de 3 à 2.75 %.

L’évolution de la situation monétaire au Sénégal est caractérisée par un accroissement de la masse monétaire, mesuré par l’agrégat M3, de 2 710 milliards XOF en 2011 à 2 910 milliards XOF en 2012. Cette évolution s’est reflétée par une augmentation du crédit intérieur d’environ 14 % et par une réduction des avoirs extérieurs nets d’environ 11 %. La masse monétaire a augmenté de 39.8 % du PIB en 2011 à 40.0 % en 2012 et le crédit à l’économie représente 30.5 % du PIB en 2012. La masse monétaire en 2013 devrait s’élever à 3 230 milliards XOF et le taux de liquidité globale de l’économie a été projeté à environ 42 % du PIB.

Les entreprises continuent à citer l’accès au financement comme une contrainte majeure dans le rapport Doing Business 2012 de la Banque mondiale. S’agissant du marché financier régional, l’État du Sénégal est plus présent que les entreprises, avec un encours évalué à 76.8 milliards XOF au 20 octobre 2012. Mais le marché monétaire a été le plus actif ces dernières années. L’État du Sénégal y est intervenu à hauteur de 429.7 milliards XOF au 12 octobre 2012. Il a émis des euro-obligations en 2009 et 2010 et envisage de recourir à des emprunts non concessionnels pour environ 200 millions USD en 2013.

L’inflation, de 2.5 % en 2012 contre 3.4 % en 2011, a été contenue malgré la hausse des produits alimentaires (céréales) et des boissons non alcoolisées. Les prévisions anticipent un taux d’inflation inférieur au plafond communautaire de 3 %.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

Sur l’année 2012, le déficit commercial est estimé à 18.1 % du PIB. Le déficit du compte courant, 8.6 % du PIB en 2012, est projeté à 9.3 % en 2013. Il devrait être financé par les transferts de capitaux publics et privés.

Les transferts des fonds des migrants sont estimés en 2012 à environ XOF 737.7 milliards et devraient se maintenir à 10 % du PIB en 2013. Les investissements directs étrangers (IDE) ont été estimés en 2012 à 136 milliards XOF (soit environ 2 % du PIB) contre 133 milliards en 2011. Pour 2013, ils devraient diminuer à 88 milliards XOF.

Seules les exportations d’or industriel ont sensiblement augmenté (53.4 %) en 2012. Les baisses les plus fortes de la valeur des exportations ont concerné les produits arachidiers, les engrais minéraux et chimiques, l’acide phosphorique et les produits alimentaires. Le Mali reste la première destination des exportations sénégalaises avec 47 % du ciment hydraulique et 11 % des produits pétroliers exportés. Les ventes aux pays de l’Uemoa ont représenté 24.3 % des exportations en 2012. La libéralisation de la commercialisation de l’arachide en coque s’est traduite par une intervention directe des acheteurs chinois et indiens auprès des producteurs sénégalais, aux dépens des huiliers.

Les décaissements au titre de l’Aide publique au développement en 2010 ont été de 479 milliards XOF, soit environ 8 % du PIB. Les appuis budgétaires des partenaires techniques et financiers pour mettre en œuvre les réformes se sont soldés par des décaissements de 163 milliards XOF (2.25 % du PIB) en 2012.

Le Sénégal a reculé dans le classement Doing Business de la Banque mondiale, passant de la 164e à la 166e place entre 2011 et 2012. De même, il est passé de la 111e à la 117e place dans l’Index de compétitivité globale. La dépréciation du franc CFA (‑1.6%) par rapport aux monnaies des pays partenaires conjuguée au différentiel d’inflation favorable (‑2.6%) a induit des gains de compétitivité de l’ordre de 4.2% en moyenne sur les huit premiers mois de 2012.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale-12.3-15.9-14.9-17-18.1-18.2-18.4
Exportations de biens (f.o.b.)18.816.416.817.717.717.417.2
Importations de biens (f.o.b.)31.132.331.734.835.835.635.6
Services-0.3-1-0.5-0.9-0.9-0.9-0.8
Revenu des facteurs-1.6-1.3-1.1-1.2-1-1-0.8
Transferts courants7.911.51211.411.410.710
Solde des comptes courants-6.4-6.7-4.5-7.7-8.6-9.3-10

Politique de la dette

Le Sénégal a poursuivi en 2012 la diversification de ses instruments de dette en termes de concessionnalité, de maturité et de taux d’intérêt à travers des émissions de titres sur le marché régional et international. Le gouvernement privilégie le financement concessionnel et ne contracte ni ne garantit des emprunts extérieurs à des conditions non concessionnelles. Le gouvernement consulte le FMI à l’avance pour toute dérogation à ce critère. C’est dans ce cadre qu’il envisage d’utiliser en 2013 le reliquat de l’enveloppe du programme avec le FMI pour les emprunts non concessionnels (200 millions USD) ainsi que l’enveloppe pour les emprunts semi-concessionnels, pour financer des investissements d’infrastructures.

L’encours de la dette intérieure est estimé à 9.9 % du PIB en 2012 et projeté à 8.9 % du PIB en 2013. Parallèlement, l’encours de la dette extérieure, à 32.2 % du PIB en 2012, atteindrait 34.1 % du PIB en 2013. Le service de la dette publique extérieure ne représenterait que 9.9 % des recettes budgétaires tant en 2012 et en 2013, contre un plafond de 30 %. Il représenterait environ 8.3 % et 8.4 % des exportations de biens et services respectivement en 2012 et 2013 ; contre un plafond de 20 % retenu dans le cadre de l’analyse de la viabilité de la dette. Le service de la dette intérieure a augmenté de 47.6 % entre 2011 et 2012 pour s’élever à environ 66 milliards XOF. Il est projeté à 82 milliards XOF en 2013.

Le taux d’endettement demeure inférieur à la norme de 70 % retenue dans le cadre de la surveillance au sein de l’Uemoa, mais il a presque triplé (1 200 milliards XOF en 2007) depuis les annulations obtenues dans le cadre de l’Initiative d’annulation de la dette multilatérale (IADM) en 2006. Bien que faible, l’encours de la dette intérieure a connu un accroissement soutenu (passant de 4.5 % du PIB en 2007 à environ 10 % en 2012). Cette évolution s’explique par le financement extérieur des importants programmes d’investissements publics et le financement contracté sur le marché international en 2009 et en 2011.

La dernière analyse de viabilité de la dette extérieure a conclu que le Sénégal présente un faible risque de surendettement. Conscient du risque inhérent à un accroissement rapide de la dette, le gouvernement a élaboré sa première stratégie de dette à moyen terme, sous la conduite de la nouvelle direction de la dette publique logée au Département du Trésor. Cette nouvelle stratégie s’appuie sur un diagnostic approfondi et préconise le reprofilage de la dette par la réduction des instruments de courte maturité dans la dette intérieure.

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

En dépit des réformes pour améliorer l’environnement des affaires, des efforts importants restent à faire. Dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale, le pays affiche un score inférieur à la moyenne africaine dans le raccordement à l’électricité (180e rang mondial), le paiement des impôts (178e) et le transfert de propriété (173e). De même, le Sénégal a été classé 117e sur 144 pays dans le classement de l’Index de compétitivité globale 2012/13.

Des améliorations sont encore possibles. A cet égard, la 11e réunion du Conseil présidentiel de l’investissement (CPI) de décembre 2012 a adopté un ensemble de mesures à court terme et un nouveau programme de réformes (2013-15).

Dans ce cadre, le nouveau code général des impôts, en vigueur début 2013, supprime les droits d’enregistrement sur les actes de création d’entreprise et fait baisser la taxe sur les transactions immobilières. Dans l’énergie, l’extension de la capacité des centrales de Bel Air et de Kahone, la poursuite de la réhabilitation de la capacité de production de la Société nationale d’électricité (Sénélec) devraient se traduire à partir de 2013 par une meilleure fourniture d’électricité. Par ailleurs, la TVA dans le tourisme a été maintenue à 10 % dans le cadre du nouveau code général des impôts.

Pour l’obtention de prêts, il est prévu de mettre en place en 2013 des bureaux d’information sur le crédit, en marge des travaux menés dans le cadre de l’Uemoa. Il s’y ajoute la création de registres de garanties et la mise en place d’une base de données fiables du registre des crédits immobiliers.

Concernant le transfert de propriété, l’autorisation de transaction sera supprimée et remplacée par une déclaration préalable. En outre, les services de la conservation foncière vont tenir des statistiques sur les délais d’établissement et de délivrance des états de droits réels et de mutation dans le livre foncier.

Le nouveau programme de réformes (2013-15) prévoit l’automatisation des procédures administratives, la mise en place d’un dispositif fiscal et juridique incitatif et simplifié et la promotion de l’investissement à fort impact social.

 

Secteur financier

Le système financier continue sa diversification en termes de gammes de produits et d’accessibilité, notamment avec le développement de la microfinance. Le secteur bancaire domine le système financier sénégalais et représente 88 % des actifs en fin 2011. Le crédit à l’économie est estimé à 30.5 % du PIB en 2012 contre 28.7 % en 2011. L’accès aux services financiers tournerait autour de 19 % (ouvertures de comptes dans les banques, les institutions de microfinance et le réseau postal).

Les tests de résistance conduits par les autorités monétaires et les services du FMI indiquent que le secteur peut faire face aux risques de liquidité et de taux d’intérêt. Le niveau élevé de liquidité des banques s’explique par un déficit de projets solvables.

Néanmoins, des risques pèsent sur la solidité du secteur bancaire, en raison de la concentration des prêts. Autre source d’inquiétude : un ratio de créances en souffrance qui s’élève à 17 % en 2012.

Les institutions de microfinance, avec 234 établissements, couvrent Dakar et sa banlieue, ainsi que les autres zones urbaines et rurales. Le crédit qu’ils ont octroyé atteint 219 milliards XOF en juillet 2012. Les micro-entreprises du commerce, des services, de l’agriculture et des transports sont les principaux bénéficiaires de ces prêts. Dans le segment des systèmes financiers décentralisés (SFD), on retrouve les risques liés à la concentration des activités.

Au niveau de la Bourse régionale des valeurs mobilières, la capitalisation boursière totale du marché s’est accrue de 1.1 %, passant de 4 190 milliards XOF fin juin 2012 à 4 240 milliards XOF fin septembre 2012. Cette évolution est liée à la hausse de 1.4 % de la capitalisation boursière du marché des actions.

Le nombre de banques au Sénégal pourrait atteindre la vingtaine en 2013 avec le lancement de la Banque nationale pour le développement économique (BNDE). L’accès au financement fait l’objet de nouvelles initiatives avec notamment la création en 2012 du Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip), en particulier ceux initiés par les jeunes, les femmes ou dans le monde rural. On note également un développement rapide de la banque à distance (mobile banking), notamment pour les populations rurales.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

Le Sénégal a fini de transposer dans son droit interne les nouvelles directives de l’Uemoa sur les finances publiques avec l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi portant sur un code de transparence en décembre 2012. Les dispositions de la nouvelle loi organique relative aux lois de finances seront expérimentées en 2013 dans les ministères de la Justice et de l’Environnement.

En matière de contrôle externe, l’Assemblé nationale a adopté en 2012 la réforme de la Cour des comptes, qui vise à renforcer son indépendance et ses capacités. Par ailleurs, à la suite de la réactivation de la Cour de répression de l’enrichissement illicite, une loi a été votée en décembre 2012, créant l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption. Cette instance est dotée d’un pouvoir d’autosaisine et ses rapports seront publiés.

Huit agences nationales ont été supprimées en 2012 et les autres doivent faire l’objet d’une évaluation en 2013. Un audit physique des personnels de la fonction publique a été lancé. Sur le plan fiscal, l’année 2012 a été marquée par la réforme du code général des impôts, qui se traduira en 2013 par la rationalisation des exemptions fiscales. Pour améliorer la trésorerie, le gouvernement continue ses travaux d’établissement d’un compte unique du Trésor, qui devrait être finalisé en 2013.

Les pouvoirs publics publient des informations telles que les appels d’offres dans les journaux et sur le site web du Système intégré de gestion des marchés publics, Sygmap (www.marchespublics.sn). La retransmission des débats parlementaires par les radios et la télévision permet à la population de suivre de près la marche des affaires publiques. Une bonne partie des médias fonctionne de manière indépendante et dénonce les comportements peu éthiques.

Gestion des ressources naturelles et environnement

La politique sectorielle de l’environnement et des ressources naturelles prévue pour 2009‑15 vise à assurer un environnement durable, et à inverser la tendance actuelle à la dégradation continue de l’environnement et des ressources naturelles. Le secteur dispose d’un cadre de dépenses à moyen terme et de programmes budgétaires qui permettent d’aligner les dépenses sur les priorités.

Des actions de grande envergure sont mises en œuvre avec l’appui des partenaires techniques et financiers pour lutter contre la déforestation et faciliter l’adaptation des populations aux changements climatiques. La proportion des Plans de gestion environnementale et sociale (PGES) suivis en 2011 est de 58 % (soit 74 plans sur les 127 projets validés) contre 60 % en 2010. Le ratio reboisement/déboisement se situe à 0.99 en 2011, contre 0.96 en 2010, grâce à la régénération de 8 232 hectares et le reboisement de 29 266 hectares, contre 19 455 hectares en 2010.

Les nouvelles autorités ont prévu de procéder à une révision du cadre législatif du secteur minier. À moyen terme, le pays envisage d’adhérer à l’Initiative de la transparence dans les industries extractives (ITIE) de la Banque mondiale.

Dans le cadre de la SNDES 2013‑17, les acquis du secteur de l’environnement seront renforcés avec des politiques visant à atténuer les effets des changements climatiques sur les écosystèmes, à renforcer les capacités de gestion de l’environnement et des ressources naturelles, à promouvoir l’économie verte et la création d’emplois verts, et à rendre les écosystèmes ruraux moins vulnérables aux effets des changements climatiques.

Contexte politique

L’année 2012 a été marquée par les élections présidentielle et législatives. Suite à la validation de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade par le Conseil constitutionnel, des manifestations ont éclaté et celles-ci ont été sévèrement réprimées et fait plusieurs morts. Les élections elles-mêmes se sont déroulées dans le calme et la transparence. Macky Sall, le candidat d'opposition a été élu président consacrant ainsi le renforcement de la démocratie sénégalaise. Les élections législatives de juillet 2012 ont été remportées par la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) de la mouvance présidentielle, avec 119 sièges sur un nombre total de 150.

La bonne gouvernance figure parmi les priorités des nouvelles autorités. Dans le cadre de la lutte contre l’enrichissement illicite et la traque des biens mal acquis, les auditions des dignitaires de l’ancien régime ont commencé en juillet 2012. Par ailleurs, les attentes des populations vis-à-vis du nouveau régime restent élevées, en termes d’emplois et d’amélioration des conditions de vie.

Sur le front de la paix et de la sécurité intérieure, les nouvelles autorités ont fait le choix d’une approche régionale de résolution du conflit en Casamance en impliquant davantage la Gambie et la Guinée-Bissau. Cette stratégie s’est soldée par la libération des huit otages, dont sept miliaires, détenus par des éléments indépendantistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Par ailleurs, l’instabilité au Mali rend la menace terroriste plus réelle pour le Sénégal. Enfin, l’année 2012 a été marquée par de nombreuses grèves dans l’enseignement public. L’année scolaire 2011/12 a été sauvée grâce aux accords conclus entre les nouvelles autorités et les syndicats d’enseignants.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

Selon les résultats de l’Enquête démographique et de santé de 2010/11 (EDS-MICS), le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a fortement baissé, passant de 121 pour m1 000 en 2005 à 72 pour 1 000 en 2011. Cette tendance est imputable à une forte diminution de la mortalité juvénile (26 pour 1 000 en 2011 contre 64 pour 1 000 en 2005), même si les disparités entre villes et campagnes et la mortalité maternelle restent élevées. Le Sénégal met en œuvre sur la période 2012-15 de nouveaux plans stratégiques pour la lutte contre le paludisme, le VIH/sida et la malnutrition ainsi que pour l’extension de la couverture du risque maladie. Il s’agit d’accélérer la mise en œuvre des différents programmes de prévention et d’offres de services de santé dans le cadre global du Plan national de développement sanitaire (PNDS) 2009-18. Son objectif consiste à éradiquer les maladies transmissibles et chroniques, à réduire la mortalité maternelle et assurer la survie et la nutrition des enfants.

Dans le secteur de l’éducation, plus de 93 % des enfants âgés de 7 à 12 ans ont été scolarisés en 2011. Ce taux est de 11 % pour le préscolaire et 53 % pour l’enseignement moyen et secondaire. La parité filles/garçons dans l’enseignement primaire est atteinte au niveau national depuis 2006. Des disparités subsistent entre les régions et au fur et à mesure qu’on s’élève dans la pyramide scolaire. Le taux d’achèvement dans l’élémentaire a augmenté, passant de 59 % en 2010 à 66 % en 2011. Le secteur privé, actif à tous les niveaux d’enseignement, a contribué à ces résultats.

Selon les résultats de l’Enquête de suivi de la pauvreté au Sénégal (ESPS) de juillet 2012, le taux d’alphabétisation des 15 ans et plus s’élève à 51 %, contre 42 % en 2005. Le taux d’alphabétisation est plus élevé à Dakar (68 %) et dans les autres villes (61 %) qu’en zone rurale (38 %). Alors que 65 % des hommes sont alphabétisés, ce taux ne dépasse pas 40 % chez les femmes.

La nouvelle politique générale du secteur de l’éducation et de la formation qui couvre la période 2012-25 met l’accent sur l’amélioration de la qualité des enseignants. Elle vise un taux d’achèvement de 100 % en 2020 dans l’élémentaire et un taux de transition entre le cycle fondamental et l’enseignement secondaire de 80 % en 2025. Elle prévoit l’introduction de nouvelles filières de formation professionnelle, l’orientation à l’horizon 2025 d’au moins 30 % des élèves sortant du cycle fondamental vers la formation professionnelle, ainsi que le développement d’une capacité de certification des compétences pratiques pour 300 000 jeunes du secteur informel

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Les politiques d’éducation et de santé continuent de faire l’objet d’une attention particulière. Selon les données de la loi de finances de 2013, l’éducation et la santé représentent environ 18 et 5 % du budget total.

Une part de 46.7 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2011, contre 48.3 % en 2006, selon les résultats provisoires de l’ESPS de 2012. La pauvreté est plus faible à Dakar (26 %) que dans les autres centres urbains (41 %) et en milieu rural (57 %). Toutefois, le nombre de pauvres a augmenté, passant de 5.7 à 6.3 millions de personnes sur la période 2006-11.

Le taux de couverture de la protection sociale demeure faible au Sénégal. Des mutuelles de santé ont essaimé pour tenter de résoudre ce problème : il existe 217 mutuelles de santé communautaires et 20 mutuelles d’envergure nationale, couvrant environ 609 000 bénéficiaires en 2011. Mais le taux de couverture demeure faible, le ciblage non optimal, les ressources allouées insuffisantes et les actions souffrent d’un déficit de coordination.

Les politiques et stratégies de réduction de la pauvreté manquent d’efficacité. L’agriculture reste peu productive, parce qu'elle est confrontée aux aléas climatiques ainsi qu’aux difficultés d’accès aux facteurs de production, notamment à des terres aménagées. Le Sénégal n’a pas encore atteint les normes préconisées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en termes d’infrastructures sanitaires et de personnel qualifié. Dans l’éducation, les résultats obtenus ne sont pas non plus à la hauteur des moyens investis. Les effets négatifs des chocs exogènes (prix internationaux élevés) et internes (déficit de pluie) jouent aussi. Entre 2009 et 2011, le taux de croissance annuel du PIB a été de 3 % en moyenne, pour une croissance démographique d’environ 2.6 %.

Le Sénégal réalisera probablement les objectifs 2, 6 et 7 des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), concernant l’égalité d’accès à l’éducation, la lutte contre le VIH/sida et le paludisme et l’environnement durable. La SNDES contribue à atteindre ces objectifs, de même que les efforts en matière de protection sociale. La Caisse autonome de protection sociale universelle va démarrer sa phase test en 2013, avec une dotation initiale de 10 milliards XOF pour la prise en charge d’une couverture maladie de base, d’un revenu minimum vieillesse et d’une bourse de sécurité familiale en faveur des femmes, chefs de familles et des personnes âgées.

Le marché du travail comprend trois segments : rural, informel urbain et moderne. Il se traduit notamment par une situation de sous-emploi qui concerne 32 % de la population active en 2011. Une Banque nationale pour le développement économique (BNDE) dédiée aux petites et moyennes entreprises doit être lancée en 2013 ainsi que le Fongip avec une dotation de 5 milliards XOF, pour accompagner les porteurs de projets dans les secteurs créateurs d’emplois.

Égalité hommes-femmes

Le Sénégal a ratifié la Convention des Nations Unies pour l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et son protocole relatif aux droits des femmes. La Constitution sénégalaise consacre dans son article 7 l’égalité des hommes et des femmes en droit. L’application de la loi sur la parité lors des législatives de juillet 2012 a fait passer de 22 à 43 % la part des femmes à l’Assemblée nationale.

Alors que la parité est atteinte à l’école primaire, le Sénégal a fait des avancées dans le domaine des droits des femmes, même si des marges de progrès existent dans l’application des lois. Des dispositions sont prévues par le nouveau gouvernement pour faciliter l’accès des femmes rurales à la propriété foncière. Les groupements féminins et les groupements d’intérêt économique de femmes bénéficieront de crédits à partir des programmes de microfinance notamment.

Des programmes de formation qualifiante et d’alphabétisation fonctionnelle leur seront aussi destinés. En outre, le gouvernement envisage la réforme du code de la nationalité pour permettre à toute femme sénégalaise de transmettre sa nationalité, notamment à son enfant.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

Sur la période 1991-2011, la croissance économique a été assez volatile, entre un pic de 6.7 % en 2003, réalisé en rattrapage sur le plancher de 0.7 % enregistré en 2002. En moyenne annuelle, la croissance a atteint le taux de 4.5 % entre 1995 et 2005. Des performances associées à la dévaluation du franc CFA de janvier 1994, mais aussi aux réformes réalisées. Le secteur tertiaire est resté depuis plusieurs décennies le contributeur principal dans la formation du PIB, en l’absence de nouveaux produits phare dans la diversification des exportations et des sources de croissance. Du côté de la demande, la consommation est restée la composante la plus forte, dynamisée par les revenus monétaires tirés de l’arachide, des investissements publics sur ressources extérieures, et plus récemment des transferts des migrants.

Au cours des années 1960 et 1970, la baisse tendancielle de la part du secteur primaire dans le PIB a profité à la fois aux activités secondaires et tertiaires.

Des travaux récents indiquent que sur la période 1980‑2009, la migration des travailleurs s’est faite des secteurs primaire et secondaire vers le secteur informel urbain. Mais la transformation reste lente : la majorité de la population, 60 % de la population active, dépend toujours de l’agriculture.

Les activités extractives ont représenté moins de 1.5 % du PIB en moyenne annuelle sur la période 2002‑11. Les ressources portent sur les phosphates, le calcaire (transformé en ciment) et les produits arachidiers. Le premier lingot d’or produit au Sénégal date de 2009. Les capacités aurifères sont estimées à environ quatre tonnes par an pendant sept ans. L’exploitation des gisements de sables minéraux lourds se trouve en phase de démarrage, pour une production de 85 000 tonnes par an de zircon, étalée sur 25 ans.

Aucune disposition ne prévoit de faire bénéficier les générations futures des rentes tirées des ressources naturelles. Ces rentes, il est vrai, n’ont pas atteint des montants qui justifieraient la mise en place d’un fonds souverain d’épargne conçu sur la durée. Les investigations récentes établissent deux résultats majeurs. Tout d’abord, au vu de la structure de son panier d’exportations, le Sénégal dispose d’un potentiel de croissance compris entre 5.89 et 8.2 % sur la période 2010‑30. Depuis 30 ans, le PIB par tête et donc la productivité du Sénégal restent en dessous de la moyenne africaine.

Ne disposant pas de ressources naturelles comparables au pétrole, le Sénégal a compté d’abord sur l’arachide et les phosphates comme premiers produits d’exportation. Les produits halieutiques, le coton et le tourisme ont ensuite servi de produits de diversification à partir des années 70. Mais aucun de ces produits n’a servi de base durable à une industrie florissante. Le secteur des huiles alimentaires subit les contrecoups des fluctuations de la pluviométrie et des cours mondiaux. Les produits dérivés des phosphates (engrais et acide phosphorique) sont confrontés à des problèmes de qualité et/ou de compétitivité. L’industrie thonière s’avère peu compétitive. Le Sénégal comme destination touristique ne donne pas non plus les résultats escomptés.

Le déficit d’entrepreneurs et d’investissements privés a justifié le rôle que l’État a joué pendant les années 60 et 70 pour impulser la croissance et le développement. Les résultats insuffisants obtenus témoignent d’un manque de choix stratégiques pertinents, d’une planification axée sur la transformation de l’économie et d’une mise en œuvre des réformes avec la discipline requise.

Ainsi, l’impératif de convergence des initiatives publiques et privées de promotion de l’entreprenariat, de l’investissement et de l’innovation, a inspiré, entre autres cadres, la mise en place du Conseil présidentiel de l’investissement (CPI) en 2002 et la définition de la Stratégie de croissance accélérée (SCA) en 2005‑07. Les infrastructures, le financement, les ressources humaines, le cadre juridique et institutionnel ainsi que les filières porteuses devaient ainsi bénéficier d’une attention accrue des responsables publics et privés.

Cependant, pour asseoir le processus de transformation structurelle sur une base durable, cette attention devrait trouver un fil conducteur pour guider l’émergence et le renouvellement du portefeuille de secteurs de diversification des exportations et des sources de la croissance. Or, un tel portefeuille fait encore défaut.

La SCA, à travers un partenariat collaboratif et compétitif, veut établir un système d’innovation performant, susceptible de lier les secteurs moteurs et d’entretenir une dynamique continue d’accélération du développement. Un tel système permet d’apporter des solutions idoines notamment au déficit de leadership public et privé, au manque de qualifications de la main-d’œuvre, et à la faiblesse de la productivité totale des facteurs.

Le gouvernement a décidé de créer un fonds d'investissement qui possèderait toutes les caractéristiques d'un fonds souverain. Celui-ci appliquerait des règles budgétaires spécifiques aux revenus des ressources naturelles. L'argent de ce fonds proviendrait des revenus de ressources comme le phosphate, l'or et le zircon ainsi que du produit des licences et accords de pêche ou bien encore du produit de la vente d'actifs durables ou de titres de rentes. Pour produire les résultats escomptés, ce fonds devrait investir uniquement dans des projets de developpement véritable et respecter les pratiques internationales; l'objectif affiché étant d'assurer un developpement durable aux générations à venir.

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