Guinée
En 2011, le PIB a progressé de 4 % et les projections indiquent que cette dynamique devrait légèrement s’accélérer en 2012 (5.1 %) et 2013 (5.5 %). Cependant, les perspectives économiques dépendront de la consolidation de la transition démocratique, de la réconciliation nationale engagée et de la mise en œuvre des réformes structurelles.
Les réformes entamées pour la stabilisation de l’économie guinéenne se poursuivent lentement, grâce au resserrement de la politique monétaire, à une politique budgétaire restrictive ainsi qu’au maintien de l’exploitation minière et au regain d’activité dans la production agricole.
Le chômage touche 30 % des jeunes Guinéens. L’instabilité politique, accompagnée du ralentissement récent de la croissance économique, la faiblesse des politiques adaptées aux préoccupations des jeunes, l’inadéquation entre la formation et les besoins de l’économie guinéenne ont contribué à exacerber le chômage et le sous-emploi de la nouvelle génération.
Vue d'ensemble
Après des années de dirigisme étatique et d’instabilité politique, Alpha Condé a été élu président en décembre 2010, mais le climat social et politique reste tendu, avec des dissensions autour des prochaines élections et les problèmes financiers et logistiques. Les frictions au sein de l’armée ont débouché sur une tentative d’assassinat du président, le 19 juillet 2011. Les élections législatives sont désormais prévues le 8 juillet 2012.
Malgré cette situation et l’attentisme provoqué par l’arrêt du processus électoral, l’économie guinéenne a connu un regain d’activité. En 2011, le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 4 %. Cette croissance est tirée par le rebond du secteur agricole, l’amélioration de la productivité du secteur minier et le dynamisme du secteur de la construction, suite au retour de l’ordre constitutionnel. La croissance restera soutenue à court terme pour atteindre 5.1 % en 2012 et 5.5 % en 2013.
L’inflation est restée très élevée en 2011 (21.2 %) malgré la poursuite des efforts de resserrement du crédit et une politique budgétaire restrictive. Elle devrait être davantage maîtrisée au cours des années à venir pour redescendre à 16.7 % en 2012 et 10.1 % en 2013.
La gestion des finances publiques s’est opérée sur le principe de l’unité de caisse conjuguée à l’exécution des dépenses publiques base caisse. Le déficit budgétaire – relativement élevé – a été estimé à 13.8 % du PIB en 2011, malgré une politique budgétaire restrictive. La rigueur dans la gestion des dépenses publiques a permis une réduction importante des dépenses courantes (à 17.7 % du PIB). Enfin, on constate une légère augmentation des recettes totales (à 16.9 % du PIB) grâce à une meilleure mobilisation des recettes fiscales. La réduction du déficit budgétaire devrait se poursuivre à court terme pour atteindre 8.1 % en 2012 et 6.6 % du PIB en 2013.
La politique monétaire a été marquée en 2011 par un relèvement du taux de constitution des réserves obligatoires et du taux directeur par la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) afin de contrôler les liquidités et freiner l’expansion de la masse monétaire. Ainsi, les autorités se servent de la base monétaire comme ancrage pour contrôler les excédents de liquidités dans l’économie et la croissance de la monnaie. Elles ont revu à la hausse (22 %) le taux directeur imposé aux établissements financiers. Les réserves représentent désormais 5.4 mois d’importation.
À l’instar de l’ensemble des pays africains, la Guinée possède une population jeune. Plus de 74 % de ses habitants sont âgés de moins de 35 ans. Le chômage est un phénomène essentiellement urbain. Il touche particulièrement les 20‑29 ans et surtout les jeunes diplômés. Dans la capitale Conakry et les grandes villes, plus des deux tiers des diplômés de l’enseignement supérieur âgés de moins de 30 ans sont au chômage. Cela s’explique en partie par les limites d’emploi dans le secteur public et l’étroitesse du secteur privé formel qui n’offre que peu d’opportunités d’embauche. Plusieurs facteurs ont concouru à accentuer ce phénomène dans le pays, notamment l’instabilité politique, le ralentissement de la croissance économique et la faiblesse des politiques adaptées aux préoccupations des jeunes.
Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques 2012
| 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | |
|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB réel | 1.9 | 3.9 | 4.2 | 4.8 |
| Taux de croissance du PIB réel par habitant | -0.3 | 1.5 | 1.7 | 2.2 |
| Inflation IPC | 15.5 | 21.4 | 13.1 | 10.6 |
| Balance budgétaire % PIB | -13.9 | -0.3 | -1.4 | -0.6 |
| Balance courante % PIB | -6.5 | -24.2 | -25.4 | -25 |
Développements récents et perspectives
Tableau 2 : PIB par Secteur (en pourcentage du PIB)
| 2006 | 2011 | |
|---|---|---|
| Agriculture, foresterie, pêche et chasse | 23.8 | 26 |
| Agriculture, élevage, sylviculture et pêche | - | - |
| dont agriculture | - | - |
| Mines et extraction | 23.8 | 17.5 |
| dont pétrole | - | - |
| Industries manufacturières | 6.2 | 7.5 |
| Electricité, gaz et eau | 0.4 | 0.5 |
| Electricité, eau et assainissement | - | - |
| Construction | 9.5 | 11.7 |
| Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants | 15.9 | 17.8 |
| dont hôtels et restaurants | - | - |
| Transports, entreposages et communications | 5.6 | 5.9 |
| Transport et stockage, information et communication | - | - |
| Finance, immobilier et services aux entreprises | - | - |
| Intermédiation financière, services immobiliers, services aux entreprises et autres services | 0 | 0 |
| Services des administrations publiques | 12 | 10.2 |
| Administration publique et défense, sécurité sociale, éducation, santé et travaux sociaux | - | - |
| Administration publique, éducation, santé | - | - |
| Administration publique, éducation, santé et autres services sociaux et personnels | - | - |
| Autres services communautaires, sociaux et personnels | - | - |
| Autres services | 2.7 | 2.8 |
| Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs | 100 | 100 |
| Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants | - | - |
La plupart des secteurs économiques s’améliorent progressivement malgré une situation sociopolitique fragile. La croissance du PIB réel est estimée à 4 % en 2011 ce qui est essentiellement imputable à la croissance du secteur agricole et au maintien des investissements dans les mines. L’économie guinéenne est dominée par le secteur primaire avec une prédominance du sous-secteur agricole. En 2011, l’industrie et le bâtiment et travaux publics (BTP) ne contribuaient respectivement que pour 7.5 % et 11.7 % au PIB.
En 2011, le secteur primaire a représenté 26 % du PIB et a occupé plus de 80 % de la population active. Cette contribution devrait augmenter de 3.9 % en 2012, avec une croissance de 4.5 % pour la pêche, 4.1 % pour l’agriculture. La production vivrière augmenterait de 11 % pour la campagne 2011/12 (contre 10 % en 2010/11) en raison d’une extension des superficies irriguées et d’une utilisation plus importante d’intrants agricoles. S’agissant de la production pour l’exportation, avec la relance de la culture du coton, le volume des produits de rente augmenterait de 14.8 %, dont 22.7 % pour le cacao et 10.6 % pour le café.
Le secteur secondaire a contribué pour 32.7 % à la formation du PIB en 2011 grâce à la bonne performance des industries manufacturières et à la construction. Le bilan des mines et carrières est néanmoins beaucoup plus mitigé. Sur l’année 2011, la production d’alumine et de bauxite a connu respectivement une hausse de 3 % et 9.6 % comparé à 2010. Cette tendance est imputable au renforcement des capacités de production des compagnies minières et à la vigueur de la demande des pays émergents comme la Chine et l’Inde. En revanche, les productions d’or et de diamants ont fortement chuté, respectivement de 36.5 % et de 24.3 %.
Par ailleurs, sur l’année 2011, les productions d’électricité, de gaz et d’eau ont respectivement varié de ‑12 %, ‑2.2 % et 1.7 %. Ces productions se révèlent insuffisantes pour pallier le déficit énergétique qui pourrait entamer les perspectives de croissance du pays. L’amélioration de la production d’électricité en 2012 est essentielle pour permettre aux secteurs secondaire et tertiaire de soutenir leurs activités. En 2011, malgré la forte dépréciation du franc guinéen (GNF) face aux principales devises de transaction, la production de ciment a connu une hausse de 25.9 % et celle de peinture de 8 %, consécutive à la hausse de la demande dans la construction.
Au niveau du secteur minier, de grands projets d’investissement sont en cours de réalisation : Global Alumina en partenariat avec BHP-Billiton, pour un coût de 4.5 milliards USD, le projet Dian-Dian (4 milliards USD) avec pour partenaire Rusal, la construction d’une usine d’alumine à Kamsar avec Alcoa/Rio Tinto, pour un montant de 1 milliard USD, etc. Concernant les infrastructures énergétiques, des investissements sont également en cours et devraient permettre, à terme, une augmentation de la production et de la distribution d’électricité avec l’acquisition de nouveaux groupes électrogènes qui assureront l’approvisionnement continu en électricité à Conakry et dans les autres grandes villes. Par ailleurs, d’importants projets sont en cours d’exécution avec pour objectif d’augmenter le taux de desserte en eau potable.
En 2011, la contribution du secteur tertiaire à la formation du PIB est estimée à 36.7 %. Cette contribution équivaudrait à une croissance de 0.5 point de pourcentage par rapport à 2010. La tendance est en partie expliquée par la croissance des secteurs du commerce et des transports. Dans un contexte de reprise graduelle de l’économie guinéenne, d’apaisement du climat politique avec le retour de la confiance, les perspectives économiques sont favorables avec une croissance du PIB réel qui devrait se consolider pour atteindre 5.1 % en 2012 et 5.5 % en 2013. Les investissements publics devraient augmenter en 2012, financés par des recettes exceptionnelles du secteur minier et par une reprise progressive de l'assistance extérieure. Toutefois, sur le plan structurel, d’importantes contraintes continuent de peser sur la gestion macroéconomique du pays, notamment les faiblesses liées au secteur de l’énergie et la frilosité du climat des affaires qui en découle.
Politiques macroéconomiques
Politique budgétaire
Le programme macroéconomique du gouvernement pour 2011 avait pour but principal de stabiliser l’économie et contenir l’inflation tout en ramenant le déficit budgétaire dans les limites de 2 % du PIB. Ces mesures devraient être appuyées par un resserrement de la politique monétaire, avec une reconstitution des réserves de change. Les résultats de la mise en œuvre des mesures devraient servir de cadre aux consultations pour une politique économique formelle soutenue par le programme dit de la Facilité de crédit élargie du Fonds monétaire International (FMI).
La Guinée a adopté en 2011 une politique budgétaire restrictive qui vise à stabiliser l'économie pour une croissance soutenue. Cette politique ambitionne d’assurer un contrôle rigoureux de la gestion des finances publiques par la recherche d’une adéquation entre recettes disponibles et dépenses essentielles et productives. Les objectifs définis par le programme de référence conclu avec le FMI ont fixé une hausse de 5 % des recettes publiques et une réduction du déficit budgétaire à 2 % du PIB. Dans le Document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) prolongé pour 2011/12, la Guinée prévoit de relancer et d’élargir les cellules du Cadre de dépense à moyen terme (CDMT) comme outil de planification et de gestion budgétaire moderne.
En matière de mobilisation de ressources, les efforts de recouvrement des recettes domestiques sont encourageants, quoique insuffisants. Les recettes publiques ont augmenté et représentent 16.9 % du PIB en 2011 suite à la mise en œuvre de mesures importantes adoptées par le gouvernement. La gestion des finances publiques s’est opérée selon le principe de l’unité de caisse conjugué à l’exécution des dépenses publiques sur la base caisse, du rétablissement du mécanisme d’ajustement automatique des prix des produits pétroliers et d’un meilleur contrôle des ressources mobilisées.
L’effort de rigueur en matière de gestion des dépenses publiques s’est traduit par une réduction des dépenses courantes de 20.5 % du PIB en 2010 à 17.7 % en 2011. En revanche, les dépenses en capital ont connu une tendance à la hausse. Cette amélioration des agrégats budgétaires fait suite à l’adoption de mesures visant la maîtrise des dépenses publiques et des effectifs des agents de la fonction publique, dégageant des économies substantielles. Ces résultats sont en partie justifiés par la mise en place d’un comité de trésorerie qui veille à la régularité des dépenses. Une part relativement importante du déficit budgétaire a été financée à travers l’accumulation des arriérés de paiements du service de la dette.
Malgré les faiblesses institutionnelles et la lenteur des réformes structurelles, le déficit budgétaire devrait connaître une réduction, passant de 13.8 % du PIB en 2011 à 8.1 % du PIB en 2012. Cette amélioration est globalement conforme aux objectifs fixés par le programme de référence avec le FMI. Toutefois, le climat politique, encore fragile, et la lenteur des réformes structurelles et institutionnelles constituent autant de handicaps pour la mise en œuvre efficace de la politique budgétaire.
Tableau 3 : Opérations financières de l'Etat (en pourcentage du PIB)
| 2003 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Recettes totales (avec dons) | 14.4 | 17.6 | 15.8 | 16.2 | 15.8 | 15.7 | 16.9 | 16.9 | 16.9 |
| Recettes fiscales | 10.3 | 14.2 | 13.6 | 14.7 | 14.9 | 14.7 | 15.1 | 15 | 15.2 |
| Recettes pétrolières | - | - | - | - | - | - | - | - | - |
| Dons | 3.3 | 1.6 | 1.4 | 0.5 | 0.4 | 0.4 | 1.1 | 1.2 | 1 |
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) | 19.3 | 18 | 15.3 | 17.4 | 23.7 | 29.7 | 30.7 | 25 | 23.5 |
| Dépenses courantes | 13.6 | 13.4 | 11.3 | 13.4 | 16.5 | 20.5 | 19 | 14.5 | 12.5 |
| Sans les intérêts | 11.4 | 9.9 | 8.9 | 10.7 | 14.4 | 18.5 | 17.3 | 13.2 | 11.4 |
| Salaires | 3.8 | 2.9 | 3.5 | 4.1 | 5 | 5.7 | 4.9 | 4.1 | 3.7 |
| Intérêts | 2.2 | 3.6 | 2.4 | 2.6 | 2.1 | 2 | 1.7 | 1.3 | 1.1 |
| Solde primaire | -2.7 | 3.2 | 2.9 | 1.4 | -5.8 | -11.9 | -12.1 | -6.8 | -5.5 |
| Solde global | -5 | -0.3 | 0.5 | -1.2 | -7.9 | -13.9 | -13.8 | -8.1 | -6.6 |
Politique monétaire
La Guinée fait partie de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), comprenant cinq autres pays: Nigeria, Ghana, Liberia, Sierra Leone et Gambie. La création d’une monnaie commune pour cette zone sont toujours à l’étude.
Le resserrement de la politique monétaire exercé par la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) en 2011 vise à corriger les déséquilibres tout en limitant l’expansion monétaire, à modérer les tensions inflationnistes et à stabiliser le taux de change. Les autorités se servent de la base monétaire comme ancrage pour contrôler les excédents de liquidités dans l’économie et la croissance de la monnaie. Ainsi, en mars 2011, elles ont revu à la hausse le taux de constitution des réserves obligatoires (passé de 17 à 22 %) et le taux directeur imposé aux établissements financiers (passé de 16.7 à 22 %).
La masse monétaire a progressé en moyenne de 15 % en 2011 contre 58 % en 2010. Cette tendance est imputable à une hausse des avoirs extérieurs nets sur la période contenue par une forte baisse des avoirs intérieurs nets d’environ 44.5 %. La circulation fiduciaire a diminué de 12 % et sa part dans la masse salariale a aussi reculé sur la période de 2011.
La politique monétaire s’est également fixé pour objectif externe le maintien d’un niveau adéquat de réserves de change en 2011. La Guinée a donc reconstitué ses réserves suite au versement de devises de la part d’opérateurs économiques tels que les compagnies minières. Ces réserves représentent 5.4 mois d’importations en 2011. La politique de change de la BCRG s’est attachée à freiner la dépréciation du franc guinéen parallèlement au resserrement de la liquidité. Les mesures ont contribué à améliorer la position de réserve de la Banque centrale et à réduire la volatilité du marché de change.
L’inflation est importée et largement générée par les financements supplémentaires du déficit par la BCRG. Malgré les mesures de restriction du crédit et de la politique budgétaire, elle reste très élevée et est estimée à 21.2 % en 2011. L’application de la rigueur monétaire et budgétaire et la détente des prix des transports pour les importations de produits pétroliers et alimentaires devraient permettre de ralentir cette inflation.
Les principales mesures de politique monétaire de la Banque centrale en 2012‑13 devraient porter sur le maintien du resserrement du crédit et de la rigueur budgétaire pour le renforcement au contrôle de l’expansion de la masse monétaire en vue de maîtriser l’inflation et encourager le retour de la confiance dans le système bancaire.
Coopération économique, intégration régionale et commerce
La Guinée est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Malgré sa volonté politique et son positionnement géostratégique, et bien qu’il ait ratifié l’ensemble des conventions adoptées par l’organisation, le pays est resté moins actif, en termes de performance d’intégration régionale, en raison de son instabilité économique et politique. La Guinée compte poursuivre le processus d’intégration à l’économie mondiale dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Le compte courant reste structurellement déficitaire en 2011 (8.3 % du PIB), en raison de la faiblesse de la croissance des exportations comparée aux importations soutenues d’intrants agricoles et de produits pétroliers. Les transferts courants enregistrés ont connu une hausse, attribuable en partie aux transferts de fonds des migrants liés à la forte demande sociale pour les constructions immobilières et la participation au développement communautaire. Le déficit du compte courant devrait redescendre à 6.1 % du PIB en 2012 et à 6.2 % du PIB en 2013.
La structure géographique des échanges n’a pas évolué en 2011. La Chine et l’Inde restent les principales destinations des exportations guinéennes. La part de la Chine, de la France et des Pays-Bas dans les importations en 2010 s’est consolidée avec plus de 50 % de l’ensemble des importations. La balance des mouvements de capitaux présente un solde positif en raison d’investissements directs importants consécutifs à la stabilité politique et à l’amélioration relative du climat des affaires.
Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)
| 2003 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Balance commerciale | 6.2 | 2.7 | -0.3 | -0.6 | -0.2 | 1.3 | -3.5 | -1 | 0.2 |
| Exportations de biens (f.o.b.) | 22.3 | 36 | 29.1 | 35.5 | 23.5 | 29.1 | 30.3 | 29.2 | 28.5 |
| Importations de biens (f.o.b.) | 16.1 | 33.3 | 29.4 | 36.2 | 23.8 | 27.8 | 33.8 | 30.2 | 28.3 |
| Services | -6.9 | -7.6 | -6 | -8.9 | -5.8 | -6.6 | -4.5 | -4 | -5.1 |
| Revenu des facteurs | -1.1 | -2.1 | -1.5 | -2.1 | -3.8 | -1.5 | -1.4 | -1.4 | -1.5 |
| Transferts courants | 1.6 | -0.7 | -3.2 | 0.5 | 0.8 | 0.3 | 0.3 | 0.3 | 0.2 |
| Solde des comptes courants | -0.3 | -7.7 | -11 | -11.2 | -9 | -6.5 | -9.1 | -6.1 | -6.2 |
Politique de la dette
La dette publique de la Guinée reste insoutenable avec un risque de surendettement élevé la rendant inapte à supporter un nouvel endettement. Composée essentiellement de dette extérieure, la dette publique est restée stable en 2011 en raison de la reprise graduelle des relations avec les donneurs. Sa composante multilatérale est estimée à 65 % de l’ensemble de la dette. Les arriérés accumulés représentent environ 1.1 % du stock en 2010. Le service de la dette extérieure est estimé à 175 millions USD (8 % du PIB) soit 11.8 % des exportations et 32 % des recettes fiscales.
La dette extérieure de la Guinée constitue un sérieux obstacle au développement et à l’équilibre des finances publiques. Il existe une certaine coordination entre la gestion de la dette et les autres politiques macroéconomiques. Toutefois, l’instabilité politique et les insuffisances institutionnelles ne rendent pas cette coordination efficiente et systématique.
La Guinée poursuit les réformes après l’interruption de l’allègement de dette intérimaire en raison d’accumulation d’arriérés. Le pays souhaite satisfaire les conditions requises en vue d’atteindre le point d’achèvement en 2012 et bénéficier d’un allégement de dette complémentaire au titre de l’Initiative d’allégement de dette multilatérale (IADM).
Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)
Gouvernance économique et politique
Secteur privé
Le secteur privé en Guinée demeure encore embryonnaire et sous-développé, malgré plus de deux décennies de réformes visant à l’émergence d’une économie de marché. Le secteur privé est constitué d’entreprises reposant pour la plupart sur des capitaux étrangers et d’une prolifération d’entreprises informelles dont le chiffre d’affaires reste assez limité.
L’instabilité économique et politique a lourdement pesé sur le développement du secteur privé : des capitaux étrangers ont été perdus, des biens privés détruits, des opportunités d’affaires anéanties... L’environnement et le manque d’infrastructures fiables et de services adéquats au regard des exigences d’une économie moderne n’attirent pas l’investissement. Le développement du secteur privé reste aussi affecté par un déficit criant en énergie et l’étroitesse du marché national par rapport aux marchés structurés de la sous-région, limitant ainsi la réalisation des économies d’échelle. Selon le rapport (2012) « Doing Business » de la Banque mondiale, le climat des affaires en Guinée stagne. Le pays est toujours classé au 179e rang sur 183 pays évalués avec une dégradation relative de la position de la Guinée au niveau de la création d’entreprises.
En vue d’atténuer les faiblesses structurelles et institutionnelles qui freinent le développement du secteur privé, le gouvernement guinéen a adopté des mesures pour accroître la capacité de production et de desserte en électricité. Ainsi, d’importants investissements sont en cours d’exécution, notamment l’ambitieux projet énergie de l’Organisation de la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG), avec les barrages de Kaleta et Sambagalou. Le gouvernement a également doté le pays d'un nouveau code minier en 2011. Quoique jugé inéquitable par certaines compagnies, il vise à encourager les initiatives privées et assurer la sécurité juridique des investissements.
En outre, la plateforme de dialogue social tripartite (gouvernement-patronat-syndicats de travailleurs) est en cours de renforcement afin d’échanger sur les contraintes majeures à la promotion des investissements. Des structures nationales telles que la chambre de commerce, d’industrie et d’artisanat, le patronat guinéen et le salon de l’emploi et des investissements tentent d'améliorer l’environnement des affaires. Toutefois, ces organisations n’ont pas d’impact réel et perceptible en raison de contraintes structurelles et institutionnelles cumulées, notamment un climat des affaires peu propice, le manque de moyens financiers, de personnels qualifiés et l’instabilité politique.
L’attractivité extérieure de la Guinée reste liée à l’approvisionnement régulier et suffisant en électricité et à une meilleure stabilité économique et politique. Un accès au financement de long terme, dans un contexte de marché sous-régional plus intégré et harmonisé, constitue aussi un autre facteur important. En outre, la transition politique pacifique et le renforcement des capacités nationales devraient contribuer à assainir l’environnement des affaires dans le pays et améliorer l’accès au financement du secteur privé pour 2012 et 2013.
Secteur financier
Le système financier guinéen comprend une douzaine d’établissements de crédit, six compagnies d’assurance, treize institutions de microfinance, trois sociétés de transfert d’argent et quatre bureaux de change. Tout comme le secteur privé, il a payé un lourd tribut à l’instabilité sociopolitique de ces dernières années. Les pertes de capitaux des partenaires du secteur privé avec leur effet de contagion sur le système bancaire, sa source de financement naturelle, ont entravé le développement du système financier. La Guinée connait d’importantes mutations en 2011 avec le renforcement de la fonction de surveillance et de contrôle des institutions bancaires et de microfinance, exercée par la Banque centrale. L’action des autorités vise à renforcer le rôle du système financier compte tenu de l’accroissement des besoins de financement des différents agents économiques, notamment des entreprises.
Les activités de microfinance continuent de se développer à un rythme accéléré, avec l’accroissement net des dépôts et des crédits. La qualité du portefeuille reste médiocre avec un taux brut de créances douteuses rapporté aux encours de crédit de plus de 5 %. En moyenne, 17 % du total des crédits bruts sont constitués de créances en souffrance.
En 2011, le secteur bancaire a joué un rôle prépondérant dans le financement de l’économie, mais s’oriente essentiellement vers le crédit de court terme. Le coût et la disponibilité du crédit, notamment sur le moyen et le long terme, restent une contrainte majeure au développement de l’économie. La densité bancaire de la Guinée reste faible. Le ratio crédit à l’économie sur PIB demeure sensiblement stable. Cette tendance dénote plus ou moins les difficultés d’accès au crédit d’investissement. La nature de court terme des dépôts et le financement monétaire du déficit budgétaire public par la Banque centrale en sont les causes essentielles. Le taux de bancarisation reste faible. Une dizaine de banques guinéennes disposent de fonds propres nets suffisants pour honorer l’ensemble des normes prudentielles.
En dépit de l’étroitesse du tissu économique, les perspectives à court terme sont bonnes, avec le lancement de grands projets d’infrastructures énergétiques, miniers et la modernisation des installations énergétiques. De nouveaux établissements financiers seront ouverts dans le secteur bancaire et démarreront leurs activités dans les années à venir, ce qui devrait accroitre la capacité de financement de l’économie. La stabilité politique et économique est essentielle pour attirer et susciter l’intérêt des investisseurs potentiels en Guinée. L’émergence de nouvelles banques et les partenariats stratégiques établis entre les différents acteurs du marché vont insuffler un nouveau dynamisme au secteur bancaire guinéen en 2012 et 2013.
Gestion du secteur public, institutions et réformes
Le secteur public a beaucoup souffert de l’instabilité politique et institutionnelle avec pour conséquence la mauvaise gouvernance économique et financière, l’aggravation des déficits budgétaires et la fragilisation de l’autorité de l’État. Parallèlement aux efforts de stabilisation de l’économie à court terme, d’importantes réformes structurelles sont engagées à long terme, notamment la réforme des services publics et la restauration de l’autorité de l’État en vue de renforcer l’état de droit et de promouvoir la transparence.
Le gouvernement s’est engagé en 2011 à mettre en œuvre un plan ambitieux de réformes qui vise essentiellement la création d’un Haut-commissariat à la réforme de l’État avec l’appui du Programme des nations unies pour le développement (PNUD), la modernisation de l’administration, l’élaboration du projet de loi anti-corruption et d’un programme national de bonne gouvernance. Dans le cadre de la restauration de l’autorité de l’État et de la mise en œuvre du plan d’actions prioritaires, le gouvernement a mis en place des mesures qui visent notamment l’amélioration de la gouvernance économique, le développement des infrastructures, la réforme du secteur de la sécurité et la modernisation et le renforcement de la compétence et l’efficacité de l’administration publique.
Les efforts engagés ont pour objectif de doter la Guinée d’un système de gestion des finances publiques transparent et conforme aux standards internationaux, basé sur une forte réduction des dépenses publiques et la reprise du contrôle budgétaire. Les réformes dans les services publics devraient permettre de remédier aux inerties administratives et d’assurer un approvisionnement régulier de l’économie en énergie et en services d’utilité publique fiables à des coûts compétitifs.
La Guinée est devenue membre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) en mars 2011, ce qui impose le respect de nouvelles exigences. Ainsi, le nouveau code minier a rendu obligatoire la publication des termes et conditions des nouveaux contrats signés entre le gouvernement et les compagnies minières.
En 2011, le gouvernement a entrepris une restructuration des forces de défense et de sécurité en réduisant les effectifs pléthoriques et en les cantonnant dans les casernes. Ces mesures permettront à l’armée et à la police d’être des institutions républicaines au service de la démocratie en Guinée.
Gestion des ressources naturelles et environnement
En 2011, les difficultés sociopolitiques et économiques et la pression sur les finances publiques n’ont pas permis au gouvernement de mettre en œuvre le plan national d’action pour l’environnement (PNAE). Les capacités institutionnelles nécessaires sont limitées.
Parmi les problèmes rencontrés pour la préservation de l’environnement, la déforestation a pris des proportions sans cesse croissantes en Guinée. La forêt dense a connu un net recul. La forte érosion des sols qui s’en est suivie a eu pour conséquence une diminution de leur fertilité et de la biodiversité. Cette situation pourrait être aggravée par les effets du changement climatique sur les plaines côtières où l’intensification des inondations et de la salinisation des sols risque de peser sur la sécurité alimentaire du pays. Par ailleurs, l’extension du secteur minier expose les populations à des risques de pollution.
Bien que les questions environnementales ne soient pas véritablement une priorité et un défi immédiats, le nouveau code minier définit des clauses contraignant les compagnies à veiller sur la protection de l’environnement et la sécurité des populations dans les zones exploitées. Il les invite à une gestion efficace des déchets dont la production devra être limitée. Il les encourage aussi à réhabiliter les sites d’exploitation afin de protéger la faune et la flore. Une commission nationale des mines est chargée de gérer les licences d’exploitation avec la mise en place d’une Société guinéenne du patrimoine minier (Soguipami). Le nouveau code impose le chiffre d’affaires des compagnies minières entre 0.5 % et 1 % en faveur des communautés et du développement local avec pour objectif de permettre au pays d’obtenir une part équitable de l’exploitation de ses ressources naturelles.
Contexte politique
Après les périodes de dirigisme étatique et l’instabilité politique, la Guinée a organisé des élections présidentielles en décembre 2010 dont les conséquences continuent de fragiliser le climat social et politique en 2012. Les résultats du scrutin et l’élection du président Alpha Condé (Rassemblement du peuple de Guinée, RPG) ont été contestés par son challenger, Cellou Diallo (Union des forces démocratiques de Guinée, UFDG).
Malgré le retour à l'ordre constitutionnel, la situation s'est détériorée avec l’interruption du processus électoral. Des grèves et des manifestations ont éclaté et les tensions ethniques se sont aggravées. Le 27 septembre 2011, les protestations de l'opposition appelant à la mise en place des élections ont été durement réprimées, avec la mort de plusieurs personnes, et l’accroissement du clivage social et politique. Après de nombreux débats et discussions au sujet des dates des élections, les membres de la commission électorale, ont reconsidéré le code électoral et les problèmes de financement et de logistique, et arrêté la date des élections législatives au 8 juillet 2012. Cependant, d’après l’opposition, cette date ne serait pas tenable et risque d’être repoussée.
Les relations entre le gouvernement et l’armée restent tendues. En cause : les reformes visant à réorganiser celle-ci en un corps plus républicain et moderne, davantage orienté vers le développement économique et social de la Guinée. Au sein de l’armée elle-même, des tensions ont débouché sur une tentative d’assassinat du président Alpha Condé, en juillet 2011.
Au regard des évènements de 2011 qui ont endeuillé la Guinée, la promotion des droits de l’homme a été compromise. Les autorités envisagent de prendre des mesures dans ce secteur à court et à moyen termes. Il s’agit essentiellement de la création d’un bureau de défense des droits de l’homme et de la garantie de l’égalité des sexes devant la loi ainsi que de l’amélioration des conditions carcérales des détenus, notamment pour les femmes et les mineurs.
La transition démocratique n’est pas encore garantie en Guinée et elle déterminera la consolidation de l’économie. Tout autant que la qualité des acteurs politiques impliqués, les conditions d’un véritable dialogue entre le gouvernement et l’opposition décideront du contexte politique en 2012 et 2013.
Analyse thématique : Promouvoir l’emploi des jeunes
Comme l’ensemble des pays africains, la Guinée est confrontée au chômage des jeunes. Le pays se caractérise par une population relativement jeune – plus de 74 % de la population guinéenne est âgée de moins de 35 ans – et en croissance rapide – elle s’accroît au rythme annuel de 3.2 %. La phase actuelle de transition démographique accentue les difficultés d’accès à l’emploi et se traduit par une forte augmentation des jeunes sur le marché du travail et une forte dépendance économique. Peu d’études spécifiques s’intéressent à ce problème. Les rares informations n’en donnent qu’une image fragmentaire, le plus souvent avec des données irrégulières et non actualisées. Toutefois, la synthèse des éléments disponibles montre que plus de la moitié de la population des moins de 30 ans est touchée par le chômage ou le sous-emploi.
Le chômage est un phénomène essentiellement urbain en Guinée et varie d’une région à une autre. Il touche particulièrement la tranche d’âge des 20‑29 ans et surtout les diplômés de l’enseignement supérieur. Dans la capitale Conakry et les grandes villes – où se déroule l’essentiel des activités de recherche d’emploi – plus des deux tiers des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur âgés de moins de 30 ans sont au chômage. 15 % des jeunes ayant atteint un niveau d’éducation secondaire de 2e cycle et 42 % de ceux ayant achevé l’enseignement technique professionnel sont concernés. Ce taux varie en fonction des sexes ; il est plus accentué chez les jeunes femmes diplômées.
L’instabilité politique accompagnée du ralentissement de la croissance économique, la faiblesse des politiques adaptées aux préoccupations des jeunes, l’inadéquation entre la formation et les besoins de l’économie guinéenne, ont exacerbé le chômage et le sous-emploi des jeunes. Le chômage s’explique en partie par les limites d’emploi dans le secteur public et l’étroitesse du secteur privé formel qui n’offre que peu d’opportunités d’embauche. Le manque de perspectives, l’absence de dialogue avec les structures d’encadrement et la précarité des conditions de vie exacerbent les problèmes d’emploi accumulés durant plusieurs années. L’insuffisance des actions permettant de faire face aux défis qui affectent les jeunes contribuera à augmenter les coûts sociaux et économiques du développement.
En vue de faire face aux problèmes de chômage et de sous-emploi, les gouvernements successifs ont développé des programmes et des initiatives et mis en place des institutions telles que le Programme emploi jeunes et l’Office national de formation et de perfectionnement professionnels ainsi que le Fonds d’appui à l’emploi des jeunes et le Forum des jeunes de Guinée. Ces programmes visent la promotion de l’emploi pour les diplômés, la facilitation de l’accès à l’emploi professionnel pour les jeunes non-qualifiés et l’amélioration de la productivité des jeunes en milieu rural. Mais ces structures nationales et les stratégies choisies n’ont pas permis de répondre efficacement au problème. Les résultats mitigés sont en partie expliqués par le manque de politiques adaptées et de personnel qualifié ainsi que l’insuffisance des moyens financiers pour de telles missions. Le plan de développement de la jeunesse pour la décennie, établi en 2010, doit être revu afin d’identifier les projets les plus pertinents qui pourraient être mis en œuvre d’ici 2015.
Les petites et moyennes entreprises constituent le principal pourvoyeur d’emplois. A contrario, les entreprises publiques, organisations non gouvernementales et organisations internationales recrutent très peu de jeunes. Dans le cadre du programme régional pour la cohésion sociale et l’emploi des jeunes, plusieurs agences internationales (comme le PNUD, l’OIT et l’Unesco) ont apporté leur appui à la Guinée pour la conception de politiques macroéconomiques favorisant l’emploi et facilitant l’acquisition de connaissances professionnelles par les nouvelles générations.
Un rapport est en cours de préparation pour élargir les bases de connaissance et informer sur la situation de l’emploi en Guinée. L’agriculture, l’agro-industrie et les mines représentent un potentiel très important de création d’emplois directs et indirects. Ils peuvent contribuer à limiter les départs de jeunes diplômés vers l’étranger, notamment en direction des États-Unis et de l’Europe. L’ensemble des stratégies de développement de l’emploi concerne ces secteurs, ainsi que d’autres, créateurs d’emploi et attrayants pour la jeunesse, tels que le tourisme, le transport, les techniques de l’information et l’artisanat modernisé.
En créant des emplois et en élargissant l’offre éducative, les régions rurales pourraient devenir plus attractives pour les jeunes travailleurs, ce qui, à terme, freinera l’exode rural. La migration vers les zones urbaines représente un problème important et les autorités doivent s’efforcer de la ralentir afin d’empêcher la progression du chômage et du sous-emploi des jeunes dans les centres urbains tels que Conakry, Kankan, Boké et Labé. Les difficultés d’accès à l’emploi ne peuvent être atténuées qu’à travers l’identification précise des contraintes du marché du travail. Les interventions potentielles, dont le financement est à prévoir par l’Etat, devront tenir compte du contexte national et de la catégorie socio-démographique des jeunes ciblés.
Carte du pays
Documents associés
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Contexte social et développement humain
Développement des ressources humaines
La Guinée est un pays pauvre et fragile malgré ses immenses potentialités. L’instabilité politique, la déliquescence des institutions et l’insuffisance des politiques économiques et sociales ont contribué à la dégradation de l’environnement socioéconomique. La faiblesse des ressources humaines pose un défi majeur au développement. La Guinée accuse ainsi un retard énorme en matière de développement humain, diminuant ses chances de réalisation des OMD à l’horizon 2015.
En 2011, l'indice de développement humain du PNUD place la Guinee au 178e rang sur 179 pays. Le taux brut de scolarisation national atteint désormais 79 %. Le chômage est plus prononcé, particulièrement dans les villes et l’on assiste à une prolifération d’activités informelles initiées par la population dans le cadre de leurs stratégies de survie. La mortalité maternelle reste très élevée (980 pour 100 000 naissances vivantes en 2005) malgré une proportion d’accouchement assisté par un personnel qualifié en hausse. La prévalence du VIH/sida est estimée à 1.5 %. Par ailleurs, des progrès importants ont été réalisés en matière d’accès aux traitements, permettant de tripler la proportion de la population au stade avancé de l’infection ayant bénéficié de médicaments antirétroviraux entre 2007 (22.5 %) et 2009 (66.7 %).
Le renforcement de l’offre d’énergie demeure un défi majeur pour la Guinée. Le taux d’accès à l’électricité au niveau national est resté faible (18.1 %) avec une grande disparité entre les milieux de résidence : 68.9 % en milieu urbain et 2 % hors les villes. Le faible taux de pénétration de l’électricité en milieu rural entraîne un accès insuffisant aux services sociaux de base comme les centres de santé. Le taux d’accès à l’eau potable et à l’assainissement est en progression.
Le programme pour la cohésion sociale et l’emploi des jeunes a permis à la Guinée de recueillir des données d’enquêtes sur le travail et l’emploi et de concevoir des politiques susceptibles d’encourager la création d’emplois et d’entreprises. Grâce à lui, six institutions de microfinance octroient actuellement leur appui à 500 projets d’entreprises initiés par des Guinéens de moins de 30 ans.
Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail
Selon les dernières informations de l’enquête des ménages, la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté a augmenté, passant de 49 % en 2002 à 58 % en 2010. L’indice de la pauvreté varie d’une région à l’autre. Il reste néanmoins plus élevé dans les zones rurales.
Il est envisagé une baisse tendancielle du taux de pauvreté si les nouvelles autorités guinéennes tiennent leur engagement de mettre en application des politiques de lutte contre ce phénomène. La faiblesse des ressources humaines est d’autant plus critique que le pays s’apprête à mettre en place un plan de relance nécessitant une forte expertise de la part de l’administration publique. La structure démographique guinéenne est aussi fortement marquée par le poids des jeunes (moins de 35 ans) qui représentent 74 % de la population, ce qui pose d’énormes défis en matière d’éducation, de santé et d’emploi.
La Guinée dispose depuis longtemps d’un code de sécurité sociale qui comprend plusieurs prestations : indemnités d’assurance maladie, allocations en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, pensions de retraite ou d’invalidité, assurance en cas de décès du soutien de la famille. La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) assure, malgré les difficultés financières, le paiement plus ou moins régulier de l’ensemble des prestations.
Membre de l’Organisation internationale du travail (OIT), le pays a ratifié les différentes conventions relatives à la protection des droits de l’homme, des droits des travailleurs, des populations vulnérables, en particulier les droits des enfants. Pour répondre à la demande du secteur productif et adopter une politique de formation professionnelle mieux alignée sur les besoins du marché du travail, le gouvernement a élaboré une politique nationale de l’emploi avec comme axe d’intervention majeur, la promotion de l’emploi en faveur des groupes vulnérables. D’une manière générale, il déploie des efforts en vue d’établir un équilibre entre les exigences de la protection sociale et la création d’emplois.
Égalité hommes-femmes
Les disparités de genre sont contrastées dans les domaines de l’éducation, la santé et la sphère politique et publique. La promotion de l’égalité hommes-femmes est confrontée, selon le plan quinquennal 2011‑15, a un ensemble de contraintes majeures. Il s’agit essentiellement de la faiblesse du cadre institutionnel et de coordination des questions de genre, de l’insuffisance de la mise en œuvre de la politique nationale pour la promotion du genre et de l’inexistence d’un budget-programme de financement des questions d’égalité entre les sexes.
En 2011, aucune politique ou programme majeur visant à encourager l’égalité homme-femme n’a été promulgué. La Guinée a néanmoins ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme. Quelques avancées dans la réduction des inégalités dans les domaines de la santé et de l’éducation sont à signaler. Ainsi, le ratio filles-garçons est passé de 0.76 en 2005 à 0.92 en 2010 dans les écoles primaires et de 0.45 à environ 0.59 dans les écoles secondaires. Ce rapport stagne cependant à 0.3 dans les universités.
Enfin, de fortes inégalités persistent dans la vie active où la proportion de femmes dans les postes salariés du secteur formel – en dehors de l'agriculture – ne dépasse pas 30 % des effectifs. Au niveau politique, la présence féminine demeure également faible : moins de 20 % des membres de la dernière législature étaient des femmes et elles occupent seulement 17 % des postes de décision dans l'administration.