• À la faveur de la normalisation sociopolitique et institutionnelle du pays et des efforts de reconstruction et de réhabilitation des infrastructures de base, l’activité économique connaît une reprise avec un taux de croissance estimé à 8.6 % en 2012 et projeté à 8.9 % et 9.8 % en 2013 et 2014.

  • La réalisation de ces taux de croissance suppose la consolidation du processus de réconciliation nationale et de cohésion sociale, ainsi que l’accélération des réformes visant à améliorer le climat des affaires pour que le secteur privé puisse jouer un rôle moteur dans la relance de l’économie.

  • Sur cette lancée, le pays devrait tirer le meilleur parti de ses importantes ressources naturelles, d’une part en accroissant la part de ses produits agricoles transformés et, d’autre part, en renforçant ses capacités institutionnelles et humaines et en améliorant la transparence dans la gestion des ressources fossiles et minières.

Vue d'ensemble

La reprise de l’activité économique au sortir de la crise postélectorale a été plus forte que prévue. Le regain de confiance chez les opérateurs économiques consécutif à la normalisation de la situation sécuritaire et à la multiplication des efforts de paix se trouve ainsi confirmé. Après une baisse de 4.7 % en 2011, le produit intérieur brut (PIB) réel a connu en 2012 une croissance estimée à 8.6 %, soutenue par les investissements publics et la reprise de la consommation finale. À moyen terme, la mise en œuvre du Plan national de développement (PND) 2012-2015 devrait permettre le retour du pays sur une courbe de croissance durable et inclusive. Prévue à 8.9 % et 9.8 % pour 2013 et 2014 la croissance du PIB serait favorisée par le redressement de la production pétrolière et gazière ainsi que par la hausse de l’investissement, elle-même stimulée par l’amélioration de l’environnement des affaires et le renforcement du partenariat public-privé.

En conséquence des efforts de relance de l’économie, le déficit budgétaire global s’est creusé en 2012 : pour la première fois depuis cinq ans le compte courant extérieur a enregistré un déficit. Cependant, l’exécution satisfaisante du programme économique et financier 2011-14, soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC) du Fonds monétaire international (FMI), a permis d’atteindre en juin 2012 le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et au pays de bénéficier d'une réduction substantielle du stock de sa dette extérieure. L’inflation est également revenue en 2012 en dessous de la norme de 3 % fixée au niveau communautaire.

Au plan politique, la Côte d’Ivoire a enregistré des avancées notables en termes de normalisation institutionnelle, sociopolitique, sécuritaire et des droits de l’homme.

Pour consolider la reprise et assurer une croissance durable, le pays devrait poursuivre les efforts visant à une transformation structurelle en tirant le meilleur parti de ses importantes ressources naturelles. Plusieurs obstacles entravant la gestion soutenable des ressources naturelles devront, à cet égard, être levées, à savoir : i) la faiblesse des liens entre les compagnies d’exploitation des ressources et les autres secteurs de l’économie ; et ii) l’insuffisance de la transparence dans la gestion des ressources naturelles et des contrats de partage de production entre le gouvernement et les compagnies pétrolières.

La Côte d’Ivoire dispose également d’un fort potentiel agricole, étant en particulier le premier producteur mondial de cacao. L’accroissement du taux de transformation de la production agricole (qui oscille entre 2 % et 27 %) devrait représenter un objectif prioritaire pour les pouvoirs publics dans les années à venir.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (O)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel-4.78.68.99.8
Taux de croissance du PIB réel par habitant-6.86.56.77.5
Inflation IPC4.92.12.22.3
Balance budgétaire % PIB-1.8-3.5-4-3.1
Balance courante % PIB6.7-3.3-3.8-1.9

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072011
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche26.130
Construction4.96
Electricité, gaz et eau2.62.7
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises12.511.2
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières12.913.1
Mines6.84.7
Autres services0.30.3
Administration publique et services personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels14.613.6
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications14.814.7
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants4.53.8
Vente en gros et de détail, immobilier--

À la faveur de la normalisation sociopolitique, l’activité économique a connu une reprise vigoureuse en 2012. Le taux de croissance du PIB réel est estimé à 8.6 %, après une baisse de 4.7 % en 2011. Cette croissance est soutenue, du côté de l’offre, par la hausse de l’activité dans les principaux secteurs de l’économie et, du côté de la demande, par l’accroissement des investissements publics et la reprise de la consommation des ménages.

La production du secteur primaire, qui représente 30 % du PIB, a affiché une croissance de 0.7 % en 2012, en net ralentissement par rapport à 2011 (+ 4.8 %) du fait des contre-performances réalisées par l’agriculture d’exportation et l’extraction minière. Le recul de la production cacaoyère, suite au repos végétatif, explique le recul de l’agriculture d’exportation, tandis que le repli de l’extraction minière (- 6.1 %) est imputable à la chute de la production pétrolière et gazière, du fait de la déplétion naturelle et de la fermeture pour travaux de certains puits. En revanche, les productions vivrière et aurifère ont affiché des hausses (respectivement de 3.0 % et de 20.5 %) par suite des effets conjugués d’une bonne pluviosité, de l’utilisation de semences améliorées et de la pleine activité de la mine d’or de Tongon.

Après une chute d’activité de 7.4 % en 2011 le secteur secondaire (22 % du PIB) s’est redressé en 2012. Sa production a affiché une croissance de 14.8 % sous l’effet des performances réalisées par : i) l’agro-industrie en liaison avec la hausse de la demande nationale et sous régionale ; ii) le bâtiment et les travaux publics (BTP), en relation avec la réalisation des infrastructures socio-économiques ; iii) les produits pétroliers, à la faveur de la reprise des activités de la Société ivoirienne de raffinage ; et iv) le secteur de l’énergie, du fait de l’intensification de l’activité industrielle et de la poursuite de l’électrification rurale.

La production du secteur tertiaire, qui constitue 48.0 % du PIB, s’est accrue de 14.1 % en 2012, sous l’impulsion des branches transport et commerce. Les performances de la branche transport ont bénéficié de l’amélioration de la situation sécuritaire et de la bonne tenue du transport maritime, suite à la reprise des importations. Le commerce doit, pour sa part, son dynamisme au regain de confiance chez les ménages et à la reprise des exportations.

Du côté de la demande, la croissance a principalement été tirée par les investissements qui enregistrent une progression estimée à 9.5 % en 2012 grâce à la construction et à la réhabilitation des infrastructures socio-économiques par l’État et au renouvellement des outils de production du secteur privé. La consommation finale s’est également redressée sous l’effet de la hausse des revenus et du regain de confiance généralisé chez les opérateurs économiques. Les contributions positives de l’investissement et de la consommation finale à la croissance ont été toutefois atténuées par les résultats des échanges extérieurs (– 5.2 %) à cause de l’augmentation des importations, suite à la forte demande en biens intermédiaires et d’équipement.

La reprise de l’économie ivoirienne devrait se consolider au cours des années 2013 et 2014, avec des taux de croissance du PIB réel projetés respectivement à 8.9 % et 9.8 %. Mais ces perspectives macroéconomiques supposent que plusieurs conditions soient réunies, dont : i) un environnement international favorable au plan économique ; ii) une mobilisation suffisante des financements extérieurs pour la mise en œuvre du PND ; et iii) l’absence de perturbations sociopolitiques aigues et une nette amélioration de la situation au plan de la sécurité. Le redressement de la production pétrolière et gazière conjugué à la bonne progression de la production aurifère, ainsi que la poursuite des réformes visant à améliorer l’environnement des affaires, la promotion de l’investissement privé et le renforcement du partenariat public-privé, seront des facteurs importants pour favoriser la croissance en 2013 et 2014.

Celle-ci continuerait, en outre, d’être tirée par la hausse des investissements (de 9.2 % en 2013 et de 11.1 % en 2014), en raison de la poursuite des grands chantiers de l’État et de l’accroissement de l’investissement privé favorisé par le retour de la confiance des investisseurs et l’amélioration de l’environnement des affaires.

Bien que favorables, ces perspectives ne sont pas exemptes de risques. Au plan interne, ils ont trait essentiellement à la fragilisation de la situation sociopolitique en raison des incertitudes en matière de sécurité. Au plan externe, les risques proviendraient des chocs provoqués par des cours défavorables des matières premières (cacao, pétrole) et d’une dégradation de l’environnement international qui pourrait contrarier une mobilisation suffisante des financements extérieurs et réduire l’afflux des investissements directs étrangers (IDE).

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

En 2012, la politique budgétaire s’est inscrite dans la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre du Programme économique et financier (PEF), soutenu par la FEC conclue avec le FMI pour la période 2012-14.

Les recettes (dons compris) se sont établies en 2012 à 19.6 % du PIB contre 19.5 % en 2011. Cette légère amélioration résulte de l’augmentation des revenus du pétrole et du gaz et de la réorganisation des services fiscaux.

Les dépenses affichent une progression, passant de 21.4 % du PIB en 2011 à 23.1 % en 2012, induite par la hausse de la masse salariale et les dépenses d’investissement. L’augmentation de la masse salariale est imputable à la prise en charge des enseignants bénévoles des zones Centre-Nord-Ouest et au recrutement exceptionnel d’anciens combattants. Le ratio de la masse salariale sur les recettes fiscales s’est situé ainsi à 43.5 % en 2012, bien au-dessus du seuil maximal de 35 % retenu dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les dépenses d’investissement ont atteint 5.4 % du PIB, contre 3.4 % en 2011, en liaison avec la reconstruction et l’exécution des programmes d’urgence.

Au total, l’exécution budgétaire a conduit à une aggravation du déficit global passé de 1.8 % du PIB en 2011 à 3.5 % en 2012. Ce déficit a été principalement financé sur les ressources extérieures et par des emprunts sur le marché financier régional.

En 2013, les recettes totales devraient afficher une hausse de 1.4 point de pourcentage du PIB par rapport à 2012 grâce à la hausse prévue des dons. Les dépenses publiques se situeraient à 25 % du PIB et à 24.6 % en 2014, du fait de la poursuite de la hausse des investissements. Les dépenses courantes connaîtraient toutefois un repli à cause, d’une part, de la baisse des subventions aux produits pétroliers suite à l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement automatique des prix et, d’autre part, de la bonne maîtrise de la masse salariale grâce au Système intégré de gestion des fonctionnaires et agents de l’État (SIGFAE) devenu opérationnel. Les dépenses en capital devraient poursuivre leur progression, dans le cadre de la mise en œuvre du programme d’investissement de l’État, et seraient financées en grande partie sur les ressources extérieures. Sous les effets conjugués de la progression des recettes et de la baisse des dépenses publiques, le déficit budgétaire se replierait à 4.0 % du PIB en 2013 et à 4.1 % en 2014, contre 6.3 % en 2012.

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)21.820.119.519.62121.5
Recettes fiscales16.51713.113.513.513.8
Recettes pétrolières2.90.90.30.51.82.2
Dons------
Dépenses totales (et prêts nets) (a)19.720.621.423.12524.6
Dépenses courantes16.517.31616.716.215.9
Sans les intérêts1515.614.114.914.614.5
Salaires6.87.18.47.56.26
Intérêts1.51.71.91.81.61.5
Solde primaire3.61.20.1-1.7-2.3-1.6
Solde global2-0.5-1.8-3.5-4-3.1

Politique monétaire

La Côte d’Ivoire est membre de l’UEMOA. Sa politique monétaire, conduite par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), vise de façon explicite la stabilité des prix.

En 2012, l’inflation en moyenne annuelle estimée à 2.1 % contre 4.9 % en 2011, a été maintenue dans les limites de la norme communautaire (≤3%). Cette bonne maîtrise du niveau des prix est imputable aux politiques mises en place par le gouvernement pour lutter contre la cherté de la vie. Entre autres mesures, l’on peut retenir : i) la mise en application des protocoles d’accord entre l’État et les différents acteurs commerciaux sur les prix des produits de grande consommation, soutenue par une campagne élargie d’affichage des prix ; ii) la systématisation des relevés hebdomadaires de prix afin de disposer d’informations exhaustives et fiables sur les prix des produits de grande consommation, leur disponibilité, ainsi que l’approvisionnement des marchés en produits de première nécessité ; et iii) la suspension temporaire des droits et taxes d’entrée sur le riz pour la période allant du 1er août au 31 octobre 2012. L’effet prolongé de ces mesures et l’impact attendu de la production vivrière suite à la mise en œuvre du Programme national d’investissement agricole (PNIA), devraient maintenir le taux d’inflation à 2.2 % en 2013 et à 2.3 % en 2014.

Au cours de l’année 2012, la BCEAO a procédé à une révision à la baisse de ses taux directeurs afin d’accompagner le financement des économies confrontées à des chocs divers. Ainsi, le taux minimum de soumission aux opérations d'open market et le taux de prêt marginal ont été réduits en juin 2012 de 25 points de base pour s’établir respectivement à 3 et 4 %. Le coefficient de réserves obligatoires a été abaissé de 7 à 5 % le 16 mars 2012. Cette détente sur les taux d’intérêt, dans un contexte de ralentissement de l’inflation, a contribué, avec l’amélioration du climat sociopolitique, à l’accroissement d’environ 5 % des crédits à l’économie en 2012 contre 2 % en 2011.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

Pour la première fois depuis cinq ans le compte courant extérieur a enregistré un déficit en 2012. Son solde est passé d’un excédent de 6.7 % du PIB en 2011 à un déficit de 3.3 % du PIB en 2012, du fait du recul de l’excédent du solde commercial et de l’aggravation du déficit des services. Le recul de l’excédent commercial résulte de l’importante progression des importations (36 % du PIB en 2012 contre 28.3 % en 2011) en ligne avec l’accroissement des besoins en biens d’équipement et intermédiaires. En 2013 et 2014, le compte courant devrait demeurer déficitaire à cause de la poursuite de la hausse des importations.

La Côte d’Ivoire a repris sa coopération avec les grandes instances d’intégration régionale et assure depuis février 2012 la présidence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Le pays applique le tarif extérieur commun (TEC) de l’UEMOA, qui comporte quatre bandes (catégories de produits). L’accord portant sur la cinquième bande tarifaire (35 %) qui devrait s’ajouter aux quatre bandes existantes (0, 5, 10, et 20 %) dans la structure du TEC de la Cedeao est en cours de discussion. Par ailleurs, dans l’attente de la conclusion de l’APE au niveau de la Cedeao, la Côte d’Ivoire a signé en novembre 2008 un Accord de partenariat économique (APE) intérimaire avec l'Union européenne (UE), prévoyant un taux d'ouverture de 80 % en termes d’accès en franchise de ses produits aux marchés européens. Une clause d'extinction prévoit la disparition de cet accord intérimaire au profit de l'APE régional.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale16.618.414.520.410.410.210.4
Exportations de biens (f.o.b.)43.346.44748.746.44848.2
Importations de biens (f.o.b.)26.72832.628.33637.837.8
Services-7.4-6.6-7.2-8.2-8.5-8.5-8.2
Revenu des facteurs-4.6-4.4-4.3-4.3-4-3.5-2.2
Transferts courants-3-0.4-1.8-1.2-1.2-2-1.8
Solde des comptes courants1.671.16.7-3.3-3.8-1.9

Politique de la dette

A la faveur de la fin de la crise post-électorale et de la conclusion d’un programme économique et financier soutenu par la FEC, la Côte d’Ivoire a pu atteindre le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) en juin 2012. Les allègements de dette octroyés au titre de l’Initiative PPTE devraient permettre un allègement considérable de la charge de sa dette. La valeur actualisée du ratio dette/recettes atteindrait 99.6 % en 2012 contre 298.9 % en 2011. Cet allègement de la dette extérieure permet à la Côte d’Ivoire de restaurer ses finances publiques et de redevenir solvable vis-à-vis de ses partenaires financiers. L’État a également réussi à restructurer l'ensemble de sa dette intérieure, à allonger les échéances et se finance à nouveau sur le marché financier régional. La restructuration des titres à court terme en bons du Trésor sur 2 ans et en obligations sur 3 et 5 ans a eu lieu en décembre 2011 et les intérêts accumulés ont été payés .

L’analyse de sensibilité de la dette montre cependant que le pays demeure vulnérable aux chocs. Le gouvernement met en place, avec l’appui du FMI et de la Banque mondiale, une nouvelle stratégie exhaustive de gestion de la dette qui couvre à la fois les dettes intérieure et extérieure et les nouveaux emprunts, pour assurer la soutenabilité de la dette. Il a également décidé un traitement particulier de la dette à travers la création d’un Comité national de la dette publique (CNDP) en novembre 2011, conformément à la réglementation communautaire de l’UEMOA qui recommande l’institutionnalisation de la gestion de la dette.

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

Durement éprouvées par la crise post-électorale, les entreprises ivoiriennes ont subi des destructions importantes dans leur outil de production avec, pour conséquence, l’aggravation de leurs besoins en financement. Selon les estimations du patronat ivoirien, des dommages estimés à plus de 650 milliards XOF (Franc CFA BCEAO) auraient affectés 1 113 d’entre elles, pour la plupart des petites et moyennes entreprises (PME). Dans ces conditions, l’épineuse question du faible taux de financement du secteur privé par le système bancaire connaît une acuité accrue.

Cette faiblesse du financement bancaire en direction des PME et des petites et moyennes industries (PMI) tient principalement à leur structuration peu fiable et à l’absence d’une comptabilité certifiée. Il faut y ajouter la mauvaise connaissance par le secteur privé des mécanismes de financement innovants (affacturage, leasing, etc.). L’analyse de la structure des crédits déclarés à la Centrale des risques (à fin juillet 2012) montre que 61 % des crédits accordés sont alloués au secteur tertiaire qui reste le principal bénéficiaire du financement bancaire. Les secteurs secondaire et primaire viennent en deuxième et troisième position avec respectivement 34.6 et 4.4 % des crédits bancaires. Selon l’édition 2013 du rapport Doing Business de la Banque mondiale, la Côte d’Ivoire conserve, comme en 2011, la 126e place (sur 183 économies) dans le classement relatif à l’accès au crédit.

Selon le même rapport, l’amélioration de l’environnement des affaires a connu un recul en 2012. Pour la création d’entreprise, le pays perd trois places par rapport à 2011 et occupe en 2012 le 176e rang sur 185 économies. Pour le règlement de l’insolvabilité, il occupe le 76e rang et perd également trois places sur 2011. Les efforts des autorités pour améliorer l’environnement des affaires qui s’était dégradé sous les effets prolongés de la crise post-électorale portent, entre autres, sur : i) la réactivation du Comité de concertation État/secteur privé (CCESP) dont l’une des priorités consiste à faciliter les créations d'entreprises ; ii) la création du tribunal de commerce d’Abidjan, opérationnel depuis octobre 2012 ; et iii) l’adoption par ordonnance en juin 2012 d’un nouveau code des investissements.

 

Secteur financier

Le secteur financier ivoirien retrouve progressivement un rythme d’activité normal mais demeure encore peu étendu. Au sortir de la crise post-électorale qui l’a affaibli le gouvernement a pris des mesures pour améliorer la solidité du système bancaire. Pour les banques publiques, restées ouvertes pendant la crise et qui ont été les plus affectées, des mesures de sauvegarde ont été prises, notamment le recouvrement renforcé des créances, la réduction des charges de fonctionnement, le renforcement de la stratégie commerciale et la gouvernance. Le système bancaire demeure toutefois fragilisé par la faiblesse des fonds propres. Le ratio moyen des fonds propres aux actifs pondérés par le risque des banques s'est légèrement dégradé en 2011, en liaison avec la diminution des fonds propres effectifs des banques commerciales publiques. A la fin de 2011, 6 banques commerciales sur 23 (y compris 4 des 5 banques publiques) ne respectaient pas les normes régionales minimales de fonds propres. La mise en œuvre du plan de restructuration des banques publiques, validé en 2012, constitue un défi majeur pour consolider la stabilité financière.

Par ailleurs, des actions de redressement et de développement du secteur de la microfinance ont été lancées en coopération avec les partenaires techniques et financiers. Il s’agit, entres autres, de : i) la réalisation d’audits du secteur ; ii) l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan de restructuration de l’Union nationale des coopératives d’épargne et de crédit (Unacoopec) de Côte d’Ivoire ; et iii) l’actualisation de la Stratégie nationale de la microfinance (SNM).

Sur le marché financier, le gouvernement a repris ses interventions sur le marché des titres publics avec l’émission de titres à plus longue échéance (2 à 5 ans). L'activité au niveau de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), dominée par les entreprises ivoiriennes, enregistre une évolution favorable sur l'ensemble de ses compartiments.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

La stratégie de restructuration des entreprises publiques a été adoptée avec pour objectif de réduire de 25 % le portefeuille de l’État à travers un mécanisme de privatisation, de fusion ou de transfert de compétences à la tutelle technique.

L’achèvement du recensement des fonctionnaires et agents de l’État a conduit à la mise en place d’un Système intégré de gestion des fonctionnaires et agents de l’État (SIGFAE). Des économies estimées à 11 milliards XOF ont été réalisées grâce à la découverte d’environ 3 000 fonctionnaires et agents de l’État fictifs. L’adoption du projet de loi portant le code de déontologie des agents du secteur public et la signature d’un décret relatif à la promotion au mérite dans la fonction publique, visent à renforcer la culture de l’éthique et du mérite dans l’administration publique. Le classement de la Côte d’Ivoire sur l’indice de perception de la corruption de Transparency International s’est amélioré, le pays passant du 154e rang en 2011 (sur 182 économies) au 130e rang en 2012 (sur 176 économies). En novembre 2011, la Côte d’Ivoire a ratifié la Convention de l’organisation des Nations Unies contre la corruption.

Menée à bien, la réforme visant à améliorer l'efficacité du secteur café/cacao a instauré un nouveau cadre institutionnel et réglementaire prévoyant la mise en place de : i) un organe central (le Conseil du café et du cacao, ou CdC) composé des représentants de toutes les parties prenantes. Le CdC est responsable de la gestion, de la réglementation, du développement et de la stabilisation des prix dans le secteur ; ii) un mécanisme de commercialisation qui inclut les ventes à terme de licences d'exportation et la garantie des prix aux producteurs ; et iii) un fonds de réserve créé à la BCEAO pour couvrir les risques anormaux.

La réforme du secteur de l’électricité a visé à résorber son déficit financier structurel. A été fixé un prix de base de 5.5 USD par million de BTU (MMBTU), contre 9.8 USD en moyenne en 2011, et décidée une augmentation de 10 % des tarifs industriels d’électricité.

Gestion des ressources naturelles et environnement

Conformément aux critères de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), les rapports 2008 ,2009 et 2010 sur les flux financiers entre l’État et les industries extractives ont été publiés en mai 2012. Le pays bénéficie du statut de pays candidat à l’ITIE depuis 2008, mais ne peut encore prétendre bénéficier de cette initiative.

La Côte d’Ivoire figure parmi les pays à grande déforestation, avec au moins 35 % de taux d’infiltration de sa forêt. La mise en œuvre du Programme national de reboisement entamé en 2005 et qui ciblait un taux de 20 % (6 450 000 hectares) en 2015 connaît un ralentissement. Le pays souffre d’un sous-équipement en drainage des eaux pluviales, en collecte et en traitement des eaux usées, du faible degré de traitement et d’élimination des ordures ménagères et d’un bas niveau de latrines publiques. Avec un taux d’accès à l’eau potable estimé à un peu plus de 60 %, atteindre la cible de 80 % d’ici à 2015 nécessiterait à la fois une gestion efficace des ressources en eau faiblement exploitées et un renforcement des infrastructures.

Des efforts encourageants sont cependant déployés par les autorités à travers les programmes d’assainissement des grandes villes du pays. En outre, depuis février 2012, deux décrets ont été signés, l’un portant sur la création, l’organisation et le fonctionnement d’une Commission nationale du fonds pour l’environnement mondial (FEM), l’autre prévoyant une nouvelle procédure de classement des parcs nationaux et réserves naturelles à travers une commission créée à cet effet

Contexte politique

Les élections législatives et l’élection du nouveau président de l’Assemblée nationale en mars 2012 ont marqué le retour des institutions à la normale. Au plan sociopolitique, le dialogue républicain entre le gouvernement et l’opposition a permis la création d’un cadre permanent de dialogue (CPD) fonctionnant selon un mode de décision consensuel. Les principaux sujets traités par le CPD concerneront : i) le statut de l’opposition et le financement des partis politiques; ii) les questions électorales, notamment la renouvellement de la Commission électorale indépendante (CEI) et l’actualisation des listes électorales au regard des résultats du recensement de la population et iii) les questions judiciaires et de sécurité, notamment le respect de l’État de droit et le désarmement des ex-combattants. La réforme de l’armée se poursuit et la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) a commencé ses travaux. Par ailleurs, les universités publiques ont repris leurs activités après leur rénovation.

En 2012, des attaques sporadiques par des groupes armés ont été signalées et des évasions répétées se sont produites dans les prisons. Le gouvernement a pris des mesures dont : i) le renforcement de la sécurité aux frontières du pays et à l’intérieur des prisons ; ii) la restructuration et la modernisation de l’armée unifiée ; et iii) la création d’un Conseil national de sécurité. Ces décisions ont eu un effet positif sur la sécurité qui a connu une nette amélioration.

Au plan des droits de l’homme, les pouvoirs publics ont décidé de lutter contre l’impunité en s’efforçant de promouvoir une justice indépendante et impartiale et de moraliser la vie politique. La Commission nationale d’enquête a livré son premier rapport sur les violations des droits de l’homme perpétrées au cours de la période post-électorale.

Au total, la Côte d’Ivoire a enregistré des avancées notables en termes de normalisation institutionnelle, sociopolitique, sécuritaire et des droits de l’homme, avancées confirmées dans l’édition 2013 des libertés politiques de Freedom House. Les indices : « droits politiques » et : « libertés civiles » se sont améliorés et ont permis au pays d’atteindre le statut d’État « partiellement libre » contre le statut « non-libre » précédemment. Toutefois, les cicatrices de la crise post-électorale étant encore vives et profondes dans les esprits, il ne faudrait pas que les enjeux politiques viennent entraver la consolidation de la réconciliation nationale et la cohésion sociale tant attendues par la population.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

La stabilisation politique a contribué à l’amélioration du système éducatif. Pour l’année scolaire 2011/12, plus de 90 % des élèves du cycle primaire public ont reçu gratuitement au moins trois livres (relatifs aux matières telles que l’éducation civique et morale, les mathématiques et le français). La politique de gratuité de l’école primaire est poursuivie durant l’année scolaire 2012/13 avec la distribution de kits scolaires. Après le recrutement en 2012 de 3 000 enseignants volontaires, des efforts importants sont en cours pour combler le déficit évalué à 10 000 enseignants. La réalisation de l’objectif 2 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) : donner les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires, est improbable.

Des progrès pourront néanmoins être réalisées vers cet objectif. Les réformes adoptées prévoient le contrôle des Comités de gestion scolaire (COGES) et l’introduction de deux nouvelles matières : l’éducation aux droits humains et à la citoyenneté (EDHC) et les techniques de l’information et de la communication (TIC). En outre, le Programme présidentiel d’urgence (PPU) a permis de recruter 5 000 instituteurs et 3 000 diplômés pour l’enseignement secondaire.

Concernant la santé de la reproduction, le renforcement des infrastructures combiné à la diffusion des produits contraceptifs a eu des effets positifs sur la mortalité maternelle et néonatale. Le taux d’accouchement assisté est passé de 66.72 % en 2009 à 69.22 % en 2011.

Le Plan national de développement sanitaire 2012-2016 et le cadre d’accélération de l’OMD 5 sont en cours d’élaboration. Après la fin de la période de gratuité totale (d’avril 2011 à janvier 2012) ayant eu pour conséquences l’engorgement des services de santé et l’aggravation des pénuries de médicaments, les autorités ont opté pour une politique de gratuité ciblée aux femmes enceintes et aux enfants de 0 à 5 ans. Il en est résulté une baisse des consultations mais une augmentation (+ 33 %) des accouchements, la majorité des autres actes délivrés restant stables. L’atteinte des OMD 4 et 5 (réduire la mortalité infantile et améliorer la santé maternelle) reste cependant peu probable.Selon le rapport de suivi sur la nutrition du Programme alimentaire mondial, le taux de malnutrition aigüe global était de 5.4 % en 2011 (pour un taux-cible inférieur à 8.5 %) tandis que celui des guéris de malnutrition chez les personnes vivant avec le VIH/Sida (PVVIH) est de 46 % (pour une cible établie à plus de 75 %). En 2011, la prise en charge des malnutris a été réalisée avec la mise à la disposition des PVVIH de 5 000 kits alimentaires.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Le PND 2012-15 a comme premier objectif la réduction sensible de la pauvreté à travers des politiques adaptées issues d’un processus participatif avec pour ambition de transformer la Côte d’Ivoire en un pays émergent d'ici à 2020. Le financement du PND est estimé à quelque 11.076 milliards XOF (environ 21 milliards USD) sur quatre ans, dont près de la moitié sera assurée par le budget de l'État. Le budget de 2012 tient compte également des Cadres de dépenses à moyen terme (CDMT) disponibles pour les secteurs santé et éducation-formation. Ces secteurs ont ainsi bénéficié de dotations budgétaires intégrés dans les dépenses en faveur des pauvres en 2012.

Pour la préparation du budget 2013, le processus CDMT a été étendu à huit nouveaux ministères : sécurité, défense, justice, agriculture, infrastructures économiques, énergie, environnement, affaires sociales. Le principal objectif est de ramener l’incidence de la pauvreté de 48.9 % en 2008 à 33.6 % en 2013 pour tomber à 16.0 % à l’horizon 2015. Les dépenses en faveur des pauvres1 sont passées de 7.8 % du PIB en 2010 à 10.0 % en 2011 et 7.9 % en 2012 (contre une prévision de 7.8 % du PIB dans le PEF).

La précarité de la protection sociale en Côte d’Ivoire fait suite à deux décennies de tensions exacerbées par la crise post-électorale. A l’exception de l’aide humanitaire ponctuelle, le pays ne dispose pas encore d’un système de protection sociale élargie couvrant les populations contre les risques. La protection sociale se limite au régime de sécurité sociale bénéficiant à une minorité d’employés du secteur formel et leurs ayants droit, et à quelques programmes à faible contribution comme les cantines scolaires ou les aides ciblées aux enfants en situation de vulnérabilité. En 2012, est intervenue une réforme des régimes de retraites, aussi bien dans le public que dans le privé, prévoyant notamment le relèvement des taux de cotisations et l’allongement de l’âge de départ à la retraite

Égalité hommes-femmes

Dans l’enseignement supérieur, le taux d’inscription des femmes était de 35 % en 2011, contre 65 % pour les hommes soit un ratio sexe de 0.54, selon le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Les données de l’Union Interparlementaire sur la représentation des femmes élues au suffrage direct au sein des assemblées parlementaires nationales montrent que la Côte d’Ivoire avait, en 2011, 11 % de femmes parlementaires, se classant 108e sur 190 pays, contre 8.9 % en 2000 (108e sur 188). Des dispositions légales ont été prises pour faciliter l’insertion professionnelle des auditrices dans les Instituts de formation et d'éducation féminine (IFEF). Malgré le relatif accroissement de la participation des femmes à la vie publique, la Côte d’Ivoire reste encore loin de l’objectif de 30 % de représentation.

Le protocole facultatif de la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) a été ratifié  par la Côte d'Ivoire en octobre 2011 et le rapport sur la mise en œuvre de la CEDEF a été finalisé. Une nouvelle loi sur le mariage a été adoptée par l’Assemblée nationale en novembre 2012 pour renforcer le principe de l’égalité des époux et accroitre l’autonomisation de la femme. Selon le « Global Gender Gap Report2 2012 » du Forum économique mondial, la Côte d’Ivoire se classe au 130e rang (sur 135 pays) en 2012, le même rang qu’en 2011 (sur 132 pays).

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

Les secteurs de l’énergie extractive (pétrole et gaz) et des Technologies de l’information et de la communication (TIC) ont généré des changements positifs dans l’économie ivoirienne. La découverte de nouveaux gisements (Champs « Foxtrot » en 1991, « Panthère-Lion » en 1993 et « Baobab » en 2001) et la hausse des cours des hydrocarbures sur les marchés mondiaux ont dynamisé les secteurs du pétrole et du gaz. Quant aux TIC ils bénéficient d’une demande en constante progression et à la présence d’infrastructures adaptées. Ainsi la contribution de la branche télécommunication au PIB est estimée à environ 6 % sur ces cinq dernières années.

Avec le Nigéria et le Tchad, la Côte d’Ivoire figre dans le peloton de tête des producteurs de pétrole au sein de la sous-région ouest-africaine. Les productions de pétrole brut et de gaz naturel ont connu une hausse continuelle de 2001 à 2005. En 2006, les recettes d’exportation issues du pétrole brut et des produits pétroliers ont excédé celles de la principale culture d’exportation : le cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial depuis des décennies.

Globalement, les retombées sur l’emploi et la compétitivité des changements structurels intervenus dans ces secteurs demeurent toutefois très limités à cause de la crise sociopolitique qui a frappé le pays pendant plus d’une décennie (1999-2011).

Les importantes ressources naturelles de la Côte d’Ivoire n’en représentent pas moins potentiellement des moteurs de croissance et de création d'emplois pour la prochaine décennie. Les matières premières minérales, bien que n’entrant actuellement que pour 1 % dans le PIB, sont un secteur d’avenir. Le sous-sol ivoirien dispose de richesses évaluées à plus de 3 milliards de tonnes de fer, 390 millions de tonnes de nickel, 1.2 milliard de tonnes de bauxite, 3 millions de tonnes de manganèse et 100 000 carats de diamant. Les perspectives concernant les ressources fossiles (pétrole brut et gaz naturel) sont également prometteuses au regard des récentes découvertes d’hydrocarbures. Des explorations plus poussées en eaux profondes territoriales, au-delà du plateau continental, sont prévues.

Les projets d’intensification de la recherche minière portent sur : i) l’attribution de permis à des opérateurs dotés de capacités techniques et financières plus importantes ; ii) l’amélioration du système d’informations géologique et minier ; et iii) la mise en œuvre des travaux de prospection et d’évaluation de réserves sur les gisements de fer de Monogaga et de phosphate d’Eboinda.

Le pays dispose également d’importantes ressources en matières premières végétales et halieutiques. Environ 75 % de la terre ivoirienne est arable ; la qualité des sols ainsi que les conditions agroclimatiques permettent de produire une grande diversité de cultures tropicales. L’anacarde, l’hévéa, la banane et l’ananas constituent ainsi, avec le binôme café-cacao, d’importantes cultures de rente.

Ces ressources naturelles assurent à l’État une source importante de revenus. Le total des recettes tirées d’une partie d’entre elles : pétrole, gaz naturel, charbon, minerais, produits forestiers s’élevait à 7 % du PIB en 2010, selon le Conseil national de l’ITIE. Les impôts, taxes, dividendes et autres revenus tirés du secteur énergétique (pétrole, gaz et électricité) ont représenté, en moyenne, environ 14 % des recettes de l’État en 2008 et 2009.

Bien que ces importantes ressources naturelles permettent d’envisager des perspectives favorables pour l’économie ivoirienne, des goulots d'étranglement continuent de peser sur leur gestion et freinent leurs effets sur la transformation structurelle du pays.

D’abord, les relations entre le secteur des ressources naturelles, en particulier les ressources fossiles et les minerais, et les autres secteurs de l’économie sont très faibles. Ensuite, la transformation industrielle des matières premières végétales et des produits de la pêche demeure insuffisante pour générer une croissance économique forte. Durant la précédente décennie, les taux de transformation au plan local étaient de 2 % pour le caoutchouc, 5 % pour la noix de cajou, 10 % pour le café, 20 % pour le coton et 27 % pour le cacao. D’autre part, l’opacité caractérisant les contrats de partage de production entre le gouvernement et les compagnies pétrolières à travers différentes clauses de confidentialité empêche une gestion transparente des ressources. En outre, le pays ne dispose d’aucun instrument spécifique de gestion des revenus issus des ressources naturelles, lesquels sont ainsi mis en commun avec les autres ressources du budget général. Enfin, les capacités du pays pour la bonne gouvernance des ressources naturelles demeurent relativement faibles.

La Côte d’Ivoire devrait pouvoir tirer le meilleur parti de ses ressources naturelles en vue de favoriser une transformation structurelle de l’économie et permettre une croissance soutenue. Dans cette perspective, il convient d’abord de renforcer les liens entre le secteur des ressources naturelles (fossiles et dures) et les autres branches de l’économie, à travers notamment le raffinage et la commercialisation, ainsi qu’un recours accru aux services et équipements locaux. De plus, l’État ivoirien doit se doter de politiques spécifiques pour la formation de personnels adaptés aux besoins de la gestion des ressources naturelles. Ces besoins portent notamment sur : i) une meilleure capacité dans la conception et la négociation des contrats d’exploration et d’exploitation afin de maximiser les recettes publiques sans décourager l’investissement privé dans le secteur des ressources naturelles ; ii) la création d’un cadre de gestion participative et transparente des recettes issues de l’exploitation des ressources naturelles ; et iii) la gestion des aspects environnementaux et sociaux qui en découlent en vue de la promotion du développement durable.

Pour les matières premières végétales et les produits de la pêche, les politiques devront permettre la réallocation de l’activité économique du secteur primaire aux secteurs secondaire et tertiaire, relativement plus productifs, et aboutir à l’exportation de produits à haute intensité capitalistique. À cet effet, les zones franches créées par le gouvernement sont à encourager. Les entreprises de transformation des produits halieutiques dans ces zones ont consenti, malgré la crise, un effort appréciable puisqu’elles ont recruté en 2011 plus de 2 800 personnes dont plus de 98 % d’Ivoiriens. L’industrie de la transformation des produits halieutiques constitue un secteur clé de l’économie puisqu’elle assure, à elle seule, environ 15 % des recettes d’exportation du pays vers l’UE.

Notes

1. Ces dépenses portent entre autres sur : i) l’agriculture, le développement rural, les ressources halieutiques et la production animale ; ii) l’éducation et la santé ; iii) l’eau, l’assainissement et l’électricité ; iv) les infrastructures ; et v) la décentralisation.

2. Le Global Gender Gap Report est le rapport mondial sur les écarts entre les hommes et les femmes. Il classe les pays selon leur capacité à réduire les inégalités entre les sexes dans quatre principaux domaines : i) la santé et la survie ; ii) l'accès à l'éducation ; iii) la participation politique ; et iv) l'égalité économique.

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