• En 2011, le Cap-Vert a pâti de la crise financière qui sévit dans la zone euro. Sa croissance économique a reflué à 5 %, contre 5.4 % en 2010. Elle devrait se stabiliser autour de 5.1 % en 2012 et 2013.

  • Le pays se montre exemplaire dans la gouvernance de son secteur public. Des réformes de grande ampleur ont fait reculer la corruption et amélioré la qualité des transactions des entreprises, mais les problèmes d’infrastructure font de plus en plus obstacle à une croissance économique durable.

  • Le Cap-Vert est l’un des rares pays d’Afrique susceptibles d’atteindre les huit Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), et notamment l’objectif qui consiste à réduire de moitié la pauvreté entre 1995 et 2015. Son système de protection sociale verse des prestations vieillesse, invalidité et décès. Cependant, le pays est confronté à un taux de chômage relativement élevé, surtout parmi les jeunes.

Vue d'ensemble

Petit État insulaire, le Cap-Vert est un pays à revenu intermédiaire (PRI) de la tranche inférieure[1], comme l’a entériné la politique de crédit de la Banque africaine de développement (BAfD). Son revenu national brut (RNB) par habitant a avoisiné 3 270 dollars des États-Unis (USD) en 2010, un niveau largement supérieur au seuil d’éligibilité fixé à 1 175 USD pour les prêts aux PRI. Cependant, malgré des avancées importantes au cours des deux dernières décennies, le pays reste confronté à plusieurs obstacles fondamentaux qui entravent son développement. En effet, outre son insularité, le pays pâtit de la fragmentation de son territoire (dix îles) et de son faible nombre d’habitants (moins de 500 000), qui limitent la taille de son marché intérieur. De surcroît, le Cap-Vert a un climat sahélien aride et des ressources naturelles peu abondantes.

Pour tenter de remédier au déclin de l’activité économique qui résulte de la crise économique mondiale, et en particulier de la crise de la dette dans la zone euro, le Cap-Vert a adopté un Programme d’investissements publics (PIP) anticyclique pour 2010 et 2011. Grâce à cette politique, la croissance du produit intérieur brut (PIB) s’était accélérée à 5.4 % en 2010, avant de se tasser à 5 % en 2011. La relance budgétaire a permis de contrebalancer le recul des investissements du secteur privé et de maintenir le développement des infrastructures à un niveau suffisant. En 2011, alors que le tourisme poursuivait son rétablissement, la situation de la balance courante a continué de se dégrader car, du fait de la relance budgétaire, davantage de biens d’équipement ont été importés.

Pour 2012/13, le scénario de référence des autorités table sur une politique budgétaire resserrée et une politique monétaire prudente. La croissance du PIB réel devrait s’établir autour de 5 %, ce qui permettrait au pays de conserver des réserves de change couvrant plus de trois mois d’importations et de préserver ainsi l’ancrage de sa monnaie à l’euro. L’inflation devrait ressortir à environ 3 % sur 2012/13, contre 4.5 % en 2011.

La stratégie de développement à moyen terme du Cap-Vert vise à transformer l’économie en diversifiant la base de production. Le pays déploie des efforts importants pour constituer des grappes d’activités liées à la mer (services maritimes et pêche), aux services financiers et informatiques ainsi qu’au transport aérien. Pour ce faire, il doit surmonter un certain nombre d’obstacles fondamentaux : son insularité, la fragmentation de son territoire et le faible nombre de ses habitants limitent la taille de son marché intérieur, son infrastructure n’est pas de qualité suffisante, ce qui nuit à la compétitivité, et son climat des affaires nécessite des réformes supplémentaires. Le Cap-Vert dépend également des financements étrangers, notamment de l’aide au développement et des transferts de fonds issus de sa diaspora, et il est vulnérable aux chocs extérieurs. De plus, son taux de chômage est relativement élevé, surtout parmi les jeunes (qui représentent plus de 50 % de la population active).

Figure 1 : Taux de croissance du PIB réel (Occidentale)

Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques 2012

 2010201120122013
Taux de croissance du PIB réel5.42.12.44.3
Taux de croissance du PIB réel par habitant4.51.11.43.3
Inflation IPC2.14.52.52.4
Balance budgétaire % PIB-10.8-10.2-13.8-14.5
Balance courante % PIB-12.4-15.4-15.5-14.8

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par Secteur (en pourcentage du PIB)

 20062011
Agriculture, foresterie, pêche et chasse9.48.2
Agriculture, élevage, sylviculture et pêche--
dont agriculture--
Mines et extraction3.53.5
dont pétrole--
Industries manufacturières3.73.4
Electricité, gaz et eau0.40.2
Electricité, eau et assainissement--
Construction10.510.7
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants23.726
dont hôtels et restaurants--
Transports, entreposages et communications23.823.6
Transport et stockage, information et communication--
Finance, immobilier et services aux entreprises7.67.2
Intermédiation financière, services immobiliers, services aux entreprises et autres services--
Services des administrations publiques14.513.9
Administration publique et défense, sécurité sociale, éducation, santé et travaux sociaux--
Administration publique, éducation, santé--
Administration publique, éducation, santé et autres services sociaux et personnels--
Autres services communautaires, sociaux et personnels--
Autres services2.93.3
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants--

Ouverte et de petite taille, l’économie du Cap-Vert a généré un PIB estimé à 1.9 milliard USD (en USD courants)[2] en 2011. Elle est structurellement vulnérable en raison de son degré d’ouverture élevé et de sa dépendance vis-à-vis de l’aide étrangère, notamment pour le soutien de l’ancrage de la monnaie nationale, l’escudo cap-verdien (CVE), à l’euro. Par manque de ressources naturelles et d’économies d’échelle, elle n’est pas à même de se doter d’une base manufacturière significative et est par conséquent axée sur les services, lesquels représentaient 80 % du PIB en 2010[3]. Sur la dernière décennie, le Cap-Vert s’est ainsi spécialisé dans le tourisme, qui domine le secteur tertiaire (80 %) et tire l’économie : il génère quelque 26 % du PIB.

Le tourisme attire la majeure partie des entrées d’investissements directs étrangers (IDE) dans le pays, ce qui contribue à la croissance du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) ainsi que de l’immobilier. Le secteur industriel du Cap-Vert ne compte que des industries légères, qui ne représentent qu’environ 3.4 % du PIB. La part du secteur primaire est également modeste : ce secteur ne contribue qu’à 6 % du PIB, même s’il procure des emplois à près de 40 % des Cap-Verdiens.

Étant donné le manque de ressources naturelles, en particulier de terres arables, et le climat aride, qui provoque de fréquents épisodes de sécheresse, il est peu probable que l’agriculture puisse un jour nourrir la population du pays ou créer beaucoup plus d’emplois : le Cap-Vert importe près de 90 % des denrées alimentaires dont il a besoin et quasiment tous les autres produits qu’il consomme, notamment 97 % de l’énergie qu’il utilise. En conséquence, les importations représentent plus de 60 % de son PIB, et la balance des paiements du pays affiche un déficit chronique. Malgré l’énorme potentiel que renferment les ressources halieutiques et malgré l’étendue de la zone économique exclusive, la pêche reste une activité artisanale pratiquée à petite échelle. Depuis peu, on constate toutefois une évolution positive dans le secteur primaire : le développement rapide de l’irrigation au goutte-à-goutte a permis l’émergence d’une production de fruits et de légumes dynamique, destinée à être commercialisée[4].

En 2011, le Cap-Vert a souffert de la dégradation de l’environnement économique extérieur. Malgré l’essor du tourisme, des exportations de poisson et des envois de fonds privés, l’augmentation des importations de biens d’équipement découlant des mesures de relance budgétaire a largement creusé le déficit de la balance courante. Le déficit budgétaire a toutefois été plus faible que prévu, car les recettes fiscales sont restées solides et la maîtrise des dépenses a compensé la baisse des recettes non fiscales.

Néanmoins, les risques accrus de récession dans la zone euro pourraient assombrir les perspectives à court terme. Par précaution, les autorités cap-verdiennes doivent donc contenir l’expansion du crédit et limiter les emprunts nationaux destinés à financer le budget public. Dans ce scénario, la croissance des importations pourrait se tasser et la situation de la balance des paiements s’améliorer.

Une meilleure coordination des politiques monétaire et budgétaire contribuerait à un juste équilibre entre rigueur budgétaire et hausses des taux d’intérêt, ce qui endiguerait l’expansion du crédit tout en permettant aux réserves qui s’accumuleraient à moyen terme de couvrir davantage que le niveau actuel de trois mois d’importations. Cependant, si le ralentissement économique dans la zone euro venait à se prolonger, le Cap-Vert risquerait de voir reculer à moyen terme sa croissance et les investissements étrangers.

Du côté de la production, le scénario à moyen terme prévoit une faiblesse persistante du secteur du tourisme, principalement en raison de la conjoncture extérieure défavorable, et, partant, un taux de croissance du PIB réel à peine supérieur à 5 % sur l’année 2012/13. Les problèmes d’infrastructure font également de plus en plus obstacle à une croissance économique durable. Le Cap-Vert doit investir en particulier dans les transports et la production d’électricité, afin de ne pas freiner l’activité de son secteur privé : les niveaux d’aujourd’hui répondent aux besoins actuels, mais devront progresser pour faire face aux besoins futurs. Sauf en cas de conditions météorologiques exceptionnelles, l’agriculture continuera de se développer au même rythme que ces dernières années.

Du côté de la demande, la vitalité du secteur privé soutient les perspectives de croissance du Cap-Vert. À l’horizon 2012/13, les IDE devraient stimuler la formation brute de capital (FBC) dans ce secteur privé, tandis que la FBC devrait se contracter dans le secteur public et la consommation du secteur privé s’accélérer de nouveau par rapport à la période 2008-10. Pour que ces perspectives de croissance deviennent une réalité, le pays doit intensifier les réformes visant à améliorer le climat des affaires. Conscient de l’importance de soutenir l’économie dans ce contexte difficile, le gouvernement est en train d’élaborer un nouveau Document de stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSCRP III) qui couvrira la période 2012-15[5].

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

Dans le contexte économique actuel plus difficile, le gouvernement a revu à la baisse la politique anticyclique de dépenses d’équipement qu’il avait adoptée en 2010 pour contrebalancer le recul de l’activité du secteur privé. Le Cap-Vert a ainsi pu atteindre son objectif budgétaire pour l’année 2011 : les recettes fiscales sont restées solides malgré la baisse des recettes non fiscales, et, pour compenser cette baisse, l’État a maintenu ses dépenses en deçà du niveau budgété.

S’il veut que sa situation budgétaire reste viable à long terme, le Cap-Vert devra poursuivre sa politique de resserrement budgétaire en 2012/13. Il s’agit de réduire le financement de l’administration centrale par des ressources intérieures afin de ne pas évincer le crédit au secteur privé et d’atténuer les pressions qui pèsent sur la balance des paiements. C’est pourquoi le budget 2012 prévoit des dépenses d’équipement équivalant à environ 15 % du PIB, contre une moyenne de 18 % en 2010/11. Dans ce budget, les dépenses courantes sont elles aussi en diminution par rapport à 2011, y compris les salaires et traitements. Cette révision à la baisse du plan de relance budgétaire a pour objectif de ramener le déficit budgétaire global à 10.1 % du PIB (contre 10.7 % en 2011).

Ces mesures (en particulier la révision à la baisse du plan de relance budgétaire) devraient se traduire par une amélioration du solde budgétaire : le déficit va se réduire, même si les dons comptabilisés dans le budget seront comprimés de moitié environ par rapport aux années précédentes du fait de la transition du Cap-Vert, qui devient un PRI. Concernant les recettes, les autorités projettent des réformes pour 2013 (notamment la simplification du Code fiscal et douanier) afin de stabiliser le ratio recettes fiscales/PIB à 18 %. Selon les projections, les dépenses courantes devraient représenter 19.3 % du budget (contre 20.3 % en 2011) et les dépenses d’équipement 15 % (contre 18 % en 2011). Le maintien de ces niveaux de dépenses contribuerait à la viabilité de la politique budgétaire à moyen terme. Les autorités souhaitant tout particulièrement préserver la cohésion sociale, elles veilleront à mettre en œuvre les mesures d’austérité nécessaires en concertation avec les partenaires sociaux, en soutenant la croissance économique et en continuant à faire avancer la lutte contre la pauvreté.

Néanmoins, plusieurs risques, et notamment la manière dont la crise de la dette de la zone euro sera résolue, sont susceptibles de remettre en cause ces projections. Ainsi, il se pourrait que les produits du Cap-Vert (tourisme y compris) soient moins demandés sur les marchés internationaux, ce qui pèserait encore plus sur l’économie du pays et déprimerait les recettes intérieures. Mais il pourrait aussi en résulter un taux d’inflation intérieure plus faible que prévu puisque la facture des importations diminuerait sous l’effet de la baisse de la demande mondiale.

Tableau 3 : Opérations financières de l'Etat (en pourcentage du PIB)

 200320062007200820092010201120122013
Recettes totales (avec dons)27.829.132.333.829.32826.623.624.2
Recettes fiscales1921.624.425.620.619.118.818.418.1
Recettes pétrolières---------
Dons6.15.55.24.95.96.35.22.53.5
Dépenses totales (et prêts nets) (a)32.233.933.535.235.738.737.433.734.7
Dépenses courantes2221.821.921.121.42020.519.419.8
Sans les intérêts19.520.020.119.519.918.418.717.417.8
Salaires10.710.911.611.711.99.69.28.98.7
Intérêts2.51.81.81.61.51.61.92.12
Solde primaire-2-3.00.50.3-4.8-9.2-8.9-8.1-8.5
Solde global-4.5-4.8-1.3-1.4-6.3-10.8-10.7-10.1-10.5

Politique monétaire

La Banque centrale du Cap-Vert (BCV) mène une politique monétaire prudente, qui vise à maintenir l’ancrage de l’escudo cap-verdien (CVE) à l’euro. Cet ancrage a permis d’atténuer l’impact du renchérissement mondial des denrées alimentaires et des produits pétroliers sur l’inflation intérieure. Après avoir culminé en 2011, la hausse des prix à la consommation a reflué à environ 3 % sous l’effet de la politique monétaire de la BCV, mais également grâce à la baisse des cours internationaux des produits de base.

La politique monétaire de la BCV a pour objectif principal d’orienter la croissance du crédit intérieur de manière à ce que le niveau des réserves de change reste équivalent à au moins trois mois d’importations, ce qui permet de préserver l’ancrage monétaire. Pour ce faire, la BCV met en œuvre une politique qui combine des taux d’intérêt plus élevés que les taux Euribor (pour attirer les investissements étrangers), des mesures destinées à limiter le crédit privé et un coefficient de réserves obligatoires sur les dépôts.

En 2011, la BCV n’a pas pu empêcher le recul des entrées de fonds étrangers, car celui-ci était imputable à des facteurs non monétaires. Les IDE, en particulier, ont diminué d’un tiers, à 6.1 milliards CVE[6], contre 9.3 milliards en 2010, à cause d’une baisse de l’activité dans le BTP. Cette contraction a toutefois été partiellement contrebalancée par les envois de fonds des travailleurs expatriés, qui ont augmenté de quelque 20 %. Il en a résulté une diminution des réserves de change officielles : alors qu’elles représentaient environ quatre mois d’importations en 2010, elles ne couvraient plus que trois mois fin 2011. Cette diminution est due, en partie, à l’expansion du crédit intérieur, qui a progressé de 11.4 % en 2011, contre une moyenne de 7.4 % sur la période 2009-11.

Afin de limiter le crédit, la politique monétaire de la BCV veille à la solidité financière des banques commerciales au moyen d’une surveillance étroite de ces établissements. Grâce à cette politique, et à la prudence des investisseurs privés portugais qui occupent une place prédominante dans son économie, le Cap-Vert a été peu touché par la crise financière et bancaire mondiale, et la solidité financière de ses banques commerciales s’améliore depuis peu. Cette politique monétaire prudente a notamment permis de ramener la part des prêts improductifs dans le total des prêts à environ 5.5 % en 2010/11, contre une moyenne de 12.5 % en 2007/08. En outre, pour continuer d’influer sur la croissance du crédit, en particulier sur les réserves et sur la masse monétaire au sens large, la BCV a repris ses opérations de marché.

En ce qui concerne les réserves obligatoires, la BCV craint que, si la crise de la zone euro empire, la baisse des recettes extérieures courantes (tourisme et commerce, surtout) ne grève les réserves. En juillet 2011, afin d’enrayer la dégradation de la position de change, la BCV a décidé de relever le coefficient des réserves obligatoires des banques pour y inclure 50 % des dépôts des administrations publiques. D’après les estimations, fin 2011, cette mesure avait permis d’endiguer la contraction des réserves et de limiter fortement l’expansion des actifs intérieurs nets de la Banque centrale.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

En 2011, le déficit de la balance courante s’est de nouveau creusé à 15 % du PIB, comme en 2008-09, après avoir reculé à 12.4 % en 2010. La légère amélioration des exportations et du revenu des facteurs a été contrebalancée par la diminution du revenu des services (tourisme) et des transferts courants, comme en témoignent les comptes budgétaires. Les exportations restent marginales dans l’économie du Cap-Vert, mais leur croissance est tirée par le textile et le poisson. L’industrie textile bénéficie principalement de la loi américaine sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (Agoa).

Les importations du pays sont restées stables en 2011. Le Portugal est toujours le premier fournisseur (avec une part de 60 %). La majeure partie du coût global des importations du pays a été constituée par des importations traditionnelles : denrées alimentaires, combustibles minéraux et lubrifiants, produits chimiques, machines et biens d’équipement, notamment.

Le solde de la balance courante devrait s’améliorer en 2012 et en 2013, essentiellement grâce à la remontée des recettes touristiques. On peut également s’attendre à une amélioration marginale de la balance commerciale en raison d’une légère baisse des importations et d’une hausse des exportations.

Le Cap-Vert se concentre sur les régions du monde dans lesquelles ses relations commerciales lui permettent généralement de dégager les recettes les plus substantielles. Il commerce surtout avec l’Union européenne (UE), qui représente quelque 85 % de ses exportations de produits et plus de 95 % de ses exportations de services (tourisme).

Le pays a engagé avec l’UE des négociations portant sur un accord de partenariat spécial (SPA) qui lui permettrait de conserver son accès privilégié au marché européen et de tirer parti, entre autres, d’une plus grande mobilité de la main-d’œuvre. Depuis le 9 décembre 2011, l’UE fait bénéficier le Cap-Vert d’un régime spécial d’encouragement au titre de son Système de préférences généralisées (SPG+). Le Cap-Vert est le premier pays d’Afrique à obtenir ce régime (à ce jour, 16 pays non africains satisfont aux critères d’éligibilité)[7].

Le SPG actuel prendra fin le 31 décembre 2013 au plus tard. Le nouveau SPG envisagé devrait élargir les opportunités d’exportation pour les pays qui en ont le plus besoin, notamment pour les pays les moins avancés (PMA). De surcroît, il a été proposé de rendre le SPG+ plus attrayant tout en veillant, via le renforcement des clauses relatives aux contrôles et au retrait temporaire du bénéfice du régime, à un meilleur respect des 27 grandes conventions internationales.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 200320062007200820092010201120122013
Balance commerciale-37.8-43.0-49.6-46.5-40-40.9-40.6-39-38.6
Exportations de biens (f.o.b.)6.53.56.17.55.78.18.79.59.2
Importations de biens (f.o.b.)44.346.555.753.945.84949.348.547.8
Services1.813.114.71611.512.410.412.815.9
Revenu des facteurs-1.8-3.7-2.4-3.2-3.4-4.4-3.6-3.7-3.7
Transferts courants26.724.222.620.82220.418.917.616.2
Solde des comptes courants-11.1-9.5-14.7-12.9-9.9-12.4-15-12.3-10.2

Politique de la dette

Le Cap-Vert continue de gérer sa dette avec prudence, conformément aux mesures définies par le Fonds monétaire international (FMI). Jusqu’en 2011, les dons et les prêts concessionnels qu’il obtenait servaient essentiellement à couvrir les besoins de financement de son administration centrale. Grâce à cette gestion prudente, sa dette non concessionnelle restait limitée à 35 millions USD par an, ce qui a permis au pays de bien résister à la crise économique mondiale de 2008. D’après les autorités cap-verdiennes, cette résilience est due, en grande partie, aux substantielles ressources supplémentaires apportées par la BAfD au titre de son deuxième Programme d’appui à la stratégie de réduction de la pauvreté (PASRP II). Ces ressources ont permis au pays d’adopter des mesures budgétaires anticycliques (qui se sont traduites par d’importantes dépenses d’équipement) pour faire face à la crise.

L’essentiel du Programme d’investissements publics (PIP) sera financé par l’endettement. En valeur nominale, la dette publique représentait déjà 71 % du PIB du Cap-Vert en 2011, contre 68 % en 2010. Selon le FMI et la Banque mondiale, en valeur actualisée, le ratio dette/PIB risque de ne pas être tenable à moyen terme. En effet, il devrait s’établir à 46 % en 2013, niveau proche du seuil de non-soutenabilité de la dette, fixé à 50 %. Pour éviter que ce scénario ne se concrétise, le gouvernement doit concentrer son action sur des mesures visant à maintenir le ratio dette/PIB sous ce seuil. Il est soutenu dans ces efforts par la discipline que le FMI impose via son Instrument de soutien à la politique économique (ISPE), qui limite les emprunts non concessionnels.

Par prudence, les emprunts intérieurs sont, eux aussi, strictement limités. La dette intérieure se compose principalement d’obligations à long terme et est détenue par des banques et fonds de pension cap-verdiens. Hors dépôts des administrations publiques, elle représentait quelque 17 % du PIB en 2010, soit environ un quart de la dette publique totale du pays. Elle devrait tomber en deçà de 10 % à moyen terme.

Le Cap-Vert se trouve actuellement à la croisée des chemins en ce qui concerne la gestion de sa dette. Étant donné ses bonnes performances, il n’est plus tenu de continuer à mettre en œuvre les mesures définies par le FMI. Cependant, s’il cesse de les appliquer, l’encours de sa dette pourrait s’accroître plus rapidement, ce qui nuirait à la crédibilité économique que le pays a acquise depuis quelques années au prix d’efforts considérables, et, en particulier, à la soutenabilité de sa dette.

Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

Le remarquable développement économique du Cap-Vert depuis 1991 est dû, en partie, à une succession de programmes de réformes[8]. Cependant, la crise financière qui a débuté en 2008 a fait reculer l’activité du secteur privé (surtout dans deux branches : le BTP et le tourisme). Le plan de relance budgétaire a toutefois remédié en partie à cette situation. De son côté, la BAfD soutient le développement du secteur privé au Cap-Vert. Elle a notamment élaboré un profil de ce secteur (PSP). Finalisé en 2011, ce document évalue le potentiel et les difficultés du secteur privé et de son environnement, ainsi que la possibilité de déployer une stratégie de développement plus offensive pour que ce secteur puisse contribuer davantage à la croissance économique. Le PSP propose une nouvelle stratégie, axée sur le développement de l’agriculture, les sources d’énergie renouvelables et la diversification du tourisme (afin d’aller au-delà du tourisme balnéaire actuel), ainsi que sur la mise à profit de la situation géographique du Cap-Vert : proche de l’Europe et du continent africain, ce pays revêt une importance stratégique pour les liaisons maritimes, la sécurité et les interactions économiques.

Malgré l’amélioration du climat des affaires, comme le pays partait d’un niveau relativement bas dans ce domaine, son classement actuel reste décevant. À cause de la rigidité de ses politiques relatives aux entreprises et au marché du travail, les rapports Doing Business de la Banque mondiale sur la pratique des affaires continuent de classer ce pays dans le quartile inférieur. Néanmoins, le PSP a identifié plusieurs aspects sur lesquels le Cap-Vert peut agir pour améliorer son climat des affaires, et la mise en œuvre des mesures allant dans ce sens s’est accélérée dès 2008. Ces efforts ont permis au Cap-Vert de gagner plusieurs places dans le classement, au point d’être considéré, en 2010, comme l’un des dix pays les plus réformateurs au monde. En 2011, le Cap-Vert a aussi fait partie des « meilleurs réformateurs mondiaux »[9].

Grâce à ces bons résultats, le pays a fortement progressé dans le classement Doing Business, passant de la 129e place en 2011 à la 119e place en 2012. Ses plus mauvais scores concernent toujours le solutionnement de l’insolvabilité (dernier sur 183 pays) et la protection des investisseurs (133e rang). Le Cap-Vert obtient ses meilleurs scores pour l’exécution des contrats (37e), le commerce transfrontalier et le transfert de propriété (61e dans les deux cas). Dans ce pays, il est encore difficile de fermer une entreprise, en raison de l’absence de réglementation, de moyens de recours devant les tribunaux et de cadre spécifique pour le règlement des faillites et la liquidation des actifs. Le décret-loi sur la cessation d’activité d’une entreprise, qui a récemment été adopté à la suite d’un dialogue engagé avec la BAfD, devrait toutefois remédier partiellement à ce vide juridique en 2012.

Le développement économique du Cap-Vert attire aussi les partenariats public-privé (PPP). La BAfD et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont ainsi financé un projet mettant à profit une source d’énergie renouvelable (le parc éolien de Cabeolica). C’est le premier projet de ce type dans le secteur énergétique en Afrique, et cette initiative doit permettre aux secteurs public et privé du Cap-Vert de lever des fonds supplémentaires, notamment auprès d’investisseurs privés extérieurs, pour d’autres projets reposant sur des PPP.

Secteur financier

Le secteur bancaire du Cap-Vert a enregistré une croissance significative au cours de la dernière décennie. À ce jour, il a largement résisté à la crise financière et bancaire grâce à des mesures de surveillance relativement solides. Au fil des ans, l’offre de produits et de services s’est améliorée, au point que le Cap-Vert est devenu une référence en matière des pratiques bancaires de pointe, telles que les services accessibles via un téléphone mobile. Dominé par des capitaux privés portugais, le secteur bancaire du pays fait montre de prudence dans ses opérations et dans ses relations avec l’extérieur, ce qui explique pourquoi il a échappé aux pires répercussions de la crise financière mondiale de 2008.

Le deuxième examen mené par les services du FMI dans le cadre de l’ISPE (janvier 2012) analyse en détail la solidité financière des banques commerciales opérant au Cap-Vert. Il souligne en particulier un net recul de la proportion de prêts improductifs, tombée à environ 5.5 % en 2010/11 sous l’effet de mesures de précaution, contre une moyenne de 12.5 % en 2007/08.

Néanmoins, le secteur financier doit devenir plus compétitif et contribuer davantage à la croissance économique. Jusqu’à présent, la gestion de la liquidité est le principal sujet de préoccupation des banques. La liquidité est inégalement répartie, ce qui pénalise indûment les secteurs productifs : ces secteurs peinent à emprunter et, lorsqu’ils obtiennent un prêt, le taux d’intérêt est excessif. Cependant, en 2011, les opérations interbancaires ont enregistré une nette hausse par rapport à 2010. C’est un signe encourageant, et la première étape vers la réduction des distorsions dans l’octroi et le coût des prêts à l’économie.

À mesure que le développement économique du Cap-Vert se poursuit dans un contexte de raréfaction des financements internationaux peu onéreux, le secteur financier du pays est appelé à jouer un rôle plus important dans le financement de l’activité économique via des mécanismes d’adaptation (tels que des consortiums financiers), ainsi que dans le financement des investissements publics via des opérations de marché plus efficientes. Étant donné, d’une part, l’importance des liens commerciaux et des flux d’IDE entre le Portugal et le Cap-Vert, et, d’autre part, la faible marge de manœuvre dont dispose la BCV pour conduire la politique monétaire, l’ancrage de l’escudo cap-verdien à l’euro reste le régime monétaire privilégié.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

La gouvernance publique du Cap-Vert est exemplaire. Outre les efforts considérables qu’il déploie pour améliorer le climat des affaires en ciblant la réglementation grâce à l’entité chargée de coordonner les réformes de l’administration publique, l’État a également modernisé son fonctionnement grâce au Groupe opérationnel pour la gestion de la société de l’information (Núcleo Operacional de la Sociedad de la Información - Nosi), dont les travaux ont bien avancé depuis 2009. À ce jour, tous les modules du système intégré de gestion budgétaire et financière pour l’administration centrale et locale (SIGOF) sont en place, notamment le module de gestion de la dette, qui est désormais pleinement opérationnel. Il en résulte une amélioration de la planification et de l’exécution du budget et une application plus homogène des procédures administratives. De plus, la plupart des formulaires de demande de permis ou de certificat, en particulier ceux requis pour la création d’une entreprise, sont aujourd’hui accessibles en ligne.

Les réformes de grande ampleur qui ont été mises en œuvre ont fait reculer la corruption et amélioré la qualité des transactions des entreprises, ce qui explique les bons scores obtenus par le Cap-Vert dans les indicateurs internationaux de gouvernance : le pays se classe à la quatrième place parmi les 48 pays d’Afrique subsaharienne dans l’indice Mo Ibrahim 2010 de la gouvernance africaine (qui couvre la période 2008/09)[10], et 45e sur 178 pays dans l’indice 2010 de perception de la corruption de Transparency International, ce qui correspond à la troisième meilleure performance dans cette sous-région de l’Afrique. Les indicateurs de gouvernance établis par la Banque mondiale confirment ces résultats. De plus, en 2010, dans son Évaluation des politiques et des institutions nationales, la BAfD lui a attribué un score de 4.50 pour sa gouvernance, considérant le Cap-Vert comme le pays le plus performant parmi les 40 pays éligibles aux ressources du Fonds africain de développement (FAD). Enfin, en 2008, les indicateurs PEFA (Programme d’examen des dépenses publiques et d’évaluation de la responsabilité financière) ont montré que l’environnement fiduciaire du Cap-Vert était globalement solide.

Même si les pouvoirs publics ont avancé dans la résolution des problèmes mis en évidence par le rapport PEFA de 2008, le Cap-Vert doit encore réformer plusieurs aspects de son système de gestion des finances publiques, et, en particulier, simplifier et renforcer le recouvrement des impôts et taxes via un nouveau Code fiscal et douanier, conférer davantage de pouvoir à sa Cour des comptes et améliorer l’efficacité de son Inspection générale des finances (IGF). Le pays s’est attelé à ces problèmes depuis 2009 dans le cadre du PASRP II de la BAfD, et tous ces aspects seront examinés avec une attention particulière lors de l’actualisation du programme PEFA, prévue pour 2012.

Gestion des ressources naturelles et environnement

Le Cap-Vert est un pays qui ressent déjà les effets du changement climatique. D’après le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), depuis les années 60, les températures y ont augmenté de 6 degrés Celsius en moyenne, et les projections anticipent des hausses supplémentaires. Dans le même temps, les précipitations moyennes ont diminué (à 230 millimètres par an, c’est-à-dire en deçà de la moyenne de l’Afrique subsaharienne), et la saison des pluies s’est raccourcie. En outre, le niveau de la mer devrait enregistrer une hausse comprise entre 0.13 et 1.4 mètre d’ici la fin du siècle. Ces phénomènes auront des répercussions importantes sur les conditions de vie de la population et sur tous les secteurs de l’économie.

Le deuxième Programme d’action national d’adaptation (PANA II) couvre une période de dix années (2004-14). Son objectif général est de proposer au pays une stratégie encourageant l’utilisation rationnelle de ses ressources naturelles et la gestion durable de ses activités économiques. Le PANA a ainsi permis d’améliorer la politique publique et la réglementation dans plusieurs domaines : environnement, ressources naturelles, industrie, tourisme, eau, etc. Un projet de loi visant à instituer une écotaxe sur les emballages non biodégradables est en préparation.

Une plus grande attention devrait néanmoins être portée au problème de l’eau et de l’assainissement, en particulier dans le cadre d’une approche sectorielle. Quelque 50 % des habitants du Cap-Vert n’ont toujours pas accès à un système d’assainissement (et 10 % ne disposent même pas de latrines). La politique publique relative à ce secteur étant fragmentée entre plusieurs institutions (logement, agriculture, ressources hydrauliques…), il est difficile de s’attaquer plus efficacement au problème. En l’absence de structure centralisée, les dépenses de ces différents organismes, dont les activités ne sont pas coordonnées, ne peuvent pas non plus être optimisées. Les autorités nationales devront donc procéder à une analyse institutionnelle axée spécifiquement sur l’eau et l’assainissement, en examinant minutieusement les critères de répartition des responsabilités.

Les perspectives à moyen terme pour le secteur de l’eau et de l’assainissement sont bonnes, surtout en ce qui concerne l’élargissement de l’accès et la mise en œuvre des réformes institutionnelles éminemment souhaitables. En février 2012, les États-Unis ont versé au Cap-Vert 67 millions USD au titre du deuxième programme du Millennium Challenge Account (MCA). La majeure partie de ce don est destinée au secteur de l’eau et de l’assainissement. Le Cap-Vert devrait atteindre le septième Objectif du Millénaire pour le développement (préserver l’environnement), et notamment la cible 7C, consistant à réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès à un approvisionnement en eau potable ni à des services d’assainissement de base.

Contexte politique

D’après le rapport 2010 de l’organisation Freedom House, le Cap-Vert est le pays d’Afrique qui attache le plus d’importance aux libertés publiques ainsi qu’à la stabilité et aux droits politiques. L’État de droit et le principe fondamental de séparation des pouvoirs entre les fonctions exécutive, législative et judiciaire y sont comparables à ceux des pays développés, ce qui confirme que le Cap-Vert est en Afrique l’un des modèles de démocratie et de bonne gouvernance. Dans ce pays, les médias sont libres, et l’absence de conflits ethniques, politiques ou religieux y est propice à la cohésion socioculturelle.

La casa do cidadão (« Maison du citoyen ») est l’une des caractéristiques de l’ouverture politique du Cap-Vert. Disposant à la fois d’agences implantées dans le pays et d’un site en ligne, la casa do cidadão offre un large accès à des informations sur l’administration publique, aussi bien en ce qui concerne son fonctionnement (données budgétaires, notamment), sa gestion (politiques d’embauche) que des formalités spécifiques (par exemple pour créer une entreprise ou obtenir un permis de conduire).

Au cours de la dernière décennie, cinq élections présidentielles et législatives se sont succédées au Cap-Vert. Toutes ont abouti à une transition pacifique du pouvoir. Ce processus est désormais bien ancré dans la culture politique du pays. Les dernières élections législatives ont eu lieu le 6 février 2011 dans un climat apaisé. Le Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (Partido Africano da Independência de Cabo Verde - PAICV), a été réélu pour un nouveau mandat de cinq ans, et l’opposition, le Mouvement pour la démocratie (Movimento para a Democracia - MPD) a reconnu publiquement sa défaite. Le premier tour de l’élection présidentielle s’est tenu le 7 août 2011, et le deuxième tour le 23 août. C’est finalement Jorge Carlos Fonseca (MPD) qui a été élu président du Cap-Vert. La campagne des élections locales de février 2012 s’est, comme par le passé, déroulée dans le calme.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

Les stratégies de réduction de la pauvreté qui ont été élaborées depuis 1997 ont permis de renforcer les ressources humaines du Cap-Vert. La troisième édition du Document de stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSCRP) sera présentée aux différentes parties prenantes courant 2012. Le DSCRP s’appuie sur une approche transsectorielle de la lutte contre la pauvreté.

Ayant bien progressé dans la réalisation des OMD, le Cap-Vert pourrait faire partie des rares pays d’Afrique (quatre potentiellement) qui réussiront à atteindre toutes les cibles des OMD d’ici 2015. En effet, le pays avance à grands pas en direction de l’OMD 1 (réduire l’extrême pauvreté et la faim), avec un taux de pauvreté tombé de 39 % en 2000 à 26 % en 2009, de l’OMD 4 (réduire la mortalité infantile), avec un taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans ramené de 39 pour 1 000 en 2000 à 20 pour 1 000 en 2009, et de l’OMD 7 (préserver l’environnement), avec un taux d’accès à l’eau qui est passé de 24 % en 2000 à 42 % en 2009.

Le tourisme étant l’une de ses principales sources de croissance, et donc d’emplois, le pays a pris conscience de la nécessité d’une formation adéquate du personnel dans ce secteur, en particulier aux techniques d’accueil. À cette fin, il a mis en place des programmes destinés à développer la formation professionnelle. Cette initiative s’inscrit dans l’objectif sous-jacent visant à former d’ici 2015 des ressources humaines capables de contribuer, dans le secteur de l’éducation, à porter le taux de scolarisation de la population (OMD 2 : assurer l’éducation primaire pour tous) à un niveau supérieur à 90 %. Dans le secteur de la santé, les pouvoirs publics ont aussi pour objectif de former des ressources humaines afin d’accroître le nombre de services de diagnostic disponibles et d’agents de terrain, de manière à réduire l’incidence de certaines maladies (telles que la dengue). En ce qui concerne l’OMD 5 (améliorer la santé maternelle), le Cap-Vert a réussi à faire chuter son taux de mortalité maternelle de 86 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2000 à 15 pour 100 000 en 2008.

Le Cap-Vert affiche l’un des taux d’alphabétisation des adultes les plus élevés d’Afrique (84.8 %), derrière Maurice (87.9 %) mais loin devant la moyenne de l’Afrique subsaharienne (61.6 %). Estimée à 12 années en 2009, l’espérance de vie scolaire (nombre moyen d’années d’instruction, de l’école primaire aux études supérieures) est également élevée au Cap-Vert, ce qui place ce pays dans le haut du classement en Afrique. Et malgré un score modeste selon le nouvel indice d’éducation du Pnud, la durée attendue de scolarisation (11.6) est l’une des plus élevées d’Afrique. Elle est comparable à celle d’autres pays du monde, tels que la République dominicaine (11.9), le Botswana (12.2), Maurice (13.6) ou le Nigeria (8.9), et supérieure à la moyenne africaine (9.2). Avec plus de 100 000 élèves inscrits dans l’enseignement primaire et secondaire, le Cap-Vert affiche également un taux brut de scolarisation plus élevé que la moyenne africaine. À 68.1 %, ce taux est certes inférieur à celui de Maurice (76.9) et du Botswana (70.6), mais très supérieur à celui du Ghana (56.5), du Nigeria (53.0) et de la région (53.5). En outre, l’école accueille grosso modo la même proportion de garçons et de filles : sur l’année scolaire 2009/10, on a dénombré 48 % de filles dans le primaire et 54 % dans le secondaire.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Le Cap-Vert a considérablement progressé dans la réduction de la pauvreté (l’un des OMD). Afin de permettre la poursuite de ces efforts fructueux, il accorde une attention particulière à la protection sociale, qu’il considère comme un instrument de première importance pour améliorer les conditions de vie des catégories de population les plus vulnérables. Dans cette optique, le gouvernement est en train d’élaborer des programmes ciblés pour les zones rurales et les zones urbaines. Dans les campagnes, il déploie actuellement son Programme national de réduction de la pauvreté dans les zones rurales.

Le pays doit toutefois améliorer ses indicateurs sociaux. Son indice de développement humain (IDH) est ressorti à 0.534 en 2010, ce qui classe le Cap-Vert au 118e rang sur 169 pays. Sur la période 2000-10, ce score a progressé de 7 %, mais cela n’équivaut en fait qu’à une hausse de 0.6 % par an en moyenne. La lenteur de cette progression indique que les pouvoirs publics doivent intensifier leurs efforts pour améliorer le niveau de vie de la population.

Outre la pauvreté, le chômage constitue le principal fléau social au Cap-Vert. Le plan de relance budgétaire de 2010/11 a permis de sauver des emplois et de ramener le taux de chômage de 13.1 % en 2009 à 10.7 % en 2010, mais pas de créer des emplois pour les jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Or, les jeunes (15-24 ans) constituent 50 % de la population active et 20.1 % d’entre eux étaient au chômage en 2010. De plus, étant donné le contexte international défavorable, qui va comprimer la croissance économique du pays à moyen terme, le gouvernement aura de plus en plus de difficultés à créer des emplois et à atténuer les tensions sociales qui pourraient résulter de l’agitation d’une population jeune à la recherche d’un travail.

Face au chômage, les autorités nationales peuvent compter sur un système de protection sociale (vieillesse, invalidité et décès) relativement solide. Dans le secteur privé, les cotisations représentent 3 % du revenu mensuel brut des travailleurs et 7 % pour les employeurs (et 10 % dans le cas des travailleurs non syndiqués). Dans le secteur public, c’est l’État qui verse la totalité des cotisations. Il faut un minimum de 15 années de cotisations pour avoir droit à des prestations. Les hommes peuvent recevoir une pension de vieillesse à partir de 65 ans, et les femmes à partir de 60 ans, et cette pension peut être versée à l’étranger. Les accidents du travail et les maladies professionnelles sont indemnisés depuis 1978 et, depuis 2004, les personnes qui ont un emploi peuvent bénéficier d’allocations familiales. Le fonds de protection sociale a dégagé un excédent annuel qui représente entre 2 et 3 % du PIB environ. L’important volume d’actifs qu’il a accumulés est essentiellement détenu sous forme de dépôts bancaires et de titres d’emprunt publics. Les autorités cap-verdiennes sont conscientes de la nécessité de renforcer le cadre de gestion de ces actifs dans un avenir proche. Il faudra remédier aux failles du système qui induisent des transferts inefficients entre ce fonds et les banques commerciales.

Égalité hommes-femmes

Le Plan national pour l'égalité et l'équité de genre (PNEEG), mis en œuvre à partir de 2005, a amélioré la situation des femmes, surtout en matière d’éducation et de répartition des sièges parlementaires. Ce plan a pour objectif d’accroître la cohésion entre les différents organismes qui s’attachent à promouvoir l’égalité entre les sexes (en ciblant tout particulièrement les organisations de la société civile), d’instaurer un système de suivi et d’évaluation, et de lancer des études sur la dynamique sociale qui engendre des inégalités entre hommes et femmes.

C’est dans le domaine social, en particulier dans les secteurs de la santé et de l’éducation, que l’on constate les progrès les plus importants, ainsi que sur le plan de la représentation des femmes au sein du pouvoir exécutif. La Constitution du pays et divers codes (le Code pénal, le Code électoral, le Code du travail et le Code de la famille) proclament l’égalité entre hommes et femmes, et, depuis 2008, le pouvoir exécutif compte autant de femmes que d’hommes. Depuis quelques années, les femmes participent aussi de plus en plus aux activités productives. Elles travaillent surtout dans le secteur du tourisme, dans l’artisanat et dans des microentreprises.

Des avancées significatives ont ainsi été accomplies au cours des 15 dernières années. De fait, l’indicateur sexospécifique du développement humain (ISDH) du Cap-Vert est passé de 0.705 en 2008 à 0.723 en 2010, ce qui atteste d’une convergence des capacités de base entre hommes et femmes. Les femmes constituent 51.6 % de la population totale et 46 % de la population active, et elles sont à la tête de 46 % des ménages.

Cependant, le taux d’alphabétisation des femmes adultes reste inférieur à celui des hommes, et les femmes ont encore des difficultés à accéder aux postes à responsabilité, tant dans le secteur public que dans le secteur privé.

Analyse thématique : Promouvoir l’emploi des jeunes

Les chiffres officiels du chômage masquent la gravité de la situation des jeunes. En 2010, alors que le taux de chômage national ressortait à 10.7 %, il atteignait 20.1 % parmi les 15-24 ans (hommes et femmes confondus) et 25.5 % pour les femmes de cette tranche d’âge[11]. Outre ces écarts intergénérationnels, on observe aussi d’importantes disparités entre les régions du pays : en 2010, le taux de chômage dans les deux plus grands centres urbains, Praia et Mindelo, était respectivement de 14.8 % et de 11.3 %, mais de seulement 5.7 % sur l’île de Boavista, où le tourisme est très développé[12]. Il est donc préoccupant de ne constater aucune décrue sensible du chômage malgré la vigoureuse croissance économique enregistrée par le pays depuis 2001. Comme indiqué ci-dessous, cette situation tient principalement à des asymétries sur le marché du travail.

Au Cap-Vert, un certain nombre de dispositifs aident les jeunes dans leur recherche d’emploi. Les problèmes économiques réels découlent de la lenteur de la croissance et de la faiblesse de l’épargne intérieure. De plus, l’offre de compétences spécialisées étant nettement insuffisante, la forte croissance économique des deux dernières décennies ne s’est pas accompagnée d’un recul correspondant du chômage, surtout parmi les jeunes. En conséquence, le pays fait venir de la main-d’œuvre spécialisée étrangère (principalement d’Afrique de l’Ouest, du Portugal et même d’Asie du Sud), particulièrement dans des secteurs tels que le BTP et les services d’ingénierie. Si le Cap-Vert veut parvenir à réduire l’inadéquation entre les qualifications offertes et les qualifications demandées, ainsi que les pénuries de qualifications, il devra donc concentrer ses efforts sur la refonte des programmes de l’enseignement supérieur et sur des programmes de formation ciblés.

Le manque d’information des demandeurs d’emploi (qui ne concerne pas uniquement les jeunes) constitue un obstacle majeur : il empêche les jeunes de se préparer au monde du travail à moyen terme et de choisir la meilleure filière pour leurs études ou la meilleure formation, et incite les entreprises à préférer maintenir une certaine flexibilité en n’embauchant pas à temps plein. Les entreprises embauchent généralement comme stagiaires, pendant une période d’essai, ceux qui recherchent leur premier emploi, avant de leur proposer un contrat de travail.

L’État et les partenaires au développement mettent en œuvre des programmes destinés à améliorer l’emploi des jeunes, mais les bénéficiaires sont très peu nombreux. Les principaux programmes sont au nombre de cinq :

  1. Le programme pour la formation et l’emploi des jeunes (depuis 1993) cible essentiellement les jeunes (14-24 ans) au parcours scolaire chaotique.
  2. Le programme national pour les stages en entreprise vise à améliorer les capacités des personnes qui viennent de terminer leurs études et cherchent un premier emploi.
  3. La bourse aux emplois qualifiés est un service en ligne qui aide à rapprocher la demande et l’offre de travail dans les secteurs privé et public (ce service n’est pas réservé aux jeunes).
  4. Le programme national pour les stages en entreprise dans le secteur public a pour but d’améliorer les capacités des demandeurs d’emploi qui possèdent un diplôme universitaire ou de fin d’études secondaires.
  5. Le programme « Bureau d’affaires » apprend aux jeunes à créer et gérer une entreprise.

Une sixième initiative a porté sur la création d’une école de formation aux métiers de l’hôtellerie et du tourisme. Cet établissement a ouvert ses portes en 2011, avec un objectif explicite : dispenser une formation spécialisée à des jeunes qui souhaitent travailler dans le secteur du tourisme.

Pour résumer, les informations dont disposent les pouvoirs publics sont encore insuffisantes pour leur permettre d’instaurer des mesures susceptibles d’aider efficacement la plupart des personnes à la recherche d’un premier emploi, et les dispositifs en place ne couvrent qu’une petite partie du marché du travail pertinent pour les jeunes.


Carte du pays

Grande carte de pays

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