• Le Cap-Vert reste un modèle pour les droits politiques et les libertés civiles en Afrique, et sa gouvernance économique demeure saine, malgré des facteurs exogènes défavorables et la montée des niveaux d’endettement.

  • Cependant, la crise économique et financière dans le monde entier, et dans la zone euro en particulier, continue de peser sur ses performances économiques.

  • Un niveau de chômage élevé, des inégalités persistantes et le renchérissement du coût de la vie pourraient engendrer de l’instabilité sociale.

Vue d'ensemble

Le ralentissement observé depuis la fin de 2011 a persisté en 2012, sous l’effet de la stagnation économique sur toute la planète, et en particulier dans la zone euro. Le recul de l’aide étrangère et l’atonie de l’investissement étranger sont à l’origine d’un tassement de la croissance du produit intérieur brut (PIB), qui est passée de 5.0 % en 2011 à 4.0 % en 2012, selon les projections. Les envois de fonds des travailleurs expatriés ont toutefois bien résisté, et le tourisme a affiché de solides performances. Le tourisme et les activités connexes sont d’ailleurs restés le principal moteur de l’économie en 2012, et totalisent environ 30 % du PIB et 90 % des exportations. Pourtant, la dégradation des perspectives économiques mondiales et la crise de la dette souveraine dans la zone euro devraient continuer de peser sur les performances économiques du Cap-Vert. Néanmoins, de nouveaux investissements publics de grande ampleur devraient soutenir la demande intérieure et porter la croissance du PIB à 4.8 % en 2013. À moyen terme, le Cap-Vert devra reprendre ses réformes structurelles s’il veut rééditer les taux de croissance soutenus enregistrés ces dix dernières années.

Le Cap-Vert a continué de pratiquer une saine gestion macroéconomique et budgétaire en 2012. Grâce au durcissement de la politique budgétaire et à une politique monétaire prudente, l’inflation s’est tassée (2.5 % en 2012, contre 4.5 % en 2011), la position extérieure s’est améliorée et les réserves de change s’étaient redressées à 3.8 mois d’importations en septembre 2012. La croissance du crédit a considérablement ralenti, ce qui traduit l’atonie de la demande et la montée des risques de crédit. Le déficit budgétaire est égal à -7.3 % du PIB. Le gouvernement a d’ores et déjà engagé des mesures correctives pour améliorer le recouvrement des recettes et revoir à la baisse l’investissement public en 2013. Le Cap-Vert est toujours en bonne voie pour réaliser tous les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) d’ici 2015, et demeure un modèle de bonne gouvernance et de respect des droits politiques et des libertés civiles pour toute la région.

Malgré sa réussite passée, le Cap-Vert a du mal à poursuivre sur une trajectoire de croissance durable et inclusive. Faute de ressources naturelles renouvelables et du fait de conditions défavorables pour l’agriculture, il reste très exposé aux chocs exogènes. Le tourisme, qui constitue le principal moteur de sa croissance, a su exploiter judicieusement ses richesses naturelles, telles que la biodiversité, les paysages et l’environnement. Le secteur des hôtels et restaurants, par exemple, a enregistré une progression presque six fois plus rapide que celle de l’économie nationale entre 2000 et 2010, et totalisait près de 16 % du PIB en 2010. Pourtant, il ne représentait que 4.6 % des emplois, contre 2.5 % en 2000. Le gouvernement cap-verdien s’efforce donc de promouvoir un développement économique plus équilibré. Le troisième document de Stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSCRP III), qui n’est pas encore adopté, traduit la volonté du gouvernement de remédier aux problèmes structurels du pays et d’adapter son modèle de développement à sa nouvelle situation, puisque le Cap-Vert n’appartient plus à la catégorie des pays les moins avancés (PMA).

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (O)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel544.85
Taux de croissance du PIB réel par habitant433.84
Inflation IPC4.52.52.42.5
Balance budgétaire % PIB-7.5-7.3-8.9-8.9
Balance courante % PIB-16.4-14.1-15-16.4

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072010
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche9.99.2
Construction12.712.4
Electricité, gaz et eau0.91.6
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises4.64.2
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières5.36.2
Mines0.80.6
Autres services15.216.2
Administration publique et services personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels13.213.7
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications18.917.4
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants18.618.5
Vente en gros et de détail, immobilier--

En 2012, l’économie cap-verdienne a souffert de la faiblesse de l’activité mondiale. La croissance du PIB est retombée à 4.0 %. L’investissement direct étranger (IDE) a reflué sous l’effet de l’intensification de la crise dans bon nombre de pays européens. L’aide publique au développement (APD) a, elle aussi, été revue à la baisse, et a suivi la trajectoire descendante amorcée depuis que le Cap-Vert ne fait plus partie de la catégorie des PMA. Le tourisme est resté le principal moteur de l’économie. Malgré l’atonie de l’économie mondiale, le tourisme a bien résisté, avec un bond de 23 % en 2012, ce qui a compensé une partie de la baisse des IDE et de l’APD. Cependant, il n’a guère contribué à la création d’emplois et n’a pas non plus facilité l’essor d’autres activités. Les réformes structurelles, comme la réorganisation de la production locale de biens et de services, la création d’un système de certification de la qualité des produits locaux, et l’amélioration des transports inter-îles, vont convertir le dynamisme du tourisme en avantages économiques plus larges.

Les difficultés économiques que traverse l’Europe (et surtout le Portugal et l’Espagne) vont continuer de peser directement sur l’économie cap-verdienne. Le Cap-Vert est fortement tributaire de l’économie européenne, ce qui devrait comprimer les envois de fonds des travailleurs expatriés, l’APD, l’IDE et la demande extérieure, contraignant les autorités à maintenir une politique de rigueur budgétaire. La croissance du pays devrait donc rester inférieure à 5 % en 2013. Si la crise européenne s’aggrave, elle pourrait se traduire par un recul des recettes publiques, alors même que le Compte du défi du Millénaire (MCA), qui sera introduit en 2013, contribuera à hauteur de 31.7 % de l’APD totale projetée. De plus, la réforme fiscale de 2013 pourrait affecter l’investissement dans le tourisme et renforcer les probabilités de fraude fiscale. Il est donc possible que les recettes escomptées par le Cap-Vert soient trop optimistes et que la dette publique progresse en réalité en 2013.

Le secteur tertiaire représente environ 70 % du PIB et est dominé par le tourisme et par les activités connexes (transport, immobilier et BTP). Le tourisme, l’immobilier et le BTP sont principalement alimentés par l’IDE. Le tourisme repose essentiellement sur des complexes touristiques détenus par des capitaux étrangers et qui proposent des formules « tout compris ». En dehors du tourisme, la croissance et la diversification restent limitées.

L’agriculture totalise moins de 8 % du PIB. On estime qu’une météorologie favorable et la construction de nouveaux barrages ont entraîné une augmentation de la production agricole en 2012. Cependant, l’agriculture conserve une place marginale dans l’économie. Bien que le pays soit en train de se doter d’une nouvelle infrastructure d’irrigation, financée par des investissements publics, on s’attend à ce que la contribution de l’agriculture à la croissance du PIB demeure très modeste.

Le secteur industriel est toujours peu développé mais, selon les prévisions, c’est lui qui enregistrera la croissance la plus rapide, avec une moyenne annuelle de 5 % en 2013/14. Cet essor sera dans une large mesure à porter au crédit du programme de dépenses d’investissement adopté par l’État. En effet, l’investissement public constituera un moteur essentiel de la croissance en 2013/14, puisque l’IDE devrait stagner en raison de la piètre situation économique en Europe, qui est la principale source d’investissements étrangers au Cap-Vert.

Le Cap-Vert ne possède pas d’abondantes ressources naturelles renouvelables. Cependant, son potentiel solaire et éolien l’a conduit à accroître ses investissements dans les énergies renouvelables ces dernières années. Le projet Cabeólica, qui prévoyait la construction de quatre fermes éoliennes, a été achevé en 2012 et couvre environ 25 % des besoins d’électricité du pays. Ce projet contribue de manière significative à la réalisation de l’ambition du gouvernement, qui entend ramener la part des sources non renouvelables à 50 % de la consommation énergétique du pays d’ici à 2020.

Après le durcissement de la politique monétaire décidé par la Banque centrale en décembre 2011, la position extérieure du Cap-Vert s’est stabilisée de manière significative en 2012. Les réserves de change couvraient 3.8 mois d’importations en septembre 2012. De plus, le déficit du compte courant s’est tassé grâce à la résilience du tourisme et des envois de fonds des travailleurs expatriés.

 

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

Le Cap-Vert a durci sa politique budgétaire pour faire face à la montée des tensions sur son budget. Le déficit budgétaire est estimé à 7.3 % du PIB  pour 2012. La baisse simultanée des recettes fiscales et des dons, les sollicitations permanentes pour les dépenses au titre du programme d’investissements publics et la marge de manœuvre trop étroite pour opérer de nouvelles réductions dans les dépenses récurrentes expliquent cette situation. Les recettes fiscales ont atteint à peine 19.9 % du PIB en 2012. Le ratio des impôts et taxes sur le PIB n’a cessé d’augmenter et a culminé à 25 % en 2008, mais est reparti à la baisse depuis 2009. Cette évolution est probablement due à l’inefficience de l’administration fiscale et à la progression de la part dans le PIB de certains secteurs tels que le tourisme, qui bénéficient d’incitations fiscales.

Face à ce repli des recettes publiques, le gouvernement a allégé son programme d’investissements de l’équivalent de 3 % du PIB. D’ailleurs, un examen de l’exécution budgétaire en milieu de période l’a conduit à annuler certains projets d’investissement dont l’exécution budgétaire était inférieure à 30 % et à réduire les dépenses d’investissement financées par des ressources intérieures. De plus, les dépenses récurrentes ont été comprimées de l’équivalent de 0.8 % du PIB, les pouvoirs publics ayant réduit les achats de biens et services et ajourné les hausses de salaires et les nouvelles embauches.

Le ministère des Finances et de la Planification entend porter le ratio des impôts et taxes sur le PIB à 25 % en 2016 en réformant la politique, les procédures et l’administration fiscales. Certaines mesures déjà incluses dans la loi de finances de 2013 devraient faire augmenter les recettes fiscales d’environ 2 % du PIB (soit un bond de 18.5 % par rapport à 2012). Ces nouveautés sont : i) la suppression du taux spécial de 6 % pour la taxe sur la valeur ajoutée (Imposto sobre Valor Acrescentado – IVA) pour les hôtels et les restaurants, qui seront désormais assujettis au taux général de 15 % ; ii) l’harmonisation de l’assiette de l’IVA pour l’électricité, l’eau, le pétrole, les télécommunications et les services de transport ; et  iii) une révision de la formule de calcul de la retenue mensuelle de l’impôt sur le revenu. Les autorités savent bien qu’alourdir le fardeau fiscal risque de nuire à l’investissement, à la croissance, à l’équité et à la stabilité des prix. C’est la raison pour laquelle la réforme cherchera aussi à simplifier et à rationaliser la fiscalité afin de la rendre plus favorable aux entreprises et à l’investissement.

Du côté des dépenses, les autorités vont revoir le programme d’investissements afin d’identifier les projets qui pourraient être ajournés ou annulés. Les contrôles stricts sur les dépenses récurrentes seront également maintenus. Cet ajustement devrait stabiliser le déficit global à 6.7 % du PIB en 2013. Pour combler ce déficit, les autorités continuent de préférer la dette étrangère pour financer les grands projets, et privilégient les crédits concessionnels en euros.

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)26.927.925.72525.426.2
Recettes fiscales18.91920.219.919.819.8
Recettes pétrolières------
Dons56.32.92.533.8
Dépenses totales (et prêts nets) (a)32.738.533.232.434.335.1
Dépenses courantes19.619.823.122.824.225.4
Sans les intérêts18.218.221.521.22222.8
Salaires10.911.710.610.510.310.1
Intérêts1.41.61.51.62.22.6
Solde primaire-4.5-9-6-5.7-6.7-6.3
Solde global-5.9-10.6-7.5-7.3-8.9-8.9

Politique monétaire

Du fait de la nécessité de préserver le rattachement de l’escudo du Cap-Vert (CVE) à l’euro, la politique monétaire dispose d’une marge d’action limitée. Le pays a adopté des mesures pour endiguer l’inflation et stabiliser ses réserves de change en 2011. En 2012, les taux d’intérêt et le coefficient des réserves obligatoires imposé aux banques commerciales ont été maintenus aux niveaux déterminés en décembre 2011. De plus, la Banque centrale a cherché à maîtriser l’expansion du crédit intérieur au secteur public comme au secteur privé. Malgré l’augmentation récente des actifs extérieurs nets résultant du redressement des réserves de change, la masse monétaire n’a progressé que modestement. En effet, les conditions de prêt sont devenues plus restrictives et le crédit à l’économie a stagné. En septembre 2012, en glissement annuel, l’agrégat monétaire M2 n’avait augmenté que de 2.4 % (contre 3.6 % en décembre 2011) à la suite du déclin du crédit net du secteur bancaire à l’État (10.1 %) et du ralentissement sensible du crédit à l’économie (de 11.8 % en décembre 2011 à 2.9 % en septembre 2012).

La masse monétaire au sens restreint (M1), qui témoigne de la croissance de la demande de monnaie pour les transactions, s’est repliée en 2012 : elle s’était contractée de 6.6 % en septembre, en glissement annuel, sous l’effet de la réduction du volume de la monnaie en circulation (4.6 %) et des dépôts à vue (7 %). Pendant ce temps, les dépôts rémunérés ont fait un bond de 10.1 %, essentiellement en raison de l’augmentation des dépôts à terme en monnaie locale des résidents (10.1 %) et des dépôts des émigrants (9.2 %).

La croissance des engagements monétaires et quasi-monétaires à court terme laisse à penser que les consommateurs et les entreprises perdent confiance dans l’économie, comportement qui s’explique notamment par les restrictions financières entravant actuellement l’activité du secteur privé. Les prêts aux entreprises non financières et aux particuliers ont stagné en 2012, et le taux d’intérêt effectif des prêts a progressé de 0.37 point de pourcentage en moyenne. Cette atonie du crédit reflète la prudence accrue dont font preuve les banques pour l’évaluation des risques de crédit et de liquidité. Cette prudence est motivée par l’augmentation du nombre de prêts non productifs, la rigueur de la politique monétaire et l’aversion pour le risque macroéconomique.

Par ailleurs, en raison du durcissement des conditions monétaires et du ralentissement de l’activité économique, l’inflation est passée de 4.5 % en décembre 2011 à 2.5 % en décembre 2012. Elle devrait rester relativement limitée en 2013, car la croissance devrait encore ralentir et la politique monétaire demeurer restrictive. La modération des cours mondiaux du pétrole allègera aussi les tensions sur les prix, ce qui se traduira par un taux d’inflation moyen de 2.4 %. En 2014, les prix à la consommation devraient augmenter de 2.5 %, sous l’effet du redémarrage de l’activité économique et des cours internationaux du pétrole. Cependant, toute envolée des prix mondiaux du pétrole ou des denrées alimentaires conduirait à une importante révision de ces prévisions.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

Depuis 2007, le Cap-Vert est signataire d’un accord de partenariat spécial (APS) avec l’Union européenne (UE), pour la promotion de la coopération dans le commerce et l’investissement. Le pays cherche à atténuer sa dépendance économique vis-à-vis du Portugal, surtout s’agissant de l’IDE et du tourisme. La mise en œuvre de la deuxième phase du MCA témoigne aussi du resserrement de ses liens économiques avec les États-Unis. Le Cap-Vert a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2008. Le pays bénéficie aussi de la loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (Agoa) et a conclu un accord de pêche avec le Japon. Il a commencé à développer sa coopération avec la Chine et, depuis peu avec l’Inde. Bien qu’il soit membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), ses relations commerciales avec cette sous-région restent ténues.

L’impact de tous ces accords sur ses exportations se révèle cependant marginal, ce qui est imputable à l’infrastructure limitée du pays et à son secteur industriel restreint. Le pays importe environ 90 % de ses denrées alimentaires. De 45.7 % du PIB en 2011, le déficit commercial s’est creusé à 46.5 % en 2012. L’Europe reste le premier partenaire commercial du Cap-Vert, et totalise plus de 80 % de ses importations et 90 % de ses exportations. Le tourisme, une source vitale de recettes pour l’économie, a fait un bond de 23 % en 2012. Le déficit du compte courant s’est ainsi réduit à -14.1 % du PIB en 2012, contre -16.4% en 2011. Il devrait s’établir à -15 % en 2013. Les transferts courants ont reculé, car l’APD sur les trois premiers trimestres de 2012 était inférieure de 22 % à son niveau de 2011.

L’IDE a chuté de 57 % entre 2011 et 2012. L’Italie, l’Espagne et le Portugal avaient contribué à plus de 70 % du total de l’IDE en 2011 ; sur les trois premiers trimestres de 2012, leur part cumulée était retombée à moins de 26 %. En revanche, 48.4 % de l’IDE proviennent de pays non membres de l’UE, dont des investisseurs non traditionnels comme la Chine. La majeure partie de l’IDE est dédiée au secteur du tourisme, lequel a absorbé 83.3 % du total durant les trois premiers trimestres de 2012, contre 68.9 % en 2011.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale-41-39.5-41-45.7-46.5-47.6-48.7
Exportations de biens (f.o.b.)6.25.48.111.412.111.511.1
Importations de biens (f.o.b.)47.24549.157.158.659.159.8
Services3.49.412.41418.219.220.1
Revenu des facteurs-2-2.5-4.7-4-2.2-2.1-2.1
Transferts courants25.218.120.419.416.515.414.3
Solde des comptes courants-14.4-14.6-12.9-16.4-14.1-15-16.4

Politique de la dette

Sous l’effet de l’augmentation des besoins d’emprunt du secteur public, la dette publique nominale totale a progressé de 5.6 %, pour atteindre 81.0 % du PIB en 2012, selon les estimations. La dette extérieure représente 59.8 % du PIB, bien qu’elle soit essentiellement de nature concessionnelle. La dette intérieure, contractée principalement auprès du secteur non bancaire, représente 21.2 % du PIB.

L’analyse de viabilité de la dette montre que la dette publique du Cap-Vert devrait rester tenable à long terme, mais des fragilités non négligeables persisteront à court et moyen termes. La dette publique totale devrait poursuivre sa tendance à la hausse en 2013 et culminer à 92.2 % du PIB en 2014. Le fardeau de la dette devrait ensuite s’alléger à partir de 2015, sur la base de la double hypothèse d’une décrue du déficit budgétaire et d’un taux de croissance à long terme avoisinant les 5 % par an.

Les efforts déployés pour accroître les recettes et ralentir la mise en œuvre du programme d’investissements publics devraient fortement atténuer la vulnérabilité du Cap-Vert face aux chocs macroéconomiques. Pourtant, le pays devrait rester fragile, même dans le cas du scénario très favorable du maintien de l’accès aux prêts concessionnels (lequel peut être considéré comme peu réaliste, étant donné que le pays est entré dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire).

L’augmentation rapide de la dette publique anticipée pour les prochaines années renforce la probabilité que le surendettement du Cap-Vert passe d’un niveau faible à moyen. L’accélération de l’assainissement des finances publiques pourrait donc contribuer à ralentir l’accumulation de la dette, à réduire le besoin de financement total de l’État à moyen terme et à atténuer la probabilité d’un surendettement. En réduisant son déficit budgétaire, le pays pourra aussi renforcer sa résilience et diminuer son exposition au risque de liquidité découlant de ses importants besoins de financement et de l’éventualité de chocs macroéconomiques non prévus. Les mesures fiscales et la révision à la baisse du programme d’investissements publics annoncée par les autorités devraient donc redresser le profil d’endettement du pays. Par ailleurs, la réforme de la supervision des entreprises d’État devrait aussi atténuer les risques résultant des passifs éventuels.

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

L’environnement d’affaires cap-verdien s’est sensiblement amélioré grâce à l’adoption de nouvelles dispositions et à la révision des règles existantes. Parmi les principaux changements, il faut citer les réformes visant à faciliter l’admission du Cap-Vert à l’OMC, ainsi que la simplification de la procédure d’attribution de licences pour les entreprises, l’enregistrement des biens fonciers et des procédures de faillite/liquidation. Grâce à ces avancées, le Cap-Vert est devenu l’un des premiers pays réformateurs selon l’indice de facilité de faire des affaires de la Banque mondiale pour 2011 et 2012, puisqu’il est passé de la 142e place au classement général en 2010 à la 121e en 2012. Le léger repli de son classement pour 2013 (122e) révèle toutefois que de nouvelles actions sont nécessaires.

Pour stimuler l’entrepreneuriat, le gouvernement a créé l’agence pour le développement des entreprises et l’innovation (ADEI). L’ADEI favorise aussi les investissements dans les petites et moyennes entreprises.

Les pouvoirs publics ont par ailleurs introduit des incitations fiscales afin de promouvoir l’investissement privé et d’encourager la consommation de certains biens. Ces incitations se sont toutefois traduites par une pression budgétaire importante au cours des dernières années. L’État envisage donc de rationaliser les incitations fiscales afin de préserver ses recettes.

Les investisseurs intérieurs et étrangers citent souvent la rigidité du marché du travail comme un obstacle significatif. La réglementation du travail s’attache à la protection des salariés et, conjuguée aux lenteurs du système juridique, se traduit par des coûts élevés pour les entreprises. La rigidité du marché du travail explique en partie le niveau élevé d’informalité et le recours aux travailleurs étrangers dans des secteurs tels que le BTP.

Secteur financier

Le système financier du Cap-Vert souffre d’un problème structurel qui a conduit à un rationnement du crédit en 2012. Le niveau élevé de la liquidité n’a pas donné lieu à des prêts, en raison du fort pourcentage des prêts improductifs (environ 10 %) généralement associé aux investissements dans l’immobilier. Cette pénurie de crédit s’explique également par la piètre qualité des demandes. Dans le même temps, le secteur financier ne dispose pas de la capacité de financer des projets d’envergure, qui doivent donc faire appel à des établissements internationaux.

Outre les banques commerciales, le système financier du Cap-Vert comporte un marché des actions et des sociétés d’assurance. Toutefois, ces deux dernières années, l’activité boursière a été limitée.

Deux entreprises (Garantia et Impar) contrôlent le marché restreint de l’assurance. Le système de sécurité sociale est placé sous la tutelle de l’institut national de la sécurité sociale (INPS). Cette institution, créée en 1954, est très liquide et constitue l’un des principaux bailleurs de fonds pour l’État. L’INPS détient également des participations dans plusieurs entreprises d’État comme l’entreprise d’électricité Electra.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

En 2012, le Cap-Vert est arrivé à la deuxième place du classement selon l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique, sur 52 pays. Il se classe à la 1ère place sur les 16 pays d’Afrique de l’Ouest. Selon l’indice de perception de la corruption établi par Transparency International pour 2012, le Cap-Vert est le deuxième pays africain le moins corrompu, derrière le Botswana. Il est passé de la 41e place en 2011 à la 39e sur 174 pays en 2012. Cependant, la police, et surtout la police des frontières, reste assez corrompue.

L’application des réformes de la gestion des finances publiques a progressé, surtout au niveau des opérations bancaires du Trésor et de l’administration ainsi que de la planification budgétaires. Des difficultés non négligeables demeurent néanmoins, en particulier pour la surveillance des entreprises d’État et l’efficacité des contrôles internes et externes. Les autorités ont également fait de la réforme de l’administration et de la politique fiscales une priorité. La révision de la législation sur les marchés publics a pris du retard. Cependant, un nouveau texte devrait être présenté à l’Assemblée nationale dans le courant 2013.

Le DSCRP-III pour la période 2012-16 doit encore être approuvé par le gouvernement. Le DSCRP-III se concentre sur la compétitivité et une croissance économique durable, inclusive et reposant sur une large base. Le DSCRP-III définit quatre domaines de réforme : i) la refonte de la fiscalité destinée à renforcer la capacité de l’État à mobiliser les ressources intérieures ; ii) une réforme du code du travail visant à réduire les coûts d’embauche et de licenciement et à flexibiliser le marché du travail ;  iii) la promotion du développement du capital humain via la formation technique et professionnelle et le relèvement de la qualité de l’enseignement supérieur et iv) l’amélioration de la prestation des services des entreprises d’État par l’encouragement de la participation du secteur privé aux services d’infrastructure. Certaines réformes sont d’ores et déjà en cours. Un nouveau modèle de réglementation des tarifs du secteur énergétique a été introduit en 2012, et la réforme institutionnelle de l’entreprise d’électricité publique, Electra, a été lancée. De plus, les autorités ont finalisé le projet de réforme fiscale qui prévoit une rationalisation des incitations. Des modifications de la législation sur l’impôt sur les sociétés ont été soumises au Parlement en décembre 2012. De nouvelles réformes devraient être engagées en 2013 afin de simplifier la législation sur la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Gestion des ressources naturelles et environnement

Le Cap-Vert a réalisé de grandes avancées vers la réalisation du septième OMD, en particulier s’agissant de l’augmentation de la proportion de la population ayant accès à l’eau potable (passée de 42 % en 1990 à 89.5 % en 2007). Le climat difficile du pays, associé à sa situation géomorphologique, sociale et économique, exerce des pressions considérables sur des ressources naturelles et des écosystèmes déjà fragiles et limités, exacerbant le risque de dégradation de l’environnement et de pauvreté.

Au cours de la dernière décennie, le pays a déployé des efforts non négligeables pour mieux protéger son environnement, y compris ses espèces endémiques et les habitats vitaux. Au Cap-Vert, l’action environnementale s’inscrit dans un cadre juridique vaste et détaillé. Cependant, le pays a encore des difficultés à surmonter pour améliorer sa gouvernance environnementale, notamment sur le plan de la réglementation et de son application, ainsi que du renforcement des capacités institutionnelles, tout en favorisant la participation de la société civile et des populations locales à la préservation des ressources naturelles.  

L’absence de cadre institutionnel clair dans le secteur de l’eau et de l’assainissement constitue un frein important à la gestion intégrée des ressources en eau et des déchets solides. Le pays s’efforce d’y remédier et une réforme institutionnelle est en cours. Sur le plan de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à ses effets, le Cap-Vert a réalisé des progrès considérables dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et dans l’adoption de mesures visant à adapter son développement. Par exemple, les projets consacrés aux énergies renouvelables achevés en 2012 ont permis de réduire les émissions de CO2 de 15 000 tonnes. D’ici à 2020, le pays prévoit de couvrir 50 % de sa production énergétique par des sources renouvelables.

Contexte politique

Le Cap-Vert demeure un modèle pour les droits politiques et les libertés civiles en Afrique. Compte tenu de la relative homogénéité du pays, les conflits ethniques, qui constituent la principale cause d’instabilité sur le reste du continent, y sont peu probables. Au cours de la dernière décennie, cinq scrutins présidentiels et législatifs ont été organisés dans le pays, et tous ont été marqués par une passation de pouvoir pacifique entre les deux principales formations politiques, le Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (Partido Africano da Independencia de Cabo Verde – PAICV) et le Mouvement pour la démocratie (Movimento para a Democracia – MPD). Le PAICV a remporté les élections législatives de février 2011, et le parti d’opposition, le MPD, a gagné l’élection présidentielle d’août 2011. Ces deux scrutins ont été jugés réguliers et transparents par les observateurs internationaux. À l’issue des élections municipales organisées en juillet 2012, le MPD, le parti d’opposition, contrôle 13 conseils municipaux (contre 11 en 2008), et le PAICV au pouvoir en détient 8 (contre 10 en 2008). Les deux partis s’opposent sur l’orientation du budget 2013, et surtout sur le programme d’augmentation des taxes sur l’eau et l’électricité. Cependant, leur cohabitation est pacifique et ne devrait pas poser de problèmes à l’avenir. Aucun scrutin national n’étant prévu avant 2016, le gouvernement a la possibilité de consacrer toute son attention aux réformes structurelles, dont la mise en œuvre avait été retardée par les élections législatives, présidentielle et municipales de 2011-12.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

À 0.568, l’indice de développement humain du Cap-Vert pour 2011 était inférieur à la moyenne de 0.630 obtenue par la catégorie des pays à développement humain moyen, mais supérieure à la moyenne de 0.463 affichée par les pays d’Afrique subsaharienne. Le taux d’alphabétisation des 15-24 ans est proche de 96 %, et l’on n’observe pas de disparité marquée entre garçons et filles ou entre niveaux de revenu. L’éducation secondaire reste problématique en raison des taux élevés d’abandon, surtout chez les garçons. Si presque tous les enfants de 6 à 11 ans allaient à l’école en 2009/10, plus de 30 % des enfants de 17 ans étaient sortis du système scolaire. Ces taux d’abandon considérables sont associés aux coûts directs de la scolarité (transport, manuels scolaires et droits d’inscription). La qualité de l’enseignement varie considérablement et peut être très médiocre. Selon les estimations, les inscriptions dans l’enseignement supérieur seraient près de 13 fois supérieures pour les catégories aux revenus les plus élevés (quartiles cinq et quatre) que pour les catégories aux revenus les plus faibles (quartiles un et deux).

Une politique de vaccination rigoureuse a fait reculer la mortalité des enfants. La mortalité des moins de cinq ans a considérablement chuté, passant de 56 % en 1990 à 23.7 % en 2009, s’approchant ainsi de la cible de 18.7 % retenue pour les OMD. La mortalité infantile s’est, elle aussi, atténuée, retombant à environ 20 % en 2009 (la cible des OMD se situe à 14 %). Des données montrent que 15 % des enfants de moins d’un an meurent en raison d’infections ou de parasites, situation qui nécessite l’amélioration du système d’eau et d’assainissement ainsi que l’éducation à la santé publique.

Le taux de mortalité maternelle fluctue nettement car la population est peu nombreuse. En 2009, il a atteint 53.7 pour 100 000 naissances vivantes, ce qui est bien supérieur à la cible de 17.3 définie pour les OMD et au taux de 16.2 % enregistré en 2007. En valeur absolue, sept femmes sont décédées de causes liées à la grossesse en 2009, contre deux en 2007 et en 2008. La proportion des naissances assistées par du personnel qualifié a fait un bond spectaculaire, passant de 36 % en 1998 à 76 % en 2009. Cependant, les visites post-natales restent encore très rares et constituent une source de préoccupation : plus de 50 % des mères n’ont pas rendu visite à un médecin après une naissance en 2009.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Des estimations récentes de la pauvreté ne sont pas disponibles, faute de données sur le revenu et la consommation. Selon l’enquête auprès des ménages de 2007, le taux de pauvreté à l’échelle nationale a considérablement reculé, passant de 49 % en 1990 à 26.6 % en 2007 même si les progrès restent inégaux. Selon des travaux récents fondés sur les données du recensement démographique de 2010, les taux de pauvreté sur les deux îles dotées de la meilleure infrastructure touristique, Sal et Boa Vista, représentent moins de la moitié de la moyenne nationale. À l’inverse, l’incidence de la pauvreté dans les îles essentiellement rurales dotées d’une infrastructure touristique limitée, comme Fogo et Santa Antão, est nettement supérieure à la moyenne nationale. De même, tandis que, dans les zones urbaines, la pauvreté est passée de 25 à 13.2 % entre 2002 et 2007, dans les zones rurales, elle représentait encore 44.3 % en 2007, contre 51.1 % en 2002.

Même si le Cap-Vert est en bonne voie pour réaliser toutes les cibles des OMD d’ici à 2015, des problèmes non négligeables demeurent. Son indice de développement humain s’établissait à 0.568 en 2011, ce qui classait le pays à la 113e place sur 169. Sur la période 2000-11, son score n’a progressé que de 0.6 % par an en moyenne. Cette lenteur impose au gouvernement de redoubler d’efforts s’il veut améliorer le niveau de vie de la population.

Bien que les documents de planification, y compris le DSCRP, adoptent une approche inclusive de la croissance, ils ne présentent pas de plan clair intégrant la lutte contre la pauvreté, la protection sociale et la création d’emplois dans la stratégie de croissance. Les autorités considèrent dans une large mesure la lutte contre la pauvreté et la création d’emplois comme des effets positifs probables de la croissance économique. Toutefois, les données réfutent cette hypothèse.

Dans le cadre des efforts déployés pour élaborer une stratégie de croissance plus inclusive, le Cap-Vert cherche à réformer sa protection sociale. Selon les premières analyses du système de protection sociale actuel, qui comprend un système de retraite et des programmes de santé, d’éducation et de nutrition, les programmes, objectifs et agences d’exécution sont extrêmement fragmentés et mal coordonnés1. Si l’on cerne globalement les risques socio-économiques pour la population2, il n’existe guère d’information systématique sur les fragilités et sur les facteurs qui exacerbent les risques associés à la transmission intergénérationnelle de la pauvreté. Le cadre de protection sociale existant ne dispose donc pas de toutes les capacités requises pour remédier aux principaux problèmes socio-économiques du pays de manière systématique.

Le chômage des jeunes, qui constituent 50 % de la population en âge de travailler, est un autre sujet de préoccupation. Le plan de redressement budgétaire de 2010/11 a contribué à ramener le chômage de 13.1 % en 2009 à 10.7 % en 2010. Pourtant, le chômage est reparti à la hausse, à 12.2 % en 2011, et ce plan n’a pas créé assez d’opportunités de premier emploi pour les jeunes travailleurs. Selon les estimations, 20.1 % des jeunes de 15 à 24 ans étaient au chômage en 2010, et ce chiffre est passé à 27.1%, soit plus du double de la moyenne générale, en 2011. Le niveau de chômage élevé, les inégalités persistantes et le renchérissement du coût de la vie pourraient créer de l’instabilité sociale.

Égalité hommes-femmes

Les inégalités entre les genres restent problématiques, malgré les avancées non négligeables réalisées ces dernières années. Bien que la proportion des sièges de parlementaires détenus par des femmes ait presque doublé depuis 2005, elle reste faible, à environ 21 %. Depuis son introduction en 2005, une enquête sur la santé sexuelle et reproductive contribue dans une large mesure au recueil des informations sur les violences de genre et à la multiplication des campagnes sociales et de sensibilisation contre ce type de violences.

Les disparités entre les genres dans les taux de chômage, en particulier entre jeunes hommes et jeunes femmes, témoignent aussi d’une inégalité d’accès aux ressources. Plus d’un tiers des femmes de 15-24 ans étaient au chômage en 2011, ce qui est nettement supérieur au taux de chômage moyen de 12.2 % et aux 22.1 % relevés pour les hommes de la même classe d’âge. Au Cap-Vert, l’accès aux emplois pour les femmes revêt une importance particulière pour la poursuite de la lutte contre la pauvreté, sachant que les ménages dont le chef de famille est une femme ont une fois et demi plus de risque d’être pauvres que ceux dirigés par un homme.

Le genre est souvent mentionné dans les documents stratégiques officiels, dont le DSCRP. Pourtant, les actions concrètes visant directement à instaurer un meilleur équilibre entre les genres ou à atténuer les disparités restent limitées.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

Le Cap-Vert ne possède pas de ressources naturelles non renouvelables et n’exporte donc ni énergie ni matières premières minières. Les industries extractives représentaient moins de 1 % du PIB en 2007-10, et le pays est fortement tributaire de ses importations de carburant. En revanche, son potentiel marin reste largement sous-exploité. La pêche a totalisé plus des trois quarts des exportations en 2010, mais ce secteur occupe une place relativement restreinte dans l’économie cap-verdienne, tirée par les services, et n’a contribué qu’à 1 % du PIB cette année-là3. Du fait de l’absence de vastes superficies arables et de son climat sec, le pays ne se prête pas à l’agriculture à grande échelle, et doit importer environ 90 % des denrées alimentaires qu’il consomme. Compte tenu du climat sec, une grande partie de l’eau utilisée pour l’irrigation et la consommation privée provient d’usines de désalinisation alimentées par du carburant. Le Cap-Vert a néanmoins su capitaliser sur sa biodiversité et sur ses paysages en développant le tourisme, qui est devenu le moteur de son économie. 

Selon une étude récente, les ressources naturelles au sens large contribuent à environ 35 % du PIB, dont la moitié provient du tourisme. Cependant, selon cette étude, cette contribution pourrait dépasser les 56 % si le pays évitait les préjudices causés par les dégradations environnementales et s’il maximisait les gains qu’il est possible de tirer de l’exploitation des ressources naturelles, par exemple par la promotion de l’écotourisme. Le principal préjudice lié à la dégradation de l’environnement résulte de l’extraction du sable sur les plages, lequel est ensuite acheminé vers les chantiers de construction. Cette pratique coûte au pays 4 % de son PIB. Si les autorités sont plus attentives à ce problème depuis 2009, l’extraction de sable se poursuit et l’intrusion d’eau salée dans les terres agricoles persiste (Pemfar, 2011). De plus, chaque année, environ un tiers de l’eau de pluie, précieuse pour le pays, n’est pas recueillie4. En revanche, le Cap-Vert a su exploiter son potentiel éolien et solaire, ce qui atténue sa dépendance vis-à-vis des centrales alimentées par le pétrole. La pénétration des énergies renouvelables a été estimée à 25 % en 2012, contre seulement 3 % en 2009 (Pemfar, 2011). 

Au cours des dernières décennies, l’essor du tourisme a alimenté le processus de transition économique et sociale engagé au Cap-Vert. Ce processus a culminé par le retrait du pays de la liste des PMA, en 2008. L’économie a enregistré une croissance moyenne d’environ 6 % en termes réels pendant la décennie qui s’est achevée en 2010, malgré le vif recul accusé en 2008 et 2009, imputable à la crise économique et financière mondiale. Selon les quelques données disponibles, la contribution à la croissance du secteur des hôtels et restaurants a sensiblement progressé : entre 2006 et 2007, ce secteur constituait la principale source de croissance du pays, à environ 30 %, et était suivi du commerce (23 %). Ces chiffres contrastent avec la contribution moyenne inférieure à 5 % observée sur la période 1992-2002 et d’environ 14 % sur 2003-06. Pourtant, la contribution substantielle du tourisme à la croissance ne crée pas d’évolution significative dans la structure d’emploi du pays : les hôtels et restaurants totalisaient environ 4.6 % des emplois en 2010, soit à peine 2.1 points de pourcentage de mieux qu’en 2000.

La nature du tourisme pratiqué au Cap-Vert explique en partie pourquoi un secteur aussi dynamique produit si peu d’effets sur la création d’emplois. Les investissements dans les hôtels proposant des formules tout compris constituent le facteur le plus dynamique dans le secteur ces dernières années. Environ 76 % des lits touristiques au Cap-Vert sont concentrés dans les hôtels en formule tout compris, et dans deux des neuf îles habitées du pays. Cependant, de manière générale, ce modèle de tourisme n’a guère d’impact sur le développement local car la chaîne de valeur a tendance à être contrôlée et gérée par des intérêts étrangers, peu présents dans la vie locale. La majeure partie des bénéfices partent à l’étranger (voir, par exemple, Akama et Kieti, 2007, dans leur étude d’un complexe touristique à Mombasa, au Kenya, qui évoquent une dynamique analogue au Cap-Vert). D’ailleurs, le rapatriement des bénéfices a considérablement augmenté (multiplié par plus de 23) entre 1999 et 2010, ce qui indique que l’impact positif de la hausse des investissements étrangers a été atténué par de substantielles sorties de capitaux. En 2010, les bénéfices rapatriés équivalaient à 42 % des exportations de marchandises et à environ la moitié des envois de fonds effectués par les expatriés. Si les données disponibles ne permettent pas de déterminer dans quelle mesure ces sorties sont directement associées aux secteurs liés au tourisme (y compris le BTP), la forte corrélation entre les sorties sans précédent de bénéfices et la croissance de ces secteurs laisse à penser que le modèle du tourisme « tout compris » crée des taux de déperdition importants mais des bienfaits économiques restreints.

Notes

1. Rapport du BIT, « Proteção Social em Cabo Verde: situação e desafios », 2012.

2. « Estratégia Para o Desenvolvimento da Proteção Social de Cabo Verde ».

3. « Boletim de Estatísticas 20 anos », Banque centrale du Cap-Vert, consulté le 13 septembre 2012 et données sur le PIB 2007-10, INE 2013, www.ine.cv/actualise/destaques/files/53d5516d-527a-4971-b408-a56fb67aaad5Contas%20Nacionais_2007-2010_VF.pdf, consulté le 30 janvier 2013.

4. Revue de la gestion et du système des finances publiques (Pemfar) dans le secteur de l’environnement au Cap-Vert, 2011.

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