• La croissance du PIB en termes réels en 2012, selon les estimations provisoires, devrait s’afficher à 8 %, sous l’effet d’une campagne agricole satisfaisante et d’un environnement international favorable. Les perspectives de croissance économique en 2013 devraient suivre la même tendance qu’en 2012 entre 7 et 8 %, bénéficiant du dynamisme des secteurs primaire et tertiaire. Toutefois, l’éventualité de chocs climatiques, voire la volatilité des cours des matières premières (or, pétrole) et l’insécurité régionale, susceptibles de résulter de la crise au Mali, constituent des risques.

  • Le pays se relève progressivement de la crise sociale de 2011 et la tenue sans heurts majeurs des élections couplées législative et municipale en décembre 2011 est un signe positif vers la normalisation sociopolitique. Au plan social, la pauvreté reste persistante malgré une décennie de croissance soutenue et de mise en œuvre de programmes ciblés en faveur des groupes vulnérables. La plupart des indicateurs des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) resteront hors d’atteinte à l'horizon 2015.

  • L’économie reste fortement tributaire des activités agro-sylvo-pastorales et de l’exploitation des ressources minières. Outre l’exploitation minière qui ne cesse de prendre de l’importance au fil des années, la pression qu’exerce le croît démographique de 3.1 %, l’un des plus élevés de la sous-région, sur une agriculture extensive, est un risque majeur pour la dégradation accélérée de l’environnement dans un contexte d’aléas climatiques récurrents.

Vue d'ensemble

Les perspectives économiques en 2013 sont favorables et le taux de croissance prévisionnelle devrait se situer à 6.7 % voire au-delà contre 8.0 % en 2012. Le maintien du trend de croissance à 6-8% serait imputable au dynamisme des secteurs primaire et tertiaire, qui constituent les secteurs moteurs de l’économie. Le secteur primaire, tiré par les sous-secteurs agriculture vivrière (11.0 % du PIB) et de rente (3.5 % du PIB) ainsi que l’élevage (11.3 % du PIB), constitue le socle de l’économie. Les sous-secteurs susmentionnés impriment leur rythme aux secteurs secondaire et tertiaire. Aussi, la forte dépendance du secteur primaire aux aléas climatiques, constitue une source de fragilité pour les fondamentaux de l’économie. La production d’or, principal pilier du secteur secondaire, a connu une forte décélération en 2012 (0.7 %) contre une forte croissance de 39.4 % en 2011. Cette situation est due au retard enregistré dans la mise en exploitation de la mine d’or de Bissa Gold. Cette tendance à la stabilisation de la production devrait se corriger à partir de 2013, avec la hausse attendue de la production d’au moins 10.4 %. Les pressions inflationnistes seront contenues en 2013 à 2.2 %, en dessous du seuil de convergence de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMAO), contre 3.6 % en 2012.

Le Burkina Faso est engagé dans un programme d’accélération de la croissance économique. Il entend mettre en œuvre un nouveau modèle de croissance fondé sur les pôles de croissance, dont celui de Bagré qui représente le premier du genre. Il s’agit d’organiser la bonne exploitation des ressources naturelles notamment dans le domaine agricole, par un accroissement de la chaîne de valeur de certaines filières porteuses (produits de l’élevage, fruits et légumes, karité, sésame) à travers l’agro-business afin de réduire la forte dépendance du pays au binôme constitué par l’or et le coton. Pour renforcer sa compétitivité et favoriser le commerce intrarégional, le pays poursuit également le développement des infrastructures intégrant les routes, l’énergie et les technologies de l’information et de la communication (TIC).

Au plan politique, la tenue des élections couplées (municipales et législatives) en décembre a été le fait marquant de l’année 2012. Cette élection consacre une nouvelle redistribution des rôles entre l’opposition et le camp présidentiel qui a remporté la majorité des sièges (70 députés sur 127). Cette majorité reste cependant courte, ce qui ne permettra donc pas à la coalition au pouvoir de légiférer seule sur la levée du verrou constitutionnel (notamment l’article 37) qui limite à deux, le nombre de mandats présidentiels. De l’avis des observateurs de la scène politique, ce sujet resterait une préoccupation majeure pour la stabilité politique du pays, à court et moyen termes. Dans ce contexte, les mesures prises par le gouvernement pour juguler la crise sociale intervenue en 2011, ont eu un impact mitigé. La crise au Mali constitue une nouvelle menace supplémentaire, susceptible d’affecter la stabilité sociale. Les principaux défis politiques et économiques à relever sont au nombre de trois : la résolution rapide de cette crise au Mali qui pourrait affecter les choix budgétaires du fait de l’éventuel accroissement des dépenses de sécurité et de défense (avec un effet d’éviction sur les autres secteurs), l’amélioration du fonctionnement des institutions notamment la justice et l’instauration d’une bonne gouvernance.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (O)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel4.486.76.8
Taux de croissance du PIB réel par habitant1.34.93.63.7
Inflation IPC2.83.62.22.1
Balance budgétaire % PIB-1.4-0.5-1.5-2.3
Balance courante % PIB-1.2-3.5-5-4.4

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072011
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche32.733.7
Construction64
Electricité, gaz et eau1.20.9
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises6.25.5
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières11.17.5
Mines0.512.9
Autres services2.42.1
Administration publique et services personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels2217
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications12.112.6
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants5.83.7
Vente en gros et de détail, immobilier--

L’économie burkinabé se relève progressivement de la crise sociale qu’elle a connue au premier semestre de l’année 2011. Selon les autorités du pays, ses effets se sont répercutés sur toute l’année 2012 et ont coûté 0.5 point de croissance. Cependant, grâce à la bonne pluviométrie, le taux de croissance du PIB réel en 2012 devrait connaître un quasi-doublement pour atteindre 8.0 % contre 4.4 % en 2011.

L’économie est dominée par le secteur tertiaire (43.2 % du PIB). Cependant, le dynamisme du secteur primaire, qui emploie la majorité de la population active et qui a contribué pour 31.3 % à la constitution du PIB en 2012, détermine le rythme de croissance des autres secteurs (secondaire et tertiaire). En effet, la production de céréales et de coton, continue d’influencer les activités des industries d’égrenage du coton, le transport, le commerce et les services financiers. Les sous-secteurs de l’économie du pays les plus dynamiques sont l’agriculture (14.5 % du PIB), les industries extractives (13.6 % du PIB), l’élevage (11.3 % du PIB) et le commerce (11.0 % du PIB). Ces quatre sous-secteurs représentent près de la moitié du PIB.

Bénéficiant d’une meilleure pluviométrie en 2012, la production agricole a été bonne et devrait croître de 23.7 % par rapport à la campagne précédente. Ces résultats sont aussi le fruit de la poursuite des efforts engagés par les pouvoirs publics afin de soutenir les petits exploitants (distribution de semences améliorées, mise à disposition de fosses fumières, équipements agricoles). Grâce à ces efforts et une pluviométrie clémente, la production céréalière pourrait croître de 8 % en 2013. La filière cotonnière se relève également de la grave crise interne de 2011 grâce aux mesures d’incitation des producteurs, mises en œuvre par le gouvernement incluant : le maintien de la subvention aux intrants, un meilleur prix d’achat aux producteurs de coton de l’ordre de 245 XOF (Franc CFA BCEAO) par kilo sur les deux dernières saisons, l’apurement des arriérés qui leur étaient dus. Ces incitations ont entraîné une augmentation des superficies emblavées de 38 %. La production de coton graine devrait ainsi atteindre 572 000 tonnes en 2012, soit une augmentation de 38 %. Cette tendance à la hausse de la production devrait se poursuivre en 2013 et 2014 avec un accroissement annuel d’au moins 5 %. Les principaux risques de la filière demeureront les risques climatiques, la baisse des cours du coton sur le marché international et la forte augmentation des prix des intrants.

Concernant le sous-secteur de l’élevage, il devrait maintenir son rythme de croissance de 3.8 % en moyenne par an entre 2012 et 2013, grâce notamment à la poursuite des actions de vaccination, d’insémination, de diffusion d’une race bovine performante et à la prise en charge des animaux de réfugiés maliens.

Le sous-secteur minier constitue le socle du secteur secondaire (25.3 % du PIB) qui impulse sa dynamique à l’ensemble des activités. La production d’or devrait atteindre 32.4 tonnes en 2012 avec huit mines industrielles en activité, dont sept mines d’or. Cependant, le sous-secteur connaît en 2012 une forte décélération avec une croissance de 0.7 % contre 39.4 % l’année précédente. Cette situation serait imputable à la baisse des teneurs de certaines mines et la non-entrée en production de la mine de Bissa Gold.

Le dynamisme du secteur tertiaire est soutenu par la branche des services marchands notamment, le commerce qui enregistre en 2012 une croissance de 9.2 %. Ce sous-secteur demeurera dynamique en 2013, grâce aux retombées des réformes en matière d’amélioration du climat des affaires et des manifestations comme le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. Mais, le risque sécuritaire, marqué par la crise au Mali, constituera le principal risque pour le sous–secteur.

Du côté de la demande, la croissance du PIB en 2012 serait principalement imputable à la consommation finale qui représente 81.3 % du PIB et aux investissements. Leurs contributions à la croissance seraient respectivement de 5.4 et 1.7 points. Les échanges extérieurs devront contribuer faiblement à la croissance (0.1 point), en raison du niveau important des importations (produits pétroliers, produits alimentaires et équipements liés à l’investissement public).

La consommation finale progresserait de 11.1 % en 2012. Elle est tirée essentiellement par le privé qui représente 63 % du total. La consommation publique devrait aussi croître de 14.8 %. Cette hausse serait liée aux transferts publics en faveur des couches défavorisées (mesures sociales et appui aux réfugiés maliens), aux dépenses liées aux élections couplées ainsi qu’à la gestion de la crise alimentaire en 2012.

L’accroissement de l’investissement de 6.7 % en 2012 s’expliquerait notamment par l’augmentation de la formation brute de capital fixe (FBCF) privée de 10.1 %.

Les perspectives pour les années 2013 et 2014 sont favorables. L’économie burkinabé devrait demeurer dynamique sous l’impulsion des investissements dans les infrastructures prévues dans le cadre de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) et la consommation privée. Les projets d’investissements importants qui seront poursuivis sont l’Aéroport de Donsin, le pôle de croissance de Bagré, les constructions de routes au titre du Millennium Challenge Account et le programme d’électrification.

Ainsi, la croissance économique du PIB réel devrait rester forte, 6.7 % en 2013 et 6.8 % en 2014. En plus, des facteurs climatiques défavorables (déficit pluviométrique), du repli du cours de l’or et d’une forte augmentation du prix du pétrole sur le marché international qui rendent généralement vulnérables l’économie du Burkina Faso, une nouvelle menace est apparue en 2012 avec la crise au Mali.

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

La politique budgétaire est demeurée expansionniste en 2012. Elle visait à gérer les effets nés de la crise sociale de 2011, à prendre en charge les réfugiés maliens et les personnes vulnérables affectées par la crise alimentaire de 2012. Cette politique a eu pour conséquence une augmentation des dépenses de personnel de 13.7 % en 2012. Les dépenses sociales en relation avec le renforcement des efforts de soutien aux groupes les plus vulnérables notamment avec la crise alimentaire et l’afflux des réfugiés ont également fortement augmenté. Elles devraient ainsi passer de 298.2 milliards XOF en 2011 à 391.2 milliards XOF en 2012. En pourcentage du PIB, ces dépenses sociales devraient croître d’un point en passant de 6.2 à 7.3 %. Les subventions des produits pétroliers sont relativement faibles, moins de 1 % du PIB. Ces subventions visent pour l’essentiel le prix des hydrocarbures de la Société nationale de production et de commercialisation de l’électricité. Pour maîtriser le niveau des subventions aux hydrocarbures, le gouvernement a procédé à un réajustement du prix à la pompe par son relèvement de 50 XOF en 2012. Globalement, les dépenses courantes devraient passer de 12.4 % en 2011 à 13.2 % en 2012. On note aussi une légère accélération des dépenses publiques totales en 2012. Elles devraient atteindre 23.6 % du PIB contre 22 % en 2011.

Les recettes budgétaires (y compris les dons) connaîtraient une bonne progression en 2012 (+19 %). Ainsi, les recettes totales et les dons devraient représenter 23.1 % en 2012 contre 20.6 % en 2011. Les recettes fiscales ont fait un bond de 22.7 % en 2012. Elles ont atteint 14.2 % du PIB en 2012 contre 13.7 % en 2011. Cette bonne progression est imputable aux impôts sur le commerce et les transactions internationales, à la taxe sur les biens et services et aux impôts sur les revenus et bénéfices. Quant aux recettes non fiscales, elles pourraient progresser de 24.8 % grâce à l’accroissement des dividendes et surtout aux taxes sur titres miniers. La bonne performance globale en matière de mobilisation des recettes propres est liée aux mesures prises par le gouvernement notamment la simplification et la modernisation du système fiscal et douanier, la lutte contre la fraude et les faux, le renforcement des performances des structures de recouvrement, etc. Cependant, le taux de pression fiscale (14.2 %) reste encore en deçà de la norme communautaire de l’UEMOA (17 %). Ce faible niveau s’explique en grande partie par l’effet conjugué du poids du secteur primaire non encore fiscalisé et de l’importance de l’économie informelle dans le secteur tertiaire.

La politique de gestion mise en œuvre par les pouvoirs publics, a contribué à réduire le déficit budgétaire global (base engagements, dons inclus) qui s’élèverait à 0.5 % du PIB en 2012 contre 1.4 % en 2011. Le déficit a été financé par les décaissements du Fonds monétaire international (FMI) au titre du programme de la facilité élargie de crédit et l’émission de trois emprunts obligataires sur le marché de l’UEMOA. En termes de perspectives, le déficit budgétaire devrait augmenter pour atteindre 1.5 % en 2013 et 2.3 % en 2014.

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)19.619.820.623.122.522.3
Recettes fiscales12.512.713.714.214.314.1
Recettes pétrolières------
Dons5.94.5576.36.3
Dépenses totales (et prêts nets) (a)24.322.72223.624.124.6
Dépenses courantes12.711.912.413.213.413.8
Sans les intérêts12.211.411.812.712.913.3
Salaires5.85.55.565.86
Intérêts0.40.50.60.50.50.5
Solde primaire-4.3-2.4-0.90-1-1.8
Solde global-4.8-2.9-1.4-0.5-1.5-2.3

Politique monétaire

Dans le contexte de régime de change fixe de la zone franc, la politique monétaire menée au niveau régional a soutenu la croissance économique et la maîtrise des prix en 2012. Cependant, compte tenu de la volatilité des prix des produits alimentaires et de l’impact direct et indirect de l’augmentation du carburant à la pompe de 50 XOF , l’inflation en 2012 s’est élevée à 3.6 %, un taux supérieur à la norme communautaire de l’UEMOA. Sous l’hypothèse d’une campagne agricole satisfaisante, la pression inflationniste devrait se résorber en 2013 et 2014. Ainsi, le taux d’inflation devrait redescendre à moins de 2 % en moyenne par an, à partir de 2013, en deçà du seuil communautaire de 3 %.

Quant à la masse monétaire, elle a connu un accroissement de 11.3 % en 2012. Cette hausse résulte de l’accroissement de 17.3 % du crédit à l’économie. Cette tendance devrait également se maintenir en 2013 et 2014, avec un accroissement annuel en moyenne de 11.3 %.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

Le Burkina Faso est membre de la quasi-totalité des institutions sous-régionales et abrite l’UEMOA. Dans le cadre des échanges commerciaux, un tarif extérieur commun a été institué au sein de l’UEMOA, dont le Burkina Faso est membre, dans le but de simplifier et de diminuer la protection tarifaire entre les pays membres. Pour rappel, les bandes tarifaires sont au nombre de quatre : 0, 5, 10 et 20 %. La moyenne pour le Burkina Faso est inférieure à 16 %. Le régime tarifaire de l’UEMOA comprend aussi une redevance statistique (1 %) et un prélèvement communautaire de solidarité (1 %). Les cas de taxation discriminatoire interne sont exceptionnels et temporaires et il n’existe pas de taxe à l’exportation. Cependant, des autorisations préalables sont prévues pour l’importation de certains produits (sucre, ciment, etc.) mais elles ne sont pas délivrées de manière systématique.

Le Burkina Faso est ouvert faiblement aux échanges internationaux et régionaux. Bien que stratégiquement situé au centre et membre des zones économiques de l’UEMOA et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), ses échanges se font en majorité avec les pays d’Asie et d’Europe, plutôt qu’avec les pays limitrophes. Les échanges communautaires (UEMOA ou Cedeao) se limitent aux produits du cru. Globalement, grâce à l’accroissement de la production de coton et de l’or, on note une progression des exportations en 2012 (10.4 %) mais de plus faible ampleur que celle de 2011 (43.9 %). Les exportations ont représenté 21.9 % du PIB en 2012 contre 22.2 % du PIB en 2011. Mais, le solde du compte courant de la balance des paiements devrait s’aggraver en 2012 avec un déficit de 3.5 % du PIB contre un déficit de 1.2 % du PIB en 2011. Les perspectives pour les années 2013 et 2014 sont contrastées : le déficit du solde extérieur devrait s’accentuer en 2013 pour s’établir à 5.0 % du PIB avant de baisser à 4.4 % du PIB en 2014.

Pour développer le commerce extérieur, le pays devra travailler à la levée des contraintes au commerce transfrontalier et à appliquer les directives communautaires de l’UEMOA, relative à la libre circulation des personnes et des biens. Spécifiquement pour le commerce transfrontalier, le nombre de documents à fournir pour les opérations d’exportation et d’importation est encore élevé (10) contre respectivement 8 et 9 formulaires pour l’Afrique subsaharienne. Les coûts par conteneur à l’export (2 412 USD) et à l’import (4 030 USD) sont élevés par rapport à la moyenne de l’Afrique subsaharienne et se situent respectivement à 1 990 USD et 2 567 USD. Pour faciliter les échanges commerciaux dans l’espace UEMOA, des postes juxtaposés de contrôle aux frontières ont été mis en place aux frontières avec le Ghana, le Togo et le Niger.

Le pays devrait s’ouvrir davantage, au cours des années à venir, grâce au secteur minier et aux matières premières agricoles (or, manganèse, coton, sésame, etc.). Ainsi, la part des exportations devrait se maintenir autour de 21.7 % du PIB en 2013.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale-9.4-5.8-1.60.2-0.9-1.4-0.2
Exportations de biens (f.o.b.)1010.817.622.221.921.723
Importations de biens (f.o.b.)19.416.619.22222.82323.2
Services-4.7-4.9-5.9-6.7-7.4-7-7.4
Revenu des facteurs-0.6-0.1-0.1-0.10.10.10.1
Transferts courants3.96.25.55.34.63.33.1
Solde des comptes courants-10.8-4.6-2-1.2-3.5-5-4.4

Politique de la dette

L’évaluation en 2012 de la viabilité de la dette par la Banque mondiale et le FMI, classe le Burkina Faso dans la catégorie des pays à risque de surendettement « modéré » à long terme contrairement à l’année précédente où le risque était « élevé ». Cette performance a surtout été insufflée par la forte progression des exportations d’or du pays. Ainsi, en 2012, tous les indicateurs étaient en deçà de leurs seuils respectifs. Le ratio valeur actualisée de la dette sur les exportations, devrait continuer à baisser avec l’effet de l’or. Il passerait ainsi de 56.1 % en 2011 à 55.6 % en 2012. Mais, le risque de surendettement pourrait s’accroître en cas de retournement des cours des matières premières. Il convient aussi de signaler que le pays n’enregistre pas d’arriérés de paiement de la dette extérieure en 2012.

Le pays dispose d’une direction chargée de la dette qui assure la coordination de la gestion de la dette et des politiques macroéconomiques. Les données sur la dette sont disponibles et le plan juridique des emprunts publics est clairement défini. Dans le passé, la politique des pouvoirs publics, était de limiter les emprunts à des financements concessionnels et dont l’élément don était supérieur à 35 %.

Avec le changement de classement du pays en termes d’indicateurs de viabilité de la dette, les autorités explorent d’autres options de financement notamment, pour mettre en œuvre des projets d’infrastructures à rendement économique élevé. Dans ce cadre, une Loi sur le partenariat public–privé est en cours de préparation. Les capacités d’analyse et de gestion de la dette sont encore à renforcer à travers une assistance technique pour l’élaboration d’une stratégie d’endettement à moyen terme ainsi que la formation des techniciens à l’analyse de la viabilité de la dette.

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

Le secteur privé est dominé par le secteur informel. La majorité des entreprises sont de très petites et moyennes tailles. Elles se concentrent dans le secteur du commerce et dans celui du bâtiment et des travaux publics (BTP). Les défis de l’amélioration du climat des affaires pour attirer les investissements, restent un enjeu majeur.

A cet effet, le code des investissements en vigueur permet de rationaliser et d’encadrer les exigences en matière de licence, pour la plupart des activités. Ce code, prévoit au profit des entreprises agréées et en fonction des régimes d’agrément des avantages particuliers, aussi bien en phase d’investissement qu’en phase d’exploitation. Malgré ces avantages, les petites et moyennes entreprises ont du mal à tirer profit des opportunités qui leur sont offertes dans des domaines aussi diversifiés comme l’agriculture, l’industrie agro-alimentaire, les mines, le tourisme, etc.

Concernant la protection du droit des actionnaires, la législation du Burkina Faso est alignée sur la réglementation du droit relevant de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), laquelle comporte cependant quelques faiblesses, qui sont en cours de révision. Il s’ensuit que le Burkina Faso est relativement mal classé sur cet indicateur. Ainsi, au niveau de l’indice de facilité des poursuites par les actionnaires (qui va de 0 à 10 selon que la réglementation permet une meilleure protection de l’actionnaire), le pays est à 3.7 alors que l’Afrique subsaharienne est à 4.5 et l’OCDE à 6.

De façon générale, l’environnement des affaires s’est dégradé légèrement en 2012 dans le rapport de Doing Business 2013. Le pays a perdu trois places dans son positionnement dans le rapport en passant du rang 150 à 153. En matière de création d’entreprises, il a également perdu deux places.

Le cadre réglementaire de la concurrence au Burkina Faso est fixé par des textes de la législation nationale. Toutes les entités du secteur public sont libres d’effectuer leurs achats auprès de toute société. Cependant, les acteurs du secteur privé ne respectent pas toujours ces règles. En 2012, les pouvoirs publics ont donc entrepris le contrôle des prix pratiqués sur le marché en particulier pour les produits de grande consommation.

Pour les années à venir, les pouvoirs publics entendent mettre l’accent sur les partenariats publics–privés (PPP), afin d’accompagner le secteur privé dans l’exploitation des opportunités offertes par le pays. Un texte de loi sur les PPP est en cours de préparation.

Secteur financier

La politique de surveillance de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est rigoureuse. Les banques ont respecté globalement les ratios prudentiels régionaux. Le système financier burkinabé est globalement sain. Cependant sur 20 institutions financières, 5 ont du mal à respecter le nouveau minimum obligatoire de fonds propres (5 milliards XOF). Pour ce faire, le fonds de développement économique et social (fonds public) a pris une participation dans ces cinq banques afin d’assurer le portage en attendant de trouver des partenaires privés.

Malgré une meilleure capitalisation des banques, les taux d’intérêt restent élevés, rendant les banques moins compétitives. La mise en œuvre de la stratégie de développement du secteur financier a ainsi été poursuivie en 2012. Les autorités ont aussi axé leurs efforts sur le microcrédit afin d’assurer un accès plus large aux services financiers. Elles ont ainsi mis en place les structures en charge de la stratégie et du plan d’actions pour la promotion de la microfinance et une meilleure régulation du secteur. La part du crédit à l’économie s’améliore. En 2012, elle devrait atteindre 20.6 % du PIB contre 19.8 % en 2011. Cette tendance à la hausse devrait se poursuivre en 2013 avec un taux de 21.7 % du PIB.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

En 2012, le Burkina Faso n’a pas fait de progrès en matière de protection des droits à la propriété. Le coût de recouvrement d’une créance est encore élevé : 81.7 % de la créance contre 50 % pour la moyenne des pays en Afrique subsaharienne. En revanche, les délais de recouvrement quoique longs (446 jours), sont meilleurs, en comparaison à la moyenne des pays de l’Afrique subsaharienne (649 jours).

De manière générale, l’Administration est relativement bien structurée malgré quelques chevauchements de services. Le Parlement a aussi mis en place en 2012, deux commissions d’enquête, l’une sur les marchés publics et l’autre sur les subventions dans le secteur de la santé. Les deux rapports de ces commissions d’enquête ont été rendus publics. L’Autorité supérieure de contrôle de l’État et la Cour des comptes ont aussi publié leur rapport annuel d’audit. Tous ces rapports ont mis en évidence un grand nombre de dysfonctionnements au sein de l’administration et des responsabilités en matière de fautes de gestion. Mais, les cas de malversations décelées ne sont pas toujours suivis de sanctions.

Le dernier rapport de Transparency international, classe le Burkina Faso à la 83e place en 2012, en nette progression par rapport à la 100e place occupée en 2011. Toutefois, il subsiste une perception de corruption du fait de certains faits de malversation qui ont été révélés par le rapport produit en 2012 par la Cour des comptes sur instruction du Premier ministre.

Avec la détermination du gouvernement à lutter contre ce phénomène qui s’est traduite par la saisine de la justice, pour statuer sur les infractions susmentionnées, les pratiques de bonne gouvernance devraient s’instaurer et la perception de l’ampleur de la corruption devrait baisser en 2013 et 2014.

Ainsi, le Premier ministre a annoncé quatre axes majeurs en vue de lutter efficacement contre la corruption à partir de 2013. Il s’agit de disposer de textes législatifs et réglementaires, de renforcer l’indépendance des organes de contrôle, de rendre la justice compétente, efficace et indépendante et enfin, de sensibiliser et d’éduquer les populations.

Dans le domaine de la décentralisation, aucun changement majeur n’est intervenu en 2012. Cependant les élections locales organisées en décembre 2012, devraient donner un nouveau souffle au processus de décentralisation. En 2012, la part du budget transféré aux collectivités locales représentait à peine 2 % du budget de l’État.

Gestion des ressources naturelles et environnement

La législation en matière d’environnement repose sur les textes du code de l’environnement, du code forestier, du code minier, de la loi d’orientation relative à la gestion de l’eau, de la loi sur le pastoralisme, la politique nationale de sécurisation foncière en milieu rural. Le cadre des politiques environnementales nationales couvre tous les secteurs pertinents. Les politiques et programmes en cours de mise en œuvre sont : le Plan national de lutte contre la désertification qui vise à assurer une gestion durable et intégrée des ressources naturelles et le Plan de l’environnement pour le développement durable.

Au regard de la nécessité d’adaptation au changement climatique en vue de renforcer la résilience des populations, le gouvernement s’est engagé pour la formulation d’un plan national d’investissement dans le secteur de l’environnement et du développement durable. Ce plan est actuellement en cours de validation. Ce plan d’investissement devient le cadre de référence pour l’ensemble des acteurs intervenants dans le secteur de l’environnement et du développement durable. Il est complété par le plan d’actions national d’adaptation et par une stratégie de gestion durable des terres adoptée en juin 2012. Les capacités humaines, institutionnelles et financières minimales sont en place avec la création d’un ministère de l’Environnement et du Développement durable. Au plan international, il convient de noter que le pays a ratifié la plupart des conventions sur l’environnement.

La législation en matière d’évaluation d’impact sur l’environnement rend obligatoire d’effectuer une étude d’impact environnemental et social pour tout projet de développement. Le gouvernement a aussi institué la prise en compte du volet environnement dans toutes les stratégies sectorielles. Cependant, l’utilisation de certains produits dangereux (cyanure, mercure) dans les industries extractives et la mauvaise gestion des effets environnementaux sont sujets à de nombreuses critiques au sein de la société civile et de la classe politique. Dans ce cadre, les pouvoirs publics ont engagé depuis 2011, le processus de révision du code minier qui devrait permettre une meilleure prise en charge des questions environnementales et sociales par les acteurs du secteur minier.

Contexte politique

Les plaies consécutives à la fronde sociale de 2011 ont été pansées en 2012. La tenue sans heurts majeurs des élections couplées, les législatives et les municipales en décembre 2012, loin d’exacerber les tensions, a contribué au retour à la normalisation sociopolitique. En effet, les élections se sont tenues dans un climat apaisé. Elles ont été jugées satisfaisantes par l’ensemble des partis politiques et la communauté internationale, malgré des contestations mineures ayant entraîné des annulations dans certains bureaux de vote. Ces élections ont conforté le parti au pouvoir qui a remporté la majorité des sièges aussi bien à l’Assemblée nationale que dans les communes. L’enjeu de ces élections était pour le parti au pouvoir, au-delà de conforter sa majorité, de lui conférer la majorité qualifiée des deux tiers, afin de lui permettre éventuellement, de procéder à une révision de la Constitution par voie parlementaire. Le parti au pouvoir a finalement remporté 70 sièges sur les 127 à pourvoir mais il ne pourra pas procéder seul à une révision constitutionnelle à l’issue de ces résultats. Cette élection consacre également une nouvelle redistribution des rôles au sein des partis politiques de l’opposition. Les principaux risques pour la stabilité du pays, sont essentiellement d’ordre politique et sécuritaire. Il s’agit notamment de troubles qui pourraient résulter de la modification éventuelle de l’article 37 de la Constitution et, l’aggravation du problème d’insécurité dans la bande sahélienne en raison de la crise malienne.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

La SCADD pour la période 2011‑15 adoptée en 2010, a constitué le cadre de référence de la politique mise en œuvre par les pouvoirs publics, pour le développement des ressources humaines. Les priorités de développement des secteurs sociaux (santé et éducation) figurent dans cette stratégie rendue opérationnelle au moyen des plans sectoriels.

Ainsi, dans le domaine de la santé, les pouvoirs publics ont poursuivi la mise en œuvre du Programme national de développement sanitaire (PNDS 2011-2020), du Programme d’appui au développement du système sanitaire et du Programme national de nutrition. Les progrès enregistrés en 2012 dans ce secteur, sont globalement satisfaisants. Le taux de couverture vaccinale devrait dépasser les 100 % en 2012 et le pourcentage des centres de santé et de promotion sociale remplissant les normes minimum en personnel (infirmiers, sage-femmes) est passé de 77.35 en 2010 à 79.35 en 2012. La gratuité des traitements antirétrovirus (ARV) et la poursuite de la sensibilisation, ont permis de faire des progrès significatifs dans la lutte contre le VIH/sida. Le taux de prévalence a ainsi été réduit de 1.2 % en 2012 et, 83 % des malades étaient sous ARV, contre 79 % en 2010. Le maillon faible du système sanitaire demeure toujours la lutte contre la malnutrition. Bien que des progrès aient été enregistrés en 2012, la prévalence de l’insuffisance pondérale chez les enfants de moins de  cinq ans est toujours élevée (24.0 % en 2012 contre environ 25.7 % en 2010).

Dans le domaine de l’éducation, les pouvoirs publics ont poursuivi la mise en œuvre des politiques, des plans d’actions et des mécanismes améliorant l’efficacité et visant à la réalisation des objectifs d’éducation de base universelle, d’alphabétisation et d’accès équitable aux programmes de développement de la petite enfance. Par ailleurs, les autorités ont lancé des politiques de renforcement du niveau de l’enseignement technique et professionnel dont les effets ont été positifs : le taux brut de scolarisation (TBS) est ainsi passé de 79.6 % en 2011 à 87.8 % en 2012.

Les progrès satisfaisants au niveau de ces secteurs sociaux, sont le fruit d’une dotation substantielle de la part de l’État à ces secteurs prioritaires. En 2012, les parts de budget alloué à ces secteurs devraient atteindre 12 % pour la santé et 15.6 % pour l’éducation, contre respectivement 11.4 et 15.2 % en 2011. Cependant, comme le révèlent ces résultats, les progrès sont encore insuffisants pour atteindre les OMD en 2015.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Le gouvernement a adopté une stratégie globale de promotion de la protection et d’actions sociales en 2012. Il a pris des mesures pour renforcer les filets de protection sociale notamment dans le cadre de la crise alimentaire. Un cadre sectoriel vient d’être créé par le gouvernement pour le suivi de cette stratégie. Mais ce cadre n’est pas encore entièrement opérationnel. Pour venir en aide aux personnes affectées par cette crise, le gouvernement a adopté et mis en œuvre une stratégie d’un coût de près de 112 milliards XOF. Il s’agit surtout de ventes subventionnées de céréales à prix social dans les zones affectées par la crise alimentaire. Malgré les efforts en faveur des groupes vulnérables depuis une décennie, la pauvreté reste persistante. La dernière enquête sur les conditions de vie des populations réalisée en 2009, a révélé que la pauvreté a reculé lentement entre 2003 et 2009. En effet, au niveau national, elle a baissé de 2.5 points en passant de 46.4 % en 2003 à 43.9 % en 2009. En milieu rural, elle a reculé de 1.6 point en passant de 52.3 % en 2003 à 50.7 % en 2009.

Égalité hommes-femmes

Les autorités se sont engagées à corriger les inégalités entre les hommes et les femmes. Ainsi, un document de Politique nationale du genre a été adopté par le gouvernement en 2009. En outre, un cadre sectoriel du genre est également en place pour assurer le suivi de la mise en œuvre de la politique du genre.

Dans le cadre de la réduction des inégalités de genre dans le domaine de l’éducation, des mesures d’incitation à la scolarisation des filles sont mises en place (notamment la gratuité de l’école et des fournitures). Les effets de ces mesures ont déjà permis d’améliorer la scolarisation des filles au primaire. Ainsi, le TBS des filles devrait atteindre 86.1 % en 2012 contre un taux global (filles et garçons) de 87.8 %. Dans le domaine de la santé, des mesures ont également été mises en œuvre. Il en résulte que le taux d’accouchement assisté par du personnel qualifié devrait atteindre 79.35 % en 2012 contre 77.35 % en 2011, tandis que les taux de couverture vaccinale par antigène (BCG, DTC-Hep-Hb3, Rougeole, Fièvre jaune) sont d’environ 100 %.

Grâce à son plan d’action, la politique nationale du genre est devenue opérationnelle et porte une attention particulière sur les violences faites aux femmes. Ces violences sont considérées comme des crimes et sont réprimées par la justice (cas des excisions et des viols). De manière spécifique, en vue de renforcer les actions en faveur du genre, un fonds est en cours de création.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

Le Burkina Faso dispose d’importantes ressources naturelles. Au total, huit mines industrielles sont en phase d’exploitation. En plus de l’or, le pays regorge d’autres potentialités minières telles que le manganèse de Tambao avec près de 20 millions de tonnes. La bauxite, d’une capacité de 1.5 million de tonnes, est également présente à Kaya et à Kongoursi. Le potentiel en phosphates dans la Kodjari, est estimé à plus de 63 millions de tonnes. Le pays regorge également de cuivre, de zinc, de plomb, de fer, de nickel, etc.

Les premières mines industrielles privées sont apparues au cours des 10 dernières années. Les exportations totales d’or se sont établies à 31.7 tonnes en 2012 et ont rapporté au pays, 862.2 milliards XOF en équivalent en devises en 2012. Avec l’or, la progression des investissements directs étrangers a été très nette. Ils sont passés de 3.8 milliards XOF en moyenne entre 1985 et 2002 à 37.8 milliards entre 2003 et 2012 (près de 10 fois). Plus de 60 entreprises internationales (australiennes, canadiennes, sud-africaines, etc.) participent aux activités d’exploration. Au cours des années à venir, les exportations d’or devraient connaître un accroissement substantiel avec l’entrée en exploitation de nouvelles mines d’or, de zinc et de manganèse.

L’exploitation des ressources naturelles contribue progressivement à la transformation de l’économie, bien que son poids soit encore relativement faible. En 2012, l’exploitation des ressources minières a représenté 12.5 % du PIB contre moins 1 % en 2005.

Les retombées de l’exploitation des ressources naturelles, restent très limitées sur l’économie dans sa globalité et plus particulièrement sur les collectivités locales riveraines et les populations. En effet, l’exploitation minière donne droit certes aux paiements de taxe et de redevances. En 2012, 188.69 milliards XOF ont été perçus1, soit moins de 20 % des recettes propres de l’État. Ces recettes minières sont directement injectées dans le budget national ou dans les budgets communaux. Elles financent indistinctement toutes les activités prévues. Il n’y a pas d’affectation ou de mécanisme spécifique de gestion des ressources tirées de l’or.

Les productions sont exportées sans transformation locale. Quelques intrants locaux sont utilisés dans la production de l’or. Il s’agit entre autres de l’eau, du carburant, de la terre, du travail, de services techniques (de géophysique, de géochimie et de sondage). Les services techniques sont souvent de moindre qualité et/ou insuffisants. Au total, l’activité minière ne contribue à créer que seulement 5 000 emplois, essentiellement des emplois de moindre qualification.

Le processus de transformation structurelle de l’économie, reste encore lent. L’or et le coton sont les principaux produits d’exportation, avec respectivement 69 et 18 % des exportations totales en 2012. Les autres produits à fort potentiel sont, notamment les produits de l’élevage, les fruits et légumes, le karité, l’arachide, le sésame, etc. Le degré de transformation de ces produits localement avant exportation est faible bien que des opportunités d’investissements et d’activités de sous-traitance avec des entreprises locales et/ou étrangères existent. En effet, l’or est exporté à 18 carats, le raffinage se poursuivant en dehors du continent. Le coton est exporté immédiatement après égrenage. Environ 1 % est utilisé localement par la Filature du Sahel, une entreprise de filature locale. Les sous-produits (tourteaux, huile, etc.) sont utilisés par d’autres entreprises pour la fabrication d’aliments de bétail et du savon. Bien qu’exporté brut, le coton a contribué à structurer les économies locales. Il a permis de doper le commerce et à créer un pan entier d’industries notamment des huileries, des savonneries, etc. Les tourteaux de coton constituent un complément alimentaire important pour le bétail et jouent un rôle capital dans l’élevage intensif au Burkina Faso. La culture du coton a permis la création de plus de 250 000 emplois et près de 3 millions de Burkinabés vivent directement ou indirectement du coton. La crise de la filière coton ces cinq dernières années, a favorisé une certaine diversification des productions vers les céréales (maïs), le sésame ou le niébé.

Les pouvoirs publics ont pris conscience de la nécessité de renforcer les politiques de diversification et de transformation économiques par l’amélioration de la chaîne de valeur des produits agro-sylvo-pastorales à forte potentialité. C’est pourquoi, dans le cadre de la SCADD, adoptée fin 2010 et couvrant la période 2011-2015, ils entendent mettre l’accent sur la création de pôles de croissance. Celui de Bagré Pôle est actuellement en phase d’expérimentation.

La production d’or a permis au pays de réduire sa forte dépendance à un seul produit d’exportation (le coton). La production de l’or n’a pas eu un effet de « syndrome hollandais » et n’a donc pas eu un impact négatif sur la production agricole. Des sites de productions artisanales (orpaillage) sont fermés théoriquement pendant la saison des pluies. Donc, en principe, l’activité minière se fait en complément de l’activité agricole. Cependant, il arrive que des champs soient dévastés suite aux activités de recherche de l’or. Des établissements scolaires sont également désertés dans certaines zones où l’or a été découvert.

Les principaux défis pour le Burkina Faso en matière de ressources naturelles sont :

  • l’accroissement de la valeur ajoutée des ressources naturelles : l’absence de main d’œuvre qualifiée est une occasion de perte de ressources pour le pays ;
  • la sécurisation de la production : l’exploitation artisanale est source de déperdition d’environ 1.5 tonne à cause de la fraude ;
  • l’amélioration de l’information sur les ressources minérales, de l’environnement légal et règlementaire du secteur.

L’or n’est pas une ressource renouvelable et les ressources tirées pourraient servir à accompagner le développement local à travers la réalisation d’infrastructures de désenclavement pour connecter ces différentes régions aux marchés, et favoriser la valorisation des produits agro-sylvo-pastorales à fortes potentialités.

Pour plus de transparence dans la gestion des ressources minières, un fonds spécial pour les infrastructures pourrait être créé afin de recevoir toutes les ressources minières collectées annuellement. Ce fonds servirait pour le financement d’infrastructures structurantes pour préparer le Burkina Faso de demain (routes bitumées, électrification, TIC, chemin de fer).

Les perspectives de développement du Burkina passent par la mise en place d’infrastructures adéquates, la formation des jeunes en adéquation avec les besoins du terrain et des services compétents pour le suivi et le contrôle. Il s’agira aussi d’intensifier les recherches pour accroître les gisements exploitables et diversifier la production de minerais (zinc, argent, plomb, cuivre, manganèse, calcaires à ciment).

Notes

1. Cependant, au regard des quantités déjà produites, des voix se lèvent pour critiquer la faible part qui revient à l’État et aux collectivités territoriales. L’impact environnemental, sécuritaire et sanitaire dans certains sites est également stigmatisé. Pour contribuer à la restauration de l’environnement, un fonds de restauration a été mis en place en 2011 dans lequel environ 3 milliards XOF ont été déposés par sept compagnies.

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