• Malgré une économie stabilisée en 2012, la croissance ougandaise, de 4.4 %, est la plus basse depuis plus de dix ans.

  • La croissance devrait toutefois repartir, mais restera en deçà du potentiel économique du pays.

  • La découverte de gaz et de pétrole offre une occasion unique de stimuler et de restructurer l'économie.

Vue d'ensemble

Après une année de turbulences, le gouvernement ougandais est parvenu à stabiliser l'économie en 2012, l'inflation ayant reculé de 18.7 % en 2011 à 14.6 %. Le durcissement des politiques budgétaires et monétaires a permis de maîtriser les soldes budgétaires. En réunissant les conditions propices à la reprise et à la croissance, cette stabilisation a toutefois été acquise au prix d'un ralentissement du produit intérieur brut (PIB) à 3.2 % en juin 2012. On s'attend à une reprise progressive, avec une croissance du PIB réel qui devrait atteindre 4.4 % en 2012, puis s'accélérer à 4.9 % en 2013 et à 5.5 % en 2014. Elle pourrait toutefois être inférieure si la suspension de l'aide budgétaire, annoncée par plusieurs donneurs en novembre 2012 à la suite d'une affaire de corruption des pouvoirs publics, est maintenue.

Les avancées sociales ont été mitigées. Les chiffres indiquent que les enfants de moins de cinq ans mangent mieux avec un recul sensible des taux de mortalité infantile. On relève toutefois une progression inquiétante de la mortalité maternelle et de la prévalence du VIH ainsi que des lacunes persistantes dans le système de santé ougandais. Le débat politique a été dominé par la découverte de gisements de pétrole et par plusieurs affaires de corruption impliquant de hauts fonctionnaires. Un cas de corruption se rapportant au programme public destiné au nord du pays a conduit plusieurs donneurs à suspendre l'aide au développement versée à l'État.

Ces événements interviennent alors que l'Ouganda sort de deux décennies d'expansion économique rapide, le PIB ayant progressé à un rythme annuel moyen de 7.1 % entre 1992 et 2011. Comme l'évoque le chapitre thématique « Changements structurels et gestion des ressources naturelles en Afrique », la croissance rapide a considérablement bouleversé l'économie ougandaise, quoique dans une moindre mesure à plusieurs égards. Riches et diversifiées, les ressources naturelles pèsent fortement sur l'économie ougandaise, même si leur contribution à la croissance et à la transformation structurelle recule. Toutefois, la récente découverte de réserves pétrolières commercialement rentables dans la région du Graben Albertine, à l'ouest du pays, pourrait offrir à l'Ouganda une occasion unique de transformer ses structures économiques.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (E)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel5.94.44.95.5
Taux de croissance du PIB réel par habitant2.71.21.82.4
Inflation IPC18.714.610.27.8
Balance budgétaire % PIB-3.6-3-4.9-6.2
Balance courante % PIB-10.9-11.6-13.3-14.6

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072011
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche22.524.9
Construction13.214.2
Electricité, gaz et eau53.5
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises12.59.1
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières7.59.2
Mines0.30.4
Autres services8.85.8
Administration publique et services personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels3.53.7
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications6.94.9
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants19.824.2
Vente en gros et de détail, immobilier--

L'Ouganda a connu un ralentissement brutal en 2012 en raison des perturbations économiques mondiales et du resserrement des politiques budgétaire et monétaire opéré par les pouvoirs publics. Le PIB réel n'a progressé que de 3.2 % au cours de l'exercice 2011/12. Le taux directeur de la Banque centrale (Banque de l'Ouganda) a atteint 23.0 % en janvier 2012, faisant grimper les taux des prêts aux conditions du marché au niveau record de 27.6 % pour les prêts libellés en shillings. Les dépenses publiques ont reculé en termes réels. Si elles ont permis de stabiliser l'économie avec une inflation en net recul, de 25.7 à 5.5 % entre janvier et décembre, ces politiques l'ont par ailleurs freinée. La croissance réelle est estimée à 4.4 % en 2012, la plus basse jamais enregistrée depuis 2000.

Les chiffres nationaux disponibles pour 2011/12 indiquent un ralentissement particulièrement intense dans les industries manufacturières, le commerce de gros et de détail, les services financiers et les secteurs de la santé et de l'éducation, qui ont enregistré des taux de croissance négatifs de -1.8, -0.7, -11.8, -20.0 et -5.8 %, respectivement. La construction et la production alimentaire, qui ont pesé chacune pour plus de 12.0 % du PIB en 2011, ont essuyé de mauvais résultats, avec des taux de croissance respectifs de 1.7 et 1.0 %, contre 7.8 % en 2010/11 dans la construction. Dans ce contexte, seuls la production de cultures commerciales et les services d'hôtellerie-restauration ont affiché une croissance robuste à la mi-année. La valeur ajoutée des cultures commerciales a quant à elle crû de 16.2 % à la faveur d'un solide rebond dans la production caféière. Le tourisme a progressé de 20.6 %, grâce à l'augmentation du nombre de touristes internationaux, un résultat qui coïncide avec le classement du guide Lonely Planet dans lequel l'Ouganda arrive en tête des destinations mondiales en 2012. Malgré le ralentissement économique au premier semestre 2012, les chiffres du PIB au troisième trimestre, annoncés par le Bureau ougandais de statistiques indiquent une reprise progressive, essentiellement tirée par la reprise de l'agriculture et des services.

Les autres indicateurs clés de l'économie ont également souffert en 2011/12. La consommation privée des ménages a reculé, avec une croissance de 5.0 % contre 9.4 % en 2010/11, de même que la formation brute de capital (-0.4 % contre 10.3 %), les exportations (-7.0 % contre 0.5 %) et les importations (-5.0 % contre 13.9 %), preuves des répercussions sur la demande intérieure des forts taux d'intérêt et des réductions de la dépense publique, ainsi que des effets du ralentissement économique mondial sur la demande en marchandises ougandaises. Les Perspectives économiques en Afrique (PEA) indiquent dans leurs prévisions pour 2012 une reprise sur la plupart de ces indicateurs, notamment les investissements, avec une formation brute de capital fixe qui devrait progresser de 13.6 % en 2012. La consommation du secteur privé devrait augmenter de 7.0 %, celle du secteur public de 2.0 % et les importations de 11.9 %, tandis qu'un recul de 0.6 % est attendu sur les exportations en 2012.

Côté prévisions, les PEA tablent sur une croissance du PIB de l'ordre de 4.9 % en 2013 puis de 5.5 % en 2014, indiquant une reprise lente et progressive de l'économie avant qu'elle ne côtoie de nouveau les niveaux records enregistrés ces dix dernières années. Les incidences que pourraient avoir les coupes dans l'Aide publique au développement, si elles étaient maintenues jusqu'en 2013, ne sont toutefois pas prises en compte dans ces projections.

Si la reprise économique en 2013 devrait être stimulée par des investissements et une consommation plus soutenus, les exportations continuent de tirer les prévisions de croissance vers le bas à court et à moyen termes. Les PEA tablent donc sur un accroissement de la formation brute de capital de l'ordre de 14.1 % en 2013 et de 14.6 % en 2014, en hausse par rapport à l'estimation de croissance de 13.6 % pour 2012. La consommation devrait augmenter de 4.2 % en 2013, puis de 5.9 % en 2014. En revanche, le déficit commercial devrait se creuser pour atteindre 16.0 % du PIB en 2013, puis 17.2 % en 2014, en hausse par rapport aux 14.9 % projetés pour 2012. Plus inquiétant encore, la balance commerciale risque de se détériorer essentiellement sous l'effet du recul des exportations, qui devraient diminuer de 2.7 % en 2013 et de 3.1 % en 2014.

Enfin, les prix à la consommation devraient continuer à augmenter à un rythme modéré, avec une inflation moyenne atteignant 10.2 % en 2013, avant de fléchir autour de 7.8 % en 2014, plus proche de l'objectif de 5.0 % fixé par la Banque de l'Ouganda. Le déficit budgétaire devrait quant à lui se creuser, de 3.0 % du PIB d'après les projections actuelles pour 2012 à 4.9 % en 2013 et à 6.2 % en 2014. Ces projections ne tiennent toutefois pas compte des répercussions que pourraient avoir sur les finances publiques les récentes coupes dans l'appui budgétaire, qui a représenté 8.0 % de l'enveloppe budgétaire en 2011/12.

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

Le gouvernement a maintenu une politique budgétaire rigoureuse en 2012 dans son effort pour freiner l'expansion de l'économie et pour ramener l'inflation sous la barre des 10 %. L'incapacité à accroître les recettes fiscales et à exploiter pleinement les ressources budgétaires a indirectement contribué à cette politique de rigueur en réduisant globalement les marges budgétaires et les dépenses réelles de l'État. Les pouvoirs publics ont continué de privilégier les dépenses en infrastructures, notamment pour des investissements dans le secteur de l'énergie.

Avec l'approbation du budget 2011/12, le gouvernement a cherché à inverser la politique budgétaire expansionniste en vigueur jusqu'aux élections présidentielles de février 2011, afin de maîtriser les dépenses, de réduire le déficit budgétaire et de favoriser la stabilisation de l'économie. Les dépenses publiques pour 2011/12, initialement portées à 21.5 % du PIB dans le budget, en baisse par rapport aux 23.2 % alloués en 2010/11, n'ont atteint que 18.6 % du PIB selon le ministère des Finances. Pour 2012/13, le budget national a prévu une légère progression des dépenses publiques, jusqu'à 20.5 % du PIB, même si les dépenses définitives en fin d'exercice risquent d'être inférieures, les pouvoirs publics ayant en général des difficultés à utiliser l'intégralité du budget.

Incapable d'accroître ses recettes fiscales, essentiellement en raison de généreuses exonérations et de nombreuses failles dans le régime fiscal, le gouvernement ne dispose que d'une marge budgétaire restreinte pour poursuivre un programme de dépenses publiques plus ambitieux. Ainsi, en 2011/12, les recettes intérieures hors pétrole ont été estimées à seulement 12.7 % du PIB, inférieures aux 13.4 % constatés lors de l'exercice précédent et bien en deçà des prévisions budgétaires de 13.4 %. Le gouvernement table pour 2012/13 sur une progression de ces recettes à 13.3 %. Même s'il est atteint, ce taux resterait toutefois sous les niveaux préconisés dans le Plan national de développement 2010/11-2014/15, et largement inférieur aux recettes des autres pays d'Afrique de l'Est et subsaharienne.

Le gouvernement affirme vouloir privilégier les dépenses en infrastructures dans son budget, notamment pour l'énergie. Il prévoit de construire un barrage d'une capacité de 600 mégawatts (MW) sur les chutes de Karuma, sur le Nil. En conséquence, les dépenses publiques destinées au développement du secteur énergétique et minier, ainsi qu'aux travaux et aux transports, devraient mobiliser jusqu'à 13.7 et 15.2 % du budget 2012/13 respectivement, en hausse par rapport aux 5.3 et 7.6 % du budget 2007/08. Pareils efforts ont imposé des contraintes budgétaires dans d'autres domaines, notamment la santé, qui reçoit 7.8 % du budget pour 2012/13, un taux inférieur aux 10.0 % recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)16.115.719.615.615.615.6
Recettes fiscales12.812.91712.813.413.7
Recettes pétrolières------
Dons2.92.52.32.31.81.5
Dépenses totales (et prêts nets) (a)17.219.823.218.620.521.8
Dépenses courantes11.912.715.911.81211.6
Sans les intérêts10.711.614.810.610.510.1
Salaires3.93.84.33.73.43.3
Intérêts1.21.11.11.21.51.5
Solde primaire0.1-3-2.5-1.8-3.4-4.8
Solde global-1.1-4.1-3.6-3-4.9-6.2

Politique monétaire

En 2012, la politique monétaire a été axée sur la réduction de l'inflation et la restauration de la stabilité macroéconomique. En parvenant à ramener le taux d'inflation en dessous de 10 % et à stabiliser les principaux agrégats monétaires et financiers, la Banque de l'Ouganda a contribué à assouplir progressivement la rigueur monétaire au cours de l'année.

À 25.6 % en janvier 2012, l'inflation annuelle des prix à la consommation avait déjà commencé à reculer par rapport au taux record de 30.5 % atteint en octobre 2011. L'inflation s'était envolée en 2011 sous l'effet de facteurs extérieurs et intérieurs, dont un épisode de sécheresse dans la Corne de l'Afrique en début d'année, la flambée des cours mondiaux des carburants et des produits de base, et les répercussions de la dépréciation des taux de change sur le prix des matières premières importées. À ceci s'est ajoutée une expansion rapide de la masse monétaire qui a vu le crédit intérieur net bondir de 38.7 % en 2011. Afin de juguler l'inflation, la Banque de l'Ouganda a modifié son cadre historique de politique monétaire en adoptant en juillet 2011 un régime de ciblage de l'inflation qu'elle continue d'observer.

Avec le recul de l'inflation, la Banque de l'Ouganda a entamé un assouplissement prudent de sa politique monétaire en février 2012, en abaissant progressivement son taux directeur. L'objectif était de stimuler les crédits accordés au secteur privé et de rétablir la confiance des entreprises et du marché, en rétablissant des taux d'intérêt plus conformes à la meilleure stabilité des prix. Le taux de la Banque centrale s'est progressivement replié d'un conséquent 23.0 % en janvier à 12.0 % en décembre 2012. Les prix à la consommation se sont tassés dans un creux de 5.5 % en fin d'année. La Banque centrale prévoit un nouvel assouplissement prudent pour accompagner le retour de l'inflation à l'objectif de 5.0 % à moyen terme.

Les choix monétaires de la Banque de l'Ouganda lui ont permis de maintenir une certaine stabilité sur les marchés des changes : pour la majeure partie de l'année, un dollar américain s'est échangé autour des 2 500 UGX (shilling ougandais) la majeure partie de l'année. Pour autant, les crédits au secteur privé n'ont progressé que modérément. En termes annuels, leur taux de croissance a chuté de 46.4 % en mai 2011 à 3.9 % en septembre 2012, en raison d'un accroissement des prêts improductifs et du besoin consécutif des banques commerciales de refinancer leurs portefeuilles de prêts. Ils sont repartis à la hausse à 11.6 % en fin d'année.

En décembre 2012, l'Ouganda ne participait à aucune union monétaire. Toutefois, les États membres de la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE) négocient des critères de convergence en vue d'une intégration monétaire.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

En accord avec la Stratégie de développement de la CAE pour la période 2011/12-2015/16, l'Ouganda intègre des accords internationaux et régionaux dans ses cadres juridiques et réglementaires. Le pays se mobilise également en faveur de l'union monétaire de la CAE et participe aux négociations d'un accord tripartite de libre-échange avec le Marché commun d’Afrique australe et d’Afrique orientale (Comesa) et la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC).

L'Ouganda est signataire du protocole de libre-échange du Comesa qui confère des concessions tarifaires réciproques à 100 % à ses États membres, ainsi qu’aux nations de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (AIGD), de l'Union africaine (AU) et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

De 2009 jusqu'en 2012, le secteur extérieur n'a cessé de reculer, alors que le déficit de la balance courante (aides comprises) s'est encore creusé, de 11.40 % en 2010/11 à 12.25 % en 2011/12, en raison de la hausse de la facture des importations et de faibles revenus. Les PEA tablent dans leurs projections sur une détérioration de ce déficit en 2013 à 13.30 %, ainsi qu'en 2014 à 14.60 %. La balance commerciale s'est légèrement améliorée, de 16.48 % du PIB en 2010/11 à 15.50 % en 2011/12. Elle s'est cependant creusée en valeurs absolues alors que la modeste reprise des exportations de 15.50 % du PIB en 2010/11 à 15.80 % en 2011/12 a été neutralisée par la progression des importations, qui a atteint 31.20 % en 2011/12 après avoir culminé à 31.60 % en 2010/11.

L'augmentation des tarifs portuaires à Mombasa, au Kenya, et la proposition d'introduire un système controversé de cautionnement en espèces ont alourdi le coût d'entreprendre. Ces mesures, destinées à décongestionner le port de Mombasa, retardent le dédouanement des marchandises et ralentissent la croissance économique. Pour autant, cette hausse du coût d'entreprendre inciter à examiner la viabilité d'un autre accès à la mer. Elle pourrait avoir des répercussions sur les relations commerciales entre le Kenya et les pays enclavés tributaires de Mombasa, au nombre desquels figurent l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la République démocratique du Congo et le Sud-Soudan.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale-7.9-9.1-12.5-13.9-14.9-16-17.2
Exportations de biens (f.o.b.)914.112.213.910.910.19.4
Importations de biens (f.o.b.)16.923.224.727.925.826.126.6
Services-1.4-2.4-2.4-4.1-1.8-1.5-0.8
Revenu des facteurs-3.5-2.3-1.6-1.8-1.7-1.1-1.1
Transferts courants12.67.27.78.96.95.24.5
Solde des comptes courants-0.1-6.6-8.8-10.9-11.6-13.3-14.6

Politique de la dette

Selon la Stratégie d'endettement extérieur adoptée par l'Ouganda en 2007, 80 % des emprunts publics doivent être obtenus à des conditions privilégiées sur le moyen et le long termes, les 20 % restants étant négociés aux conditions du marché. Conformément à ces principes, l'État a poursuivi son approche prudente en 2012, en privilégiant si possible le financement par les aides et les prêts à conditions de faveur.

L'encours total de la dette ougandaise aurait augmenté de 17.3 % du PIB en 2010/11 à 20.4 % en 2011/12. La dette extérieure représente 64 % du montant total de la dette publique, le reste correspondant à des titres d'emprunt intérieur, composés d'obligations d'État et de bons du Trésor. À ce jour, plus de 89 % de la dette extérieure sont dus à des partenaires multilatéraux à des conditions privilégiées, les prêteurs du Club de Paris et hors Club de Paris se partageant le reste de la dette. Les nouveaux emprunts extérieurs ont été majoritairement affectés au développement des infrastructures municipales (27 %), à la santé (16 %), aux travaux et aux transports (14 %), à l'eau et à l'environnement (12 %), à l'obligation de rendre compte (9 %) et à l'éducation (4 %).

Malgré l'augmentation de sa dette totale, l'Ouganda continue d'être considéré comme une économie à faible risque de surendettement selon une étude publiée par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale en mai 2012. D'après cette étude, les indicateurs de surendettement comme la valeur réelle du service de la dette publique et garantie par l'État ramené aux revenus (qui est restée stable à 4.5 %) et le ratio service de la dette/exportations (également stable à 2.7 %) indiquent que la dette ougandaise demeure viable à moyen et long termes. À cet égard, le FMI devrait relever en 2013 le plafond des emprunts extérieurs consentis aux conditions de marché au titre de l'Instrument de soutien à la politique économique, de 800 millions USD aujourd'hui à 1 milliard USD.

L'ampleur du déficit de financement dans les infrastructures a incité l'État à mettre en place des partenariats public/privé pour intensifier l'investissement privé dans les infrastructures publiques. Si l'on ajoute la multiplication des investissements dans le secteur pétrolier, les investissements directs étrangers ont progressé de 726 millions USD en 2010/11 à 1.5 milliard USD en 2011/12, plaçant l'Ouganda en tête des destinations des investissements étrangers parmi les États membres de la CAE. De la même manière, l'aide nette des donneurs, ou l'Aide publique au développement, est passée de 584 millions USD (3.0 % du PIB) en 2010/11 à 746 millions USD (3.6 % du PIB) en 2011/12.

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

L'Ouganda accuse une stagnation de sa compétitivité depuis ces deux dernières années, même si le climat des affaires reste assez favorable. L'Ouganda a rétrogradé de la 119e à la 120e place dans l'édition 2013 du rapport Doing Business de la Banque mondiale, et est passé de la 121e à la 123e place dans le classement du Forum économique mondial sur la compétitivité. 

Les obstacles ont continué de peser sur les investisseurs qui veulent démarrer une activité ou obtenir des permis de construction, comme le confirment les deux rapports avec des classements de 144e et de 118e respectivement. Bien que l'indicateur « Règlement de l'insolvabilité » dans le rapport Doing Business ait reculé de la 64e place en 2012 à la 69e place, l'Ouganda soutient avantageusement la comparaison avec le Kenya voisin (100e) ou le Rwanda (167e). Se maintenant à la 124e place, la règlementation encadrant les transferts de terrains exige 12 procédures et un délai d'exécution de 52 jours, en hausse par rapport aux 45 jours observés en 2012. Par ailleurs, le droit du travail offre une grande souplesse, permettant d'embaucher et de licencier des travailleurs à moindre coût. Selon l’Indice de liberté économique 2012 publié par la Heritage Foundation, la législation du travail obtient une note de 87.9, un résultat quasi identique à celui de 2011. L'accès au crédit s'est amélioré en Ouganda, qui est remonté de la 52e place en 2012 à la 40e place en 2013.

Coupures régulières de courant, corruption, procédures bureaucratiques et frais administratifs excessifs sont au nombre des principaux obstacles auxquels se heurtent les entreprises en Ouganda. Dans son étude visant à réformer la délivrance de permis d'exploitation, réalisée en 2011, le gouvernement a recommandé de simplifier 169 permis, sur 789 au total, de fusionner 45 permis pour en tirer 19, et d'en abolir 112.

Sur une note plus positive, les investissements dans le développement des infrastructures au cours de la dernière décennie, et plus particulièrement dans la production et la distribution de l'électricité, ont permis à l'Ouganda de doubler ses capacités de production électrique. Preuve de ces efforts, la mise en service, en octobre 2012, de la centrale hydroélectrique de Bujagali, d'une capacité de 250 MW. La construction de la centrale hydroélectrique de Karuma, d'une capacité de 600 MW, doit débuter en 2013. Une fois achevée, la capacité de production d'électricité aura quadruplé.

Le gouvernement a également instauré un groupe de travail chargé de proposer des lois visant à renforcer la compétitivité de l'Ouganda au plan international.

Secteur financier

Les principaux indicateurs du système financier ougandais, dont ceux mesurant le niveau requis de fonds propres, la qualité des actifs, la rentabilité et les conditions de liquidité, se sont raisonnablement bien comportés en 2012 et les banques ont élargi leurs portefeuilles. Même si cette croissance s'est accompagnée d'une légère détérioration dans les ratios de prêts improductifs, ceux-ci sont restés faibles, à 3.4 % en juin 2012, en hausse toutefois par rapport aux 1.6 % observés un an plus tôt. Les ratios de fonds propres se sont établis à 18.3 % en juin 2012, bien au-delà des 8.0 % requis, tandis que les conditions de liquidité restaient rigoureuses jusqu'en septembre 2012. La Banque centrale a alors effectué des achats de réserve et des opérations de marché (bons du Trésor, obligations et prise en pension de titres) qui lui ont permis d’injecter 35.5 milliards UGX dans le secteur bancaire. Un assouplissement marqué par rapport à août 2011, où les opérations nettes de marché avaient siphonné 52.1 milliards UGX. Malgré le contexte macroéconomique difficile auquel ont été confrontés les opérateurs financiers en 2012, le montant total des actifs des banques commerciales a augmenté de 15.1 % en 2011/12, essentiellement tiré par la croissance des avoirs étrangers. Afin d'atténuer l'expansion des prêts improductifs, la Banque de l'Ouganda a relevé les seuils de dépôt de réserves des banques commerciales à 25 milliards UGX à compter de mars 2013, de manière à absorber les futures pertes sur prêt.

En ce qui concerne la politique, si la Banque centrale a progressé dans sa mission de surveillance axée sur les risques, la plupart des analystes considèrent que l'Ouganda doit se mobiliser davantage pour mettre en place des Principes fondamentaux de Bâle. Un effort particulièrement nécessaire pour ce qui est de l'encadrement et de la surveillance règlementaire du secteur financier. Cette condition est jugée essentielle au regard du développement rapide des paiements par téléphone mobile et des entreprises transfrontalières, soutenu par l'introduction de toute une gamme de nouveaux produits et services et l'amélioration de l'accès aux services financiers pour les communautés rurales et mal desservies. Un nombre important d'institutions non bancaires (principalement des coopératives de crédit) ayant contribué à étendre les services financiers aux régions rurales continuent d'échapper à tout encadrement ou contrôle. La généralisation des paiements par téléphone mobile et leur intégration croissante dans le commerce de détail et les services bancaires compromettent la stabilité des systèmes de paiement.

Sur le front des retraites, le gouvernement a poursuivi son programme de réformes pour augmenter le nombre d'organismes privés de retraite, en phase avec la loi de 2011 instituant une Autorité règlementaire nationale pour les prestations de retraite.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

Aux termes de la Constitution ougandaise, le cabinet du Premier ministre a pour mission de coordonner, de superviser et d'évaluer la mise en œuvre des programmes et des politiques publiques. Le gouvernement central à la charge de la Sécurité nationale, de la Planification, de l'Immigration et des Affaires étrangères, la prestation des services publics incombant aux autorités locales. Le gouvernement central est organisé de telle sorte que les objectifs de performance sont fixés par l'ensemble des ministères, services, agences et autorités locales sur la base d'indicateurs validés par le gouvernement et les donneurs.

Si ce cadre institutionnel contribue à améliorer la prise de décision et la responsabilité, les résultats ne sont pas au rendez-vous, comme l'attestent les performances mitigées obtenues dans les indicateurs de développement humain recensés dans le rapport d'évaluation établi par les pouvoirs publics en 2011/12. Dans ce contexte, l'État redouble d'efforts pour renforcer la gestion des prestations de services publics, en mettant l'accent sur la passation des marchés, l'éradication de la corruption et l'augmentation des salaires, priorité étant donnée à la lutte contre les inefficacités et les gaspillages dans les dépenses publiques. 

Malgré ces efforts, l'Ouganda cumule les résultats médiocres dans les évaluations de gouvernance. L'indice Mo Ibrahim de gouvernance africaine, par exemple, confirme la modeste progression de l'Ouganda dans la qualité de sa gouvernance. Avec une note de 55.1, légèrement supérieure à la moyenne africaine de 51.2, l'Ouganda se classe 19e sur les 52 pays visés par l'indice. Le pays a obtenu d'excellents résultats ou a surpassé la moyenne sur le terrain de la sécurité nationale et, dans une moindre mesure, de l'État de droit et de la participation. Il affiche de piètres performances sur les critères de responsabilité, de sécurité des personnes et de droits individuels.

Gestion des ressources naturelles et environnement

La préservation de la biodiversité et la gestion de l'environnement ont continué de susciter de vives préoccupations en 2012. Les données publiées en cours d'année estiment à 92 000 hectares la disparition annuelle du couvert forestier ougandais, avec des taux de perte particulièrement élevés dans les zones protégées. Le gouvernement a réagi en interdisant l'abattage à l'échelle nationale en mars 2012, même si l'efficacité de cette mesure reste à évaluer. La dégradation croissante de l'environnement en Ouganda pèse lourdement sur la nature comme sur les habitants. Conséquence admise de la déforestation, les glissements de terrain qui se sont produits dans la région du mont Elgon en juin ont causé la mort d'au moins 32 personnes. 

Un certain nombre de facteurs viendraient accentuer ces tendances environnementales alarmantes. Le rapport de 2012 sur les performances du secteur de l’eau et de l’environnement publié en octobre 2012 par le ministère de l'Eau et de l'Environnement pointe du doigt la croissance démographique, la pauvreté, l'urbanisation, l'expansion agricole, le développement d'implantations sauvages, l'industrialisation et l'impact du changement climatique. La gestion environnementale souffre d'une structure de gouvernance défaillante à tous les niveaux de l'État. Le rapport dénonce également le manque de volonté politique de répondre aux préoccupations, l'insuffisance des investissements publics dans la gestion des ressources environnementales et naturelles, et la faiblesse des moyens institutionnels, autant d'entraves au respect de la loi et à la mise en œuvre des règlementations environnementales en Ouganda. Et d'ajouter que ces facteurs ébranlent également la gestion durable de la richesse nationale issue des ressources naturelles.

Contexte politique

Les tensions politiques nées des élections présidentielles de février 2011 se sont apaisées en 2012. Néanmoins, les partis de l'opposition ont continué d'organiser des manifestations sporadiques à travers le pays, essentiellement dans la capitale, Kampala. Le principal chef de l'opposition, Kizza Besigye, du Forum pour le changement démocratique (Forum for Democratic Change) continue de voir son assignation à résidence surveillée se prolonger indéfiniment. 

Comme les années précédentes, les allégations de corruption à grande échelle impliquant d'importantes figures politiques et de hauts fonctionnaires ont dominé l'actualité ougandaise. En 2012, l'affaire la plus retentissante a porté sur le détournement présumé de 20 millions USD d'aide au développement, initialement destinés au Plan de paix, de redressement et de développement pour le nord de l'Ouganda, vers les comptes personnels de collaborateurs du cabinet du Premier ministre, du ministère des Finances et de la Banque de l'Ouganda et d'autres hauts fonctionnaires. En conséquence, les donneurs ont suspendu leur appui budgétaire à l'État ougandais en novembre 2012 pour une période d'au moins six mois. Ils ont imposé comme condition que soient mises en œuvre des mesures politiques pour renforcer les systèmes de gestion des finances publiques d'ici avril 2013, avant de reprendre le versement des aides qui devaient totaliser 281 millions USD pour 2012/13, prêts et subventions inclus.

Ce scandale fait suite à d'autres affaires de corruption de grande ampleur dévoilées en 2012, au nombre desquelles des détournements de pensions de retraite et de fonds internationaux, et bien d'autres abus au cours de ces dix dernières années. La corruption est désormais considérée comme un problème majeur et un obstacle au développement. D'après l'Indice 2012 de perception de la corruption en Afrique orientale compilé par Transparency International, l'Ouganda a enregistré le plus fort taux de demande de pots-de-vin. Preuve de l'insatisfaction grandissante, 74 % des Ougandais estiment que le pays avance dans la mauvaise direction, selon le rapport Afrobaromètre établi en 2012 à partir de sondages menés dans plusieurs pays.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

D’après le Rapport sur le développement humain 2011 des Nations Unies, l’Indice de développement humain a progressé en Ouganda de 0.422 en 2010 à 0.446 en 2011, traduisant des améliorations dans les trois domaines stratégiques pour le développement : santé, éducation et niveau de vie. À la 161e place sur les 187 pays étudiés dans ce rapport, l'Ouganda se classe dans la catégorie des pays à développement humain faible. Des progrès ont été réalisés dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies en 2012, notamment sur le front de la mortalité infantile et de la malnutrition. Pour autant, les autres objectifs restent préoccupants, en particulier l'environnement, la santé maternelle et la lutte contre le VIH/sida. 

Dans l'éducation, le nombre d'élèves inscrits en école primaire a progressé d'environ 2.7 millions en 1997 à 8.2 millions en 2009, en partie grâce à l'introduction en 1997 par le gouvernement d'une politique d'enseignement primaire universel. En conséquence, le taux net de scolarisation s'établissait à 93.0 % en 2009, proche de la cible de 100 % fixée par les OMD, alors que le taux d'alphabétisation atteignait 76.0 % en 2011. Malgré ces avancées, l'éducation se heurte encore à des difficultés en Ouganda. Il lui reste à combler l'écart entre les sexes, notamment dans l'enseignement supérieur qui affichait un taux d'inscription d'étudiantes de 44.5 % en 2010, inférieur à l'objectif de parité de 50.0 %. Les taux de réussite restent également faibles : seuls 52.0 % des élèves inscrits en 1re année à l'école primaire atteignent la 7e année de scolarité. L'éducation souffre d'un enseignement de piètre qualité et peine à maintenir les enfants scolarisés, notamment dans l'enseignement primaire. Les écoles primaires affichent un taux d'abandon de 22.0 %. L'absentéisme des enseignants pose également problème.

Le gouvernement a donc introduit de nouvelles mesures en 2011/12 destinées à accroître la présence des enfants comme des enseignants afin de relever l'efficacité et la rentabilité de l'enseignement. Celles-ci proposent une nouvelle formule d'affectation et de répartition des enseignants, un engagement à augmenter leur salaire, une aide aux commissions des services locaux pour recruter des enseignants, la construction de logements de fonction, la construction et la réhabilitation d'écoles et le renforcement de partenariats public/privé dans l'enseignement et la formation commerciale, professionnelle et technique. 

Des progrès considérables ont été réalisés ces dernières années pour améliorer l'état de santé général de la population. Les conclusions de l'Enquête nationale de 2011 sur la démographie et la santé, publiée en août 2012, montrent des améliorations dans la nutrition des enfants de moins de cinq ans et un recul sensible du taux de mortalité infantile : le nombre de décès pour 1 000 naissances vivantes a chuté de 88 en 2000/01 à 54 en 2011. Ces résultats traduisent en partie les améliorations du système de santé ; les naissances en centres de soin ont progressé de 41.0 à 57.0 %, et la proportion d'enfants de moins de cinq ans atteints de paludisme ayant accès à des médicaments de 61.3 à 64.5 % sur la même période. Le nombre d'enfants de moins cinq ans dormant sous des moustiquaires imprégnées d'insecticide a augmenté de 43.0 à 53.0 % entre 2005 et 2011.

Pourtant, le système de santé souffre toujours de carences, notamment dans le domaine de la santé maternelle et infantile, où les financements sont insuffisants. La santé maternelle reste très préoccupante, avec un taux de mortalité de 435 pour 100 000 naissances vivantes en 2005 à 438 en 2011, largement au-dessus de la cible des OMD de 131 pour 100 000 naissances vivantes. 

Si la lutte contre le VIH/sida s'était soldée par de nombreux succès par le passé, l'épidémie connaît une recrudescence en Ouganda. D'après l'Enquête nationale de 2011 sur les indicateurs du VIH/sida, publiée en juillet 2012, le taux de prévalence du VIH (chez les 15-49 ans) a augmenté de 6.4 à 7.3 % entre 2005 et 2011. Le rapport indique que le nombre de nouveaux cas d'infection n'a cessé d'augmenter, passant de 124 000 en 2009 à 128 000 en 2010, puis à 130 000 en 2011.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

L'Enquête nationale de 2009/10 réalisée auprès des ménages ougandais a estimé l'incidence de la pauvreté à 24.5 % de la population, en recul par rapport aux 56.0 % enregistrés en 1992/93. Le pays a donc atteint la cible des OMD de réduire de moitié le nombre de personnes vivant avec un dollar par jour. Les autres indicateurs de pauvreté affichent également de bons résultats.

On estime toutefois à 7.5 millions le nombre d'Ougandais vivant dans la pauvreté absolue, alors que les retombées de la lutte contre la pauvreté se répartissent inégalement, le taux de pauvreté dans la région septentrionale atteignant 46.2 %. En outre, le Rapport sur l'état de la pauvreté, établi par le ministère des Finances en mai 2012, note une augmentation du nombre de personnes dites « précaires non pauvres », de 33.4 à 43.0 % de la population, soit près de 13.2 millions d'Ougandais. Ces personnes, bien qu'elles soient en mesure de subvenir à leurs besoins quotidiens de base, perçoivent des revenus particulièrement instables, et restent donc vulnérables au risque de replonger dans la pauvreté absolue en cas de difficultés économiques ou de maladie. 

Dans un effort pour réduire la vulnérabilité de ces groupes défavorisés, le ministère de la Parité, du Travail et du Développement social a introduit en 2010 son Programme d'élargissement de la protection sociale avec le soutien des donneurs. Depuis fin 2011, ce programme pilote dans 14 districts un régime de subventions destinées aux personnes âgées et un autre pour les familles vulnérables. Ces régimes versent une allocation d'environ 8 USD par mois aux personnes âgées de plus de 65 ans et aux ménages fortement dépendants avec de faibles capacités de travail, soit plus de 12 100 bénéficiaires. En 2011/12, le gouvernement a commencé à financer directement le programme, avec une enveloppe annuelle de 125 millions UGX, à laquelle viennent s'ajouter des contributions en nature de 6 milliards UGX pour les cinq premières années du programme. 

Sur le front de l'emploi, le Rapport sur l'état de la pauvreté indique une diversification grandissante de l'emploi et des revenus au cours de ces dix dernières années, en particulier dans les régions rurales. Entre 2005/06 et 2009/10, la part des ménages en zones rurales dont la principale source de revenus provenait de l'agriculture de subsistance a fortement reculé de 64 à 54 %, selon le rapport. Un phénomène qui coïncide avec l'augmentation des emplois rémunérés de 12 à 17 % et du nombre d'entreprises non agricoles de 13 à 18 % en tant que principales sources de revenus. Cet abandon progressif de l'agriculture de subsistance a amélioré le niveau de vie, relancé la consommation et fait reculer la pauvreté absolue en Ouganda.

Égalité hommes-femmes

L'Ouganda est signataire de divers accords internationaux portant sur l'égalité hommes/femmes, un principe inscrit et garanti dans sa Constitution de 1995. L'Ouganda a notamment ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, la plateforme d'action de Beijing et les OMD. Les cadres politiques et juridiques adoptés par l'Ouganda en matière de parité comptent parmi les meilleurs en Afrique et dans le monde en développement, mais les mécanismes de mise en œuvre et d'application des dispositifs font encore défaut. 

L’introduction de l’enseignement gratuit et universel dans le primaire en 1997 et dans le secondaire en 2007 a considérablement fait progresser l'égalité hommes/femmes. Elle a eu pour conséquence d’améliorer globalement l’accès des femmes à l’éducation, les ratios filles/garçons dans les établissements d'enseignement primaire, secondaire et supérieur ressortant respectivement à 1.00, 0.84 et 0.79 en 2009/10. Ces deux dernières décennies, les femmes se sont également imposées sur la scène politique. Le Parlement actuel compte 130 femmes députées sur 375 sièges au total, contre 98 lors de la législature précédente. En outre, une femme a été pour la première fois nommée à la présidence de la Chambre en 2011. 

D'importantes disparités persistent toutefois. Dans l'emploi, les femmes, qui représentaient 53.3 % de la main-d'œuvre en 2009/10, toutes catégories confondues, travaillent en moyenne 24.0 % d'heures en moins par semaine que les hommes. Un constat différent du côté des tâches ménagères, auxquelles les femmes en âge de travailler consacrent en moyenne 19.0 heures par semaine, contre 13.4 heures hebdomadaires pour les hommes de la même tranche d'âge. Dans ce contexte, un nouveau plan stratégique de dix ans, baptisé « Skilling Uganda », a été inauguré en octobre 2012 dans le but de généraliser l'éducation et la formation commerciale, technique et professionnelle. Ce plan a pour vocation de renforcer l'accès équitable au développement des compétences. Il cible les personnes ayant quitté l'école de manière précoce, ainsi que les jeunes filles et les femmes ayant besoin de se remettre à niveau ou d'acquérir de nouvelles compétences.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

L'économie ougandaise a connu une croissance spectaculaire ces vingt dernières années, le PIB ayant progressé à un rythme annuel moyen de 7.0 % de 1992 à 2011, troisième taux le plus élevé d'Afrique subsaharienne sur cette période. Seuls la Guinée équatoriale, avec 20.0 %, et le Libéria, avec 10.0 %, ont fait mieux. Une performance alimentée par le développement de l'industrie et des services, la valeur ajoutée dans ces secteurs ayant en moyenne progressé de 10.0 et 8.0 % entre 1992 et 2011. L'économie a été soutenue par des investissements solides et une forte progression des exportations. La formation brute de capital fixe a augmenté en moyenne de 8.6 % par an sur cette période, et les exportations de biens et de services de 17.0 %. Cette croissance a bénéficié de la relative stabilité macroéconomique et politique, notamment depuis la fin du conflit armé dans le nord du pays au milieu des années 2000. Elle a également été favorisée par les afflux massifs d'aide publique au développement, totalisant en moyenne 15.0 % du revenu national brut de 1991 à 2010, ainsi que par une politique générale d'ouverture aux investissements étrangers et au commerce international.

Cette période a par ailleurs été marquée par de profonds changements structurels dans l'économie ougandaise. L'agriculture, qui représentait, en 1990, 57.0 % du PIB, n'y contribuait plus qu'à hauteur de 23.0 % en 2011. En revanche, l'industrie et les services ont vu leur poids dans l'économie bondir de 32.0 et 11.0 % respectivement en 1990 à 51.0 et 25.0 % en 2011. Ces avancées n'ont pas pour autant bouleversé la structure des emplois. Selon les dernières estimations pour 2009/10, l'agriculture représenterait 65.0 % des emplois, contre 6.0 % pour l'industrie manufacturière et 10.0 % pour le commerce de détail et de gros. Guère de changements par rapport aux 65.0, 6.0 et 12.0 % respectivement constatés en 2002/03. À l'intérieur même du secteur agricole, la transition vers une agriculture commerciale n'est pas flagrante, ni l'abandon de l'agriculture de subsistance. Le secteur agricole non monétarisé, agriculture de subsistance incluse, comptait encore pour 39.0 % de la valeur ajoutée agricole en 2011, contre 41.6 % en 2001. 

Le secteur des ressources naturelles continue de jouer un rôle considérable, notamment les produits de base comme le cacao, le café, le coton, les fleurs, le poisson, le thé, le tabac ainsi que le ciment. Ces huit catégories de produits ont représenté 40 % du volume total des exportations en 2011, malgré un net repli par rapport aux 84 % enregistrés en 1994. La diversification croissante en faveur d'exportations non traditionnelles dans les principaux secteurs exportateurs s'observe également dans le domaine des ressources naturelles, avec l'émergence d'activités quasi inexistantes il y a 20 ans comme le ciment, la floriculture ou les produits de la pêche. Toutefois, le rôle que pourraient encore jouer les ressources naturelles dans la transformation de l'économie semble restreint. Si l'Ouganda a su diversifier sa production et ses exportations de produits de base, et s'engager dans de nouvelles activités à forte valeur ajoutée (produits de la pêche, floriculture, ciment), rien n'indique que la production s'accélérera dans ces secteurs. En outre, bien que difficile à évaluer, la contribution de ces produits aux recettes fiscales, et plus particulièrement aux recettes publiques, va probablement rester marginale. 

Les ressources naturelles risquent toutefois de jouer un rôle déterminant en Ouganda au cours des dix prochaines années avec la récente découverte de pétrole dans la région du Graben Albertine, à l'ouest du pays. Les premières réserves de pétrole commercialement viables ont été découvertes en 2006. Depuis, jusqu'à 20 gisements majeurs d'hydrocarbures ont été découverts, totalisant des réserves de 3.5 millions de barils d'équivalent pétrole en 2012. Dans les conditions actuelles, la production ougandaise pourrait culminer à 200 000 barils par jour d'ici à 2020. Les spécialistes du secteur estiment que l'Ouganda pourrait maintenir ce rythme une dizaine d'années environ, la production pétrolière devant rester commercialement rentable pendant 25 à 50 ans au total, selon les avancées technologiques réalisées dans le domaine des hydrocarbures et la découverte éventuelle de nouveaux gisements. 

Bien que le gouvernement souhaite dans un premier temps accroître les capacités de raffinage du pays dans l'optique de développer une filière pétrolière nationale, l'expérience des autres pays en développement suggère des retombées limitées dans ce secteur. La production pétrolière pourrait en réalité compromettre les perspectives de croissance dans les secteurs des produits de base hors métaux, si elle devait au final contribuer à relever le taux de change de la devise ougandaise, et provoquer un syndrome hollandais, à savoir le déclin de la production manufacturière.

Les recettes pétrolières pourraient jeter les bases d'une transformation structurelle en offrant l'opportunité unique de stimuler les investissements dans les infrastructures, qu'il s'agisse des transports, de l'énergie, de l'agriculture ou du développement humain. Les recettes publiques dérivées du pétrole représenteraient, selon les estimations disponibles, entre 2 et 3 milliards USD par an au plus fort de la production. Mais compte tenu de la volatilité des marchés internationaux et des incertitudes autour du volume exact des réserves pétrolières ougandaises, ces chiffres ne restent que des estimations. Pour donner un ordre d'idée, selon les cours actuels, 2 milliards USD équivalent à trois fois la proposition de budget du gouvernement pour l'éducation en 2013/14, et à six fois le budget de la santé. L'État ougandais devant actuellement débourser entre 750 000 et 1 million USD par kilomètre pour la construction de routes, ces recettes pourraient également servir à doubler chaque année le réseau de routes revêtues du pays, actuellement de 3 264 km. La réalisation de ces dividendes pétroliers dépendra toutefois de l'aptitude du gouvernement à lever les contraintes de capacité et les blocages qui retardent l'exécution des projets d'infrastructures et en augmentent le coût de développement. 

Dans tous les cas, il faudra attendre plusieurs années avant que pareils investissements ne soient finalisés et débouchent sur des gains de productivité profitant à l'économie tout entière. Il convient de noter que la production pétrolière ne devrait débuter qu'en 2017 et que la commercialisation impose d'investir dans des infrastructures stratégiques de production et de distribution, en Ouganda mais aussi en Afrique orientale. Capacités de raffinage, oléoducs, transports routiers et ferroviaires et installations de base pour l'exploitation pétrolière sont directement concernés. Selon les spécialistes, ces efforts pourraient mobiliser entre 7 et 11 milliards USD. Tout retard dans l'exécution de ces projets risque de reporter le démarrage de la production pétrolière commerciale et les retombées qu'elle pourrait avoir sur les recettes publiques et la transformation économique du pays.

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