Éthiopie
Avec une croissance estimée à 6.9 % en 2011/12, l’Éthiopie est une économie très performante d’Afrique.
Le gouvernement a réussi à endiguer l’inflation, qui a néanmoins atteint un taux annuel de 10.3 % en février 2013.
L’Éthiopie ne dispose pas de ressources naturelles majeures et recherche une croissance tirée par l’industrialisation.
Vue d'ensemble
En 2012, l’économie éthiopienne a enregistré une croissance solide, estimée à 6.9 %, pour la neuvième année consécutive. Cette croissance a reposé sur une large assise, le secteur industriel et les services jouant un rôle grandissant. La dynamique devrait se poursuivre en 2013 et 2014, quoiqu'à un rythme moins soutenu.
S’efforçant de lutter contre l’inflation, le gouvernement a resserré la politique monétaire. Cette mesure, conjuguée au tassement de l’inflation des prix des denrées alimentaires et des carburants à l’échelle mondiale, a permis de juguler l’inflation des prix à la consommation, qui a atteint un taux annuel de 10.3 % en février 2013, contre 39.2 % en novembre 2011. La détermination des pouvoirs publics à préserver des prix raisonnables se reflète également dans une politique budgétaire prudente, axée sur le renforcement des ressources nationales et la réduction de l’emprunt intérieur.
Grâce à une politique budgétaire solide, avec en particulier des mesures visant à améliorer l’administration fiscale et le recouvrement de l’impôt, le pays a pu ramener sa balance budgétaire à 0.2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2011/12, contre -1.6 % sur l’exercice précédent. La balance des paiements s’est toutefois dégradée, en partie à cause de la vive expansion des importations par rapport à celle des exportations : entre 2010/11 et 2011/12, la valeur des importations de marchandises s’est accrue de 34 %, tandis que celle des exportations ne progressait que de 15 %. Bien que la dette extérieure ait augmenté, le risque de surendettement extérieur en 2013 demeurera faible. Néanmoins, la reconstitution des réserves de change officielles reste épineuse, étant donné que les réserves couvrent aujourd’hui moins de deux mois d’importations.
Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (E)
Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques 2013
| 2011 | 2012 | 2013 | 2014 | |
|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB réel | 11.2 | 6.9 | 6.6 | 6.3 |
| Taux de croissance du PIB réel par habitant | 9 | 4.8 | 4.5 | 4.3 |
| Inflation IPC | 18.1 | 31 | 10 | 8.7 |
| Balance budgétaire % PIB | -1.6 | 0.2 | 0.8 | 1 |
| Balance courante % PIB | -0.9 | -3.4 | -5.5 | -7.1 |
Développements récents et perspectives
Tableau 2 : PIB par secteur 2013 (en pourcentage du PIB)
| 2007 | |
|---|---|
| Agriculture, sylviculture et pêche | - |
| Agriculture, chasse, sylviculture et pêche | 47.5 |
| Construction | 5.8 |
| Electricité, gaz et eau | 2 |
| Electricité, eau et assainissement | - |
| Extractions | - |
| Finance, assurance et solidarité sociale | - |
| Finance, immobilier et services aux entreprises | 9.3 |
| Services des administrations publiques | - |
| Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs | 100 |
| Industries manufacturières | 4.5 |
| Mines | 0.4 |
| Autres services | 5.7 |
| Administration publique et services personnels | - |
| Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels | 4 |
| Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels | - |
| Services sociaux | - |
| Transports, entreposages et communications | 15.9 |
| Transport, communications et information | - |
| Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants | 5 |
| Vente en gros et de détail, immobilier | - |
La croissance économique de l’Éthiopie sur 2011/12 est estimée à 6.9 %, marquant la neuvième année consécutive de performances solides. Le secteur des services en a constitué la principale source, suivi par l’industrie et l’agriculture, ce qui montre bien que cette expansion s’appuie sur une large base.
Selon les estimations, les services ont progressé de 11 %, essentiellement sous l’effet du rapide essor de l’hôtellerie-restauration, de l’intermédiation financière, de l’immobilier, de l’administration publique et des activités de détail.
L’expansion du bâtiment et des travaux publics (BTP) et des secteurs minier et manufacturier a permis à l’industrie d’afficher une croissance de 13.6 % en 2011/12. Les perspectives sont bonnes pour 2013 et 2014, et les pouvoirs publics accordent une attention grandissante au développement industriel.
L’agriculture, qui contribue au PIB à hauteur d’environ 44 %, représente quelque 80 % des emplois et 70 % des recettes d’exportation. En 2011/12, elle a enregistré une progression de 5 %, essentiellement tirée par une production céréalière record de 23.5 millions de tonnes. Cette production agricole a été vigoureuse grâce à des conditions météorologiques favorables aux cultures céréalières, à un meilleur accès aux services publics destinés aux petits exploitants et à une amélioration des rendements. On note également une expansion des surfaces destinées à la culture céréalière. Le rendement à l’hectare est passé de 1.7 tonne en 2010/11 à 1.9 tonne en 2011/12. La superficie de terres cultivées a augmenté de 0.3 million d’hectares, ce qui cadre avec les efforts déployés par l’État pour intensifier la petite agriculture.
La vulnérabilité aux chocs environnementaux et climatiques, et surtout la dépendance vis-à-vis des pluies, reste un déterminant critique de l’agriculture en Éthiopie. Malgré de meilleurs rendements, la productivité est encore très faible, en partie du fait que les pratiques agricoles modernes sont peu usitées. L’Ethiopian Commodity Exchange (bourse des matières premières éthiopiennes) joue un rôle clé dans la diffusion de l’information aux agriculteurs, mais les institutions et infrastructures de commercialisation restent peu solides, induisant des coûts de transaction élevés. Le renchérissement des intrants agricoles, tels que les engrais chimiques, nuit à la productivité. L’érosion des sols dans les hauts plateaux densément peuplés, due à la surexploitation des terres et au surpâturage, et les pratiques limitées de préservation des sols continuent de freiner la croissance des rendements agricoles. En raison de son accroissement démographique, l’Éthiopie enregistre un recul dans l’utilisation des terres par habitant. Aussi, en 2011/12, près de 4 millions de personnes étaient tributaires de l’aide alimentaire d’urgence et quelque 7.7 millions d’autres souffraient chroniquement d’insécurité alimentaire.
En dépit de ces handicaps, le potentiel de croissance du secteur agricole est immense, si l’on considère, en particulier, que moins de 15 % des terres arables sont à ce jour cultivées et que les rendements figurent parmi les plus bas d’Afrique subsaharienne. Il y a ainsi des opportunités encore inexploitées d’accroître la production et la productivité agricoles en promouvant des pratiques agricoles modernes et la culture d’une plus grande proportion des terres. En favorisant le recours aux technologies modernes, en soutenant la commercialisation des produits agricoles et la production de cultures à forte valeur, en encourageant les dispositifs de micro-irrigation et en améliorant la commercialisation et les infrastructures, l’État s’efforce de stimuler cette production et cette productivité. Le plan quinquennal de transformation et de croissance (Growth and Transformation Plan – GTP) vise à refondre l’économie en réformant en profondeur le secteur agricole et en stimulant l’industrie grâce à une hausse des investissements. L’objectif est de passer d’une agriculture de subsistance à une production à petite échelle orientée vers la commercialisation, notamment à visée exportatrice. Il faudra pour cela améliorer la sécurité du régime foncier, l’efficience du marché des intrants et des extrants, l’accès au crédit, les services de vulgarisation et la promotion de l’irrigation. L’une des approches pour passer à une agriculture commerciale par les petits exploitants pourrait consister à remédier aux problèmes de droits de propriété et de fragmentation des terrains. On pourrait recourir davantage aux coopératives afin d’augmenter la superficie des exploitations.
À moyen terme, la croissance du PIB devrait ralentir, surtout en raison des opportunités limitées pour le secteur privé de bénéficier d’investissements publics importants, facilités en partie par de faibles taux d’intérêt nominaux.
Politiques macroéconomiques
Politique budgétaire
En 2012, les pouvoirs publics ont poursuivi leur politique budgétaire prudente, conjuguée à une politique monétaire destinée à endiguer l’inflation, tout en maintenant un niveau élevé d’investissement dans les infrastructures. Ils se sont efforcés d’améliorer le recouvrement de l’impôt et de mobiliser d’autres ressources nationales, de réduire l’emprunt intérieur et d’accroître les dépenses destinées à aider les plus pauvres, notamment via des investissements d’infrastructure. Cela fait quelques années que la perception des recettes progresse, depuis la mise en œuvre de mesures de réforme fiscale et l’amélioration de l’administration fiscale. Pour l'exercice 2011/12, les recettes fiscales ont augmenté de 45 %. Les progrès réalisés dans la perception de recettes nationales ont permis à l’État de financer 83 % de ses dépenses à partir de ces recettes.
La proportion des dépenses publiques par rapport au PIB a reculé, surtout parce que la croissance économique a affiché un rythme supérieur à celle des dépenses. Toutefois, la part des dépenses pro-pauvres dans le total a progressé pour atteindre 70 % en 2011/12, contre 67 % lors de l’exercice précédent. Les dépenses globales devraient augmenter en 2013 et 2014, avec une hausse plus marquée pour les dépenses d’investissement par rapport aux dépenses récurrentes. Il s’agit de déployer le plan de transformation économique et d'atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) définis par les Nations Unies, ainsi que les cibles qui permettront à l’Éthiopie de se classer parmi les économies à revenu intermédiaire d’ici 2025. Les mesures vigoureuses destinées à améliorer l’administration fiscale et le recouvrement de l’impôt ont réduit le déficit budgétaire à un niveau acceptable.
Une meilleure coordination de la politique budgétaire et monétaire a permis au pays d’éviter de recourir au financement par le déficit sur 2011/12. La Banque centrale a utilisé des mécanismes alternatifs de gestion de la liquidité, tels que le budget de trésorerie et la vente de bons du Trésor. Selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI) publié en octobre 2012, le déficit budgétaire de l’Éthiopie devrait rester à un niveau tenable jusqu’en 2016/17.
Le cadre de politique budgétaire de l’Éthiopie est suffisamment souple pour supporter les chocs de financement extérieur et sur les recettes en comprimant les dépenses en cas de pénurie de financement. Cependant, il protège les dépenses destinées aux pauvres, notamment les services de base. Des politiques budgétaires saines et une expansion rapide de l’investissement public, surtout dans les infrastructures et les services de base, devraient se poursuivre.
Tableau 3 : Opérations financières de l'état 2013 (pourcentage du PIB)
| 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | 2014 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Recettes totales (avec dons) | 16.5 | 17.3 | 16.5 | 15.2 | 14.9 | 14.3 |
| Recettes fiscales | 8.8 | 11.3 | 11.3 | 10 | 9.8 | 9.6 |
| Recettes pétrolières | - | - | - | - | - | - |
| Dons | 4.4 | 3.2 | 3.2 | 3.2 | 3.2 | 2.7 |
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) | 17.4 | 18.9 | 18 | 15 | 14.1 | 13.3 |
| Dépenses courantes | 8.2 | 8.5 | 7.8 | 6.5 | 6.2 | 5.9 |
| Sans les intérêts | 7.8 | 8.1 | 7.4 | 6.1 | 5.8 | 5.5 |
| Salaires | 4.9 | 5.2 | 5.3 | 4.3 | 4.1 | 4 |
| Intérêts | 0.4 | 0.4 | 0.4 | 0.4 | 0.4 | 0.4 |
| Solde primaire | -0.6 | -1.2 | -1.2 | 0.6 | 1.2 | 1.3 |
| Solde global | -0.9 | -1.7 | -1.6 | 0.2 | 0.8 | 1 |
Politique monétaire
La préservation de la stabilité macroéconomique, et notamment la lutte contre l’inflation, a constitué l’objectif central de la politique monétaire pour l’exercice 2011/12. Une inflation forte, déjà endiguée une première fois en 2009/10, a resurgi sur 2010/11, essentiellement parce qu’une accumulation inattendue de devises a accru l’expansion monétaire.
En réaction, les autorités monétaires ont cherché à limiter la croissance monétaire en recourant à la monnaie de la Banque centrale. La Banque centrale a évité le financement par le déficit, et un mécanisme de budget de trésorerie a été mis en place. En outre, le marché des bons du Trésor a été réactivé dans le but d'absorber l’excès de liquidité du système bancaire. Ces mesures visant à maîtriser la croissance monétaire ont entraîné un recul de 4.4 % de la monnaie de Banque centrale, supérieur à l’objectif de 3.9 %. L’inflation s’est tassée sur l’année pour atteindre un taux annuel de 10.3 % en février 2013, contre 39.2 % en novembre 2011. Le ralentissement de l’inflation mondiale des prix des denrées alimentaires et des carburants y a également concouru.
Bien que la politique monétaire du pays autorise une certaine souplesse dans la détermination des taux d’intérêt (sous réserve d’un taux de rémunération des dépôts d’au moins 5 %), les taux sont, dans les faits, fixés de manière rigide. Dans un environnement hautement inflationniste, il en a découlé des taux d’intérêt réels négatifs, qui ont restreint l’efficacité de la politique monétaire pour la gestion de la demande et découragé l’épargne. À cause de ces taux d’intérêt négatifs et de la forte inflation qui prévaut, les banques commerciales sont confrontées à des problèmes de liquidité.
Coopération économique, intégration régionale et commerce
Les exportations de marchandises ont atteint au total 3.2 milliards de dollars des États-Unis (USD), soit une croissance de 15 % par rapport à l’exercice budgétaire précédent. Les exportations sont passées de 9 % du PIB en 2010/11 à 7.1 %, selon les estimations. Le principal produit d’exportation reste le café, avec une part de 26 %, suivi par l’or (19 %), les graines oléagineuses (15 %), le khat (8 %) et les animaux vivants (7 %). Les six principaux produits exportés représentent à eux seuls plus de 80 % des recettes d’exportation, ce qui indique qu’il faut intensifier les efforts de diversification. L’or est devenu le deuxième produit d’exportation ces deux dernières années. En 2011/12, les ventes d’or à l’étranger ont atteint la proportion record de 19 % de la valeur totale des exportations. Les exportations du secteur secondaire, en particulier des industries manufacturières, sont restées faibles, à environ 8 %, mais elles progressent. Ces dernières années, on a observé une croissance rapide des exportations non traditionnelles : les exportations autres que le café représentaient 73.6 % du total des exportations en 2011/12, contre seulement 40 % en 1997.
La valeur des importations a bondi à 11.1 milliards USD en 2011/12, contre environ 8.3 milliards sur l’exercice précédent. Les importations ayant augmenté plus vite que les exportations, le déficit commercial s’est creusé à 7.9 milliards USD en 2011/12, contre 5.5 milliards un an auparavant. En 2011/12, le déficit global de la balance des paiements s’est établi à 973 millions USD, alors qu’en 2010/11, le pays affichait un excédent de 1.4 milliard USD. La situation aurait été pire si l’Éthiopie n’avait pas enregistré un accroissement significatif des transferts publics et privés. L’intensification de l’inflation a également contribué à une appréciation du taux de change réel effectif, qui pèse sur la compétitivité économique.
L’Éthiopie est membre de groupements régionaux tels que le Marché commun d’Afrique australe et d’Afrique orientale (Comesa) et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (AIGD), et a signé tous les protocoles d’intégration régionale sauf celui de la zone de libre-échange du Comesa, lequel ne confère qu’une remise préférentielle de 10 % aux membres du Comesa. L’Éthiopie a entamé des négociations pour entrer à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et soumis des propositions initiales de droits de douane sur toute une palette de produits de base. Elle négocie également un accord de partenariat avec l’Union européenne, mais n’a pas encore conclu d’accord intérimaire.
L’Éthiopie a simplifié la structure de ses droits de douane. Les importations se voient appliquer des droits entre 0 et 35 %. Le tarif moyen pondéré est de 9.7 %. De plus de 30, le nombre de bandes tarifaires a été ramené à 5 dans le cadre des réformes douanières. L’Éthiopie n’a fixé ni prix minimum à l’exportation, ni restrictions d’exportation, ni quotas. Elle ne pose pas d’exigence pour le financement des exportations, ni pour les résultats à l’exportation. Il n’y a pas non plus de quotas ni de contingents tarifaires. Toutefois, la Banque nationale d’Éthiopie gère un régime strict de contrôle des changes, qui dissuade les importations. L’administration douanière et les barrières administratives à l’entrée semblent être les principaux obstacles non tarifaires dont pâtissent les échanges du pays avec d’autres membres du Comesa. Les indicateurs éthiopiens pour le commerce transfrontalier, la diversification et la liberté des échanges sont parmi les plus bas d’Afrique subsaharienne. D’après le rapport Doing Business de la Banque mondiale, le commerce transfrontalier est l’un des domaines du climat des affaires de l’Éthiopie dans lesquels les résultats sont relativement faibles. À l’échelle mondiale, l’Éthiopie se classait, en 2012, au 161e rang sur 185 économies pour la facilité du commerce transfrontalier.
Tableau 4 : Comptes courants 2013 (en pourcentage du PIB)
| 2004 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | 2014 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Balance commerciale | -20.2 | -22.4 | -23.7 | -18 | -15.8 | -16.1 | -16.2 |
| Exportations de biens (f.o.b.) | 6.1 | 5.2 | 7.6 | 9 | 7.1 | 6.1 | 5.4 |
| Importations de biens (f.o.b.) | 26.3 | 27.6 | 31.2 | 27 | 22.9 | 22.2 | 21.6 |
| Services | 2.5 | 1.4 | 1.7 | 2.2 | 0.2 | 0.2 | 0.1 |
| Revenu des facteurs | -0.6 | -0.1 | -0.2 | -0.2 | -0.2 | -0.2 | -0.2 |
| Transferts courants | 13.6 | 15.2 | 17.4 | 15 | 12.5 | 10.6 | 9.1 |
| Solde des comptes courants | -4.7 | -6 | -4.7 | -0.9 | -3.4 | -5.5 | -7.1 |
Politique de la dette
Depuis l’allégement de la dette accordé dans le cadre de l’Initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE) et de l’Initiative multilatérale pour l’allégement de la dette (Imad) en 2006, l’encours de la dette extérieure éthiopienne a quadruplé, ce qui s’explique par l’essor des emprunts extérieurs des entreprises publiques auprès de sources autres que le Club de Paris et de banques commerciales. En 2011/12, l’encours de la dette extérieure a atteint 8.9 milliards USD, contre 7.8 milliards sur l’exercice précédent. Sur la même période, la part de la dette extérieure due à des banques commerciales est passée de 30.26 % à 30.28 %. Celle due à des membres du Club de Paris est tombée à 4.6 % en 2011/12, contre 6 % en 2010/11 et 16.5 % en 2007/08. Cette évolution pourrait se poursuivre compte tenu de l’ambitieux programme d’investissements de l’État, ce qui pourrait nuire à la notation de la dette éthiopienne. Tout recours à l’emprunt non conditionné devrait être cohérent avec l’objectif de faible risque de surendettement.
Les dernières analyses de viabilité de la dette montrent que, malgré l’accroissement de ses emprunts extérieurs, le pays conserverait un faible risque de surendettement en 2013 et 2014. Toutefois, ses indicateurs d’endettement se dégradent.
Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013
Gouvernance économique et politique
Secteur privé
Les réformes concernant les procédures d’enregistrement des sociétés et de délivrance d’autorisations d’investissement, ainsi que les changements apportés aux instances de réglementation, ont simplifié les règles, amélioré la qualité du soutien aux entreprises et considérablement réduit le coût de la pratique des affaires. Les délais nécessaires pour dédouaner des exportations et créer une entreprise ont été substantiellement réduits. En 2011/12, seuls 15 jours et 9 procédures étaient requis pour créer une entreprise, contre 46 jours et 10 procédures en 2004. Le coût de création d’une entreprise, en pourcentage du revenu par habitant, a été réduit d’environ 95 % par rapport à 2004, et les exigences minimales de fonds propres ont été abaissées de manière spectaculaire. L’Éthiopie continue d’afficher des performances relativement satisfaisantes pour le paiement de l’impôt, l’octroi de permis de construire et l’exécution des contrats : d’après le rapport Doing Business de 2013, elle se classe respectivement aux 103e, 53e et 50e rangs dans ces domaines.
Le classement du rapport Doing Business montre en revanche un recul notable de la protection des investisseurs. L’Éthiopie se classe, globalement, au 127e rang sur 185 économies, alors qu’elle occupait le 125e rang l’année précédente. S’agissant de l’indicateur de la protection des investisseurs, elle affiche un score de 4.3 sur 10, et se classe au 112e rang pour la facilité du transfert de propriété. D’après l’indice mondial de la compétitivité établi par le Forum économique mondial, le pays est en 121e position sur 144 pays.
Par comparaison avec les pays d’Afrique subsaharienne couverts par les indicateurs pour l’investissement transsectoriel établis par la Banque mondiale pour le rapport Investing across Borders, l’Éthiopie impose des restrictions supérieures à la moyenne concernant la participation au capital par des entités étrangères dans de nombreux secteurs, mais surtout dans les services. Au nombre des secteurs fermés aux investissements étrangers figurent les télécommunications, les services financiers, les médias, les transports et le commerce de détail.
Secteur financier
En 2011/12, le secteur financier éthiopien se composait de 3 banques publiques et 15 banques privées, de 14 compagnies d’assurance (l’une étant publique et les 13 autres, privées) et de 31 institutions de microfinance. Le système bancaire est dominé par les établissements publics, la principale étant la Commercial Bank of Ethiopia (CBE), dont les actifs représentent environ 70 % du secteur. Les banques publiques représentent environ 51 % des agences bancaires, 55 % du capital total, 64 % de l’ensemble des dépôts et 64 % des encours des prêts. Une récente directive imposant aux banques commerciales privées d’investir l’équivalent de 27 % de leurs décaissements pour de nouveaux prêts dans des obligations à cinq ans de la Banque nationale d’Éthiopie (BNE), rémunérées au taux de 3 %, alors que le taux minimum de rémunération des dépôts est de 5 %, pourrait bien rendre la situation encore plus difficile entre les banques privées et publiques.
Le secteur financier offre une gamme limitée de services, n’autorise qu’une participation étrangère restreinte et ne dispose pas de marché des capitaux.
La couverture bancaire est de 1 agence bancaire commerciale pour 83 000 habitants (sachant que les agences se trouvent essentiellement en zone urbaine), ce qui fait de l’Éthiopie l’un des pays les plus faiblement bancarisés d’Afrique subsaharienne. En juin 2012, le crédit au secteur privé en proportion du PIB ressortait à environ 13.9 %, contre une moyenne de 30 % pour l’Afrique subsaharienne. Dans les années à venir, ce crédit, qui est déjà faible, se contractera du fait que les banques devront allouer des fonds aux bons du Trésor de la BNE, conformément à la nouvelle directive. Les banques privées pourraient augmenter les taux d’intérêt qu’elles appliquent à leurs prêts afin de compenser le manque à gagner, à moins qu’elles ne parviennent à absorber entièrement les coûts de la nouvelle politique publique. Les prêts sont, pour l’essentiel, accordés en échange de sûretés, mais la grande majorité des petits entrepreneurs ne peut pas apporter de sûretés.
Sur le marché monétaire, l’État propose un nombre limité de bons du Trésor à 28 jours, 3 et 6 mois. Il interdit que le taux d’intérêt dépasse le taux de rémunération des dépôts bancaires. Le rendement de ces bons du Trésor demeurant en dessous de 2 %, ce marché reste peu attrayant pour le secteur privé, si bien que 95 % des bons du Trésor sont détenus par la CBE et des entreprises publiques. Nonobstant, les cadres de la politique publique, de la réglementation et des institutions sont bien ancrés. On compte 31 institutions de microfinance qui viennent en aide à quelque 3 millions de personnes, leur fournissant 10.2 milliards de birr (ETB) en actifs et 7.1 milliards ETB de prêts. Toutefois, la demande de microcrédits dépasse de loin l’offre.
Les pouvoirs publics s’efforcent d’améliorer le système de règlement. Récemment, la NBE a lancé un dispositif moderne de paiement et a mis en place un mécanisme de compensation centralisée. Une plateforme technologique servant aux règlements bruts en temps réel pour les paiements de montant élevé et une chambre de compensation automatisée centralisée ont également été créées. Une nouvelle agence d’évaluation du crédit dotée de la technologie la plus moderne a été fondée, et le centre d’information sur la solvabilité a été entièrement automatisé et rénové.
Gestion du secteur public, institutions et réformes
On a observé des progrès significatifs dans la gestion des finances publiques à la suite des réformes engagées en 2002. D’après l’examen des dépenses publiques et l’évaluation de la responsabilité financière (Public Expenditure and Financial Accountability – PEFA) de 2010, sur 28 indicateurs, 9 s’étaient améliorés et aucun ne s’était dégradé.
S’attachant à proposer des services publics efficaces, les autorités ont cherché à en refondre la gestion. En outre, des efforts sont déployés pour intégrer la reddition de comptes et le principe d’intégrité dans le cadre de l’Initiative gouvernementale pour la bonne gouvernance. Toutefois, il reste du chemin à faire avant que la fonction publique n’adopte une attitude axée sur les résultats. En raison de la faiblesse des salaires, la rotation du personnel qualifié est élevée. La situation est particulièrement critique au niveau régional et du district (woreda). Le recrutement et la promotion se font en général au mérite, et le secteur public affiche une grande éthique, mais le plus souvent il y a ingérence du pouvoir politique dans la fonction publique.
La corruption dans le secteur public n’est pas jugée très répandue. Les campagnes anticorruption s’intensifient et les tribunaux ont condamné un grand nombre de représentants de l’État. Toutefois, l’indicateur 2012 de la liberté économique de la Heritage Foundation place l’Éthiopie en 118e position sur 183 pays en ce qui concerne l’absence de corruption. D’après l’indice de perception de la corruption établi par Transparency International, l’Éthiopie se classait 120e en 2011, alors qu’elle était 116e en 2010.
La réglementation de l’Éthiopie est généralement jugée équitable. Les droits de propriété sont protégés et appliqués. Des autorisations d’investissement, d’activité ou autres peuvent être obtenues auprès de l’Agence éthiopienne pour l’investissement (Ethiopian Investment Agency) en quelques heures. Les projets de loi sont généralement diffusés pour commentaires avant d’être soumis au vote. Les droits de propriété et les droits contractuels sont respectés ; le pays s’est doté d’un droit commercial et d’une législation sur les faillites. Cependant, malgré des efforts de renforcement des capacités, le système judiciaire éthiopien est surchargé, en sous-effectif et manque d’expérience sur les questions commerciales. Les pouvoirs publics exercent une influence significative et interviennent largement dans les procédures, notamment dans celles en rapport avec des entités publiques ou des représentants de l’État. L’omniprésence de l’État et des entreprises détenues par le parti au pouvoir fausse la perception de la propriété privée et érode la crédibilité de la politique publique.
L’État affiche globalement de bons résultats s’agissant de la protection de la population contre la délinquance et la violence. D’après le rapport mondial sur la compétitivité (Global Competitiveness Report) 2013, les vols et la criminalité étaient les facteurs les moins problématiques pour la pratique des affaires en Éthiopie. Ce pays est classé en 22e position sur 144 pays en ce qui concerne le coût pour les entreprises de la criminalité et de la violence, et en 24e place pour le crime organisé.
Gestion des ressources naturelles et environnement
L’écosystème de l’Éthiopie est très fragile et sensible aux changements climatiques, notamment en raison des tensions qui pèsent sur ses ressources naturelles. Les principaux sujets de préoccupation sont la dégradation des sols, la déforestation et la perte de biodiversité, en plus de la mauvaise gestion de l’environnement et de faibles capacités pour faire appliquer les textes.
Le cadre juridique, institutionnel et de politique publique relatif à l’environnement, à l’eau, aux forêts, au changement climatique et à la biodiversité est adéquat et sain. Les politiques publiques sont mises en œuvre à l’échelon fédéral, régional et des districts. Le plan gouvernemental pour la croissance et la transformation prend acte du lien entre pauvreté et environnement, et donne la priorité à l’environnement pour le développement durable. L’adoption des lois environnementales au niveau fédéral et régional renforce le cadre juridique traitant les problèmes environnementaux.
Les pouvoirs publics s’efforcent d’intégrer les problèmes environnementaux dans le processus de développement via ses programmes participatifs, à base communautaire, de gestion durable des terres et de développement des bassins hydrographiques. Une stratégie encourageant une économie verte résiliente face au changement climatique (Climate Resilient Green Economy) a été élaborée en 2011 pour faire face au changement climatique (adaptation et atténuation) parallèlement au maintien d’objectifs de croissance économique, d’émissions nettes nulles et de renforcement de la résilience. La facilité pour une économie verte résiliente (Climate Resilient Green Economy Facility) a été lancée en septembre 2012 dans le but d’appuyer la vision de l’Éthiopie, qui cherche à devenir une économie à revenu intermédiaire affichant une faible croissance de ses émissions de CO2 d’ici 2025.
Contexte politique
Le Premier ministre Meles Zenawi est décédé en août 2012. Le nouveau dirigeant du pays est Hailemariam Desalegn. La situation politique de l’Éthiopie avait déjà changé depuis la crise qui avait fait suite aux élections de 2005. En 2010, les élections qui ont donné au Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE) la majorité à la Chambre de la Fédération (chambre haute du Parlement) se sont déroulées de manière assez pacifique. Toutefois, selon l’opposition, l’espace démocratique et politique s’amenuise. Le FDRPE préserve sa position en utilisant à son profit la législation restrictive à l’égard des médias, de la société civile et du financement des partis politiques.
L’Éthiopie se situe dans une région instable, marquée par de graves problèmes de sécurité et de stabilité politique. Un différend frontalier avec l’Érythrée demeure irrésolu, mais un affrontement direct reste improbable. Le conflit dans la Somalie voisine soulève des questions de sécurité immédiates. Les pouvoirs publics ont adopté une approche diplomatique mesurée vis-à-vis des tensions entre le Soudan et le Soudan du Sud.
Après l’élection de Hailemariam Desalegn au poste de Premier ministre, l’Éthiopie traverse une phase de transition politique sans heurts. Cet homme risque toutefois d’avoir des difficultés à pérenniser le système mis en place par son prédécesseur. Les événements du Printemps arabe ont montré à quelle vitesse la stabilité pouvait être balayée et combien elle dépendait de progrès significatifs dans les opportunités économiques, la démocratie et la responsabilité sociale. Et de manière générale, ces deux derniers éléments font défaut dans toute l’histoire de l’Éthiopie.
Analyse thématique : Perspectives Économiques en Afrique 2013 & Transformation structurelle et ressources naturelles
Les principales ressources de l’Éthiopie sont sa population et son agriculture. Elle est dotée d’une population jeune, d’une forte biodiversité et d’écosystèmes qui lui sont propres. Avec 18 grandes zones agroécologiques, plus de 146 cultures différentes poussent dans ce pays, dont près de la moitié des terres arables sont encore disponibles. En outre, le nombre de têtes de bétail élevé en Éthiopie, notamment de bovins, est l’un des plus grands d’Afrique. L’agriculture représente près de 40 % du PIB du pays, et 83 % de l’emploi. Avec une meilleure gestion des pâtures et de la sélection des géniteurs, le bétail offre un potentiel significatif.
Le pays n’a jamais eu d’industries forestière et halieutique importantes, et la production minière représente moins de 1 % du PIB. Seul l’or a une certaine importance : il a rapporté au pays environ 1.7 milliard USD en 2012. Un récent inventaire a porté les réserves d’or estimées à 500 tonnes. Les autorités sont d’avis que la production pourrait atteindre 40 tonnes par an, alors qu’elle dépassait à peine 4 tonnes en 2012. L’Éthiopie dispose également de pierres précieuses (diamants, saphirs), de minéraux industriels, comme la potasse, et d’autres métaux, précieux ou non. L’exploitation de ces ressources est une pierre angulaire de la stratégie de croissance axée sur les exportations définie par l’État ; elle permet une diversification de l’économie en réduisant la dépendance vis-à-vis de l’agriculture. L’Éthiopie a autorisé 250 entreprises étrangères à prospecter pour trouver des minéraux.
De surcroît, l’Éthiopie pourrait disposer de ressources énergétiques significatives, notamment avec la biomasse, l’eau, le gaz naturel et les combustibles fossiles, ainsi que l’énergie géothermique et solaire. La principale énergie renouvelable est l’hydroélectricité. On estime le potentiel hydroénergétique brut à 650 térawattheures (TWh) par an, dont 25 % pourraient permettre de produire de l’électricité. Des études portant sur les ressources nationales en combustibles fossiles ont confirmé l’existence d’environ 76 500 mètres cubes de gaz naturel. Plus de 100 mégawatts (MW) d’énergie géothermique ont été découverts. La capacité totale de production d’électricité à partir de la géothermie est estimée à 700 MW. Les ressources solaires et éoliennes sont d’autres sources d’énergie potentielles pour l’Éthiopie. Le total du rayonnement solaire qui frappe le territoire est d’environ 2.3 millions TWh par an. En revanche, peu de gisements de charbon ont été découverts.
L’érosion des sols, le surpâturage et la déforestation ont gravement endommagé la région des plateaux, nuisant à la productivité agricole, pourtant précieuse. À l’inverse, les ressources minérales sont sous-exploitées.
La croissance économique à deux chiffres de l’Éthiopie au cours des huit dernières années fait mentir la pensée économique classique selon laquelle la dépendance du pays vis-à-vis de l’agriculture devait diminuer à mesure de son développement. L’agriculture, qui représentait 46.7 % du PIB en 2003/04, est tombée à 40.6 % en 2010/11, mais la part de l’industrie, notamment manufacturière, s’est elle aussi légèrement repliée. C’est le secteur des services qui a bénéficié du repli de l’agriculture. L’économie éthiopienne ne montre aucun signe de transformation structurelle positive.
Ce sont les services, et non l’agriculture, qui sont le moteur principal et de plus en plus puissant de la croissance. Néanmoins, cette transformation structurelle involontaire ne génère pas les devises nécessaires pour étayer les récents niveaux de croissance et la lutte contre la pauvreté. Cette absence de passage de l’agriculture à l’industrie se reflète également dans la structure des échanges et la population : les exportations éthiopiennes restent dominées par des produits primaires, le pays est toujours tributaire de ce secteur pour les devises et 20 % de la population habite en ville.
La stratégie de développement définie par l’Éthiopie joue un rôle clé dans sa situation économique. La stratégie d’industrialisation tirée par le développement agricole suppose que l’industrialisation, et l’urbanisation qui l’accompagne, se fera naturellement grâce à l’essor rapide du secteur agricole. Pourtant, l’agriculture éthiopienne reste caractérisée par une faible utilisation d’intrants, une faible valeur, une activité de subsistance et une vulnérabilité aux fréquents chocs climatiques. Elle ne parvient pas à la transformation rurale qui lui fait cruellement défaut. L’Éthiopie lance désormais une stratégie visant à changer de moteur de croissance, ou du moins à jeter les bases d’une transformation structurelle positive. Elle est en quête d’une économie s’appuyant sur une technologie moderne et où le secteur industriel jouerait un rôle de premier plan. L’expansion de l’industrie pourrait aider d’autres secteurs, notamment l’agriculture. Des efforts sont actuellement axés sur le secteur industriel via une politique globale de développement industriel et de programmes incitatifs. L’État prévoit que, d’ici 2015, la part du secteur industriel aura atteint 19 % du PIB, contre 13 % actuellement.
Documents associés
- Éthiopie (163 kB)




Contexte social et développement humain
Développement des ressources humaines
L’Éthiopie a nettement progressé dans la lutte contre la pauvreté et est en bonne voie pour atteindre cinq des huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), à savoir ceux relatifs à la pauvreté, à l’éducation pour tous, à la santé des enfants, à la lutte contre le sida et au partenariat mondial pour le développement. Ceux concernant l’égalité des sexes, la santé maternelle et la préservation de l’environnement restent aussi à sa portée.
Les dépenses publiques ciblant les plus pauvres ont permis d’améliorer l’accès aux services de base. Des résultats impressionnants ont été obtenus sur le plan de l’expansion des services sanitaires. Le taux d’utilisation des contraceptifs est passé à 29 % en 2011/12, contre 15 % en 2005, et 34 % des femmes enceintes bénéficiaient de consultations prénatales, contre un niveau initial de 28 %. Le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans a reculé, tombant de 123 pour 1 000 naissances vivantes en 2005 à 88 en 2010. La mortalité infantile a, pour sa part, chuté de 77 à 59 sur la même période. Les efforts se concentrent nettement sur les problèmes de santé liés à la pauvreté, comme les maladies transmissibles ou les affections qui touchent les mères et leurs enfants. De même, les services d’adduction d’eau et d’assainissement affichent des progrès : en 2010, la proportion de la population rurale ayant accès à de l’eau potable atteignait 65.8 %, contre 46 % en 2006. L’Éthiopie vise un accès pour tous à l’eau potable d’ici 2015.
De 68 % en 2004/05, le taux d’inscription dans le primaire a progressé à 85 % en 2010/11. Le taux d’achèvement du grade 8 (8e année de scolarité) est passé de 48 % en 2009/10 à 49 % en 2010/11, ce qui n’est toutefois pas suffisant pour atteindre l’OMD relatif à l’éducation. Le taux d’alphabétisation, qui était de 38 % en 2004, ressort désormais à 47 %. Parallèlement, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur se développent, en vue de doter les étudiants des compétences dont l’économie a besoin.
Les pouvoirs publics ont adopté des politiques, des stratégies et des programmes visant à lutter contre le VIH/sida. Un groupe de travail national sur le VIH/sida a été créé : il a élaboré des programmes de lutte et de prévention à moyen terme axés sur l’éducation et l’information, la promotion des préservatifs, le suivi, la prise en charge des patients et les laboratoires de dépistage dans les centres de santé.
On estime le taux de prévalence du VIH/sida à 2.3 % de la population. Toutefois, l’Éthiopie s’est engagée à ce que toute sa population ait accès à des moyens de prévention du VIH, à des traitements, à la prise en charge et au soutien des malades, et elle a à cette fin étendu sa couverture effective et les services de soins de santé primaires. La couverture des services de santé primaire a atteint 96 % en 2010/11, contre 89 % en 2009/10. Des progrès ont également été enregistrés dans la lutte contre le paludisme et la tuberculose. Si, en 2005, seulement 2 % des ménages disposaient de moustiquaires imprégnées d’insecticide, en 2010, tous les ménages des régions où le paludisme est endémique disposaient d’une moustiquaire. Cette même année, 90 % des enfants de moins de 5 ans dormaient sous une moustiquaire imprégnée, contre seulement 5 % en 2003. Sur la même période, le taux de mortalité lié au paludisme a reculé de 55 %, et les hospitalisations de 54 %. Aujourd’hui, le traitement de la tuberculose enregistre un taux de succès de 84 %.
Cependant, les indicateurs du développement humain restent faibles par comparaison à d’autres pays en développement. L’Éthiopie se classe au 173e rang sur 187 pays selon l’Indice de développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement. En 2010/11, le taux de pauvreté était élevé, à 29.6 %. La mortalité maternelle reste forte, à 470 pour 100 000 naissances vivantes, et seulement 10 % des accouchements sont accompagnés par du personnel qualifié. La qualité de la prestation de services de base reste médiocre, et des disparités régionales persistent.
Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail
Les dépenses consacrées aux initiatives de lutte contre la pauvreté se sont accrues de 70 % en 2011/12 ; le pays poursuivait ainsi des efforts engagés depuis longtemps. Ceux-ci ont permis un recul de la pauvreté au rythme annuel moyen de 2.32 % depuis 1995. La proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté est tombée de 45.5 % en 1995/96 à 29.6 % en 2010/11. L’Éthiopie s’est fixé pour objectif de ramener ce taux à 22.2 % d’ici 2015. De même, le coefficient de Gini du pays est ressorti à 0.298 en 2010/11, contre 0.3 en 2004/05. La diminution de la pauvreté et des inégalités est à mettre au compte du déploiement de programmes de transferts sociaux, tels qu’un programme de filet de sécurité productif (Productive Safety Net Programme – PSNP), des subventions et des distributions de denrées en milieu urbain. Le filet de sécurité, qui touche près de 8 millions de personnes en insécurité alimentaire permanente dans les zones rurales, s’attache surtout à aider les ménages dirigés par des femmes et à encourager la participation des femmes dans les travaux publics. Au nombre des autres initiatives de protection sociale figurent des programmes de repas scolaire, un fonds de pension (essentiellement destiné aux fonctionnaires, au personnel du gouvernement et aux entreprises privées du secteur formel) et un fonds de prévoyance pour les autres personnes travaillant dans le secteur formel.
Un nombre croissant de travailleurs bénéficient de l’application de la réglementation du marché du travail. Les programmes actifs du marché du travail (qui proposent aux micro et petites entreprises des chantiers publics, comme des travaux de pavage ou de construction de logements en zone urbaine) s’améliorent en termes de qualité et de couverture, bien que des lacunes demeurent. Le pays a créé plus de 1.1 million d’emplois en 2011/12.
L’Éthiopie a ratifié plusieurs conventions de l’Organisation internationale du travail, notamment une concernant les pires formes de travail des enfants. Cependant, l’application de ces conventions, en particulier sur le travail des enfants, laisse à désirer.
Égalité hommes-femmes
L’Éthiopie s’efforce d’intégrer l’égalité hommes/femmes dans toutes ses politiques publiques, grâce à une planification conjointe entre les différents ministères et le ministère des Femmes, ce qui a permis de réduire les inégalités hommes/femmes, notamment en matière d’éducation. Entre 1991 et 2010, le pays a enregistré une amélioration de près de 40 % de son indice de parité entre les sexes pour l’inscription en primaire, et atteint quasiment la parité au niveau de l’enseignement primaire. Au niveau secondaire, l’indice de parité est passé de 0.67 en 2007 à 0.82 en 2010.
La mortalité maternelle a vivement reculé, passant de 510 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2005 à 350 en 2010, en partie sous l’effet d’efforts concertés pour rendre les services de planification familiale accessibles à un plus grand nombre de personnes. La proportion de femmes mariées recourant à un moyen de contraception moderne a progressé : de 14 % en 2005, elle est montée à 27 % en 2011. Toutefois, l’accès aux soins de santé destinés aux femmes reste faible : seulement 10 % des Éthiopiennes ont pu accoucher en présence d’un personnel de santé qualifié.
D’autres indicateurs de l’égalité hommes/femmes semblent prometteurs. Le Parlement comptait 28 % de députées en 2012, contre 8 % en 2005. Alors qu’en 2002, dans 109.1 cas sur 1 000, les femmes qui accouchaient étaient des adolescentes de 15 à 19 ans, ce taux est tombé à 79 en 2010. L’Éthiopie a réformé des lois discriminatoires, et fait des mutilations génitales et d’autres formes de violences à l’encontre des femmes des crimes punissables.
Néanmoins, il reste des domaines dans lesquels les autorités doivent déployer des efforts plus concertés si elles veulent améliorer la situation des femmes. Le taux de participation des femmes à l’activité économique et à la prise de décision demeure faible. Le taux d’alphabétisation des femmes est nettement inférieur à celui des hommes (respectivement 47 % et 63 %).