• La croissance du PIB réel devrait atteindre 5.1 % en 2013 et 5.3 % en 2014 contre 4.9 % en 2012. Mais cette croissance relativement satisfaisante devra également se mesurer à l’aune des perspectives de l’économie mondiale.

  • En effet, si, en dehors du pétrole, le Congo dispose d’importantes ressources minières, forestières et gazières, ainsi que d’un bon potentiel agricole, la structure de l’économie a, elle, peu évolué.

  • Le programme d’investissements publics de l’État est plus que jamais nécessaire, non seulement pour diversifier l’économie du pays, mais aussi pour juguler une pauvreté touchant encore 44 % d’une population qui connaît, surtout chez les jeunes et les femmes, un taux de chômage élevé.

Vue d'ensemble

Les perspectives économiques du Congo demeurent favorables mais les conditions extérieures constituent un risque important. La croissance du PIB réel devrait s’établir à 5.1 % en 2013 et 5.3 % en 2014. Outre le pétrole, les principaux moteurs de la croissance sont : i) les activités forestières, les transports et télécommunications ; et ii) la poursuite du programme d’investissements publics de l’État. La réalisation de ces taux de croissance nécessite néanmoins l’accélération du rythme des réformes et une gestion correcte des risques liés à la détérioration des perspectives de l’économie mondiale, notamment la baisse de la demande et des cours mondiaux de pétrole. Cette menace met en évidence la fragilité de l’économie congolaise et la nécessité d’une diversification grâce au développement du secteur privé non pétrolier.

Le programme de réformes appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC) du Fonds monétaire international (FMI) a donné des résultats satisfaisants mais qui doivent encore être consolidés par une accélération du rythme global de ces réformes. De même, le Programme d’action gouvernementale de gestion des finances publiques (PAGGFP) a produit un effet positif. Une nouvelle législation visant à améliorer la transparence dans la gestion des ressources forestières a ainsi été votée en 2011. Tandis que le Gouvernement a entamé la mise en œuvre du Plan d’action global pour l’amélioration du climat des affaires adopté en février 2011, avec, notamment, la création du Haut Conseil du dialogue public-privé (HCDPP), placé sous l’autorité du président de la République, et la mise en place d’un guichet unique pour l’enregistrement des entreprises. Ces mesures ont permis la conclusion, pour la première fois, de l’ensemble des revues du programme soutenu par le FMI.

Malgré ces avancées, des réformes ambitieuses sont encore nécessaires pour permettre au pays de tirer plus efficacement parti de ses ressources naturelles dans le but de diversifier son économie et de promouvoir une croissance durable et inclusive. En effet, malgré une croissance plutôt satisfaisante, un bon potentiel en ressources pétrolières, forestières, minières et agricoles, et un revenu par tête de 2 300 USD le plaçant dans le groupe des pays à revenu intermédiaire, tranche inferieure, la pauvreté reste élevée et la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) s’impose comme un enjeu de taille. Sévit ainsi un taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes de 15 à 29 ans. De fait, la structure économique du pays a peu évolué et l’économie reste très dépendante du pétrole, qui représente près de 70 % du PIB nominal et 90 % des exportations. Une accélération du programme de réformes est donc cruciale pour faire face à ces différents impératifs. Les domaines nécessitant d’urgentes réformes comprennent l’amélioration du climat des affaires, la mise à niveau des infrastructures, le développement du capital humain et la gouvernance – celle, notamment, des ressources naturelles.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (C)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel3.44.95.15.3
Taux de croissance du PIB réel par habitant0.92.42.62.8
Inflation IPC1.85.14.22.9
Balance budgétaire % PIB16.42.43.22.4
Balance courante % PIB0.80.30.6-3

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072012
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche4.93.7
Construction3.35.1
Electricité, gaz et eau0.70.5
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises6.95.4
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières4.13.3
Mines63.165.4
Autres services00
Administration publique et services personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels54.4
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications5.25
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants6.87.1
Vente en gros et de détail, immobilier--

La reprise économique entamée en 2008 s’est consolidée au cours des dernières années. Grâce au dynamisme des activités forestières, du bâtiment et travaux publics (BTP) et du secteur des télécommunications, la croissance a atteint 3.4 % en 2011 et 4.9 % en 2012. Elle s’explique également par la mise en œuvre d’un ambitieux programme d’investissements publics, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports, qui a permis de porter le taux d’investissement public de 18.3 % du PIB en 2008 à 26.0 % en 2012. Ces performances ont été réalisées dans un contexte d’inflation maîtrisée.

Grâce à la politique monétaire prudente conduite au niveau régional par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le taux d’inflation a été limité à 5.1 %. En revanche, le surplus budgétaire global (hors dons) a baissé de 16.4 % du PIB en 2011 à 2.4 % en 2012, en raison de la forte progression des dépenses publiques. Le surplus du compte courant de la balance des paiements s’est légèrement réduit, de 0.8 % en 2011 à 0.3 % du PIB en 2012, du fait de la chute de la production pétrolière de 10 %. L’allègement de la dette au titre des Initiatives pays pauvres très endettés (PPTE) et Allègement de la dette multilatérale (IADM), ainsi qu’une politique modérée d’endettement, ont permis de réduire de manière significative la dette extérieure du pays et de ramener le risque de surendettement de modéré à faible.

Ces bonnes performances économiques du Congo ont été soutenues par la poursuite des réformes structurelles engagées dans le cadre du programme économique et financier appuyé par la FEC du FMI. Celles-ci ont en effet permis non seulement de restaurer la stabilité macroéconomique mais aussi de maintenir la reprise économique. Il s’agit en particulier de l’amélioration de la gouvernance du secteur des industries extractives avec, entre autres, la réalisation par des cabinets internationaux des audits de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) et de la Congolaise de raffinage (Coraf), de la certification des ressources pétrolières, de l’application de la nouvelle loi sur les marchés publics, et de l’exécution du Programme d’action gouvernementale de gestion des investissements publics (PAAGIP).

Les perspectives économiques du Congo demeurent certes favorables, mais les risques sont élevés. Certes, le taux de croissance du PIB réel devrait atteindre 5.1 % en 2013 et 5.3 % en 2014. Les bonnes perspectives macroéconomiques du pays sont également soutenues par le dynamisme des activités minières, forestières, du BTP et des télécommunications ainsi que la poursuite du programme d’investissements de l’État pour mettre à niveau les infrastructures économiques du pays. Toutefois, la détérioration de l’économie mondiale, notamment la baisse de la demande et des cours mondiaux de pétrole, constitue un risque important. Les autres risques qui pourraient compromettre les perspectives économiques du pays sont liés d’une part au ralentissement du rythme des réformes au terme du programme soutenu par le FMI, de l’autre aux facteurs politiques dans la sous-région.

Le principal défi pour le Congo consiste à tirer plus efficacement parti de ses ressources naturelles afin de bâtir une économie forte et diversifiée. En effet, même si la croissance récente semble être plus équilibrée, elle ne s’est pas encore accompagnée de transformations notables dans la structure de l’économie, qui reste tributaire de la performance du secteur pétrolier. Malgré les efforts de diversification, le pétrole représente encore 70 % du PIB, 90 % des exportations et 80 % des recettes publiques. Cette très forte dépendance du pétrole rend l’économie particulièrement vulnérable aux chocs exogènes et constitue une entrave sérieuse à une croissance durable et créatrice d’emplois.

Pourtant, en dehors du pétrole, le Congo dispose d’importantes ressources minières, forestières et gazières qui, correctement mises en valeur, pourraient servir de bases solides à la transformation de l’économie et au développement économique et social. Mais cet important potentiel est peu valorisé, comme l’illustre la faiblesse des secteurs primaire et secondaire. Les principaux goulets d’étranglement de la transformation structurelle et de la gestion durable des ressources naturelles du pays sont : i) l’insuffisance d’infrastructures de qualité, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports ; ii) la faible qualification de la main-d’œuvre disponible et l’inadéquation des compétences aux besoins réels de l’économie, en particulier des filières porteuses ; et iii) l’incertitude des droits de propriété.

Afin de promouvoir la croissance et la transformation structurelle à partir des ressources naturelles, le gouvernement entend intensifier ses efforts pour la construction d’infrastructures compétitives. Il prévoit également : i) la mise en place, avec l’appui de certains pays émergents, des zones économiques spéciales (ZES) et une Agence de promotion des investissements pour développer les secteurs porteurs de l’économie ; ii) la création d’une banque de développement des PME ; iii) la création d’écoles et d’instituts spécialisés tournés vers les métiers et les besoins des secteurs à fort potentiel de croissance ; iv) la promotion de la transformation locale des ressources au moyen de subventions et d’incitations fiscales ; et v) l’accélération de la mise en œuvre du Plan d’action global pour l’amélioration du climat des affaires.

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

La politique budgétaire de l’État continue d’être guidée par le maintien de la stabilité macroéconomique et l’atteinte des objectifs de la Stratégie de réduction de la pauvreté (SRP) mais les risques inhérents à la loi de finances rectificative pour 2012 se sont avérés conséquents. Le gouvernement a poursuivi l’exécution de son ambitieux programme d’investissements publics afin de réduire le déficit infrastructurel et d’améliorer la fourniture de services publics. Ainsi, les dépenses d’investissement, financées à hauteur de 70 % sur ressources internes, ont progressé de près de 70 % en 2012 pour représenter 26 % du PIB. Cette forte hausse est imputable aux dépenses supplémentaires causées par la catastrophe du 4 mars 20121.

Les dépenses d’investissement ont bénéficié en priorité à la construction de logements (77 %) et aux secteurs de l’éducation et de la santé (4 %). Mais, si la bonne tenue des cours du pétrole a permis de maintenir positive la position budgétaire du pays, l’excédent budgétaire (base engagements, hors dons) a baissé de 16.4 % du PIB en 2011 à 2.4 % en 2012. De plus, la hausse des dépenses publiques ne s’est pas accompagnée d’une augmentation équivalente des capacités, limitant la fourniture de services publics et la qualité des dépenses. Le renforcement des capacités des ministères clés en termes de préparation, de sélection et d’exécution des projets sera décisif pour améliorer de façon significative l’efficacité des investissements publics. 

Le gouvernement a poursuivi la refonte du système fiscal afin de réduire plus significativement sa complexité et d’améliorer le recouvrement des recettes notamment non pétrolières. Ainsi, toutes les exonérations qui n’étaient pas régies par les textes en vigueur ont été éliminées, tandis qu’un droit de douane minimum de 5 % a été instauré sur les transactions pétrolières. Le système d’identification unique des contribuables est désormais opérationnel. Les taux d’imposition ont été harmonisés et le régime fiscal simplifié. Ces actions ont permis de porter le ratio des recettes non pétrolières par rapport au PIB de 8.0 % en 2010 à 8.9 % en 2012. Malgré ces efforts notables, la mobilisation des recettes fiscales reste sous-optimale et une amélioration significative de l’efficacité de l’administration fiscale sera nécessaire pour réduire la fraude et l’évasion fiscales qui constituent, avec les exonérations, la principale cause du faible niveau des recettes non pétrolières.

La politique budgétaire en 2013 est axée sur la réalisation des objectifs du Document de stratégie pour la croissance, l’emploi et la réduction de la pauvreté (DSCERP), la reconstruction des zones dévastées par les explosions du 4 mars et la prise en charge des sinistrés. Le projet de loi de finances 2013 prévoit une progression sensible des dépenses d’investissement et des dépenses pro-pauvres. La hausse des dépenses publiques profitera à l’éducation de base et à la formation professionnelle, à la santé, à l’énergie, aux transports, aux travaux publics et à l’habitat. Afin d’augmenter l’impact des dépenses publiques sur la croissance et la réduction de la pauvreté, le gouvernement entend poursuivre la mise en œuvre du Paagip, en insistant particulièrement sur le renforcement des capacités d’évaluation, de sélection et d’exécution des projets.

Enfin, le ralentissement de l’économie mondiale, qui affecterait les prévisions de recettes pétrolières, pourrait compromettre une exécution satisfaisante du budget en 2013. Cependant, les importantes réserves de change du pays et les mécanismes d’ajustement prévus dans le budget permettent aux autorités de disposer de marges de manœuvre budgétaires conséquentes pour absorber les chocs externes liés à la volatilité des cours du pétrole2.

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)32.43842.543.144.646.2
Recettes fiscales9.17.98.48.89.29.4
Recettes pétrolières22.73033.533.434.636.2
Dons------
Dépenses totales (et prêts nets) (a)27.221.726.140.741.443.8
Dépenses courantes15.211.610.21213.614.6
Sans les intérêts13.510.61011.813.414.4
Salaires4.33.133.13.43.4
Intérêts1.810.20.20.20.1
Solde primaire717.316.62.53.32.5
Solde global5.316.316.42.43.22.4

Politique monétaire

La politique monétaire et de change continue d’être guidée par le maintien de la stabilité des prix et les politiques de la demande ont été globalement cohérentes avec la conservation des équilibres interne et externe en 2012. La politique monétaire, conduite au niveau régional par la BEAC, continue d’être prudente en 2012 dans le cadre du régime de change fixe du franc CFA BEAC (XAF) par rapport à l’euro. Cette prudence a permis de contenir l’inflation autour de 5.1 % en 2012 malgré la hausse sensible des dépenses publiques.

En l’absence de risques majeurs de résurgence de l’inflation, la BEAC a maintenu inchangé son principal taux directeur (taux d’intérêt des appels d’offres à 4 %). Les politiques en matière de demande globale ne semblent pas avoir eu d’effet d’éviction du secteur privé. En effet, les crédits au reste de l’économie ont augmenté de 22 % et l’investissement privé a progressé de 6 % en 2012. Dans le contexte d’une politique budgétaire expansionniste avec un solde budgétaire global resté excédentaire, les dépôts du gouvernement auprès du système bancaire ont augmenté.

À moyen terme, l’orientation de la politique monétaire de la BEAC continuera d’être guidée par le maintien de la stabilité des prix. La politique monétaire conservatrice de la Banque centrale, associée à la politique budgétaire modérée de l’État, contribuerait à contenir le taux d’inflation à 4.2 % en 2013 et 2.9 % en 2014.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

La politique commerciale du Congo, pays membre de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), est de ce fait largement déterminée par son appartenance à l’Union douanière régionale. Le Congo applique ainsi le code douanier de la Cemacde même que les actes de la Cemac en matière de tarif extérieur commun et de tarif préférentiel généralisé. La nomenclature tarifaire de la Cemac comporte quatre tranches allant de 5 % à un maximum de 30 %, avec des niveaux intermédiaires de 10 et 20 %. Le taux moyen simple du tarif de la nation la plus favorisée appliqué est de 18.7 % alors que la protection tarifaire accordée aux produits agricoles (définition de l’Organisation mondiale du commerce) est de 23 %. Le Congo accepte les obligations de l’article 8 du FMI sur les transactions internationales courantes. Le régime tarifaire est donc relativement transparent et prévisible, sans barrières non tarifaires formelles, même si l’exploitation ou l’importation de certains produits, comme l’eau minérale, le sucre, la farine et le riz, est soumise à une licence.

Les réformes engagées pour rationaliser et moderniser les procédures afin de faciliter la mise en œuvre de l’Union douanière de la Cemac et le commerce régional ont été poursuivies en 2012. C’est ainsi que, pour la grande majorité des importations, les procédures douanières sont aujourd’hui informatisées. Le système Sydonia (Système douanier automatisé) est utilisé pour le traitement et la gestion des déclarations douanières, ainsi que l’évaluation des droits de douane. Un guichet unique physique a été institué en 2013 pour l’ensemble des formalités de paiement liées au dédouanement des marchandises. Malgré ces avancées et les efforts notables entrepris au cours des trois dernières années par le gouvernement pour mettre à niveau les infrastructures du pays, les performances du Congo en matière de facilitation du commerce restent médiocres. Selon l’indice de performance logistique 2012 calculé par la Banque mondiale, le Congo est à la 149e position des 155 économies classées. Les performances du Congo sont particulièrement faibles pour les infrastructures (155e rang) et les douanes (149e rang), reflétant notamment la complexité et le coût des procédures de dédouanement ainsi que les tracasseries administratives, lesquelles représentent encore près du tiers du coût total du commerce transfrontalier.

Ces déficiences, associées aux retards dans l’harmonisation des politiques des États, notamment celles relatives à la fiscalité des transports et des procédures douanières, expliquent les faibles progrès réalisés dans le domaine de l’intégration commerciale. Moins de 7 % des exportations hors pétrole du Congo sont destinés aux cinq autres pays de la Cemac, qui représentent environ 3.5 % du total de ses importations. Les échanges du pays sont plutôt orientés vers la Chine, la France et les États-Unis – ses principaux partenaires commerciaux et fournisseurs d’investissements directs étrangers (IDE). Ces investissements continuent d’être concentrés dans le secteur pétrolier, qui en absorbe près de 90 %. Le Congo est partie prenante dans les négociations commerciales des Accords de partenariat économique (APE) entre la Cemac et l’Union européenne (UE).

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale5345.252.948.941.137.835.4
Exportations de biens (f.o.b.)73.973.282.683.783.586.490.4
Importations de biens (f.o.b.)20.828.129.734.842.448.655.1
Services-17.6-22.9-22-19.5-17.8-16-17
Revenu des facteurs-20.4-29.9-25.2-28.6-23.2-21.4-21.6
Transferts courants-0.5-0.5-0.6-0.10.20.20.2
Solde des comptes courants14.5-8.15.20.80.30.6-3

Politique de la dette

L’allègement de la dette dans le cadre des initiatives PPTE et IADM, allié à une politique prudente d’endettement, a permis de diminuer de manière significative la dette publique extérieure du pays et de préserver sa soutenabilité à long terme. La dette extérieure a été réduite de 59.3 % du PIB en 2008 à 21.9 % en 2012. Le risque de surendettement a été également ramené de modéré à faible. L’analyse de la viabilité de la dette, réalisée en 2011 par les services du FMI et de la Banque mondiale, montre que les déterminants et la dynamique de la dette sont suffisamment robustes pour résister à la plupart des chocs défavorables grâce à une accumulation importante d’avoir liquides qui limite la nécessité de recourir à l’emprunt extérieur. Aussi, plus de 70 % des investissements publics sont-ils financés sur ressources propres tandis que les prêts contractés le sont sur des bases concessionnelles. En 2012, la dette publique intérieure représente 2.6 % du PIB et 11.5 % de la dette publique totale. Elle est constituée de dette commerciale envers le secteur privé et des arriérés de salaires et de pensions des entreprises publiques restructurées, pris en charge par l’État et soumis à un plan de remboursement.

Le cadre légal pour l’endettement public et la gestion de la dette est assez clairement défini. Il désigne le ministère de l’Économie, des Finances, du Plan, du Portefeuille public et de l’Intégration (MEFPI) comme la seule autorité habilitée à contracter de nouveaux prêts au nom de l’État et à émettre des garanties. La Caisse congolaise d’amortissement (CCA) du MEFPI est responsable de la gestion de la dette publique. D’importants progrès ont été réalisés pour renforcer l’exhaustivité des statistiques sur la dette et la gestion de la dette. La CCA établit des données complètes sur l’encours de la dette extérieure publique, y compris les arriérés et leur composition. Elle produit des projections détaillées du service de la dette ainsi que des statistiques sur la dette publique intérieure. Elle dispose également d’un système informatisé de gestion de la dette (DMFAS). Les données relatives au stock de la dette extérieure et aux projections du service de la dette sont ainsi publiées trimestriellement sur le site Internet du ministère des Finances. Cependant, les capacités analytiques de la CCA doivent être renforcées ainsi que le niveau de ses ressources humaines.

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

Des efforts ont été entrepris pour améliorer le climat des affaires mais la réglementation relative au démarrage et à la fermeture des activités économiques reste complexe et coûteuse. Dans le cadre de la loi de finances 2012, les procédures de création d’entreprise ont été simplifiées. En particulier, les entrepreneurs ne paieront plus qu’une seule taxe pour obtenir tous les actes administratifs nécessaires à l’établissement de leur entreprise. La carte de commerçant, les autorisations d’exercice, de transfert et d’extension des activités commerciales sont désormais établies gratuitement.

Certaines mesures importantes du Plan d’action global pour améliorer le climat des affaires (adopté en février 2011) ont été également entamées. Il s’agit, entre autres, de la mise en place d’un guichet unique pour l’enregistrement des entreprises, de la préparation de manuels sur l’arbitrage commercial et du renforcement des capacités des juges et des juristes en matière de droit des affaires. Malgré ces avancées, le classement du Congo dans le rapport de la Banque mondiale Doing Business 2013 (183e sur 185) est révélateur de sérieux dysfonctionnements affectant en particulier la réglementation pour la création et la fermeture d’entreprise. Le Congo occupe ainsi la 180e place pour les conditions de création d’entreprise. Le nombre de jours pour démarrer une activité économique est de 161 contre 34 pour l’Afrique subsaharienne.

Malgré les avancées réalisées dans la transposition des textes de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), l’insécurité juridique constitue une entrave importante. Il faut à peu près 3.3 années pour fermer une entreprise. L’exécution des contrats nécessite 44 procédures d’une durée de 560 jours et représentent 53.2 % de leur montant. Certes, la suppression de tous les droits et taxes non institués par les textes, comme celle des nombreux prélèvements exigés jusqu’à présent pour le dédouanement, ont permis au Congo de gagner deux places (184e à 182e) dans le classement du Doing Business 2013 relatif aux procédures et coûts liés au paiement des impôts ; il n’en demeure pas moins que ce rang illustre bien les progrès qui restent à accomplir en ce domaine.

Même si le coût du travail ne figure pas parmi les contraintes les plus sévères pour le secteur privé, les coûts d’embauche et de licenciement d’un travailleur, de même que les charges non salariales sont relativement élevés au regard de la qualité de la main-d’œuvre.

La propriété foncière est certes autorisée avec très peu de restrictions mais la formalisation et le transfert des titres de propriété sont longs et coûteux, ce qui constitue une des principales contraintes à l’accès au financement des opérateurs. Le Congo occupe le 156e rang quant à l’indicateur sur le transfert de propriété du Doing Business 2013, avec 55 jours et un coût représentant 21.3 % de la propriété pour établir et enregistrer un titre.

Secteur financier

Le système financier est relativement solide et peu vulnérable aux chocs à moyen terme, mais il reste peu développé. Le respect par les banques congolaises des ratios prudentiels de la Cemac est globalement satisfaisant. Le ratio des créances douteuses par rapport au total des prêts est de 1.1 % contre 9 % en moyenne pour les États membres de la Cemac, malgré une progression importante des crédits. Le ratio du capital minimum par rapport aux actifs risqués est inférieur à 10 %. Cette solidité du secteur financier s’explique en partie par l’amélioration de la surveillance prudentielle de la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac).

Malgré l’augmentation du nombre de banques de quatre en 2007 à neuf en 2012 et le potentiel de financement important de l’économie, l’intermédiation financière est faible. Le ratio M2/PIB est de 37 % en 2012 et le total des actifs des banques congolaises représente 21 % du PIB. Les marchés financiers de Douala (Cameroun) et de Libreville (Gabon) sont également de taille très limités. Le secteur de la microfinance ne connaît pas encore d’important essor. Il est dominé par le principal réseau constitué par les Mutuelles congolaises d’épargne et de crédit (Mucodec), qui comptent plus d’une quarantaine de caisses et plus de 250 000 adhérents avec un volume de dépôts de près de 95 milliards XAF, soit environ 90 % du total des institutions de microfinance (IMF).

Comparé à la plupart des pays appliquant le code de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA), le secteur des assurances au Congo est encore relativement limité. Il est constitué de cinq compagnies dont la principale est la compagnie publique Assurances et réassurances du Congo (ARC). Cette faible visibilité explique la difficulté de l’accès aux services financiers, obstacle particulièrement sévère pour les PME, dont seules 17 % disposent de prêts ou d’une ligne de crédit. Le pourcentage de la population détenant un compte bancaire ne dépasse pas 5 %. Cette performance explique pourquoi le Congo a perdu sept places au classement Doing Business 2013 pour l’indicateur accès au crédit, passant du 97e au 104e rang. L’information sur les crédits octroyés, les coûts et les défauts de paiements a été améliorée avec le renforcement du rôle de la Centrale des bilans et du Bureau central du crédit. Le cadre légal et réglementaire pour les services financiers, déterminé en grande partie par les institutions financières régionales, est adéquat, mais des efforts sont encore nécessaires pour améliorer son application. En particulier, la supervision des institutions de microfinance doit être renforcée.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

La création du Comité national de lutte contre la pauvreté (CNLP), avec la participation des ministères clés et la mise en place du Secrétariat technique permanent de la SRP, ont contribué à renforcer l’élaboration et la mise en œuvre des politiques. Lors du dernier remaniement de septembre 2012, les ministères en charge de l’économie, des finances et du plan ont été regroupés en un seul ministère d’État, le MEFPI, afin de renforcer la coordination des politiques et des tutelles. Un tel regroupement devrait également contribuer à améliorer la préparation des politiques publiques et du budget. Mais la duplication des responsabilités, le manque de clarté dans la définition des rôles des différentes structures de l’administration publique ; le non-respect de l’application des textes existants précisant leurs prérogatives respectives, comme, enfin, la faiblesse des mécanismes de coordination, constituent une réelle entrave et se traduisent par l’absence de synergie et de cohérence dans la mise en œuvre des stratégies et politiques sectorielles. Ces déficiences, qui limitent la réactivité de l’administration publique, sont exacerbées par la faiblesse des capacités et le manque de partage des informations. Elles expliquent en partie l’actuel classement du Congo au 9e percentile pour la dimension « efficacité du gouvernement » des indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale.

Les autorités poursuivent la mise en œuvre des réformes clés adoptées dans le domaine de la gestion des finances publiques afin de consolider les progrès déjà réalisés. La transparence dans la gestion des ressources pétrolières a été renforcée grâce à la certification trimestrielle par des cabinets internationaux et la publication des rapports de conciliation sur le site du ministère des Finances. Des efforts ont été également accomplis pour renforcer les mécanismes concernant l’obligation de rendre compte de la gestion des finances publiques, mais des améliorations significatives sont encore nécessaires dans ce domaine. Le renforcement de la Cour des comptes et de l’Inspection générale des finances a permis la résorption totale des retards dans la préparation et l’adoption des lois de règlement. Conformément aux pratiques internationales, la loi de règlement de l’année 2011 a été soumise au Parlement en octobre 2012 en même temps que le projet de loi de finances 2013. Après des débuts difficiles, l’application de la nouvelle loi sur les marchés publics promulguée en 2009 s’améliore et a permis de réduire de manière significative la proportion du gré à gré. Plus de 80 % des contrats publics d’un montant supérieur à 250 de millions XAF font l’objet d’appels d’offres. Le programme de réforme du gouvernement est désormais axé sur la sélection et la hiérarchisation des projets d’investissement ainsi que sur leur exécution. Enfin, les autorités ont lancé la réforme de la fonction publique qui vise à mettre en place, entre autres, une nouvelle échelle des salaires fondée sur le mérite.

Cependant, des défis majeurs subsistent. La gestion de la SNPC doit être renforcée et ses relations financières avec les producteurs de pétrole et le Trésor clarifiées et rendues plus transparentes. La qualité des informations relatives aux ressources extractives doit être encore améliorée pour permettre au pays de se mettre en conformité avec l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Les contrôles interne et externe restent entravés par la faiblesse des capacités institutionnelles et techniques des organes de surveillance et des ressources qui leur sont allouées. Le contrôle de l’action gouvernementale, l’obligation de rendre compte de la gestion des finances publiques et le contrôle de l’utilisation des ressources publiques par le Parlement et la société civile sont également entravés par la qualité des informations financières. Aussi, avec un indice de perception de la corruption de 0.26, le Congo est classé 144 sur 176 pays selon le rapport 2012 de Transparency International.

Gestion des ressources naturelles et environnement

Relativement exhaustive, la législation nationale sur le secteur de l’environnement et de la forêt est constituée des textes sur la protection de l’environnement : code forestier, propriété foncière, faune et aires protégées. La loi sur la protection de l’environnement est en cours de révision afin d’intégrer des dispositions qui garantissent la durabilité économique, écologique et sociale des ressources naturelles et de prendre en compte l’émergence de nouveaux problèmes environnementaux. Le gouvernement a préparé une nouvelle réglementation pour l’évaluation de l’impact environnemental. Il a également signé avec l’UE un accord de partenariat volontaire dans le cadre du processus portant sur l’application des réglementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux (Forest Law Enforcement, Governance and Trade– FLEGT), qui garantit la légalité de toutes ses exportations de bois.

Il a également lancé, en 2011, le Programme national d’afforestation et de reboisement (Pronar) qui prévoit la réalisation d’un million d’hectares de plantations forestières sur la période 2011-20 afin de réduire la déforestation et la dégradation des sols. En juin 2012, le Congo a été admis au sein du Partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés (Global Gas Flaring Reduction–GGFR), traduisant les efforts du pays pour améliorer l’efficacité de l’énergie et la réduction des émissions associées à la production du pétrole. Le Congo bénéficie d’un appui du programme ONU-REDD (mécanisme de réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts [Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation]) dans le but de valoriser son potentiel en la matière et de bénéficier des opportunités de financement pour ce service environnemental. Les ministères impliqués dans la gestion de l’espace et des ressources naturelles disposent certes de politiques sectorielles concourant à la gestion durable des écosystèmes forestiers, mais qui pâtissent pour leur mise en œuvre de l’insuffisance des ressources humaines et matérielles. Des efforts sont donc encore nécessaires pour renforcer l’exécution des régulations et des lois.

Contexte politique

L’année 2012 a été marquée par les élections législatives, qui se sont tenues en juillet et en août. Celles-ci ont révélé un faible taux de participation même si aucun chiffre n’a été officiellement communiqué. Des insuffisances ont été également relevées dans le processus électoral, notamment : i) l’ouverture tardive des bureaux de vote ; ii) l’insuffisance et le retard dans la mise en place du matériel électoral dans certains bureaux ; et iii) la faible maîtrise des procédures de dépouillement par certains membres de ces bureaux de vote. Malgré ces dysfonctionnements, les observateurs internationaux ont considéré que les élections législatives ont été libres, transparentes et crédibles. À l’issue du scrutin, le parti au pouvoir a conservé sa majorité parlementaire, remportant plus des 4/5 des 139 sièges. L’opposition, qui n’a obtenu que 19 sièges, estime que les résultats des élections ont été truqués. Le 29 octobre 2012, le collectif de 18 partis de l’opposition a appelé le président de la République à convoquer les états généraux de la nation, indiquant que ces assises constituaient l’unique solution pour résoudre les difficultés du pays. Il n’y a pas, à ce jour, de réponse officielle du président de la République à la lettre de l’opposition.

Les autres événements majeurs sur le plan sociopolitique ont été : i) la dispersion par la police congolaise à force de gaz lacrymogène, en mars 2012, des centaines des sinistrés des explosions du 4 mars 2012 qui manifestaient pour exprimer leur mécontentement face à la lenteur et aux mauvaises pratiques observées dans le paiement de leurs indemnités de relogement ; ii) la grève, en avril 2012, des avocats congolais pour protester contre l’arrestation de deux de leurs collègues pour atteinte à la sûreté de l’État, en relation avec les explosions du 4 mars ; et iii) la suspension de parution en septembre 2012 par le Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC), des hebdomadaires La Voix du peuple et Le Glaive, respectivement pour une durée de neuf et six mois3.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

Malgré les récents progrès réalisés sur le plan économique, les résultats du Congo sur le plan social restent mitigés. Des mesures ont été prises au cours des dernières années pour améliorer les services d’éducation ; mais leur qualité appelle encore un travail considérable. Grâce à l’important effort financier consenti par le gouvernement dans le cadre, notamment, de la mise en œuvre de la SRP et de la stratégie sectorielle, les capacités humaines du secteur ont été renforcées avec le recrutement et la formation continue des enseignants, la dotation de ces derniers en guides pédagogiques, la fourniture de manuels scolaires et la réhabilitation des infrastructures et équipements. Les allocations budgétaires en faveur du secteur éducatif ont progressé de près de 80 % entre 2008 et 2012 pour atteindre 11.1 % des dépenses publiques totales et 8.4 % du PIB non pétrolier. Ainsi, l’analyse des tendances actuelles montre que le pays pourrait atteindre la cible des OMD relative à l’éducation primaire universelle.

Le taux d’achèvement au primaire est passé de 77 % en 2008 à 83 % en 2011. Le taux de scolarisation au secondaire est passé de 65 % en 2005 à 84.5 % en 2011 avec une amélioration notable pour les filles. Cependant, si l’équité en matière d’accès aux services d’éducation s’est renforcée au cours des dernières années, les écarts restent élevés au niveau de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, les progrès ont été plus lents dans le domaine de la formation professionnelle, ce qui constitue une sérieuse entrave au développement du secteur privé, sachant également que l’enseignement technique et professionnel attire moins de 10 % des élèves.

Les résultats globaux du système de santé sont peu satisfaisants, reflétant un niveau insuffisant des ressources humaines, des infrastructures inadéquates et des soins de médiocre qualité. La proportion d’enfants de moins de 5 ans souffrant de la faim au niveau national est tout de même passée de 14.4 % en 2005 à 10.6 % en 2011. Avec une mortalité maternelle de 740 décès pour 100 000 naissances vivantes et une mortalité infanto-juvénile de 127 décès pour 1 000 naissances vivantes, le Congo a les indicateurs de santé parmi les plus faibles du continent. Par conséquent, l’atteinte des cibles des OMD sera très difficile.

Néanmoins, des progrès notables ont été réalisés dans la prévention et le traitement du sida, de la tuberculose et du paludisme. Le nombre de patients sous traitement antirétroviral (ARV) a augmenté de 55 % entre 2008 et 2011 et 118 centres de santé ont intégré les activités des centres de dépistage volontaire contre 98 en 2008. Le nombre de femmes enceintes admises dans le programme Prévention de transmission de la mère à l’enfant (PMTCT) a aussi augmenté. Ces actions ont permis de contenir la prévalence du VIH/Sida à 2.1%. Par ailleurs, le traitement contre le paludisme pour les enfants de 0 à 15 ans et les femmes enceintes est gratuit ainsi que la distribution de moustiquaires imprégnées. Ainsi, le Congo peut potentiellement atteindre l’OMD visant à stopper la propagation du VIH/Sida d’ici 2015 et commencer à inverser la tendance actuelle. Toutefois, des améliorations sont encore nécessaires concernant, notamment, le suivi de la couverture des programmes et l’efficience des ressources publiques.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Reflétant les priorités de la SRP, le gouvernement a continué à allouer une part importante des ressources budgétaires aux dépenses publiques pro-pauvres en 2012. La part des dépenses pro-pauvres a augmenté de 6.4 % du PIB en 2008 à 8.1 % en 2012. De plus, près de 75 % des projets figurant dans le budget 2012 sont pro-pauvres. L’année 2012 a été déclarée année de la santé avec une hausse conséquente des ressources consacrées à ce secteur. Les autorités mettent également en œuvre des interventions en faveur des groupes pauvres et vulnérables. Il s’agit de la gratuité de certains soins sanitaires (paludisme, traitement du sida, césarienne, etc.) et des frais de scolarité. Cependant, l’efficacité des dépenses publiques, notamment pro-pauvres, est faible. De ce fait, l’incidence de la pauvreté monétaire au niveau national reste élevée (44 % de la population totale), avec des disparités importantes entre zones urbaines et rurales.

Compte tenu du niveau de pauvreté et du nombre de plus en plus élevé de personnes non couvertes par la sécurité sociale, l’État a mis en place depuis quelques années des filets de sécurité au bénéfice des groupes les plus vulnérables de la population. Ces filets comprennent la promotion des travaux à haute intensité de main-d’œuvre, l’octroi d’aides financières et matérielles ponctuelles, la réduction ou l’exonération des frais de scolarité ou des frais d’hospitalisation dans les hôpitaux publics. Cependant, le champ et le niveau des ressources restent insuffisants pour fournir une protection adéquate aux groupes les plus vulnérables, en particulier les jeunes et les exclus. Par exemple, le budget alloué au ministère des Affaires sociales, de l’Action humanitaire et de la Solidarité ne dépasse pas 1.0 % des dépenses publiques globales. Le ciblage des programmes doit également être significativement renforcé ainsi que leur suivi. En effet, l’évaluation de l’efficacité et de l’impact des programmes est presque inexistante.

Le système national de protection sociale qui se limite aux prestations de la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF) et de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ne bénéficie en grande partie qu’aux salariés du secteur formel, notamment les travailleurs de la fonction publique et du secteur privé formel alors que les populations rurales et celles travaillant dans le secteur informel en sont exclues. De plus, le faible niveau de cotisants (moins de 25 % de la population active) et des cotisations fait que le niveau et la qualité des prestations sont faibles et que le régime de pension n’est pas économiquement ni financièrement viable. Pour illustration, la CNSS connaît des difficultés de gestion et des déficits chroniques depuis des années, rendant très irrégulier le paiement des prestations. Pour faire face à ce problème, le gouvernement est en train de préparer un projet de politique nationale de protection sociale avec l’appui des agences du système des Nations Unies.

Les régulations du marché du travail établissent un équilibre relativement peu satisfaisant entre protection sociale et création d’emplois, tandis que leur application reste limitée. Le code du travail offre une protection et une couverture assez avantageuses aux travailleurs mais une flexibilité relativement faible aux employeurs en termes d’embauche, d’organisation du travail et de licenciement. Cependant cette réglementation affecte seulement le quart de la population active, qui travaille dans le secteur formel. Des programmes de formation continue pour les travailleurs existent mais de faible envergure.

Égalité hommes-femmes

Les politiques et les lois établissent formellement le principe d’égalité entre les hommes et les femmes mais leur mise en œuvre reste limitée. Avec un indice d’inégalité de genre de 0.610, le Congo se classe au 142e rang sur 186 pays, selon le rapport sur le développement humain 2013 du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement). Grâce à la politique de gratuité de l’enseignement primaire du gouvernement, l’indice de parité filles/garçons au primaire a augmenté de 0.89 en 2008 à 0.97 en 2011, passant de 0.69 à 0.78 sur la même période au niveau du cycle secondaire. Mais il existe encore un fossé important entre garçons et filles au niveau de l’enseignement supérieur et l’objectif de parité dans l’enseignement primaire et secondaire pour 2015 sera difficile à atteindre. Avec la gratuité du traitement du paludisme chez la femme enceinte et l’enfant de 0 à 15 ans et celle du traitement du sida, les inégalités de genre en termes d’accès aux services de santé ont également été réduites. Cependant, le taux de mortalité maternelle reste élevé et les disparités hommes/femmes en matière de santé se font particulièrement sentir entre zones rurales et urbaines.

Des disparités importantes de genre subsistent aussi en termes d’accès aux opportunités socio-économiques et de représentativité dans les sphères de prise de décision. Selon les dernières statistiques disponibles de GenderStats, le taux de femmes actives est estimé à 62.8 % contre 83.5 % pour les hommes. D’après l’Enquête sur le secteur informel et le chômage (ESSIC) menée en 2010, le taux de chômage des femmes est de 18.8 % contre 13.9 % pour les hommes. Du fait que les femmes ont un capital humain plus faible et sont souvent victimes de discriminations sur les marchés du travail et du crédit, la pauvreté est plus importante parmi les ménages dont le chef est une femme (58.2 %) que parmi ceux où le chef est un homme (48.8 %). Les femmes sont sous-représentées dans les instances de prise de décision. La proportion des sièges occupés par les femmes au Parlement a baissé de 12 % en 2005 à 6 % en 2012. L’actuel gouvernement ne compte que 4 ministres femmes sur 38.

Pour réduire ces inégalités et promouvoir l’équité de genre, dans le droit tout comme dans la pratique, la réponse du gouvernement s’articule autour de l’accélération de l’exécution de son Plan d’action pour la promotion du genre adopté en 2009. Les principaux programmes du gouvernement comprennent : i) sur le plan politique et administratif, le vote d’une loi sur la parité, pour une représentativité équitable de la femme congolaise aux fonctions politique, élective et administrative ; ii) sur le plan juridique, la révision des lois sur les héritages, la justice matrimoniale et les partis politiques, ainsi que la vulgarisation des conventions et des traités sur les droits de la femme; et iii) sur le plan économique, l’amélioration du code foncier pour faciliter l’accès des femmes à la propriété foncière, la facilitation de l’accès des femmes au financement, y compris la microfinance, l’alphabétisation accélérée et le renforcement des capacités managériales des femmes par des programmes de formation ciblés. Mais l’existence d’une forte volonté politique des autorités congolaises sera capitale pour la concrétisation des engagements du gouvernement pour la promotion du genre.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

Les importantes ressources naturelles du Congo, dont principalement le pétrole, offrent au pays des bases solides pour la transformation structurelle de son économie. Depuis la découverte et l’exploitation des premières réserves en 1957 et l’augmentation des prix internationaux, l’importance du pétrole a progressivement augmenté. La production de pétrole brut est passée de 65 000 barils par jour en 1980 à 269 300 barils par jour en 2012 grâce aux nouveaux investissements et à l’arrivée à maturité des premiers champs. Avec ce niveau de production, le Congo se classe aujourd’hui au cinquième rang des producteurs de pétrole en Afrique subsaharienne. Le pétrole représente 70 % du PIB nominal et 90 % des exportations totales. Bien que les projections du ministère des Hydrocarbures indiquent que la production atteindrait un pic de 140 millions de barils en 2012, avant de décliner progressivement pour se situer à 40 millions de barils en 2029 sans la découverte d’autres réserves pétrolières, les estimations les plus récentes montrent que le Congo disposerait de réserves en pétrole brut équivalentes à 40 années de production au rythme actuel.

Les recettes pétrolières, qui représentent près de 80 % des recettes publiques totales, ont servi à financer une grande partie des investissements publics4, qui se sont élevés à 1.2 million USD  entre 2009 et 2012. En particulier, elles ont permis au gouvernement de lancer un ambitieux programme de mise à niveau des infrastructures énergétiques et de transports qui devrait soutenir à terme la diversification de l’économie. Un compte spécial, appelé Fonds de réserves pétrolières, a été également ouvert auprès de la BEAC pour recevoir les excédents non budgétisés résultant de la hausse des prix du pétrole5.

En dehors du pétrole, le Congo recèle d’importantes ressources minières, forestières et gazières et dispose d’un bon potentiel agricole. Les réserves de gaz sont estimées entre 1 700 et 2 600 milliards de mètres cubes et représenteraient l’équivalent de 20 ans de production au rythme actuel d’exploitation. Les réserves de fer sont estimées à plus de 2 milliards de tonnes. Avec la deuxième réserve forestière la plus importante au monde, après l’Amazonie, les ressources forestières sont également considérables. Le secteur forestier représente ainsi 10 % du PIB non pétrolier, générant 100 milliards XAF d’exportations de bois, deuxième produit d’exportation du pays, et près de 20 milliards XAF de recettes fiscales par an. La production durable de bois est estimée à cinq millions de mètres cubes par an contre un million en 2011. Le Congo dispose aussi de dix millions d’hectares de terres arables. Le potentiel minier est également considérable et connaît un début d’exploitation avec quatre projets en phase de développement dont deux entreront en exploitation respectivement fin 2013 et à partir de 20166. Mais l’exploitation de ces ressources reste sous-optimale en raison d’importantes contraintes structurelles.

Le Congo n’a pas encore réussi à tirer le meilleur parti de ses ressources naturelles. La transparence dans la gestion des ressources naturelles a certes été améliorée grâce à : i) la certification trimestrielle par des cabinets internationaux des ressources pétrolières et la préparation des rapports de conciliation et leur publication sur le site du ministère des Finances ; ii) l’adoption d’une nouvelle législation visant à améliorer la transparence dans la gestion des ressources forestières ; iii) la mise en place d’un code minier favorisant une meilleure transparence, notamment dans l’attribution des concessions minières ; et iv) la signature du FLEGT, qui garantit la traçabilité et l’exploitation durable du bois.

Cependant, la gestion des ressources naturelles doit être significativement renforcée, notamment par les mesures suivantes : i) l’amélioration de la couverture et de la qualité des informations relatives aux ressources extractives pour permettre au pays de se mettre en conformité avec l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) ; ii) une meilleure gestion des différentes étapes de la chaîne de valeur des ressources extractives, notamment la maximisation des revenus pétroliers par le biais d’ententes contractuelles favorables avec les compagnies pétrolières ; et iii) l’amélioration de l’utilisation des ressources publiques grâce à un renforcement de la gestion des finances publiques.

Les retombées de l’exploitation des ressources ont permis au gouvernement d’accélérer l’exécution du programme national des transports et de quadrupler l’offre d’énergie au cours des trois dernières années. Les revenus tirés de l’exploitation des ressources naturelles, en particulier pétrolières, ont également permis d’augmenter les dépenses pro-pauvres et de croissance. Autour des activités de production et d’exploration du pétrole s’est développé un tissu d’entreprises parapétrolières, particulièrement dense dans les activités de chaudronnerie, maintenance, assistance technique en forage, exploration sismique mais aussi de services consommés par les compagnies pétrolières. Cependant, les d’effets d’entraînement du secteur des ressources naturelles sur le reste de l’économie demeurent faibles. Par conséquent, les changements structurels connus par le pays au cours des deux dernières décennies ont été limités.

Même si la croissance économique au cours des dernières années semble avoir été plus équilibrée, elle ne s’est pas accompagnée de transformations notables dans la structure de l’économie. Depuis les années 80, le secteur pétrolier est resté le principal secteur de l’économie, avec une contribution au PIB nominal de 70 %. La prédominance pétrolière rend l’économie vulnérable aux chocs externes et offre peu d’opportunités d’emplois en raison de sa nature capitalistique. La part du secteur non-pétrolier a diminué, avec un secteur tertiaire représentant 18 % du PIB tandis que le secteur secondaire n’y contribue qu’à hauteur de 7 %. Enfin, le secteur primaire, hors pétrole, représente moins de 5 % du PIB. La faiblesse des secteurs primaire et secondaire contraste avec l’importance des ressources naturelles du pays et laisse conclure à un potentiel peu valorisé pour la transformation de l’économie en raison d’importants obstacles structurels.

Les principaux goulets d’étranglement de cette transformation structurelle de l’économie sont l’insuffisance d’infrastructures de qualité, la faible qualification de la main-d’œuvre disponible et un climat des affaires défavorable. Le déficit infrastructurel est particulièrement marqué dans les secteurs de l’énergie et des transports. Le pourcentage des routes revêtues est de 10 % dont seules 38 % sont en bon ou assez bon état. En dépit de l’augmentation de la capacité de production d’énergie, l’électricité arrive en première position des dix principaux obstacles à la pratique des affaires identifiés par les entreprises. Les coûts des services d’infrastructure restent également très élevés, grevant la compétitivité et la productivité de l’économie. La faible qualification de la main-d’œuvre disponible et l’inadéquation des compétences, comme le démontre le taux de chômage de 17 % parmi les diplômés de l’enseignement supérieur, ne permettent pas de faire face aux besoins immenses des filières prometteuses de l’économie. Enfin, les sérieuses déficiences dans le climat des affaires, ainsi que l’illustre le bas rang du Congo dans le classement Doing Business 2013 constituent une contrainte sévère à la diversification de l’économie. En particulier, l’insécurité juridique, constitue une entrave importante à l’essor des investissements privés si indispensables à la transformation de l’économie. Ces faiblesses sont exacerbées par les déficiences dans la gestion des ressources naturelles.

Conscient du rôle important que peuvent jouer les ressources naturelles dans la transformation structurelle de l’économie, le Gouvernement entend intensifier ses efforts pour la mise en place des conditions propices à leur utilisation optimale. Le Gouvernement a prévu l’accélération de la construction d’infrastructures compétitives, en particulier le rétablissement en cours du corridor de transport routier et ferroviaire entre le port maritime de Pointe-Noire en pleine extension et Brazzaville. Les autorités congolaises prévoient également : i) la mise en place, avec l’appui de certains pays émergents, des ZES et une Agence de promotion des investissements pour développer les secteurs porteurs de l’économie ; ii) la mise en place d’une banque de développement des PME ; iii) la création d’écoles et d’instituts spécialisés tournés vers les métiers et les besoins des secteurs à fort potentiel de croissance, après celle de deux centres d’éducation, de formation et d’apprentissage (CEFA) à Pointe-Noire et Brazzaville, spécialisés dans le BTP et la maintenance industrielle ; iv) la promotion de la transformation locale des ressources grâce à des subventions et des incitations fiscales ; et v) l’accélération de la mise en œuvre du Plan d’action global pour l’amélioration du climat des affaires. Enfin, le Gouvernement a lancé un programme forestier et environnemental en vue d’évaluer les ressources et d’améliorer la gestion des concessions.

Notes

1. Le 4 mars 2012, l’explosion d’un dépôt d’armement des forces armées congolaises à Mpila a secoué Brazzaville et les quartiers environnants. Selon des sources gouvernementales, cette catastrophe a causé la mort de plus de 280 personnes et fait plus de 2 500 blessés ainsi que d’importants dégâts matériels.

2. Une partie des recettes pétrolières épargnées dans un compte de stabilisation à la BEAC peut être utilisée lorsque le cours du baril pétrole s’écarte négativement de l’hypothèse budgétaire.

3. Le CSLC avait jugé illégale la parution du journal La Voix du peuple qui avait fait l’objet d’une sanction de suspension de six mois par délibération en date du 10 mai 2012, homologuée par le tribunal de grande instance de Brazzaville. Quant au journal Le Glaive, il a été jugé « coupable des délits de presse de publication d’informations mensongères, d’atteinte grave à la vie privée des citoyens et de manipulation de l’opinion ».

4. Plus de 70 % des dépenses d’infrastructures sont financés sur ressources nationales.

5. Grâce à l’évolution favorable des cours mondiaux, les recettes pétrolières épargnées au niveau de la BEAC ont atteint près de 3 000 de milliards XAF en 2011, soit l’équivalent de 16 % du PIB.

6. Il s’agit des projets développés dans le cadre du Congo Iron and Mining Project Development.

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