• La croissance économique en 2012 a été robuste, soutenue au niveau externe par le raffermissement des cours mondiaux du pétrole, du manganèse et du bois, et au niveau interne par les investissements massifs effectués dans le cadre l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2012. L’économie devrait poursuivre son expansion en 2013 et 2014, malgré le repli structurel de la production pétrolière.

  • Le pays doit relever trois défis majeurs : la pauvreté qui touche encore un Gabonais sur trois, le niveau de chômage élevé, (27 % de la population active), et la répartition encore très inégalitaire des revenus.

  • La transformation locale des matières premières connaîtra un essor remarquable dans le cadre des zones économiques spéciales en constitution.

Vue d'ensemble

Le Gabon affiche un produit intérieur brut (PIB) par habitant parmi les plus élevés d’Afrique subsaharienne, environ 15 000 USD courants, une performance largement imputable à la disponibilité des ressources naturelles, et plus particulièrement à l’exploitation des hydrocarbures. À travers le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), les autorités ont promu l’idée de transformer le Gabon en une économie émergente d’ici à 2025. Celle-ci est fondée sur trois piliers : le « Gabon vert », le « Gabon industriel » et le « Gabon des services ». Le PSGE vise un ambitieux programme de transformation structurelle de l’économie nationale qui s’appuie sur l’amélioration de la gouvernance de l’État, la relance de l’investissement public et privé, le développement des infrastructures et du capital humain, et le partage plus équitable de la richesse nationale.

Les tendances récentes montrent que l’économie réelle a plutôt bien traversé la crise financière et ses implications. La croissance reste au-dessus de la moyenne des pays de la zone. Après une récession de près de 1.5 % en 2009, l’économie a su garder un niveau de croissance tournant autour de 6 % ces trois dernières années. En 2010, le Gabon est même devenu le seul pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) à respecter l’ensemble des critères de convergence macroéconomique de la région : solde budgétaire primaire positif, inflation inférieure à 3 %, dette publique inférieure à 70 % du PIB et absence d’accumulation d’arriérés de paiement.

Pour 2012, le taux de croissance réel du PIB est estimé à 5.7 %, en baisse par rapport à 2011 (7 %), mais supérieur aux prévisions qui étaient de 4.4 %. L’augmentation de l'investissement public et le rebond du secteur minier – stimulé par la demande des grands pays émergents – ont été en partie à l’origine de l’évolution de la demande interne. En termes de structure, le PIB de 2012 met en évidence trois éléments : la faible contribution du secteur primaire (5 %), la prépondérance du secteur secondaire (64 %), dont la contribution fluctue amplement avec les cours mondiaux du pétrole, et l’importance du secteur tertiaire, qui représente 32 % de l’activité intérieure. Le solde budgétaire primaire s’est consolidé. L’excédent du compte courant reste appréciable dans un contexte de hausse du taux d’inflation qui respecte toutefois les critères de convergence de la Cemac.

Dans l’ensemble, l’activité économique a été modérée en 2012. Une situation due à deux facteurs : la fin des grands travaux de construction des stades pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2012 et le fléchissement des travaux de réhabilitation des infrastructures routières. L’activité économique en 2013 devrait croître à un taux se situant autour de 6.2 %, soutenue dans une large mesure par le secteur hors pétrole. Cette croissance ne sera sans doute pas suffisante pour absorber la population active relativement jeune qui n’arrive pas à s’insérer professionnellement. Les autorités tentent d’y remédier en entreprenant plusieurs actions : elles consacrent des fonds spécifiques pour soutenir les réformes engagées par l’Office national de l’emploi, et stimulent les investissements directs étrangers en cours de réalisation dans les trois zones économiques spéciales (ZES), entre autres initiatives.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (C)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel7.05.76.26.0
Taux de croissance du PIB réel par habitant----
Inflation IPC1.33.03.03.0
Balance budgétaire % PIB0.70.9-1.3-1.8
Balance courante % PIB8.97.55.43.4

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072012
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche5.24.3
Construction22.3
Electricité, gaz et eau1.41.7
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises11.911.4
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières4.94.1
Mines55.556.5
Autres services00
Administration publique et services personnels7.89.2
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications5.96
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants5.54.4
Vente en gros et de détail, immobilier--

L’économie gabonaise a bénéficié du niveau élevé du prix du baril : entre 90 et 110 USD le baril pour le Brent en 2012, contre 79 USD en 2010. Elle a ainsi pu maintenir son taux de croissance du PIB à 5.7 % en 2012, en baisse, néanmoins, par rapport à celui de 2011 (7.0 %). L’un des objectifs poursuivis par les autorités à travers le PSGE est de réduire progressivement la dépendance envers les ressources pétrolières et, plus généralement, les matières premières. Le pétrole concentre la quasi-totalité des exportations (plus de 90 %) et occupe une part tout aussi significative du PIB (48 %). Les ressources pétrolières, toutefois, sont en baisse progressive en raison de l’épuisement des champs marginaux, qui ne s’est pas accompagné de découvertes de gisements économiquement exploitables.

L’industrie forestière est la deuxième filière économique après les hydrocarbures, mais le principal employeur du pays. Elle ne représenterait que 0.4 % du PIB en 2012 et 2013, en légère progression par rapport à 2011 (0.3 %) grâce au renforcement des capacités internes de production et de transformation de bois des sociétés Rougier Gabon, Olam et Société nationale des bois du Gabon (SNBG). L’exploitation des minerais, notamment le manganèse, constitue la troisième grande filière de production de biens à fort impact sur le commerce extérieur. D’une manière générale, la part du secteur minier dans le PIB s’est maintenue à 6.3 % en 2011 et 2012. Elle afficherait une légère amélioration pour 2013 (6.5 %) avec la mise en exploitation du gisement de manganèse de Ndjolé et du raffermissement de la production de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog).

L’activité agricole reste limitée, avec des cultures de rente, des cultures vivrières et des cultures maraîchères périurbaines qui se développent avec l’assistance de l’Institut gabonais d’appui au développement. Sa contribution en 2012 s’est maintenue au niveau de 2011 (3.8 %), avec des productions de cacao et de café qui n’ont guère dépassé leur niveau de 2002 (500 tonnes et 200 tonnes respectivement). De même, les prix aux planteurs sont restés stables depuis 2007, à 650 XAF (francs CFA BEAC) le kilogramme de cacao et 450 XAF celui de café, dans un contexte de remontée des cours mondiaux de ces produits. La part du secteur secondaire dans le PIB a progressé pour s’établir à 8.5 % en 2012, contre 8.3 % en 2011. Cette évolution devrait se poursuivre en 2013, à 9.1 %, et en 2014, à 9.3 %. Les industries, les bâtiments et travaux publics (BTP), l’électricité et l’eau ont généré la part la plus importante de la contribution de ce secteur (respectivement 4.6 %, 2.7 % et 1.7 %). Enfin, le secteur tertiaire, qui représente 32 % de l’activité intérieure, reste le deuxième contributeur à la croissance du PIB, à hauteur de 27.7 % en 2012, en hausse par rapport à 2011 (27.0 %). Le secteur est tiré par la réhabilitation des structures hôtelières destinées à accueillir les spectateurs lors de la CAN 2012 et par l’essor de la téléphonie mobile. On s’attend à une évolution haussière en 2013, 2014 et 2015, à respectivement 29.7, 30.8 et 31.7 %.

Vue du côté de la demande, la croissance, estimée à 5.7 % en 2012 et 6.2 % en 2013, serait soutenue par deux facteurs : l’augmentation de l'investissement public et des investissements directs étrangers dans les ZES, et le rebond du secteur minier stimulé par la demande des grands pays émergents. La contribution de l’investissement public à la croissance du PIB pourrait connaître un recul, passant de 3.1 points de pourcentage en 2011 à 0.9 point en 2012. En cause, la fin des travaux de construction des stades et le fléchissement des travaux de réhabilitation du réseau routier. La part de la consommation publique dans la croissance du PIB a augmenté en 2012 (0.7 point) par rapport à 2011 (-0.1 point). Elle s’accroîtrait en 2013 à 1.2 point et en 2014 à 1.7 point, sous l’effet de la poursuite des recrutements triennaux des agents de défense et de sécurité initiés depuis 2009. Contrairement aux prévisions, la consommation privée a cru en 2012 (5.3 %) par rapport à 2011 (2.9 %), grâce à l’effet redistributif des revenus des chantiers engagés pour la CAN 2012. Mais elle baisserait en 2013 (3.4 %) avec l’achèvement de la première phase de ces chantiers.

Les exportations ont connu une légère baisse en 2012. À cela plusieurs raisons : l’épuisement des champs pétroliers marginaux, la révision à la baisse de la production de la nouvelle mine de Ndjolé par la Compagnie industrielle et commerciale des mines de Huazhou (CICMHZ), le report de la mise en production de minerais à Franceville par la société BHP Billiton (initialement prévu à 250 000 tonnes en 2012), et le maintien des prévisions initiales de la Comilog (3.75 millions de tonnes pour l’année 2012). D’une manière générale, le solde commercial est en excédent structurel, avec un taux de couverture des importations supérieur à 150 %. La valeur courante des exportations a largement compensé les achats des biens d’équipement associés à la politique d’investissements publics et privés très dynamique de ces dernières années. Grâce aux cours élevés du baril de pétrole sur le marché mondial, le Gabon a bénéficié de recettes pétrolières exceptionnelles. Elles ont représenté en 2012 plus de 80 % des recettes d’exportation, 48 % du PIB et 50 % des revenus budgétaires.


Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

Le projet de loi de finances pour 2013 se caractérise par la volonté de continuer à transformer l’économie en réalisant des infrastructures de base et en créant des pôles de développement économique. L’objectif est de consolider la croissance et d’en diversifier les sources. La gestion des finances publiques met en évidence un solde budgétaire excédentaire qui s’est contracté de manière régulière depuis 2007, pour être au voisinage de l’équilibre en 2011 et 2012. De manière spécifique, la politique budgétaire vise à diversifier en plus l’économie et à maîtriser les dépenses totales de l’État. L’excédent du solde budgétaire primaire a représenté 2.1 % du PIB en 2012, contre 1.8 % en 2011. Il devrait se détériorer en 2013 pour atteindre 0.1 %, conséquence de la dépendance aux variations du cours du baril de pétrole. Les recettes des hydrocarbures représentaient encore plus de 50 % des recettes totales de l’État en 2012.

La politique budgétaire fait apparaître une compression des dépenses totales de l’État en pourcentage du PIB. Elles passent de 25.0 % du PIB en 2011 à 24.4 % en 2012. Cependant, elles devraient s’accroître à 26.2 % en 2013 avec la hausse des dépenses courantes sur traitements et salaires et l’augmentation des dépenses en capital.

 Les recettes de l’État passent de 25.7 % du PIB nominal en 2011 à 25.3 % en 2012. Cette diminution est imputable à la baisse des recettes pétrolières, qui passent de 14.8 % en 2011 à 14.0 % en 2012. Cette tendance baissière devrait se maintenir en 2013 (13.5 %) et en 2014 (12.4 %). La baisse des dépenses publiques serait à l’origine de l’accroissement du solde global en 2012, qui serait de 0.9 % du PIB, contre 0.7 % en 2011. Ce solde se détériorerait en 2013 à -1.3 %, et en 2014 à -1.8 %, du fait principalement des effets de la réduction des recettes pétrolières.

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)32.127.525.725.324.924.3
Recettes fiscales14.610.610.110.410.611.0
Recettes pétrolières16.616.314.814.013.512.4
Dons------
Dépenses totales (et prêts nets) (a)25.126.72524.426.226.0
Dépenses courantes18.514.313.413.113.313.2
Sans les intérêts171312.311.912.011.9
Salaires6.95.75.14.95.15.3
Intérêts1.51.31.11.21.41.3
Solde primaire8.521.82.10.1-0.5
Solde global6.90.70.70.9-1.3-1.8

Politique monétaire

Sur le plan monétaire, l’inflation annuelle est structurellement faible grâce aux mécanismes de contrôle mis en place par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Sur les dernières années en moyenne, elle a été dans les limites prescrites par le pacte de stabilité et de croissance de la Cemac, comparable au rythme de l’inflation mondiale. Toutefois, en 2012, les prix à la consommation ont connu une hausse avec un taux de 3 %, le même niveau que la norme communautaire (3 %). Cette augmentation aurait plusieurs causes : des tensions sur les prix des denrées alimentaires, une demande intérieure soutenue par les investissements publics, et un niveau plus élevé de consommation dans le cadre de l’organisation de la CAN 2012. En accord avec les opérateurs économiques de la filière agroalimentaire et les associations de consommateurs, le gouvernement a pris des mesures pour réduire les prix de plusieurs produits de première nécessité. Parmi elles la suspension, entre septembre et décembre 2012, des droits et taxes douaniers et de la TVA sur certains produits de consommation.

La politique monétaire, conduite au niveau régional par la BEAC, a plusieurs objectifs : le maintien du refinancement des banques à 2 milliards XAF, la réduction des principaux taux directeurs, notamment le taux d’intérêt sur les appels qui est désormais à 4 %, et le maintien de la politique des réserves obligatoires. L’activité interbancaire, elle, a été marquée par une quasi-absence d’échanges entre les banques. De façon générale, l’évolution des principaux agrégats monétaires est favorable. Il se traduit en particulier par la reconstitution des réserves extérieures, l’accroissement des crédits à l’économie et le désendettement de l’État vis-à-vis du système bancaire.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

Le Gabon est membre des principales organisations régionales de coopération économique : la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada) et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Au sein de la Cemac, les barrières non tarifaires à l’importation sont progressivement levées. Les taux de droit de douane sur les produits importés en dehors de la Cemac varient de 5 % à 30 %. Mais l’intégration régionale est toujours freinée par l’insuffisance de diversification et de moyens de communication dans la sous-région. Le Gabon souffre de la faible densité du tissu industriel et du coût relativement élevé de la main-d'œuvre. Ces carences affectent son positionnement intrarégional.

Depuis septembre 2010, le Gabon est en phase de négociation pour parvenir à un accord de partenariat volontaire (APV) avec l’Union européenne. L’ouverture des discussions a requis la mise en place de trois collèges : administrations, opérateurs économiques et société civile. Leurs membres, désignés par chaque collège, travaillent avec les responsables de la Commission européenne basée à Libreville et à Bruxelles. Les négociations portent sur la légalité du bois qui sera exporté vers l’Union européenne (UE). Celle-ci, en effet, a promulgué un nouveau règlement en octobre 2010 – qui devait entrer en vigueur en mars 2013 – obligeant les importateurs européens à démontrer l’origine légale du bois qu’ils souhaitent placer sur le marché européen. Or, le règlement stipule clairement que le bois issu d’un pays ayant négocié un APV remplira les conditions exigées et sera d’office admis dans les pays de l’UE.

En 2012, le Gabon a connu une détérioration de la balance des paiements imputable à une baisse de l’excédent du solde des transactions courantes, en dépit de l’amélioration du compte des capitaux et de celui des services.

 La tendance à la baisse de la balance des transactions courantes, qui passe de 8.9 % du PIB en 2011 à 7.5 % du PIB en 2012, est en liaison avec la diminution du solde commercial. Le solde prévisionnel de la balance commerciale s’affaiblirait, pour se situer à 35.1 % du PIB en 2012, en raison du fléchissement des recettes d’exportation en 2012 (50.9 %) par rapport à 2011 (53.7 %). Selon les prévisions, cette tendance se poursuivra en 2013 avec la baisse des recettes d’exportation, qui se situeraient à 48.8 %, et la détérioration du compte des services.

Les importations en pourcentage du PIB augmentent très légèrement, à 15.9 % en 2012 contre 15.8 % en 2011, du fait des importations de biens et services dans le cadre de la CAN 2012. Le déficit de la balance des services tend à diminuer : il est passé de -10.2 % en 2011 à -9.9 % en 2012. Cette évolution favorable s’explique surtout par une amélioration de la catégorie « autres services aux entreprises et des frets assurances ». La balance des revenus a dégagé un solde déficitaire qui s’est amélioré en 2012 par rapport à 2011 (respectivement -16.5 et -17.5 %), conséquence de la baisse des paiements des dividendes aux investisseurs privés étrangers. La tendance se poursuivrait en 2013 (-16.4 %) et en 2014 (-15.1 %).

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale39.835.836.537.935.133.229.0
Exportations de biens (f.o.b.)56.750.252.553.750.948.845.1
Importations de biens (f.o.b.)16.914.316.015.815.915.616.1
Services-10.9-9.5-12.0-10.2-9.9-10.2-9.5
Revenu des facteurs-13.5-12.7-14.0-17.5-16.5-16.4-15.1
Transferts courants-2.5-1.7-1.3-1.3-1.2-1.2-1.1
Solde des comptes courants12.911.99.18.97.55.43.4

Politique de la dette

Depuis 2005, le Gabon est un pays peu endetté. Sur une base assez longue, la dette publique se maintient à un taux légèrement supérieur à 21 % du PIB – dont 18 % d’endettement extérieur –, soit un niveau d’endettement relativement faible. Le service prévisionnel de la dette publique connaîtrait une évolution contrastée. Le service de la dette est en légère augmentation en 2012 (1.2 %) par rapport à 2011 (1.1 %). On retrouverait cette tendance en 2013 (1.4 %), du fait de la lenteur des procédures budgétaires – et de la gestion financière en général – qui génère des arriérés intérieurs. Le gouvernement a mis en place une Direction de la dette extérieure chargée d’élaborer la politique d’endettement et de gérer activement une dette dont les ratios ont été ramenés à des niveaux plus que soutenables. Il a également défini des plafonds d’endettement compatibles avec les équilibres des comptes publics. La Direction générale de la dette a procédé en 2012 à la réconciliation des données de la dette avec les différents créanciers de l’État, y compris le groupe de la Banque mondiale.

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

L’édition 2013 du rapport Doing Business place le Gabon au 170e rang mondial sur 185 économies concernant la facilité de faire les affaires dans ce pays. Il occupait le 165e rang dans l’édition 2012, en régression de cinq places, donc. Le rapport relève deux points positifs : le raccordement à l’électricité et le règlement de l’insolvabilité, qui progressent respectivement de 3 et 2 points. La situation reste inchangée en ce qui concerne la création d’entreprises et l’exécution des contrats. Des efforts devront être fournis pour améliorer le transfert de propriétés, l’octroi de permis de construire, l’obtention de prêts, le paiement des impôts, la protection des investissements et le commerce transfrontalier dans une région considérée comme très peu intégrée.

Le secteur privé gabonais est encore dominé par les grandes entreprises multinationales et laisse peu de places aux petites et moyennes entreprises (PME). Cette situation n’est pas de nature à favoriser l’émergence de petites entreprises ancrées dans des systèmes productifs valorisant les ressources locales. Le dialogue entre l’État et le secteur privé est parfois difficile. Il en est de même entre l’État et les organisations de la société civile.

Les pratiques de bonne gouvernance sont encore insuffisantes, malgré quelques avancées. Selon le rapport de l’ONG Transparency International 2012, sur la corruption dans le monde, le Gabon occupe la 102e place sur 176 pays étudiés. Une position décevante, surtout au vu de l’existence d’une Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite depuis 2010. Les autorités, qui souhaitent attirer des investissements étrangers importants pour le développement du pays, devraient être interpellées par cette situation.

Un nouveau code pétrolier s’apprête à être adopté. Son objectif est d’augmenter la part des recettes de l’État provenant de l’industrie pétrolière, qui correspondent actuellement à 20 % de leurs bénéfices. Cette part devrait passer à 30 % dans les cinq prochaines années grâce aux dispositions du nouvel instrument. Le Gabon veut aussi promouvoir la recherche dans les zones dites « frontières » et limiter la baisse continue de la production du brut. Pour l’exploration de son bassin profond, il envisage de mettre en place un environnement institutionnel, législatif et fiscal plus attractif, compétitif et sécurisé. Le nouveau code, qui remplace celui en vigueur depuis 1962, réduira la période d’exploration : elle ne devrait plus excéder douze ans, tandis que l’exploitation durera au maximum vingt ans.

Les autorités veulent aussi contrôler les participations de l’État dans les sociétés pétrolières et être partie prenante de l’exploration, l’exploitation et la distribution. Le nouveau code prévoit donc la création d’une nouvelle société nationale du pétrole, la Gabon Oil Company (GOC), dont l’entrée dans la production devrait permettre d’améliorer les recettes et les investissements dans le secteur.

En juillet 2012, le gouvernement a finalisé un accord avec le géant sud-coréen Samsung pour la construction d’une nouvelle raffinerie. Celle-ci devrait remplacer la Société gabonaise de raffinerie (Sogara), devenue trop vétuste, et dont la capacité de traitement ne correspond plus à la politique de valorisation des matières premières souhaitée par les autorités. La nouvelle raffinerie devrait doubler la capacité de traitement du brut gabonais, pour passer de 21 000 barils par jour actuellement à 50 000 barils par jour. La moitié de la production sera destinée à l’exportation. À l’horizon 2015/16, la nouvelle usine devrait produire du gaz de pétrole liquéfié (GPL), du gasoil, du diesel, du jet, du fuel et du pétrole raffiné.

Secteur financier

Le secteur financier comprend aujourd’hui neuf banques, dont trois réalisent 65 % des dépôts et des encours de crédits : la Banque gabonaise et française internationale (BGFI), la Banque internationale pour le commerce et l’industrie au Gabon (Bicig) et l’Union gabonaise de banque (UGB). Le ratio de créances, en souffrance par rapport à l’ensemble des créances, a légèrement augmenté en 2012, passant de 9.9 % en 2011 à 10.1 %. Le crédit au secteur privé se situe en deçà de la moyenne des pays exportateurs de pétrole en Afrique subsaharienne : 17.6 % du PIB hors pétrole en 2012, contre 18.3 % en 2011. Il est notamment difficile pour les PME d’obtenir des crédits, étant donné le rôle encore limité des établissements de microfinance. Le réseau de microfinance gabonais reste le plus faible en Afrique centrale, avec seulement cinq structures, dont trois sont réellement opérationnelles : Finam, Loxia et Gamifi. Ces institutions de microfinance (IMF) ne sont pas en mesure de couvrir les besoins importants du secteur privé en financement.

Le rôle des IMF, cependant, pourrait être non négligeable pour la réduction de la pauvreté et pour le financement des très petites et moyennes entreprises (TPME)1. Leur présence dans l’activité de production, et pas seulement dans celle des services, pourrait être facilitée par la mise en place d’un Fonds de refinancement des organismes de microfinance. Celui-ci leur permettrait de s’engager sur une durée compatible avec le financement du cycle d’exploitation et des investissements des TPME.

La faiblesse du secteur financier limite le financement des PME et des TPME, malgré une demande potentielle significative. Ces entreprises ne trouvent pas de solutions à leurs problèmes de fonds. Le financement des investissements à long terme reste un domaine hors du champ d’activité des banques commerciales, qui préfèrent placer leurs liquidités excédentaires. Plusieurs obstacles expliquent l’incapacité du système bancaire à accompagner le développement du secteur privé : garanties insuffisantes, coût élevé du crédit, risques importants, etc.

Les taux d’intérêt nominaux sont compris entre 7.5 et 8.5 % pour les opérations les plus sûres. Les rares entreprises ayant obtenu un crédit du Fonds d’aide et de garantie s’acquittent de taux d’intérêt de l’ordre de 12 %, avec une facilité de découvert dépassant 20 %.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

L’accélération des réformes structurelles est indispensable pour renforcer la bonne gouvernance et appuyer la diversification de l’économie. Il s’agit d’améliorer le climat des affaires et de consolider les infrastructures tout en poursuivant des actions à visée internationale, notamment afin de valoriser et mettre en place les bonnes pratiques dans le secteur des ressources naturelles. Toutefois, comme l’a relevé le dernier rapport Doing Business de 2013, la qualité du service public pâtit des insuffisances dans la gestion des ressources humaines de l’Administration. Les entreprises et les citoyens supportent par ailleurs des coûts fiscaux significatifs. Cette situation favorise le passage à l’informel de l’activité, avec une part non négligeable d’organisations ne déclarant pas la totalité de leur chiffre d’affaires au fisc.


 

Gestion des ressources naturelles et environnement

La stratégie de développement économique du Gabon repose sur la gestion durable des écosystèmes forestiers et la valorisation de la biodiversité. Le pays a ainsi signé, fin 2012, une convention pour mettre en valeur trois aires protégées situées dans la périphérie nord de Libreville : l’arboretum Raponda Walker, ex-forêt de la Mondah, le parc national d’Akanda, très fréquenté par les oiseaux, et le parc national de Pongara, considéré comme l’un des plus grands sanctuaires de tortues marines sur la côte Atlantique. La convention prévoit un aménagement des routes, des pistes et des ponts en pleine forêt pour faciliter les activités d’écotourisme et de protection de la forêt. Elle envisage aussi de mettre en place un centre d’éducation à la culture environnementale au profit des jeunes.

L’Agence d’exécution des activités de la filière forêt-bois (AEAFB) a été créée en 2012. Ses principales missions sont, d’une part, de contribuer à la promotion des activités de la filière forêt-bois, et, d’autre part, d’assurer un appui technique et de conseil au ministère de tutelle des Eaux et Forêts. Ses compétences concernent les inventaires, l’aménagement, l’agréage, la certification et la traçabilité des produits forestiers, ainsi que la veille économique, politique et stratégique. L’Agence d’exécution est un acteur majeur dans le développement des activités forêt-bois, dont le ministère des Eaux et Forêts attend plusieurs retombées positives : l’augmentation de la contribution du secteur au PIB, la création d’emplois, la réduction de la pauvreté en milieu rural et le développement du tissu industriel national.

Outre d'assurer une meilleure connaissance de la filière, l’AEAFB doit aussi faire une estimation quantitative et qualitative des richesses forestières nationales à l’horizon 2014. Une tâche d’importance : le Gabon est recouvert à 85 % par une forêt dense humide sempervirente de 22 millions d’hectares, refuge de 400 espèces différentes, dont 60 à valeur commerciale. Avant l’interdiction de l’exportation de grumes de bois en mai 2010, la filière bois contribuait pour 4.6 % du PIB. Depuis cette part a grimpé à 8 %, selon les chiffres du ministère des Eaux et Forêts.

Contexte politique

L’année 2012 a été l’occasion d’une certaine recomposition du paysage politique avec le décès en octobre 2011 de Pierre Mamboundou, considéré comme le principal opposant. Cette disparition est intervenue après la dissolution en janvier 2011 de l’Union nationale, parti d’opposition dont le leader, André Mba Obame, s’était autoproclamé président de la République. Son retour à Libreville en août 2012, après 14 mois d’exil, s’est accompagné de quelques violences au cours de manifestations non autorisées par les autorités. Trente-trois personnes ont été arrêtées et condamnées pour trouble à l’ordre public et vandalisme.

Autre fait politique marquant en 2012 : le remaniement ministériel fin février 2012. Un nouveau Premier ministre a été nommé pour conduire un gouvernement dit « de mission ». Son objectif : accélérer la mise en œuvre des réformes et des investissements pour hisser le Gabon au rang des pays émergents. La nouvelle majorité, issue des élections législatives du 17 décembre 2011, reste dominée par le Parti démocratique gabonais (PDG) qui compte 114 députés sur 120. Des législatives partielles ont été organisées pour pourvoir aux cinq sièges dont les résultats ont été invalidés par la Cour constitutionnelle, après des irrégularités. Les prochaines élections locales, en cours de préparation, pourraient se dérouler dans un contexte assez tendu en raison, notamment, du manque de fiabilité des listes électorales. Le fichier électoral biométrique provisoire devait être prêt au plus tard le 31 décembre 2012. Mais la Commission nationale pour la protection des données à caractère personnel, créée en novembre 2012, a remis au gouvernement ses premières conclusions en février 2013 concernant la mise en place, dans les meilleures conditions, du projet d’identification biométrique officielle.


Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

La mise en œuvre de la politique d’éducation nationale se poursuit pour renforcer la capacité d’accueil dans le primaire, le secondaire et le supérieur. Dans le primaire et le secondaire, l’objectif est d’atteindre un effectif de 35 élèves maximum par classe, au lieu de 100 actuellement. L’enseignement scientifique est réorganisé autour d’établissements spécialisés dans certaines disciplines. L’enseignement professionnel et technique doit augmenter sa capacité d’accueil et ainsi améliorer ses performances.

La scolarité est obligatoire de la maternelle jusqu’à l’âge de 16 ans au Gabon, où le taux de scolarisation a dépassé 96 % en 2012. Plus de 20 % de la population se déclare encore « sans niveau ». Près de la moitié n’a pas dépassé le niveau primaire, 16 % celui du collège et 6 % seulement a achevé toute la scolarité secondaire. Dans l’enseignement supérieur, le système licence, master, doctorat (LMD) continue à se généraliser, et de nouvelles filières ont été créées. Par ailleurs, la professionnalisation des études supérieures et les possibilités d’insertion rapide dans la vie active se concrétisent, grâce à la dynamique des partenariats privé-public suggérés par les états généraux de l’éducation tenus en 2010. Depuis janvier 2012, les allocations d’études pour les étudiants gabonais résidant en France sont revues à la hausse. Cette mesure s’inscrit dans le cadre du projet d’augmentation des allocations de tous les étudiants gabonais, soit 10 % pour ceux à l’étranger et 25 % pour ceux qui restent au Gabon.

Le problème des effectifs pléthoriques n’a pas encore trouvé de solution, surtout avec l’interdiction, depuis 2011, de renvoyer les élèves des établissements scolaires publics. Cette mesure a introduit des difficultés supplémentaires dans la mesure où elle ne s’est pas accompagnée de nouvelles constructions de bâtiments scolaires et de recrutements d’enseignants. Les effectifs peuvent dépasser 200 élèves dès les classes de sixième, une situation difficile à gérer pour les chefs d’établissement. Autre défi : la généralisation de la reconnaissance, par le ministère de l’Enseignement supérieur, des établissements privés d’enseignement supérieur sans une inspection préalable de la qualité de l’encadrement et des enseignements dispensés.

Après le secteur de l’éducation, la santé demeure un des secteurs les plus en difficulté. Il est pourtant considéré comme prioritaire. En 2012, il présentait d’énormes carences, avec un mauvais fonctionnement des départements sanitaires, des soins de santé primaire très insuffisants, tout comme l’information sanitaire, de fréquentes ruptures de stocks de médicaments dans les structures sanitaires de base, et une répartition inégale des ressources humaines.

Selon le Programme de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le sida (Plist), la prévalence au VIH/sida est en régression depuis 2007 (5.7 %). Elle se serait stabilisée autour de 5 % depuis 2010. Malgré cela, le sida continue d’être une menace réelle pour le développement démographique et socio-économique du pays et constitue, à ce titre, un problème de santé publique.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Le Gabon présente encore d’énormes disparités dans la répartition des richesses, avec le tiers de la population qui vivrait sous le seuil de pauvreté. Les faibles taux d’exécution des programmes prioritaires, particulièrement dans les secteurs sociaux, s’expliquent en grande partie par la persistance de nombreuses insuffisances dans le système de gestion des finances publiques. Cette situation continue d’affecter la qualité et l’efficacité de la dépense publique. Le rapport d’évaluation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), préparé avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), montre que de nombreux OMD pourraient ne pas être atteints à l’horizon 2015. En particulier ceux qui concernent la prévalence de la pauvreté et du chômage, la réduction de la mortalité infantile et maternelle, le taux de redoublement dans l’enseignement primaire et l’amélioration de l’habitat.

Dans le domaine de la protection sociale, la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), mise en place en 2011, va subir une réforme importante au cours de l’année 2013. Les compétences de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) en matière de prestations de santé et de maternité seront transférées à la CNAMGS, afin d’asseoir la couverture maladie universelle. Ce changement donnera lieu à la création d’un fonds d’assurance maladie du secteur privé. Les autorités prévoient aussi de réformer les retraites et les prestations familiales des agents de l’État. Pour cela, elles projettent de créer un organisme autonome de protection sociale chargé de gérer les retraites et les prestations familiales des fonctionnaires. Les travailleurs du secteur privé continuent, eux, d’être gérés par la CNSS.

L’accès à l’eau potable et à l’électricité continue d’être un problème quotidien pour la population. En effet, seulement 41 % de la population rurale a accès à l’eau améliorée, c’est-à-dire garantie potable et contrôlée.

Dans le secteur de l’habitat, International Development Corporation (IDC) est devenue la 40e compagnie étrangère à investir dans l’immobilier au Gabon. Elle a signé, en septembre 2011, un contrat de 600 milliards XAF pour la construction de 5 000 logements en face de la zone économique spéciale (ZES) de Nkok. Ce projet qui devrait être réalisé sur deux ans, selon le président de l’IDC, n’a pas encore démarré. Parmi les projets d’habitat de grande envergure figure celui de RPP Infra Projects, une entreprise indienne de construction et d’infrastructure qui a conclu avec le ministère du Logement et de l’Habitat un contrat de 163 milliards XAF, portant sur la construction de 10 000 logements sur trois ans. Une autre entreprise indienne, M3M, compte construire 5 000 logements sociaux, pour un montant estimé à 45.9 milliards XAF sur les deux prochaines années.

Le gouvernement a ratifié les conventions internationales sur le travail et accompli des progrès dans la mise en place de politiques qui les respectent. Toutefois, l’application des lois se heurte parfois à la réalité de terrain. La protection de l’emploi est surtout assurée dans le secteur public, beaucoup moins dans le secteur privé formel où les licenciements pour raison économique sont tolérés. La législation du marché de l’emploi est assez rigide, avec un impact négatif sur la compétitivité des entreprises du secteur privé.


Égalité hommes-femmes

Au niveau de la scolarisation, l’écart entre les pourcentages de filles et de garçons inscrits dans le primaire n’est pas significatif. Toutefois, sur la période 1990-2010, le rapport du Pnud note une baisse tendancielle du nombre de filles pour 100 garçons à ce niveau d’enseignement : il passe de 99.16 % en 1990 à 95.15 % en 2010. Il n’existe pas de disparités entre les sexes en matière d’accès aux soins de santé. Cependant, les grossesses précoces ou tardives, les grossesses rapprochées, les soins pré et postnatals inadéquats entraînent un taux élevé de mortalité maternelle, en partie à l’origine de la baisse du taux de scolarisation des filles et des abandons scolaires, notamment à la fin du premier cycle du secondaire.

Par ailleurs, les veuves et les orphelins rencontrent des difficultés à récupérer leurs droits successoraux après le décès du chef de famille. En moyenne, la population féminine est plus pauvre et plus exposée au chômage que la population masculine. Sur le plan de la représentation des femmes aux postes de décision, les données les plus récentes rapportent une proportion de femmes salariées de l’ordre de 18 % au Sénat et de 16 % à l’Assemblée nationale. Les femmes sont en revanche présentes à 33 % dans l’administration publique et à 41 % dans le commerce.

Le Gabon a ratifié la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Il a aussi adhéré au Programme d’action de Beijing (1995) et au Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique, adopté par la Conférence des chefs d’États de l’Union africaine à Maputo (2003). Les progrès accomplis dans ce domaine se sont traduits par l’adoption, en 2010, de la politique nationale d’égalité et d’équité en genre. Selon le rapport 2010 du Pnud, il n’y a au Gabon ni dans les us et coutumes, ni dans la pratique quotidienne de règles discriminatoires à l’égard des femmes qui soient volontairement, arbitrairement et systématiquement établies. Globalement, les progrès se poursuivent avec la validation, en 2010, d’un projet de loi abrogeant certaines dispositions discriminatoires du code civil et du code de sécurité sociale.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

La gestion durable des écosystèmes forestiers et la valorisation de la biodiversité constituent un axe fort de la stratégie de développement économique du Gabon. Les autorités ont ainsi promu l’idée de transformer le Gabon en une économie émergente fondée sur trois piliers de développement : le « Gabon vert », le « Gabon industriel » et le « Gabon des services ». Ces secteurs d’activité sont considérés comme des voies de diversification et des potentialités alternatives économiques durables à la production pétrolière.

Le pétrole a été la ressource dominante de l’économie. Elle a permis au Gabon, cinquième producteur en Afrique, d’accéder au statut de pays à revenu intermédiaire, avec un niveau de revenu par habitant parmi les plus élevés au sud du Sahara. Mais cette ressource tend à s’épuiser. La production annuelle, de l’ordre de 12 millions de tonnes (235 000 barils par jour), ralentit depuis 1998 et certains experts considèrent même que le pays aura épuisé ses gisements dans une trentaine d’années. Toutefois, les incertitudes demeurent sur l’étendue des réserves identifiées. Quoi qu’il en soit, les efforts pour sortir de l’emprise pétrolière s’imposent au regard des aspirations aux grands équilibres futurs, tant en termes d’emplois et de finances publiques que de commerce international. Même dans un scénario pétrolier optimiste, le besoin de diversification est réel, ne serait-ce que pour satisfaire les attentes d’une population dont une frange importante est en quête d’emplois. En la matière, le pétrole n’est pas un grand pourvoyeur.

Selon le tableau de bord de la Direction générale de l’économie, le secteur moderne occupait environ 123 000 agents en 2010. Ce chiffre a été porté à plus de 149 000 en 2012, du fait de l’augmentation des effectifs du secteur public. L’activité pétrolière emploie un peu plus de 2 400 nationaux, soit moins de 2 % de l’effectif global. Sa contribution a surtout été indirecte, générant des emplois de services dans les activités marchandes ou non marchandes. Le secteur a également permis de mobiliser la rente à des fins sociales, notamment en générant des emplois dans les administrations publiques. Tout cela, néanmoins, reste insuffisant pour répondre aux attentes d’une population dont les moins de 20 ans comptent pour quasiment 50 %. L’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage conduite en 2012 par le gouvernement, sur financement du groupe de la Banque africaine de développement (BAD), estime le taux de chômage des moins de 25 ans à 46 % au sens élargi. C’est-à-dire qu’elle prend en compte les individus au chômage, mais qui n’ont pas entrepris de démarches de recherche d’emploi au cours du mois de référence. Le taux de chômage global se situe à 20 % au sens Bureau international du travail (BIT), et 27 % au sens élargi. L’emploi est donc un défi majeur au Gabon. Pour y répondre, les autorités veulent créer un tissu économique diversifié qui repose sur la transformation des ressources naturelles et l’insertion professionnelle d’une population relativement jeune.

Cette transformation passe par la levée d’obstacles rédhibitoires pour les opérateurs économiques. L’État s’est déjà engagé dans cette voie : il a mis en place une véritable politique industrielle qui implique l’aménagement de zones économiques spéciales (ZES), et il a pris des participations dans des filiales locales de grands groupes multinationaux. Le Gabon s’est aussi lancé dans un processus d’optimisation des ressources pétrolières, avec des explorations en offshore profond. Il a fait de même avec l’exploitation du gaz naturel, en lançant notamment le projet de construction d’un complexe pétrochimique et métallurgique en partenariat avec Olam, société singapourienne. C’est dans ce contexte que la BAD appuie le projet Gabon Ferlilizer Company SA (GFC), qui vise à financer la construction et l’exploitation d'un complexe industriel moderne et performant de fabrication d'ammoniac et d’urée. Ce complexe devrait produire 1,3 million de tonnes d'urée granulée par an dans la ZES de l’île Mandji, à Port-Gentil. Les autorités entendent aussi poursuivre la valorisation des autres ressources minières. Plus de 900 sites ont été répertoriés, dont le plus emblématique est celui de Belinga, avec plus de 1 milliard de tonnes de fer identifiées.

Après les hydrocarbures, l’industrie forestière est la deuxième filière économique et le principal employeur du pays. L’interdiction de la commercialisation internationale de grumes, depuis le mois de mai 2010, devrait permettre d’augmenter la valeur ajoutée locale en positionnant le Gabon sur le créneau de la transformation du bois. Le versant « Gabon vert » du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) repose sur cet objectif d’ajout de valeur ajoutée de la filière bois, qui suppose de construire des usines de deuxième et troisième transformation. Il est encore difficile de juger de l’efficacité de la décision d’interdire l’exportation de grumes. Les entreprises se plaignent du caractère non concerté de cette mesure et des surcoûts engendrés par le retard dans la valorisation d’une partie significative du bois exporté. Les restrictions à l’exportation induisent en effet des coûts de transition, mais qui ne préjugent en rien de la capacité ultérieure à développer la compétitivité, conditionnée par les investissements. Les ZES, qui présentent des conditions d’attractivité, peuvent servir de cadre institutionnel pour l’essor des activités de transformation. À l’image de la zone de Nkok inaugurée en septembre 2011, qui est dédiée à 40 % aux activités de transformation du bois.

En 2012, la plupart des usines de transformation de bois au Gabon employaient 90 % d’agents non qualifiés ou maîtrisant très peu leur outil de travail. Elles ont un cruel besoin de spécialistes pour maintenir en état les équipements de production, ce que confirment les responsables du ministère des Eaux et Forêts qui ont évalué leurs besoins en ressources humaines de qualité importants. Certaines usines n’ont même pas d’ouvriers qualifiés, et cette carence se ressent dans la productivité et la gestion des ressources. Le gouvernement a donc initié en octobre 2012 un projet de révision et d’harmonisation des programmes d’agents techniques et d’ingénieurs spécialisés en industrie du bois. Il s’inscrit dans le cadre des programmes élargis de formation et de gestion des ressources naturelles dans le bassin du Congo, financés par les Forêts du bassin du Congo et gérés par le Réseau des instituts de formation forestière et environnementale en Afrique centrale. Le Centre d’enseignement et de recherche en foresterie du Canada est chargé de la mise en œuvre de la composante technique.

L’exploitation des minerais, notamment le manganèse, constitue la troisième grande filière de production de biens échangeables à fort impact sur le commerce extérieur. Le manganèse est le seul minerai véritablement exploité, et le Gabon en est l’un des tout premiers exportateurs mondiaux. C’est la Comilog, une entreprise dont le capital est détenu à 66 % par le groupe français Eramet, qui est chargée de l’exploitation. Elle projette d’installer des usines de production de silico-manganèse et de manganèse-métal près de son site de Moanda. Mais les autorités de la ville, craignant la pollution de telles activités, ont interdit l’utilisation des eaux et des produits halieutiques de la rivière située en aval de l’exploitation du manganèse. Les risques sanitaires à court, moyen et long termes, selon les autorités, concernent des maladies cardiovasculaires sur les personnes les plus fragiles – jeunes et vieux. Elles envisagent de mettre en place une politique de gestion des ressources naturelles adéquate.

En conclusion, le PSGE doit orchestrer la transformation structurelle de l’économie à long terme pour atteindre un objectif précis : ne plus commercialiser les matières premières à l’état brut, mais avec de la valeur ajoutée, afin de diversifier les activités économiques et créer des emplois. À terme, les autorités tablent sur une adéquation entre la demande d’emplois et ceux offerts. La réussite de cette stratégie d’émergence repose largement sur la dynamique de l’investissement, en particulier de la part du secteur privé local et étranger. Les opportunités qu’offre le Gabon sont considérables : dans les mines, le bois, le tourisme, l’agroalimentaire, les nouvelles technologies de l’information et de la communication… Pour attirer les investisseurs, réduire les risques des entrepreneurs et favoriser les conditions de rentabilité, les autorités doivent encore améliorer l’environnement économique et institutionnel.

Notes

1. Par définition, les TPME sont constituées par les ménages.

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