• L’économie a rebondi en 2012, dopée par la reprise de l’activité pétrolière et la forte demande intérieure, elle-même stimulée par les chantiers d’infrastructure – et cette tendance devrait se maintenir en 2013 et 2014.

  • La relative stabilité macroéconomique pourrait être fragilisée par le maintien des subventions sur les produits pétroliers.

  • Malgré les politiques sociales menées, les indicateurs liés aux objectifs du Millénaire pour le développement traduisent l’ampleur des défis à relever, sur fond de forte pression populaire.

Vue d'ensemble

La reprise de l’activité économique amorcée au lendemain de la crise financière de 2008/09 s’est poursuivie en 2012, avec un taux de croissance estimé à 4.9 %, contre 4.1 % en 2011. Cette performance, soutenue par la hausse de la production pétrolière et la forte poussée de la demande intérieure liée au démarrage de grands projets d’infrastructure, devrait se poursuivre sur la période 2013-14.

En 2012, la politique budgétaire est restée expansive en raison de l’accroissement des dépenses d’investissement et celles liées aux subventions. Selon les estimations, le solde budgétaire devrait demeurer déficitaire, à hauteur de 3.5 % du produit intérieur brut (PIB), contre un déficit de 2.7 % en 2011. La situation monétaire s’est caractérisée par une baisse des avoirs extérieurs nets (AEN) et une hausse du crédit intérieur. L’inflation, qui devrait atteindre 3.0 % (contre 2.9 % en 2011), s’explique par le renchérissement du prix de l’électricité en plus de l’impact des inondations sur les stocks de récoltes. Avec une part de 32.6 %, le pétrole brut reste le principal produit d’exportation. Les estimations basées sur les réalisations du premier semestre 2012 indiquent que plusieurs soldes extérieurs continueront d’être déficitaires. Le niveau d’endettement reste soutenable, avec un ratio du stock de la dette publique/PIB autour de 16.7 %.

Le Cameroun est doté d’abondantes ressources naturelles. Cependant, les revenus tirés de l’exploitation de ces ressources, en particulier du pétrole, n’ont pas été suffisamment canalisés vers des investissements structurants dans les infrastructures et les secteurs productifs, comme en témoigne l’évolution de la structure économique du pays, où l’on observe un recul des secteurs agricole et forestier au cours de la dernière décennie. Récemment, l’État s’est engagé dans une démarche visant à redynamiser les secteurs productifs, à travers notamment le renforcement des infrastructures. Si, par ailleurs, il poursuit ses efforts pour maintenir la stabilité du cadre macroéconomique, les insuffisances en matière de gouvernance quant à elle perdurent et constituent un frein à l’utilisation optimale des ressources publiques pour assurer le développement socio-économique du pays.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (C)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel4.14.955.2
Taux de croissance du PIB réel par habitant1.92.82.93
Inflation IPC2.9333
Balance budgétaire % PIB-2.7-3.5-3.9-4.2
Balance courante % PIB-4.5-5.3-5.3-6.2

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072011
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche22.923.6
Construction3.35.7
Electricité, gaz et eau1.11
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises10.410.9
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières14.914.5
Mines10.68.3
Autres services1.11.2
Administration publique et services personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels7.38.2
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications21.919.5
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants6.67.1
Vente en gros et de détail, immobilier--

Le redressement économique amorcé au lendemain de la crise financière de 2008/09 s’est poursuivi en 2012, avec un taux de croissance estimé à 4.9 %, contre 4.1 % en 2011. Cette performance résulte, d’une part, de la hausse de la production pétrolière (+9.7 %, contre -7.3 % en 2011) et, d’autre part, de la forte poussée de la demande intérieure liée au démarrage de grands projets d’infrastructure. En 2012, la progression de la demande intérieure émanant du secteur privé a atteint 6.5 %, pour seulement 5.3 % en 2011.

À travers la fourniture de biens et de services pour les différents projets, cette demande additionnelle irrigue toute l’économie. La reprise a soutenu l’expansion du secteur non pétrolier, estimée à 5 % en 2012, de l’agriculture (+4.1 %), de l’agroalimentaire (+3.6 %), du bâtiment et des travaux publics (BTP) (+11.2 %), ainsi que des transports et des télécommunications (+8.8 %).

Cette dynamique devrait se maintenir en 2013. Pour la Société nationale des hydrocarbures (SNH), l’entrée en exploitation de nouveaux champs pétroliers, et en particulier celui de Dissoni, pourrait se traduire par un apport supplémentaire de 17 à 20 000 barils par jour (bpj), portant la production actuelle de 63 000 bpj à 90 000 ou 100 000 bpj. Le forage en cours des nouveaux puits dans le bassin de Douala/Kribi-Campo, la réouverture de certains puits du bassin du Rio del Rey, grâce aux nouvelles techniques d’extraction, l’optimisation des installations de production et la mise en exploitation de la centrale à gaz de Kribi contribueront également à soutenir la croissance.

L’année 2012 a malgré tout été marquée par des événements qui ont eu des répercussions négatives sur le dynamisme de l’économie. Le secteur agricole a marqué le pas, avec les inondations qui ont frappé le Nord du pays et les pertes de récoltes qui s’en sont suivies. Une partie des stocks de riz paddy et de sorgho notamment ont été détruits ainsi que des pépinières et des espaces en cours d’exploitation, littéralement engloutis (coton, oignon, riz, sorgho, etc.). À ces intempéries sont venus s’ajouter des développements exogènes – comme la contraction de la demande mondiale de matières premières liée à la persistance de la crise de la dette souveraine dans la zone euro et les tensions géopolitiques dans le monde ayant induit une baisse des cours des principales matières premières exportées par le Cameroun (bois, caoutchouc, café, cacao, coton, etc.). Par ailleurs, la demande extérieure nette a continué à influencer négativement la croissance en 2012, du fait de la détérioration des termes de l’échange (-7.5 %) et de la hausse des importations, en particulier de biens d’équipement indispensables à la poursuite de la mise en œuvre des grands projets.

Pour consolider les acquis enregistrés depuis 2010, année du lancement de la Stratégie pour la croissance et l’emploi (retraduite par le document stratégique pour la croissance et l’emploi [DSCE] 2010-2020), le Cameroun a poursuivi son programme d’investissement dans les secteurs de l’énergie, des transports, des télécommunications et des industries manufacturières : i) bitumage des routes, notamment sur les tronçons Djoum-Mintom-frontière du Congo (233 km), Foumban-Magba (66 km), Ekok-Mamfe (73 km), Garoua Boulaï-Ngaoundéré ; ii) construction de la centrale à gaz de Kribi et des barrages hydroélectriques de Mékin, Lom Pangar et Memve’ele ; iii) extension de la fibre optique ; iv) construction de 10 000 logements sociaux ; et v) construction d’une nouvelle cimenterie à Douala.

Ainsi, à la faveur de ces projets et des effets induits sur la demande intérieure, la relance économique amorcée depuis 2010 devrait se poursuivre en 2013/14. Les industries extractives devraient progresser, avec la mise en exploitation de la centrale à gaz de Kribi, prévue au premier trimestre 2013 et qui fournira 216 MW d’énergie électrique supplémentaire au pays ; les investissements privés pour exploiter le gisement de fer de Mbalam et le champ gazier de Logbaba à Douala (212 milliards de mètres cubes de gaz en volume et près de 4.2 millions de barils de condensat) ; et l’entrée en production de nouveaux puits de pétrole, qui dopera les volumes extraits. Les investissements devraient ressortir à 21.9 % du PIB en 2013 et à 22.9 % en 2014 et ces facteurs conjugués devraient permettre au Cameroun de réaliser un taux de croissance de 5.0 % en 2013 et de 5.2 % en 2014. Ce faisant et après des résultats médiocres pendant les deux premières années de mise en œuvre de la stratégie de développement 2010-2020, le pays se rapproche du niveau de croissance moyenne visé, de 5.5 %.

À court et moyen termes, la persistance de la crise en Europe et les éventuels retards dans les délais de réalisation des grands travaux, liés à la faible capacité d’absorption des investissements du fait de dysfonctionnements administratifs, constituent des risques susceptibles de compromettre les prévisions pour 2013 et 2014. La croissance du pays reste également vulnérable aux chocs climatiques, comme l’ont montré les inondations de 2012, et à la volatilité des cours des matières premières.

En 2013/14 néanmoins, la hausse de la production pétrolière combinée à la diminution progressive des importations de biens d’équipement et à l’achèvement de certains grands chantiers dans les secteurs des transports et de l’électricité, devrait atténuer ces risques.

Selon les estimations, le taux d’inflation se situe à 3.0 % en 2012, en légère hausse par rapport aux 2.9 % enregistrés en 2011. Cette évolution s’explique par le renchérissement des produits alimentaires et des boissons non alcooliques, la hausse du prix de l’électricité et l’impact des inondations qui ont endommagé les stocks de récoltes.

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

En 2012, la politique budgétaire est restée expansive en raison de l’importance des dépenses liées aux subventions et aux chantiers d’infrastructure. L’exécution budgétaire a été marquée par une forte croissance des recettes (+9.6 %) par rapport à leur niveau de l’année précédente. Cette évolution s’explique notamment par l’augmentation des recettes pétrolières (+10.5 %) et les efforts de mobilisation des administrations fiscales (+8.4 %). Au total, les recettes sont ressorties à 18 % du PIB en 2012, contre 17.9 % en 2011. On note aussi la hausse continue et sensible des dépenses pour les transferts et les subventions, en particulier liées aux produits pétroliers, ainsi que des dépenses en capital, en lien avec le financement du plan d’investissement public. Parallèlement à la maîtrise des dépenses courantes en 2012, l’exécution du budget a progressé, notamment pour les investissements, à rebours des tendances passées marquées par de faibles niveaux d’absorption. Ainsi en 2012, le taux d’exécution du budget d’investissement se situe à 89.2 % des prévisions, contre 86.2 % en 2011. L’adoption du budget programme viendra renforcer les outils de programmation (cadre budgétaire à moyen terme et cadre de dépenses à moyen terme [CDMT]), déjà opérationnels dans un grand nombre de départements ministériels.

L’État a significativement relevé le niveau des ressources affectées aux dépenses courantes et liées à la prise en charge des subventions aux carburants. Celles-ci ont atteint 662 milliards XAF (franc CFA BEAC) (plus d’un milliard d’euros) en 2012, contre 550 milliards XAF en 2011. Elles devraient atteindre 689 milliards XAF en 2013. À eux seuls, les subventions et les transferts ont absorbé au cours de l’exercice 2012 plus de 27 % des recettes totales et 26 % du total des dépenses. Lors de l’exercice précédent, ces ratios étaient de respectivement 24 et 22 %. Quant aux dépenses en capital, elles ont représenté 32 % des recettes et 31 % des dépenses en 2012, des proportions identiques à celles observées en 2011.

Compte tenu du faible niveau de développement des infrastructures du pays ainsi que des retards accumulés dans ce domaine au fil des années, le niveau des ratios d’investissement est plus que conforme aux objectifs du DSCE. Ce rythme devrait être soutenu sur 2013/14, avec une moyenne de 35 % pour les recettes et de 31 % pour les dépenses. Néanmoins, cette hausse des dépenses d’investissement aurait dû s’accompagner d’une augmentation progressive des dépenses de maintenance des infrastructures construites – ce qui n’est pas le cas actuellement.

L’évolution des subventions et des transferts demeure préoccupante. En effet, le maintien de la mesure de défiscalisation des importations vivrières et des subventions aux produits pétroliers pèse lourd dans les finances publiques. En outre, les subventions aux produits pétroliers entraînent des arriérés importants avec la Société nationale de raffinage (Sonara) et un niveau d’endettement inquiétant de cette dernière vis-à-vis des banques du pays. Au-delà de leur coût d’opportunité élevé en termes d’investissement, ces mesures soulèvent des interrogations quant à leur soutenabilité pour les finances publiques et leur efficacité pour la lutte contre la pauvreté. Le gouvernement doit réfléchir de toute urgence à la mise en place de filets sociaux plus ciblés (à l’instar des subventions aux transports publics) et d’autres soutiens directs aux populations à faible revenu.

La loi des finances 2013 maintient ces orientations de soutien à la consommation et au pouvoir d’achat, notamment pour les producteurs de produits de rente. Elle reconduit aussi les incitations accordées aux importateurs de produits de grande consommation (riz, blé, poisson, ciment, etc.).

Les seules mesures engagées actuellement par le gouvernement pour inverser cette tendance prennent la forme d’actions de promotion de la production des produits locaux. C’est le cas par exemple des programmes de relance de la culture du riz, qui bénéficient de l’aide de la coopération japonaise, chinoise et indienne, des projets de développement de l’aquaculture intensive ainsi que des appuis à l’amélioration des équipements de pêche et de conservation du poisson.

Même si l’amélioration du recouvrement des recettes en 2012 a permis de soutenir la mise en œuvre du programme d’investissements publics, l’impact des mesures de défiscalisation des importations vivrières et des subventions des prix à la pompe continuent de rendre la gestion budgétaire moins efficiente. Le solde budgétaire devrait se creuser au cours de l’exercice 2012, affichant un déficit de 3.5 % du PIB, contre 2.7 % en 2011. Devant cette situation, l’État a fait appel à des financements extérieurs (à hauteur de 49 milliards XAF), procédé à l’émission de bons du Trésor (50 milliards XAF) et opéré une ponction de 41 milliards XAF sur ses avoirs à la banque centrale.

Si la tendance se maintient sur le front des dépenses (subventions et transferts), le déficit budgétaire pourrait dépasser les 3 % au cours de la période 2013/14, sauf compensation par une hausse significative des recettes pétrolières.

 

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)17.416.617.91817.617.5
Recettes fiscales10.610.31111.11111
Recettes pétrolières------
Dons0.80.60.50.50.40.4
Dépenses totales (et prêts nets) (a)17.517.720.721.521.521.7
Dépenses courantes13.513.814.615.215.115.1
Sans les intérêts13.213.514.214.814.714.6
Salaires5.75.45.55.75.85.8
Intérêts0.30.30.40.40.50.5
Solde primaire0.2-0.8-2.4-3.1-3.4-3.7
Solde global-0.1-1.1-2.7-3.5-3.9-4.2

Politique monétaire

Le Cameroun fait partie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). À ce titre, sa politique monétaire est déterminée par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), dont les objectifs sont la maîtrise de l’inflation et le maintien de la parité fixe entre le franc CFA et l’euro.

Sur la période 2011/12, le pays a connu une baisse de ses avoirs extérieurs nets et une hausse du crédit intérieur. En glissement annuel, les AEN ont reculé de 12.6 % en 2012, sous l’effet d’une politique de couverture des importations de denrées de première nécessité et de carburants. Quant aux crédits à l’économie, ils ont enregistré une progression annuelle de 11.3 % en 2012, qui s’explique par la hausse des engagements du secteur privé (+232.5 milliards XAF) et des entreprises publiques non financières (+14.6 milliards XAF) vis-à-vis du système bancaire – et notamment les concours des banques au financement de la construction de la centrale à gaz de Kribi, la modernisation et l’accroissement des capacités de production de la Sonara, de même que les nombreux financements obtenus par les entreprises sous-traitantes des projets structurants.

La masse monétaire a enregistré un léger recul de 0.1 %, passant de 2 703,3 milliards XAF en 2011 à 2 701.5 milliards XAF en 2012. Les dépôts ont diminué de 2.1 %, tandis que la circulation fiduciaire a enregistré une hausse de 10.2 %. La part relative des dépôts dans la masse monétaire est passée de 83.7 à 82.1 % sur la même période, traduisant une augmentation de l’épargne nationale. Cette évolution de la situation monétaire s’accompagne d’une augmentation des prix à la consommation de 3.0 %, malgré tout conforme au critère de convergence de surveillance multilatérale dans la zone Cemac. Enfin, il faut signaler qu’en 2012, le Cameroun a tiré sur une partie de ses réserves plutôt que de recourir au financement monétaire de son déficit.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

De par sa position géographique et la diversification de son économie, le Cameroun constitue la locomotive du commerce intrarégional en Afrique centrale, notamment dans la zone Cemac. Les statistiques couvrant la décennie 2000-2010 en témoignent : l’économie camerounaise a représenté près de 40 % du PIB de la zone, 16.8 % de ses exportations, 38.8 % de ses importations et plus de 44 % de sa masse monétaire. Selon la Banque centrale, le premier partenaire commercial du Cameroun dans la Cemac est la Guinée équatoriale, avec 30 % des échanges, suivie du Tchad (27 %), du Congo (25 %), du Gabon (11 %) et de la République centrafricaine (RCA) (7 %). Le Cameroun exporte dans la zone surtout des produits vivriers, de la viande, de l’eau minérale, des jus de fruits, de l’huile de palme, du fer et de l’acier. Il importe des huiles brutes de pétrole, des cigarettes et du butane liquéfié (en provenance principalement de Guinée équatoriale). Hors pétrole brut, le Congo est le premier partenaire du Cameroun dans la zone, avec 41 % des échanges ; il est suivi du Gabon (20 %), de la Guinée équatoriale (16 %), du Tchad (15 %) et de la RCA (8 %). En dépit de l’importance de ces échanges, de nombreux obstacles subsistent qui compromettent la véritable exploitation du potentiel commerciale.

Le port autonome de Douala – point nodal du commerce extérieur du pays (il concentre 95 % des recettes douanières et l’essentiel du trafic au Cameroun) et point d’accès pour les pays voisins enclavés (Tchad et RCA) – présente de nombreux dysfonctionnements. Faute de structures d’accueil adéquates, il sert de lieu d’attente et de stockage pour de nombreux opérateurs, sachant que les importateurs disposent de onze jours francs avant de devoir s’acquitter de frais d’entreposage. Selon plusieurs sources, le Guichet unique du commerce extérieur (GUCE), structure en charge des opérations de dédouanement, met jusqu’à huit semaines pour traiter les dossiers. D’où l’engorgement quasi permanent de ce port. En attendant la fin des travaux de modernisation des ports de Kribi et de Limbe, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures en 2012 : finalisation des textes d’application, vulgarisation des normes de performances du personnel des douanes et optimisation de la gestion de la manutention. La dématérialisation du GUCE, en cours, est censée faciliter l’exécution des formalités portuaires et réduire ce faisant les délais et les coûts de leur accomplissement. Par ailleurs et dans le cadre de l’intégration régionale, le gouvernement est fortement engagé dans la mise en place d’infrastructures de communication. Il contribue également au programme de convergence sous-régionale et a respecté les quatre critères imposés aux États de la région dans le cadre de la surveillance multilatérale. Enfin, le gouvernement s’acquitte régulièrement de ses obligations financières vis-à-vis des institutions sous-régionales et prend une part active aux rencontres entre pays.

Au cours de l’exercice 2012, les exportations du Cameroun ont été dominées par le pétrole brut (32.6 %). Hors produits pétroliers, les cinq premières autres exportations ont représenté 27.3 % du total : il s’agit du cacao brut en fèves, du bois scié, du bois brut en grumes, du caoutchouc brut et du coton brut. Les produits vivriers et les biens d’équipement ont constitué l’essentiel des importations. La mesure d’exonération sur les denrées alimentaires a entraîné un phénomène de réexportation vers les pays voisins, constituant un risque pour l’équilibre des comptes courants.

En dépit de la bonne tenue des cours mondiaux de ses produits d’exportation en 2012, le Cameroun devrait continuer d’afficher plusieurs soldes extérieurs déficitaires (estimations basées sur les réalisations du premier semestre). Le déficit des comptes courants devrait atteindre 5.3 % du PIB à fin 2012, contre 4.5 % en 2011. Celui de la balance commerciale devrait également s’accentuer, pour se situer à 4.4 % du PIB, contre 3.9 % en 2011. Le solde des comptes courants devrait demeurer déficitaire en 2013, à 5.3 % du PIB, du fait principalement du déficit de la balance commerciale, qui devrait atteindre 4.7 % du PIB.

Sur le plan des partenariats économiques, la France reste le premier investisseur étranger du Cameroun, même si la Chine semble de plus en plus intéressée. Elle réalise d’ailleurs déjà plusieurs projets dans le pays, notamment pour des infrastructures de transport et d’énergie. Le Cameroun a signé un accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne (UE), qui n’est toujours pas ratifié. Pour mémoire, la Commission européenne avait annoncé en septembre 2011 que, faute de ratifier les APE conclus d’ici janvier 2014, les pays seraient éliminés du règlement de l’accès au marché. Le Cameroun doit impérativement anticiper l’impact de cet accord sur son économie.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale1-4.6-2.7-3.9-4.4-4.7-5.3
Exportations de biens (f.o.b.)17.614.916.218.317.816.716.2
Importations de biens (f.o.b.)16.619.518.922.222.221.421.5
Services-5.2-2.3-2.3-0.5-0.8-0.5-0.8
Revenu des facteurs-3.3-2-1.1-1.1-0.9-0.9-0.8
Transferts courants11.20.910.80.70.7
Solde des comptes courants-6.5-7.7-5.2-4.5-5.3-5.3-6.2

Politique de la dette

L’encours de la dette publique devrait atteindre 2 020 milliards XAF au 31 décembre 2012, soit 15.6 % du PIB, en recul de 9 milliards par rapport à 2011. La dette extérieure représente 65.4 % (1 321 milliards XAF) de la dette publique, pour 34.6 % (700 milliards XAF) pour la dette intérieure.

Avec des recettes budgétaires intérieures estimées à 2 662,2 milliards XAF et des dépenses (paiement des intérêts de la dette publique compris) estimées à 2 970,9 milliards XAF, le solde primaire devrait être déficitaire en 2013, de l’ordre de 3.1 % du PIB. L’amortissement de la dette publique à 265,1 milliards XAF induit un besoin de financement de 574 milliards XAF. Ce besoin sera couvert par le recours aux dons extérieurs pour un montant de 66 milliards XAF (dont 43 milliards au titre du contrat de désendettement et de développement [C2D]), l’endettement extérieur (à hauteur de 258 milliards XAF) et l’endettement intérieur, à travers l’émission de 250 milliards XAF de titres publics.

En termes de viabilité, le niveau d’endettement demeurera soutenable entre 2013 et 2017. Sur cette période en effet, le ratio du stock de la dette publique/PIB restera autour de 16.7 % et, même en cas de chocs extrêmement défavorables, il ne dépassera pas 17.6 % – un chiffre bien en-deçà du seuil critique de 70 % fixé selon les critères de convergence dans la zone Cemac. À l’horizon 2014, le ratio de la valeur actualisée de la dette/PIB pourrait atteindre un plafond proche des 25 %. Malgré l’absence d’un risque de surendettement, l’engagement du pays auprès de pays émergents pour la réalisation d’infrastructures commence à être important1 et pourrait, à terme, poser des problèmes de viabilité de la dette extérieure.

 

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

Le classement du Cameroun dans l’édition 2013 du rapport Doing Business de la Banque mondiale – au 161rang sur 185 économies – montre bien le chemin à parcourir pour améliorer l’environnement des affaires du pays. Au cours de l’exercice 2012, le gouvernement a mis en œuvre un certain nombre de réformes : i) révision de la réglementation relative à la création d’entreprises, à travers la prescription d’un nouveau délai de 48 heures pour les procédures devant les notaires, avant de s’adresser aux centres de formalités de création d’entreprises (CFCE) ; ii) introduction d’une nouvelle procédure d’obtention du numéro du registre de commerce et du crédit mobilier, avec une plus grande autonomie accordée aux agents des CFCE ; iii) réduction des coûts de création d’entreprise de 22 % dans les CFCE ; iv) différé de trois mois pour la présentation de titres fonciers ; v) opérationnalisation du centre des impôts (CDI) dédié aux petites entreprises et renforcement de la lutte contre la contrebande, la fraude et la contrefaçon ; vi) création de chambres commerciales auprès des juridictions d’instance afin de faciliter le règlement de différends commerciaux (loi 2011/027 du 14 décembre 2011), avec nomination des présidents ; vii) poursuite du programme d’informatisation du système judiciaire ; viii) signature du décret d’application de la loi sur le commerce électronique ; ix) introduction des paiements électroniques pour les droits de douane, à travers une convention signée entre le ministre des Finances et les banques ; x) signature du décret réglementant la certification ; xi) création d’une plateforme virtuelle entre le système douanier automatisé Sydonia et le système Oscar de gestion des terminaux de containers, afin d’accélérer les procédures de dédouanement ; xii) interconnexion des bureaux de douane au niveau national, en vue de la mise en place du nouveau régime de transit ; xiii) mise sur pied d’une commission d’examen des dossiers de demande de permis de construire à la Communauté urbaine de Douala (CUD), qui se réunit deux fois par mois ; et xiv) informatisation du système de gestion des permis de construire, qui introduit une transparence dans les procédures.

Secteur financier

Le secteur financier du Cameroun se caractérise toujours par la prédominance des banques universelles. Les banques spécialisées (banques d’affaires et d’investissement) et les sociétés de leasing sont toujours absentes du paysage, ce qui limite considérablement la capacité de lever des ressources longues. En outre, le coût de mobilisation des ressources, même en situation de surliquidité du système bancaire, reste élevé.

Dans l’ensemble, le secteur demeure relativement sain, à l’exception de deux banques (sur une douzaine d’établissements), en difficulté depuis 2009. Leur restructuration se poursuit, sous contrôle de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), l’organe de supervision du système bancaire de la Cemac.

Une évaluation des ratios prudentiels à mi-2012 confirme cette relative solidité : dix banques respectent le ratio de liquidité, contre trois établissements en situation de surliquidité. Le programme de consolidation du système bancaire de la Cemac prévoyait que toutes les banques de la sous-région devraient porter leur capital minimum à 7.5 milliards XAF en juin 2012 et à 10 milliards XAF au 30 juin 2014. Au 30 juin 2012, les deux banques en difficulté avaient du mal à se conformer à ces normes.

L’importance des arriérés de l’État vis-à-vis de la Sonara constitue toutefois un risque pour le système financier camerounais, compte tenu de son degré d’exposition.

L’État sollicite depuis 2010 le marché obligataire et le Trésor public a procédé depuis 2011 à l’émission de bons pour couvrir ses besoins de trésorerie à court terme. Sur l’année 2011, l’État a levé 50 milliards XAF en bons de Trésor assimilés (BTA) à un taux d’intérêt moyen de 2.3 %. Fin juin 2012, 55 milliards XAF avaient déjà été levés, pour un taux d’intérêt moyen de 2.2 % – qui reste très compétitif par rapport aux 4 % frappant les avances statutaires de la BEAC aux Trésors nationaux.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

En 2012, le gouvernement a pris deux grandes mesures visant à accroître l’efficacité de la gestion financière de l’État : i) l’allégement des procédures de passation des marchés, à travers notamment la création d’un ministère ad hoc ; et ii) l’adoption du budget programme axé sur les résultats, dont l’entrée en vigueur aurait dû être effective au 1er janvier 2013. D’autres avancées sont à relever, comme les engagements pluriannuels des dépenses d’investissement et le développement du marché des bons du Trésor, qui a amélioré la gestion de la trésorerie de l’État.

L’administration publique reste caractérisée par un fort niveau de fragmentation, qui se traduit par une démultiplication des ministères. Des réformes de modernisation sont en cours, sur fond de décentralisation visant à octroyer plus de pouvoir aux collectivités locales, afin de renforcer la coordination interne. Le DCSE contribue à focaliser l’attention des départements ministériels sur un certain nombre d’objectifs prioritaires, les obligeant à agir en cohérence avec cette stratégie.

Les efforts en matière de transparence se sont maintenus, avec la publication mensuelle dans les médias du tableau de bord des finances publiques (Tabord). Les comités locaux de suivi des projets d’investissement produisent quant à eux des rapports trimestriels d’exécution dans les différentes localités. Un rapport sur l’exécution physico-financière du budget d’investissement public (BIP) vient synthétiser ces rapports locaux et ceux relatifs au suivi de l’exécution des projets gérés au niveau central. Des irrégularités ont toutefois été constatées en 2012 pendant cette phase de synthèse.

Bien qu’il ait adhéré à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (EITI) en 2005, le pays peine à se hisser au rang de pays conforme. Il court un risque de radiation si des mesures correctives ne sont pas appliquées d’ici août 2013 – un cas de figure qui pourrait entraîner une perte de confiance des bailleurs de fonds internationaux qui soutiennent l’EITI. Le Cameroun a donc adopté en mai 2012 un plan triennal devant lui permettre d’accéder au statut de pays conforme avant la date butoir.

Gestion des ressources naturelles et environnement

Pays limitrophe du lac Tchad et faisant partie du bassin du Congo, le Cameroun est très sensible aux questions d’environnement et a signé de nombreuses conventions internationales en la matière. Le pays s’est doté de plusieurs plans d’action et/ou programmes nationaux, pour mieux gérer l’environnement, les ressources forestières et fauniques et le secteur forestier. Les récentes inondations et leurs impacts socio-économiques ont sensibilisé un peu plus les autorités à ces questions. La loi-cadre sur l’environnement devrait par ailleurs faire l’objet d’une révision.

La réforme du secteur forestier a connu des avancées récentes importantes. Un nouveau code a été élaboré, qui sera prochainement discuté à l’Assemblée. Les dispositions prévues renforcent la transparence dans l’accès aux concessions forestières, qui se feront par voie interministérielle, avec la participation de la société civile et du secteur privé durant les phases d’ouverture des dossiers d’acquisition.

Dans le secteur minier, le code a été révisé pour se conformer aux normes internationales, notamment en matière de transparence dans la délivrance des permis et, surtout, d’obligation des exploitants miniers de concéder des compensations et des mesures d’atténuation face aux impacts des activités d’exploitation.

Enfin, des dispositions ont été prises pour renforcer les synergies entre le secteur des ressources naturelles et les autres secteurs. La gestion de ces ressources n’est ainsi plus l’apanage des ministères en charge des forêts et de l’environnement, puisque l’on observe la généralisation progressive d’une gestion interministérielle impliquant de plus en plus la société civile.

Contexte politique

L’année 2012 a été celle de la stabilité sociopolitique. Le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, avait été réélu en octobre 2011. Sous la conduite du Premier ministre en place, Philémon Yang, reconduit dans ses fonctions, un nouveau gouvernement a vu le jour en décembre 2011, auquel les principaux partis d’opposition ne participent pas. Le seul changement notable concerne la création du ministère des Marchés publics.

En avril 2012, sur proposition du gouvernement, la loi portant prorogation du mandat des députés à l’Assemblée nationale a été adoptée. Le texte prévoit un allongement de la législature actuelle de six mois, éventuellement renouvelable. Ce changement a eu pour effet le report d’un an des élections législatives, initialement prévues en 2012.

L’opération « Épervier », engagée depuis plusieurs années pour améliorer la gouvernance et poursuivre en justice les hauts responsables d’administrations publiques pour malversations diverses et variées, s’est poursuivie. Elle a entraîné l’arrestation et la condamnation de plusieurs figures de la scène politique. Pour de nombreux observateurs cependant, ces procès ne sont que le reflet de la lutte à laquelle se livrent les éventuels successeurs de l’actuel chef de l’État.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

Le Cameroun semble en bonne voie pour atteindre le deuxième objectif du Millénaire pour le développement (OMD) relatif à la scolarisation universelle en primaire à l’horizon 2015. Le taux brut de scolarisation (TBS) dépasse déjà la cible de 100 % et le taux net de scolarisation (TNS) augmente, ayant gagné 8.5 %, entre 2001 et 2010. D’autres indicateurs restent en deçà des cibles, même s’ils sont en constante progression. C’est le cas par exemple du taux d’achèvement en primaire (qui atteint 73 %, contre un objectif de 88 %).

Le Cameroun aura visiblement plus de mal à atteindre dans les délais impartis l’OMD 4 relatif à la mortalité des enfants de moins de 5 ans. En dépit d’une tendance baissière observée pour toutes les composantes de cet indicateur depuis les années 2000 (mortalité infantile et mortalité infanto-juvénile), les progrès sont insuffisants : selon les données de l’enquête démographique et de santé à indicateurs multiples (EDS-MICS 2011), le taux de mortalité infantile est passé de 151 pour 1 000 avant 1998 à 144 pour 1 000 en 2004 puis à 122 pour 1 000 en 2011.

Sur le front de la mortalité maternelle (cible A de l’OMD 5), on note une sensible dégradation au cours des dernières décennies : le taux est ainsi passé de 511 décès pour 100 000 naissances vivantes en 1991 à 782 en 2010. Ces statistiques traduisent une situation alarmante, qui devrait compromettre la réalisation de cette cible à l’horizon 2015.

En revanche, les efforts consentis pour faciliter l’accès à la médecine procréative (cible B de l’OMD 5) s’inscrivent dans une vraie dynamique. De plus en plus, une proportion élevée de femmes accèdent à des soins prénatals, même si la situation varie d’une région à l’autre. D’une manière générale, 64 % des femmes enceintes bénéficient de l’assistance de personnel de santé pour leur accouchement et 61 % de ces accouchements ont lieu dans un établissement de santé (dont 21 % dans un établissement privé). Mais dans 37 % des cas, les femmes accouchent encore à domicile, surtout en milieu rural (54 %).

Le pays s’efforce d’inverser la courbe de prévalence du VIH/sida qui, pour la tranche d’âge des 15-49 ans, est passée de 0.5 % en 1987 à 10.8 % en 2000 puis à 5.5 % en 2004, avant de retomber à 4.3 % en 2011. L’accès aux soins reste un défi important. Par conséquent, la cible de l’OMD 6 qui prévoyait un accès universel aux soins et aux traitements en 2010 n’a pas pu être atteinte.

La situation sur le front du paludisme est elle aussi préoccupante et le Cameroun ne parviendra probablement pas à respecter la cible en la matière (OMD 6C). Cette maladie continue d’être la première cause de morbidité et de mortalité parmi les groupes les plus vulnérables – notamment les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Elle est responsable de 24 % de tous les décès enregistrés dans les structures sanitaires, de 40 à 45 % des consultations médicales et de 30 % des hospitalisations (EDS-MICS 2011). La tuberculose reste un fléau, avec en moyenne 22 500 nouveaux cas notifiés chaque année au ministère de la Santé publique. Elle serait à l’origine d’un recul du PIB de 1 %. La recrudescence de cette maladie est corrélée à la pandémie du VIH/sida et la persistance de la pauvreté.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Le gouvernement a adopté en avril 2003 un document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) dont l’objectif est de parvenir à un taux de pauvreté de 25.2 % en 2015 (soit une réduction de moitié du taux de 1996 [de 53.3 %], avec un taux intermédiaire de 37.1 % en 2007). Il a pour cela tablé sur un taux annuel moyen de croissance de 7 % sur la période. Or, le pays n’a pas dépassé les 3 à 3.4 %. Le DSCE, orienté essentiellement vers les secteurs sociaux prioritaires, projette de ramener le taux de pauvreté à 28.7 % en 2020.

Grâce aux enquêtes camerounaises auprès des ménages (ECAM), réalisées périodiquement, le pays peut exercer un suivi régulier des indicateurs de la pauvreté. Malgré un recul de 13 points de l’indice de pauvreté entre 1996 et 2001, cette régression n’a pas eu d’effet sur l’incidence de la pauvreté entre 2001-07, qui n’est passée que de 40.2 à 39.9 %. C’est dire aussi que les progrès ont été plus lents que prévu, avec un recul de la pauvreté de seulement 0.28 %.

Les provinces du Sud-Ouest, de l’Ouest, du Sud et du Littoral affichent une incidence de pauvreté proche de 30 %, qui atteint 41 % dans le Centre et frôle les 50 % dans le Nord-Ouest, l’Est et l’Adamaoua. Ces données montrent aussi que la pauvreté a reculé en milieu urbain (-5.7 points) mais a augmenté en milieu rural (+ 3 points). Ainsi, la population rurale pauvre est passée de 85 % à plus de 89 % entre 2001 et 2007. Les principaux déterminants de la pauvreté sont à rechercher dans la taille du ménage, le fort taux de fécondité, le niveau d’instruction et les secteurs d’activité économique.

Égalité hommes-femmes

La réalisation de l’OMD 3 qui vise à éliminer les disparités entre les sexes à tous les niveaux de l’enseignement d’ici 2015 reste problématique au regard de l’évolution des indicateurs sociaux. L’indice de parité lié au TBS est de 0.86 en 2010. L’écart filles/garçons dans le primaire et le secondaire s’est réduit sensiblement, de 4.3 % en 2001 à 0.6 % en 2010 (INS, mars 2012). La parité progresse significativement dans le secondaire, avec une réduction plus marquée de l’écart entre les deux sexes, de l’ordre 0.01 et de 0.08 pour le premier et le second cycles. Mais l’enquête EDS-MICS 2011 montre que moins de 69 % des femmes sont alphabétisées, contre 82 % des hommes, et que 20 % des femmes n’ont bénéficié d’aucune instruction, contre 8 % des hommes.

On note toujours quelques disparités hommes/femmes dans la population active – et une forte inégalité au niveau du foncier. Bien que l’ordonnance 74-1 du 6 juillet 1974 garantisse, sans discrimination, à toute personne physique ou morale possédant des terrains en propriété, le droit d’en jouir et d’en disposer librement, dans la pratique, la situation ne semble guère favorable aux femmes : celles-ci sont quasiment absentes des registres fonciers.

La prévalence du mariage précoce reste relativement élevée. À 15 ans, environ 8 % des femmes ont déjà accouché au moins une fois, une proportion qui s’accélère avec l’âge car elles sont 55 % dans ce cas avant d’atteindre 20 ans et 83 % avant 25 ans (EDS-MICS 2011).

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

La structure de l’économie camerounaise a évolué au cours des dix dernières années, avec une baisse relativement importante de la contribution du secteur primaire dans le PIB, au profit du tertiaire. Tous les secteurs ont par ailleurs connu des changements structurels : ainsi, la contribution de l’agriculture (agriculture vivrière et industrielle, élevage, pêche et sylviculture) a graduellement mais drastiquement diminué, passant de 33 à 17 % entre 1998/99 et 2012. À l’inverse, le sous-secteur pétrolier a évolué à la hausse, quoique dans une moindre mesure, avec une contribution de 9 % du PIB en 2012, contre 5 % à la fin des années 90. Dans le tertiaire, le commerce, l’hôtellerie et la restauration ont connu un développement majeur tandis que, sur la même période, transports et communications ont affiché un repli significatif.

Le Cameroun est doté d’abondantes ressources naturelles – pétrole, bois, café, coton, cacao, caoutchouc et aluminium – qui alimentent toutes les industries d’exportation. Il recèle également un immense potentiel en gaz naturel, fer, bauxite et cobalt, encore inexploité.

Le pétrole occupe une place importante dans l’économie : au cours de la dernière décennie, il a représenté en moyenne 40 % des exportations en valeur et contribué au quart des recettes budgétaires. Depuis la dévaluation de 1994 et jusqu’à la reprise récente de l’activité dans ce secteur, le Cameroun a connu une trajectoire de croissance assez molle, reflétant notamment l’épuisement progressif de ses ressources pétrolières. Mais le secteur continue de jouer un rôle important pour les finances publiques et l’équilibre des comptes extérieurs.

Malgré la baisse tendancielle de la production pétrolière depuis dix ans, les prix de vente du brut camerounais n’ont cessé de croître (sauf en 2009), expliquant la bonne tenue des recettes pétrolières. Les dépenses d’investissement sont pourtant demeurées à un niveau très bas, à environ 2.8 % du PIB jusqu’en 2006, date de l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative des pays pauvres très endettés (PPTE). La croissance économique a donc progressivement pâti de l’évolution défavorable des activités de transport, du recul de l’activité forestière et des défaillances du secteur de l’énergie. À partir des années 90 en effet, le relâchement des activités d'entretien, de maintenance et d'extension des infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires et ferroviaires devient patent et se traduit par un recul du stock d’infrastructures et une détérioration de leur qualité. Dans le secteur de l’énergie, ce désinvestissement entraîne des délestages récurrents et le rationnement de la fourniture d’énergie aux entreprises. Enfin, dans le secteur forestier autrefois grand pourvoyeur d’emplois, l’activité recule et provoque la fermeture de nombreuses sociétés.

Face à ces enjeux et grâce à une moindre pression budgétaire liée à l’allégement de sa dette, l’État camerounais s’est engagé à partir de 2006 dans de nouvelles initiatives visant à remettre à niveau et à étendre les infrastructures énergétiques, portuaires et de transport. Il a en outre cherché à relancer la production pétrolière, en mettant de nouveaux champs en exploitation et en rouvrant de nombreux puits. L’année 2012 a ainsi marqué la reprise de la production pétrolière, avec une hausse estimée à 9.7 %. Cette dynamique devrait se maintenir en 2013, avec une croissance attendue de la production de 15.6 %. Enfin, la production programmée de gaz liquéfié à l’horizon 2015 ouvre de nouvelles et importantes perspectives dans le secteur des hydrocarbures.

Soucieux de maximiser le rendement de l’exploitation pétrolière, les pouvoirs publics ont organisé leurs efforts autour de grands textes réglementaires : i) le code minier ; ii) le code national des investissements ; iii) la charte communautaire des investissements ; iv) les normes de l’EITI ; et v) le DSCE. Le code minier régit toutes les activités extractives et confie l’activité pétrolière à la SNH, chargée d’en promouvoir le potentiel auprès des investisseurs qu’elle incite à respecter le code en vigueur. La SNH est également responsable de l’octroi des permis et des licences d’exploration.

L’État ne s’est pas doté de fonds de stabilisation à proprement parler, pour investir à long terme les ressources de l’exploitation des hydrocarbures dans différents actifs. Les recettes pétrolières sont plutôt injectées dans le budget général. En cas de surplus, une allocation spécifique est adoptée ou l’argent va à la reconstitution de réserves auprès de la banque centrale.

Les ressources tirées de l’exploitation des ressources naturelles n’ont pas été suffisamment canalisées vers des investissements structurants dans le domaine des infrastructures ou des secteurs productifs. Cependant, l’État s’est engagé depuis quelque temps dans une démarche visant à redynamiser les secteurs productifs, à travers notamment le renforcement des infrastructures clés. Parallèlement, il s’efforce d’accroître la mobilisation des ressources non pétrolières et d’améliorer ainsi la structure budgétaire. D’une manière générale, si les pouvoirs publics sont parvenus à maintenir une certaine stabilité macroéconomique, les dysfonctionnements administratifs perdurent et traduisent les insuffisances en matière de gouvernance – qui freinent l’utilisation optimale des deniers de l’État en vue d’assurer le développement socio-économique du pays.

Le DSCE, élaboré en 2009, traduit l’ambition du gouvernement de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035. Avec cette stratégie, symbole de la politique volontariste de diversification de l’économie, les pouvoirs publics se proposent d’œuvrer à une mutation en profondeur de la structure du tissu productif. La part de la production manufacturière dans le PIB devrait ainsi atteindre au moins 23 %. Cette politique vise également à renforcer la place des produits manufacturés dans la structure des échanges extérieurs, au détriment des produits primaires. Ce qui explique l’importance des activités de transformation industrielle en général et des industries extractives en particulier dans le DSCE.

Logiquement, la transformation locale des hydrocarbures occupe une place de choix dans le code des investissements du pays. Celui-ci explicite donc clairement les nombreux avantages – administratifs, économiques, douaniers et fiscaux – dont bénéficient les entreprises locales et étrangères qui ont vocation à transformer in situ les produits de ce secteur. Les principaux changements intervenus ces dernières années concernent essentiellement l’accès des entreprises locales aux activités de distribution des produits pétroliers. Celles-ci font désormais fortement concurrence aux multinationales occidentales qui, traditionnellement, monopolisaient ces activités.

Par ailleurs, avec la mise en place du Programme d’appui à la création et au développement des PME de transformation et de conservation des produits locaux de consommation de masse (PACD/PME), élaboré par le ministère des Petites et moyennes entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, l’État vise la promotion et le développement de ces entités. À travers des appuis multiformes, directs et indirects, le PACD/PME facilite l’accès aux technologies, aux financements et autres services indispensables à la création et au développement de ces entreprises (études de faisabilité, constitution, formation, élaboration des plans techniques de construction, suivi technique et administratif, etc.).

Dans la même dynamique et sur un plan régional, les autorités se sont également engagées à promouvoir la transformation locale, en créant le label « produit Cemac » dans le cadre de la Charte communautaire d’investissement. Les produits d’origine Cemac bénéficient de substantiels avantages fiscaux par rapport aux produits en provenance de pays tiers.

Notes

1. D’après la Caisse autonome d’amortissement, l’entité en charge de la gestion de la dette, cet engagement s’est traduit en 2011 par la signature de nouvelles conventions de financement pour un montant de 618 milliards XAF. Des négociations sont en cours pour neuf autres projets (aéroport, routes, eau, assainissement, énergie et télécommunications), représentant un montant de 1 658 milliards XAF.

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