Mozambique
L’année 2011 pourrait bien marquer un tournant pour l’économie du Mozambique qui, avec ses premières exportations de charbon, devient un nouvel acteur mondial du secteur et pourrait conforter sa viabilité budgétaire grâce aux recettes tirées des ressources naturelles.
À court terme, le gouvernement doit parvenir à élargir l’assiette fiscale et à contenir la dette afin de financer un ambitieux plan d’investissement dans les infrastructures et le déploiement de filets de sécurité sociale, piliers de la croissance inclusive, tout en résistant aux pressions politiques pour augmenter les dépenses.
L’approbation du plan d’action pour la réduction de la pauvreté détermine le programme de développement du gouvernement pour les quatre prochaines années, centré sur la promotion d’une croissance inclusive pour réduire la pauvreté, qui stagne depuis 2003.
Vue d'ensemble
Le coup de fouet donné à la production de charbon par les premiers mégaprojets mis en exploitation en 2011, couplé à la solide performance des services financiers, des transports, de la communication et du bâtiment, a contribué à porter la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel à 7.2 % en 2011. Le pays affiche un taux de croissance moyen impressionnant de 7.2 % sur les dix dernières années. La tendance devrait se maintenir en 2012 et 2013, à respectivement 7.5 et 7.9 %. L'économie reste dopée par le niveau élevé des investissements directs étrangers (IDE), destinés en priorité aux industries extractives, mais aussi par la bonne tenue de la production agricole et la poursuite des investissements d’infrastructure. Malgré ce rythme soutenu, la politique monétaire stricte maintenue par la banque centrale et la prudence budgétaire des autorités ont permis de ramener l’inflation de 12.7 % à 10.8 % en fin d’année 2011. Le reflux devrait se confirmer en 2012, à 7.2 %, avant une stabilisation à 5.6 % attendue en 2013, ce qui autorise un relâchement de la politique monétaire en 2012 pour stimuler le crédit. La mise en œuvre des mesures en faveur des pauvres élaborées en 2011 et l’ambitieux programme d’investissement dans les infrastructures devraient creuser le déficit budgétaire, de -3.3 % en 2011 à respectivement -6.8 et -7.4 % en 2012 et 2013. À moyen terme, le principal défi structurel consistera à élargir l’assiette fiscale du pays. Les apports d’aide devraient poursuivre leur décrue, de 51.4 % du budget en 2010 à 39.6 % en 2012. La diversification de la base du revenu, à travers notamment une fiscalité plus efficace dans le secteur des industries extractives, sera vitale pour soutenir et promouvoir une croissance inclusive.
En réaction aux tensions sociales de 2010, le gouvernement a restructuré son programme de développement autour d’un nouveau Plan d’action pour la réduction de la pauvreté (PARP 2011-14) qui fait la part belle au renforcement de la production agricole, la promotion des emplois à travers le développement des petites et moyennes entreprises (PME) et l’investissement dans le développement humain et social. Les filets de sécurité sociale ont été consolidés avec l’élargissement des mécanismes de transfert monétaire direct aux groupes les plus vulnérables, parallèlement au maintien des subventions aux transports publics urbains et aux programmes de travaux publics productifs, dans une volonté d’atténuer les effets négatifs du renchérissement des prix alimentaires et des carburants sur les pauvres. Les allocations budgétaires aux secteurs prioritaires ont augmenté de 6.8 % en 2012, atteignant 66.7 % du budget.
Le Mozambique connaît une forte croissance démographique (2.8 % par an), avec environ 300 000 nouveaux arrivants sur le marché du travail chaque année. La croissance est tirée par des projets à forte intensité de capital, en particulier dans les industries extractives. Le taux global de chômage s’établit à 27 %. L’économie formelle est essentiellement urbaine et ne représente que 32 % de l’emploi total. Bon nombre de jeunes actifs sont contraints d’accepter des emplois marginaux dans l’économie informelle, en ville comme dans les zones rurales, sans guère de perspectives de décrocher un emploi stable.
Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques 2012
| 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | |
|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB réel | 6.8 | 7.3 | 7.4 | 8.5 |
| Taux de croissance du PIB réel par habitant | 4.5 | 5 | 5.1 | 6.3 |
| Inflation IPC | 12.7 | 10.4 | 2.7 | 6.5 |
| Balance budgétaire % PIB | -4 | -4.3 | -8.2 | -9.2 |
| Balance courante % PIB | -12.1 | -10 | -18.8 | -15.5 |
Développements récents et perspectives
Tableau 2 : PIB par Secteur (en pourcentage du PIB)
| 2006 | 2010 | |
|---|---|---|
| Agriculture, foresterie, pêche et chasse | 27.9 | 30.9 |
| Agriculture, élevage, sylviculture et pêche | - | - |
| dont agriculture | - | - |
| Mines et extraction | 1.4 | 1.5 |
| dont pétrole | - | - |
| Industries manufacturières | 16 | 13.2 |
| Electricité, gaz et eau | 5.8 | 4.7 |
| Electricité, eau et assainissement | - | - |
| Construction | 3.2 | 3.1 |
| Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants | 15.5 | 17.9 |
| dont hôtels et restaurants | 1.5 | 1.6 |
| Transports, entreposages et communications | 10 | 10.1 |
| Transport et stockage, information et communication | - | - |
| Finance, immobilier et services aux entreprises | 8.9 | 7 |
| Intermédiation financière, services immobiliers, services aux entreprises et autres services | - | - |
| Services des administrations publiques | - | - |
| Administration publique et défense, sécurité sociale, éducation, santé et travaux sociaux | - | - |
| Administration publique, éducation, santé | 4 | 4 |
| Administration publique, éducation, santé et autres services sociaux et personnels | - | - |
| Autres services communautaires, sociaux et personnels | - | - |
| Autres services | 7.3 | 7.6 |
| Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs | 100 | 100 |
| Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants | - | - |
Le 14 septembre 2011, pour la première fois depuis 20 ans, une cargaison de 35 000 tonnes de charbon a quitté le port de Beira pour l’étranger. Cette opération de l’entreprise brésilienne Vale fait du Mozambique un acteur international du secteur. Le charbon vapeur avait été extrait de la mine à ciel ouvert de Vale, qui y a investi 1.7 milliard de dollars (USD). Cette mine est située à Moatize, dans la province de Tete, l’un des bassins houillers présentant le plus fort potentiel au monde. Les réserves, composées à hauteur de 30 % de charbon vapeur et 70 % de charbon à vocation sidérurgique, sont parfaitement situées d’un point de vue stratégique pour desservir notamment les marchés indien, brésilien et chinois, en plein essor. Avec cette montée en puissance à Tete, la production totale de charbon a atteint 1 million de tonnes en 2011, participant à la hausse du PIB réel de 7.2 %. Les gros investissements consentis dans le secteur des ressources naturelles transforment rapidement l’économie du Mozambique et pourraient, à moyen terme, modifier ses perspectives d’évolution.
L’industrie houillère continue de se développer et d’attirer d’importants investissements. Vale a déjà fait connaître son intention de faire passer les capacités de production du site de Moatize, censé atteindre 11 millions de tonnes d’ici la fin 2014, à 26 millions de tonnes par an pour un investissement de 6 milliards USD, qui comprendra le développement du réseau ferré. En récupérant l’activité de Riversdale au Mozambique, le groupe anglo-australien Rio Tinto a mis la main sur 22 permis d’exploration dans la province de Tete, dont 65 % du projet houiller de Benga (l’Indien Tata Steel détenant les 35 % restants) et le projet Zambezia où il prévoit d’investir 4 milliards USD. Avec ces deux projets, Rio Tinto estime désormais pouvoir atteindre d’ici 2016 une production globale de 25 millions de tonnes par an – un volume qui pourrait plus que doubler lorsque l'exploitation aura atteint son rythme de croisière. Au total, le gouvernement a accordé 112 permis à 45 firmes nationales et étrangères au cours des deux dernières années. La production nationale annuelle devrait passer à 5.93 millions de tonnes en 2012 pour s’établir à terme à 110 millions de tonnes, pour autant que les infrastructures requises suivent. En décembre 2011, le groupe britannique Beacon Hill a effectué ses premières exportations de charbon (10 650 tonnes), acheminé en camion depuis Tete vers le port de Beira, la ligne de chemin de fer de Sena étant saturée.
La forte expansion économique a favorisé les investissements dans les infrastructures du pays, encore embryonnaires, le long des trois principaux couloirs logistiques (Maputo, Beira et Nacala) pour faciliter les exportations de charbon et désenclaver les pays voisins privés d’accès à la mer. Les transports et les communications sont le deuxième moteur de la croissance du PIB. La Compagnie ferroviaire de Beira (Companhia Dos Caminhos De Ferro da Beira - CCFB), un consortium emmené par le groupe indien Rail India Technical and Economic Services (Rites) et Ircon International, n’est pas parvenu à réhabiliter la totalité des 670 km de voies ferrées de Sena pour atteindre, conformément aux termes du contrat, une capacité de 3 millions de tonnes par an. Par conséquent, ce tronçon est passé dans le giron de l’État en décembre 2011. La ligne devrait voir ses capacités doubler, à 6 millions de tonnes par an, d’ici 2013. Mais ce ne sera pas suffisant pour satisfaire la demande. De nouvelles voies sont désormais envisagées au départ de Tete, comme la proposition soutenue par Vale de construire une liaison de 500 km, à travers le Malawi, entre Moatize et la ligne septentrionale qui dessert le port de Nacala où un nouveau terminal charbonnier, représentant un investissement de 1.5 milliard USD, devrait voir le jour. La construction d’une ligne parallèle à celle de Sena, qui relie le port de Quelimane en cours de réhabilitation, a également été approuvée. Par ailleurs, l’agrandissement du terminal charbonnier du port de Beira, dont les capacités passeront de 1.8 à 6 millions de tonnes par an, s’achèvera courant 2012. Une nouvelle extension, à 20 millions de tonnes, est envisagée pour 2014. Quant au port de Maputo, les travaux sont en cours pour passer de 100 à 700 millions de tonnes par an. Enfin, la réhabilitation du terminal de conteneurs de Nacala bat elle aussi son plein. Le projet de 120 millions USD pour la réfection de l’aéroport de Nacala, financé à 66 % par un prêt aux conditions du marché du Brésil, devrait prendre fin en 2013. Le projet de l’aéroport de Vilanculos (300 millions USD) a pour sa part été achevé en 2011. De nouveaux pôles aéroportuaires sont programmés pour Pemba et Tete, représentant un investissement total de 420 millions USD. La construction d’un réseau de couloirs principaux est en cours, avec le lancement des axes routiers Milange-Mocuba et Nampula-Cuamba (respectivement 100 et 250 millions USD).
Le secteur de l’énergie, qui ressort autour de 5 % du PIB, devrait poursuivre son expansion pour atteindre pratiquement 10 % par an. En novembre 2011, le gouvernement a officiellement lancé le projet « Centre-Sud » (Cesul) de réseau régional de transport d’électricité – ou « dorsale Cesul » – pour un montant de 1.8 milliard USD. Cette dorsale reliera les grandes centrales hydroélectriques du Nord au pool énergétique d’Afrique australe (Southern African Power Pool - SAPP) alors qu’une seconde ligne traversera les campagnes jusqu’à Maputo pour raccorder les populations rurales à l’électricité. La dorsale Cesul, renforcée par la poursuite des travaux d’agrandissement du barrage hydroélectrique Cahora Bassa-Nord et la construction du barrage de Mpanda Nkuwa sur le Zambèze, permettra au Mozambique d’assurer l’approvisionnement de ses habitants et, éventuellement à terme, d’exporter de l’électricité. En avril 2012, le président mozambicain Armando Guebuza et le Premier ministre portugais Passos Coelho ont signé un accord prévoyant le transfert en deux étapes des 15 % détenus par le Portugal dans l’entreprise Hidroelectrica de Cahora Bassa (HCB), qui gère le barrage de Cahora Bassa : 7.5 % des actions seront cédées au Mozambique en 2012 pour 42 millions USD, le solde les deux années suivantes. En 2014, le Mozambique sera donc l’unique actionnaire de HCB.
Malgré la croissance économique engendrée par les grands projets et le gain de compétitivité lié au développement des infrastructures, l’impact sur la réduction de la pauvreté a été minime. Le nouveau PARP 2011-14 met particulièrement l’accent sur la relance de la production agricole. Le secteur, qui représentait 30.9 % du PIB en 2011, devrait progresser de 9.9 % en 2012. Mais la production de noix de cajou – la culture de rente traditionnelle du Mozambique – devrait se tasser à 112 800 tonnes, contre 105 000 tonnes en 2010. Un ambitieux plan directeur pour la noix de cajou, visant une augmentation de 80 % dans les dix ans, a été approuvé par le ministère de l’Agriculture. Ses services anticipent aussi une hausse de 23.4 % de la production de canne à sucre. Les gains de production attendus pour le blé et le riz (respectivement +12.5 et +13.8 %) ne suffiront pas à satisfaire la demande intérieure. Malgré un recul de la production halieutique de 5.1 % en 2011, le secteur devrait rebondir de 18.4 % en 2012. Pour autant, conscient du phénomène de surpêche qui touche le secteur de la crevette, le gouvernement a plafonné les prises commerciales à 5 650 tonnes par an.
En 2011, les investissements du secteur privé ont dépassé 1.9 milliard USD, dopés par les IDE dans les mégaprojets houillers. Au total, 30 000 emplois ont été créés pour 285 nouveaux projets, dont 13 dans la Zone économique spéciale (Zes) de Nacala, représentant un investissement de 400 millions USD par les entreprises exportatrices. Le secteur des services et des industries manufacturières arrivent en tête. D’importants investissements dans l’industrie du ciment devraient permettre de tripler la production d’ici 2013. Quatre groupes chinois (Africa Great Wall Cement Manufacturer, China International Fund, GS Cimento et Bill Wood) ainsi que le groupe sud-africain Pretoria Portland Cement investissent le marché avec un apport global de 450 millions USD. Un nouvel opérateur de téléphonie mobile, Movicel, a commencé ses activités en 2012. Il s’agit d’une co-entreprise de 400 millions USD entre Viettel, une firme de télécommunications appartenant au ministère de la Défense du Viet Nam, et SPI (Gestão e Investimentos), la société holding du parti au pouvoir au Mozambique, le Front de libération du Mozambique (Frente de Libertação de Moçambique – Frelimo).
Malgré le dynamisme global de l’économie, l’événement le plus important pour l’année 2011 tient à la découverte d’abondantes réserves de gaz naturel au large des côtes. En septembre, Anadarko Petroleum annonçait avoir trouvé environ 623 000 milliards de mètres cubes de gaz dans le bloc de la zone 1. En octobre, un consortium emmené par le groupe pétrolier italien ENI a découvert à quelque 40 km au large de Cabo Delgado pratiquement 424 000 milliards de mètres cubes de réserves de gaz naturel. Si ces découvertes sont confirmées, le cumul des réserves devrait classer le Mozambique en 4e position mondiale, derrière les trois géants que sont la Russie, l’Iran et le Qatar. L’ampleur de ces réserves justifie la construction d’une grande usine de gaz naturel liquéfié (GNL) dans le pays. La manne potentielle pourrait totalement remodeler la trajectoire de développement économique et humain du Mozambique à moyen terme.
Politiques macroéconomiques
Politique budgétaire
Les trois principaux piliers de la politique budgétaire restent les mêmes : optimisation du recouvrement des recettes, réduction des transferts et lutte contre l'inflation. En 2011, les prévisions tablaient sur un déficit budgétaire de 6.5 %. Un niveau correspondant aux objectifs à moyen terme en matière de croissance et de lutte contre la pauvreté, et marqué par les investissements publics dans les infrastructures, les compétences et des filets de sécurité sociale renforcés. Les subventions aux carburants et autres aides d’urgence introduites en 2010 pour calmer la population ont été progressivement abandonnées en raison de leur poids excessif. Le budget 2011 a prévu une augmentation de 7 % des dépenses, en réallouant des fonds aux dépenses de fonctionnement et non plus d’équipement pour créer de nouveaux dispositifs de protection sociale.
Malgré ces dépenses extrabudgétaires et dans un contexte de forte hausse des recettes, de moindre recours aux emprunts non concessionnels et de lenteur des décaissements des bailleurs de fonds pour les dépenses d’investissement, le déficit budgétaire s'est limité à 3.3 % en 2011. Le budget 2012 vise à répondre aux défis sociaux et à soutenir le PARP 2011-14 voté en mai 2011, axé sur un modèle de croissance inclusive. En volume, les dépenses d’éducation et de santé devraient respectivement augmenter de 6.32 % et 4.42 %, contre un recul de 7.2 % pour les dépenses d’investissement. Mais sur le plan budgétaire, l’horizon n’est pas totalement dégagé. À court terme, le financement du plan d’investissement et des dispositifs de protection sociale pour maintenir la paix sociale va réduire la marge de manœuvre. À moyen terme, l’aide étrangère (40 % du budget) devrait diminuer.
Les Pays-Bas prévoient de mettre fin à leur appui budgétaire en 2013. L’aide publique au développement (APD) pourrait avoir atteint son apogée au Mozambique. Elle devrait régresser, en raison des évolutions politiques des pays développés. La programmation budgétaire risque par ailleurs de pâtir de la dévalorisation relative du soutien des donneurs, avec l’appréciation de la devise nationale, le metical. D’où l’impérieuse nécessité d’élargir l’assiette fiscale. Des réformes ont déjà permis d’améliorer la collecte. Plusieurs initiatives devraient optimiser les résultats, comme le plan stratégique pour le règlement des impôts par l’intermédiaire des banques, le renforcement du service chargé des gros contribuables au sein du ministère des Finances ou de nouvelles réformes pour rationaliser le paiement des impôts. La part des impôts et taxes collectés est passée de 19.6 % du PIB en 2010 à 20.2 % en 2011 et devrait s’établir à 20.6 % en 2012. La réforme de l’imposition des industries extractives et des grands projets n'en paraît pas moins indispensable. Les exonérations et divers avantages en place limitent les recettes fiscales à 5 % des bénéfices des entreprises du secteur, au lieu d'un chiffre potentiel de 30 %.
Tableau 3 : Opérations financières de l'Etat (en pourcentage du PIB)
| 2003 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Recettes totales (avec dons) | 24.7 | 25.6 | 25 | 26.5 | 27.1 | 29.7 | 29.4 | 27.3 | 26.1 |
| Recettes fiscales | 14.3 | 12.9 | 14.1 | 15 | 15.6 | 18.1 | 19.1 | 18.3 | 17.3 |
| Recettes pétrolières | - | - | - | - | - | - | - | - | - |
| Dons | 9.5 | 10.6 | 9 | 9.4 | 9.5 | 9.1 | 7.7 | 6.5 | 6.3 |
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) | 30.2 | 27.2 | 27.3 | 33 | 32.6 | 33.6 | 32.7 | 34.2 | 33.5 |
| Dépenses courantes | 14.2 | 14.4 | 15.3 | 14.8 | 18 | 19 | 18 | 17.5 | 16.4 |
| Sans les intérêts | 13 | 13.7 | 14.7 | 14.2 | 17.5 | 18.2 | 17.1 | 16.4 | 15.8 |
| Salaires | 6.7 | 7.2 | 7.7 | 7.9 | 8.9 | 9.3 | 8.5 | 8 | 7.6 |
| Intérêts | 1.2 | 0.8 | 0.6 | 0.5 | 0.5 | 0.9 | 0.9 | 1.1 | 0.6 |
| Solde primaire | 11.4 | -0.9 | -1.8 | 18.3 | 12.9 | 14 | 13.4 | 13.7 | 14.3 |
| Solde global | -4.3 | -1.6 | -2.4 | -6 | -5 | -3.1 | -2.4 | -5.8 | -6.8 |
Politique monétaire
La banque centrale du Mozambique n’a pas relâché sa politique monétaire en 2011. Elle vise, comme en 2010, à absorber l’excès de liquidité et ramener l’inflation sous-jacente sous la barre des 10 %. Le taux débiteur pour les banques commerciales a été relevé, passant de 14.5 à 16.5 %, et le niveau minimum de réserves obligatoires est passé de 8.5 à 9 % du total des dépôts. Du coup, la masse monétaire M3 a progressé de 20 % en 2011, contre 22.8 % en 2010. Un contexte extérieur favorable, lié au fléchissement des prix des carburants et des denrées vivrières, a permis de maintenir cette politique stricte. L’appréciation du metical par rapport au rand sud-africain a par ailleurs contribué à endiguer l’inflation. En rythme annuel, celle-ci n’a cessé de se tasser depuis décembre 2010, pour atteindre 5.5 %. À fin décembre 2011, la moyenne sur douze mois était de 10.8 %, après un pic de 15.37 % en avril. Ces deux chiffres sont inférieurs aux cibles initiales. À terme, les pressions inflationnistes devraient céder grâce à la politique de contraction monétaire et à la stabilisation de la monnaie. Mais le marché intérieur du crédit en a souffert. L’augmentation des crédits intérieurs à l’économie a marqué le pas, de 27.5 % en 2010 à 19.5 % en 2011, les taux débiteurs à un an atteignant un record en juillet 2011, à 23 %. Le défi actuel, pour les autorités, est d’arriver à arbitrer entre le développement du crédit au secteur privé et la maîtrise des pressions inflationnistes. Avec une inflation stabilisée autour de 5 à 6 % et sous réserve d’une exécution budgétaire effective, le pays devrait pouvoir s’autoriser un léger relâchement monétaire en 2012, pour favoriser un développement modéré du crédit.
Coopération économique, intégration régionale et commerce
Le Mozambique assure 70 % du transit des marchandises au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), grâce aux couloirs logistiques reliant les quatre pays voisins enclavés à ses ports en eau profonde. Le pays est aussi le champion africain du ratio aide/PIB, avec un taux moyen par habitant de 89.2 USD, même si les IDE sont devenus le premier moteur du développement et de l’intégration régionale. En 2011, les transports et les communications arrivaient en tête des projets d’IDE, avec 511.8 millions USD. Les partenaires émergents occupent une place grandissante. La Chine, deuxième investisseur étranger depuis 2010, devrait apporter plus de 13 milliards USD au cours des dix prochaines années, essentiellement dans les infrastructures (ports, routes et énergie). De leur côté, des opérateurs brésiliens prévoient d’investir 4 milliards USD à l’horizon 2015 dans l’agriculture, les ressources minières, les infrastructures et la santé.
La gamme des exportations, où l’aluminium ressort toujours à plus de 50 %, reste étroite. Seuls 15 produits ont représenté plus de 1 million USD d’exportations par an (noix de cajou, crevettes, coprah, sucre et coton notamment). Les exportations de charbon démarrées en 2011 devraient ravir la première place à l’aluminium. Mais à l’horizon 2018, quand l’usine de gaz naturel liquéfié (GNL) sera achevée, cette ressource pourrait s’imposer comme le premier produit d’exportation. Le Mozambique continue d’importer massivement des machines-outils, véhicules, carburants et biens de consommation durables en provenance d’Afrique du Sud (35 %), d’Asie (26 %) et d’Europe (24 %). Ses exportations partent principalement vers l’Europe (54 %). Le volume des échanges sous-régionaux reste faible, à 19 % du PIB. La fusion des tarifs au sein de la zone de libre-échange de la SADC, effective depuis 2008, n’est pas encore achevée. Le pays a signé des accords bilatéraux avec le Malawi et le Zimbabwe pour appliquer les règles d’origine en fonction de la valeur du produit. Il bénéficie d’un accès préférentiel aux marchés européens au titre de l’accord de partenariat économique (APE) signé en 2009 entre l’Union européenne (UE) et la SADC.
L’efficacité des douanes et la facilitation des échanges devraient s’améliorer avec l’introduction du guichet unique électronique Janela Única Electrónica, mais aussi du système d’imposition électronique e-tributação et d’autres applications informatiques internes (comme M/H20).
Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)
| 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Balance commerciale | -11.6 | -13.2 | -12.8 | -25.3 | -24 | -16.7 |
| Exportations de biens (f.o.b.) | 26.7 | 22.2 | 25.3 | 14.6 | 14.2 | 18.5 |
| Importations de biens (f.o.b.) | 38.3 | 35.4 | 38.1 | 39.9 | 38.2 | 35.2 |
| Services | -4.1 | -4.7 | -5.5 | -6.7 | -5.9 | -6.8 |
| Revenu des facteurs | -8.5 | -2.6 | -0.9 | -0.2 | -1 | -1.2 |
| Transferts courants | 7.8 | 7.9 | 7.1 | 6.6 | 5.4 | 4.7 |
| Solde des comptes courants | -16.4 | -12.6 | -12.1 | -25.6 | -25.5 | -20 |
Politique de la dette
Les autorités cherchent à mieux recouvrer l'impôt et à faire une programmation budgétaire prudente. Cependant, les investissements publics dans les infrastructures vont être relancés, pour satisfaire les besoins de développement, ce qui devrait porter le déficit budgétaire à 6 % du PIB à partir de 2013. L’impact sur la demande intérieure sera contrebalancé par les retours sur investissement, selon les pouvoirs publics. Pour financer le déficit, l'accent est mis sur l’emprunt intérieur et extérieur, y compris les prêts non concessionnels. Des bons du Trésor à cinq ans ont été émis en 2011 pour une valeur de 100 millions USD à cette fin. Mais pour éviter un phénomène d’éviction du secteur privé, le gouvernement entend plafonner le recours au financement sur capitaux intérieurs à 0.5 % du PIB. Le Mozambique a négocié avec le Fonds monétaire international (FMI) une limite d’emprunts non concessionnels de 900 millions USD pour les trois prochaines années, axés sur des investissements productifs. Par rapport aux prévisions initiales, il a malgré tout négocié avec prudence ses emprunts non concessionnels en appui au programme public d’investissements, sans rogner l’enveloppe globale des investissements pluriannuels. Au titre du nouveau guichet d’emprunts non concessionnels, le gouvernement a passé deux contrats qui ne représentent que 16 % du plafond. L’un est financé à hauteur de 66 millions USD par un prêt chinois signé en décembre 2010, pour moderniser l’aéroport de Maputo. L'autre porte sur une ligne de crédit de 80 millions USD de la Banque brésilienne de développement (BNDES), approuvée en avril 2011 pour la construction de l’aéroport de Nacala.
Selon l’analyse de la viabilité de la dette effectuée par le FMI et conformément aux plans révisés d’investissements et d’emprunts publics du pays, les indicateurs d’endettement sont inférieurs aux seuils de référence. C'est un signe de faible risque de surendettement, y compris à plus long terme. La dette extérieure devrait doubler en trois ans, passant de 2 milliards USD en 2010 à 4.2 milliards en 2013. En valeur, elle restera inférieure à 30 % du PIB, sachant que le service de la dette représentera en 2013 environ 5 % des exportations. L’augmentation du niveau d’emprunts non concessionnels créera de nouvelles difficultés et imposera le renforcement des capacités de gestion de l’endettement, en particulier des entreprises nationales et autres garanties souveraines. Un comité de gestion de la dette a été mis sur pied pour préparer le premier plan d’emprunt annuel de 2012 et faciliter la conclusion de la deuxième analyse de la viabilité de la dette par les autorités du pays. La stratégie d’endettement à moyen terme a été finalisée, et un dispositif périodique a été mis en place pour évaluer la soutenabilité de la dette.
Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)
Gouvernance économique et politique
Secteur privé
En juin 2011, le gouvernement a achevé la rédaction du nouveau projet de loi en matière d’insolvabilité, qui a remis à plat l'ancien dispositif et respecte désormais les normes internationales. Dans l’édition 2012 du rapport Doing Business de la Banque mondiale, le Mozambique recule de sept places. Les permis de construire sont cependant plus simples à obtenir, comme en témoigne le gain de trois places pour cet indice en 2012 (le Mozambique passe de la 129ème place en 2011 à la 126ème en 2012). La situation s’est le plus dégradée sur le front du crédit, avec un recul de 20 places (de 130ème en 2011 à 150ème en 2012). Les procédures pour créer une entreprise, acquitter les impôts et dédouaner des produits restent pesantes dans certains secteurs. Le gouvernement a mis fin aux subventions pour les prix alimentaires et les carburants en mars 2011 tout en maintenant certaines aides pour les transports dans les villes. Le droit du travail est extrêmement contraignant. Le coût non salarial d’embauche est faible, à l’inverse du coût d’un licenciement. Une loi récente était censée assouplir le marché du travail, mais elle a en même temps durci les règles en matière d’heures supplémentaires.
Secteur financier
Le secteur bancaire pêche par manque de concurrence, puisque 85 % des actifs financiers sont concentrés dans les trois premières banques du pays, étroitement liées à leurs homologues portugaises. À moyen terme, avec l’aggravation de la crise au Portugal, le secteur pourrait être fragilisé. La part des prêts non productifs reste stable, à 2 %, et la Banque centrale commence à introduire progressivement les règles de Bâle en matière de risques bancaires. La supervision a été renforcée avec la finalisation du cadre pour la résolution de la crise bancaire mais il faut poursuivre les travaux pour les modules liés aux règles de fermeture et de liquidation des banques, à la gestion des processus d’appels d’offres pour les opérations de privatisation, à la mise sous propriété publique temporaire et aux concours de trésorerie d’urgence.
Le secteur financier s’est développé plus vite que le reste de l’économie et l’intermédiation financière s’est améliorée. Les coûts d’emprunt restent élevés mais l’écart de taux d’intérêt entre taux débiteur et taux créditeur régresse (de 15 % en 2006 à 12 % en 2010). En proportion du PIB, le crédit au secteur privé reste modéré, ressortant à 29.8 % en 2010. Les marchés financiers sont embryonnaires et la Bourse de Maputo négocie surtout des titres d’État. Les institutions de microfinance ont connu un essor fulgurant ces dernières années, élargissant le champ d’action du secteur bancaire. Le secteur des assurances est pratiquement inexistant, représentant moins de 1 % du PIB.
La loi du 11 mars 2009 sur le taux de change est entrée en vigueur le 11 juillet 2011. Elle abolit les dernières restrictions de change pour les paiements et les transferts liés à des transactions internationales courantes. Elle introduit aussi une obligation de rapatriement des recettes réalisées à l’étranger et une conversion automatique de 50 % des gains d’exportation dans la monnaie locale. Cette disposition pourrait refroidir les investisseurs privés. Des avancées ont été obtenues pour remédier aux failles du système national de paiement mais des mesures d’accompagnement semblent indispensables. La priorité est d’achever la mise en place du système de règlement brut en temps réel (RBTR) et, surtout, des réglementations relatives aux droits et obligations des différents acteurs. Le système financier reste modeste et les niveaux d’exclusion élevés, les pauvres n’ayant pratiquement pas accès au crédit.
Gestion du secteur public, institutions et réformes
Les droits de propriété sont mal protégés et l’appareil judiciaire est jugé corrompu. Le pays manque de personnel juridique qualifié et les dossiers en instance s’accumulent dangereusement. Les tribunaux sont incapables de faire respecter les contrats et de procéder à des redressements judiciaires de sorte que la plupart des litiges commerciaux sont résolus de manière privée. Le cadre de gouvernance et de lutte contre la corruption du Mozambique achoppe sur de nombreuses difficultés. La responsabilité publique (pouvoir exécutif, pouvoir législatif et pouvoir judiciaire) comme la fonction publique sont considérées comme médiocres. Mais des progrès ont été obtenus en matière de permis et de réglementations pour les entreprises, au niveau des services des impôts et des douanes et dans le fonctionnement des institutions supérieures de contrôle des finances publiques. Le cabinet a approuvé en juillet 2011 la révision de la loi 6/2004 de lutte contre la corruption. Les lois 4/1990 et 7/1998 sur la déclaration des actifs sont attendues en 2012 dans le cadre d’un nouvel arsenal législatif en la matière. Après avoir gagné dix places dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International en 2010, le Mozambique en a reperdu quatre en 2011. Il se situe désormais au 130ème rang sur 180 pays, en raison d'une corruption perçue comme généralisée. L’attitude des fonctionnaires, qui réclament des pots-de-vin, est jugée problématique. Quant aux conflits d’intérêt entre les hauts responsables publics et leurs postes dans le secteur privé, ils se multiplient sans donner vraiment lieu à enquête.
Gestion des ressources naturelles et environnement
Le changement climatique pose un véritable défi écologique au Mozambique. Selon un rapport de 2010 de la Banque mondiale sur la question (Mozambique: Economics of Adaptation to Climate Change), l’impact du changement climatique au cours des 40 prochaines années entraînera un recul de 2 à 4 % des rendements des principales cultures et un léger fléchissement de l’approvisionnement énergétique (de l’ordre de 1.4 %). Le gouvernement, qui devrait élaborer une stratégie pour faire face au changement climatique, s’est pour l’instant contenté d’approuver un plan d’action. Il prépare actuellement un programme stratégique pour la résistance au changement climatique dans le cadre du Programme pilote pour la résilience climatique (PPCR). Le PPCR, mis en œuvre par les autorités avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAfD), de la Banque mondiale et de la Société financière internationale (IFC), est le premier programme du Fonds stratégique sur le climat relevant des Fonds d’investissement climatique (CIF) qui a sélectionné trois pays africains, dont le Mozambique, pour en tester la mise en œuvre. L’objectif du PPCR est d’inciter les pays à passer à une action à grande échelle et à modifier leurs habitudes à travers des projets pilotes qui montrent comment intégrer les risques et la résilience climatiques dans la planification du développement. Le Mozambique œuvre aussi activement pour ralentir la déforestation à travers le mécanisme de réduction des émissions dues au déboisement et à la dégradation des forêts (REDD). Cette initiative a permis d’adopter des mesures d’atténuation de la sécheresse dans le bassin du Limpopo, au Sud du pays, et d’organiser des interventions visant à conserver l’eau dans la province centrale de Tete.
Le processus de validation de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie) a nettement progressé. Le pays a mis en place les mécanismes institutionnels requis pour la validation, en publiant son premier rapport de réconciliation et en soumettant le rapport de validation au Conseil international de l’Itie en mai 2011. Il affiche de bons résultats pour 15 des 18 indicateurs, même si des faiblesses demeurent, liées au manque d’engagement de la société civile, à la diffusion limitée des rapports et au décalage entre les recettes tirées des industries extractives publiées par les autorités du pays et les chiffres des investisseurs privés. Le Mozambique a cependant obtenu un délai de grâce pour remédier à ces défauts et devra soumettre une version révisée de son étude exploratoire ainsi qu’un plan d’action pour la période 2011-13, qui seront à nouveau examinés par le Conseil.
Contexte politique
Le parti au pouvoir, le Frelimo, devrait rester la figure dominante du paysage économique et politique tout au long de la période de prévision. Le président Armando Guebuza a conforté son influence même si certains craignent que son style ne compromette l’efficacité des décisions prises par son gouvernement. Les pressions politiques discrètes en faveur d’un candidat plus jeune à sa succession se sont intensifiées.
La perspective des prochaines élections générales, prévues pour 2014, resserre le débat politique autour de l’efficacité des stratégies de lutte contre la pauvreté, des modifications à apporter à la législation électorale et des implications des résultats du scrutin municipal partiel organisé dans les villes de Cuamba, Quelimane et Pemba. En dépit de l'avis négatif des observateurs internationaux et d'une vive opposition interne, le Parlement, acquis au Frelimo, a autorisé les partis à être membres de la commission électorale. Alors même que le chef du parti d’opposition Résistance nationale du Mozambique (Resistência Nacional de Moçambique – Renamo) avait menacé de boycotter les municipales partielles, le scrutin s’est déroulé sereinement même si le taux de participation a plafonné à 20 %, bien en deçà des 40 % obtenus lors des précédentes élections locales, en 2008. Le Frelimo a pratiquement raflé tous les postes, à l’exception de Quelimane où le troisième parti, le Mouvement démocratique du Mozambique (Movimiento Democratico de Moçambique – MDM) a obtenu une victoire historique avec l’élection d’un deuxième maire issu de ses rangs (le premier est le chef du MDM, Daviz Simango, maire de Beira). Le contexte politique et social du pays a été marqué par une certaine instabilité du fait de menaces récurrentes du principal leader d’opposition, Afonso Dhlakama, d’organiser l’insurrection nationale en signe de protestation contre la « dictature » du Frelimo. A moyen terme, l’opposition devrait changer radicalement de visage car l’ancien parti dominant, le Renamo, est en pleine déconfiture et pourrait devoir s’effacer au profit d’un challenger, le MDM, qui siphonne ses talents et ses appuis. Avec la frustration croissante de ses membres, lassés de la férule d’Afonso Dhlakama, qui paraît de plus en plus déconnecté de la réalité, une scission pourrait intervenir au sein du Renamo. Mais le MDM devra travailler dur pour exploiter les faiblesses du Renamo, le parti n’ayant encore guère d’influence en dehors de la ville de Beira, qu’il dirige.
Analyse thématique : Promouvoir l’emploi des jeunes
Le chômage des jeunes fait partie des grands enjeux pour le développement du Mozambique, qui connaît une forte pression démographique (2.8 % par an), avec environ 300 000 nouveaux arrivants sur le marché du travail chaque année. Depuis dix ans, le pays jouit d’une croissance économique soutenue. Mais celle-ci est surtout le fait de projets à forte intensité de capital, en particulier dans le secteur des industries extractives. Par conséquent, la croissance n’a pas créé suffisamment de postes et le sous-emploi reste endémique. L’économie formelle est essentiellement urbaine et ne représente que 32 % de l’emploi total. La plupart des jeunes actifs sont contraints d’accepter des emplois marginaux dans l’économie informelle, en ville ou à la campagne. La pauvreté touche les zones urbaines comme les zones rurales, avec 54.7 % de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté fixé autour de 0.65 USD (18 MZN) par jour. Depuis six ans, le niveau de pauvreté stagne, faute de création d'emplois et de meilleure productivité dans le secteur agricole.
La guerre civile qui a pris fin en 1992 a laissé l’économie et le système éducatif exsangues, compliquant la relance du développement. Traditionnellement, les deux secteurs qui créent le plus d’emplois pour les jeunes sont l’agriculture et les PME. Mais les deux connaissent de grosses difficultés. Près de 70 % de la population reste rurale et tributaire de l’agriculture. Le secteur agricole consiste largement en des activités de subsistance, 99.6 % des exploitations étant considérées comme « petites ». La productivité stagne depuis dix ans, seule une poignée d’exploitations ayant accès aux services et aux marchés. Le développement des PME est freiné par le manque d’accès à des capitaux bon marché, une bureaucratie pesante et un piètre environnement des affaires. Ce secteur représente 42.8 % des emplois du pays et se développe au rythme de 7 % par an. Par conséquent, la capacité de ces deux secteurs à fournir suffisamment d’emplois, soit directs, soit indirects, est limitée pour l’instant et exigerait à la fois des investissements massifs et des réformes de la part des pouvoirs publics.
Les adultes du Mozambique ont le plus faible niveau d’éducation au monde (pas plus de 1.2 an d’enseignement formel). Le manque de compétences de la main d’œuvre reste un sérieux problème pour les employeurs, qui ne peuvent trouver des travailleurs qualifiés ni promouvoir une culture entrepreneuriale. Même si le niveau d’éducation progresse, le taux net de fréquentation du secondaire n’est que de 20 %. L’éducation est gratuite mais les frais annexes (uniformes et fournitures scolaires) représentent une vraie contrainte pour les ménages les plus vulnérables. L’augmentation des effectifs a rejailli sur la qualité de l’éducation et a conduit le gouvernement à être moins exigeant dans les critères de recrutement des enseignants, afin de satisfaire la demande. L’absorption des jeunes dans le système éducatif aurait induit une baisse temporaire de l’augmentation de la population active – qui progresse actuellement à un taux estimé de 0.4 % par an. En outre, le faible niveau éducatif des employés rend la formation professionnelle complexe et a poussé certaines entreprises étrangères à faire venir leur propre personnel pour occuper les postes clés. Pour contrer cette tendance et favoriser la « mozambicanisation » des nouveaux projets, le gouvernement a introduit des quotas de main d’œuvre étrangère, qui vont de 10 % pour les petites entreprises à 5 % pour les grands projets.
L’Institut national de formation professionnelle (IEFP) forme 156 000 diplômés par an. Il a mis en place depuis 2006 un programme intégré d’enseignement professionnel (PIREP), avec le soutien de la Banque mondiale et d’autres donneurs. Mais pour répondre à la demande, l’IEFP doit augmenter ses promotions de diplômés et actualiser ses programmes. Le gouvernement a déjà rédigé un projet de loi portant création d’une autorité nationale pour l’enseignement professionnel, dotée d’un comité de pilotage où siègeraient des représentants des ministères de l’Éducation et du Travail, des syndicats et du secteur privé. Cette nouvelle entité sera chargée de coordonner la décentralisation et le déploiement dans les provinces de centres d’enseignement professionnel. Elle bénéficiera du soutien d’un nouveau fonds pour l’enseignement professionnel, qui sera financé par un prélèvement de 1 % sur les salaires du secteur privé. Les centres provinciaux seront dirigés par des représentants locaux et travailleront en concertation avec les centres pour l’emploi.
Les stratégies de développement comprennent un plan quinquennal, le PARP (2011-14) et la stratégie de réduction de la pauvreté urbaine (2010-14). Tous les trois font de l’emploi une priorité. Mais aucune stratégie explicite ne vise à promouvoir l’emploi des jeunes. Après les émeutes qui ont éclaté à Maputo et ailleurs en septembre 2010, la pression sur le gouvernement s’est accentuée. Les autorités disent réfléchir à l’extension des systèmes de garantie de l’emploi pour inclure les jeunes, ainsi qu'à l'adoption de mesures de protection sociale pour les plus vulnérables.
L’Organisation internationale du travail (OIT) a mis sur pied un programme en faveur du travail décent qui fait de l’emploi des jeunes un axe prioritaire. Mais il n’a pas encore réuni tous les financements nécessaires. Le gouvernement envisage de mettre en place en 2012 un observatoire de l’emploi.
Carte du pays
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Contexte social et développement humain
Développement des ressources humaines
Les principaux indicateurs du développement humain et social ont nettement progressé, avec un recul significatif sur le front de la mortalité maternelle et infantile et une hausse des taux nets de scolarisation. Le Rapport sur le développement humain 2011 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) classe le Mozambique parmi les 25 pays affichant les meilleures performances (mesurées en augmentation en valeur absolue), avec une progression moyenne de 2.49 % depuis 2000. Bien qu’en recul d’une place cette année, le pays continue d’avoir de bons indicateurs pour l’espérance de vie et la durée attendue de la scolarité. Sa mauvaise position dans le classement général (184e sur 187 pays) s’explique surtout par l’indicateur du nombre d’années moyennes de scolarisation. Cet indicateur reste faible, mais par nature, il faut du temps pour le faire évoluer.
Pour 2012, le total des ressources allouées aux secteurs prioritaires ressort à 23.35 milliards de meticals (MZN), dont l’éducation et la santé absorbent 9.61 milliards, soit respectivement 41.1 et 20.3 % des dépenses totales (hors subventions pour le service de la dette). Par le passé, l’essentiel des efforts était destiné à élargir l’accès à l’éducation et à la santé. Le plan stratégique pour l’éducation 2012‑16 continue de privilégier l’enseignement primaire. Il a pour objectif d'assurer l’accès et la rétention de tous, d’améliorer les résultats d’apprentissage et de garantir une bonne gouvernance. Mais le secteur de l’éducation a fortement évolué : après une forte hausse, les nouvelles inscriptions devraient se tasser en 2011. Le nombre d’enfants scolarisés en premier cycle du primaire (EP1) a reculé de 3 %, contre une chute de 15 % pour les effectifs du deuxième cycle primaire (EP2). On note toutefois une légère amélioration du taux d’encadrement, qui est passé de 61 élèves pour un enseignant en 2009 à 58 pour un en 2010. En 2012, seuls 8 500 enseignants sur les 15 000 requis devraient être embauchés.
La transformation de l’enseignement primaire en « cycles et promotion par cycles d’apprentissage » peine à donner les résultats attendus. La baisse du taux d’achèvement en primaire se conjugue à un impact négatif sur le taux d’achèvement attendu en 7e année. En 2010, les taux d’échec ont été particulièrement importants dans les dernières années, avec des taux d’achèvement de 63 % en 5e année, 64 % en 7e année, 51 % en 10e année et seulement 7 % en 12e année. Dans l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) et les cours du soir, les taux de réussite sont encore plus faibles. Face à ces tendances, la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) relatifs à l’éducation paraît de moins en moins probable.
Le paludisme reste la première cause de morbidité et de mortalité dans le pays. Le Mozambique figure parmi les 22 pays au monde ayant le plus fort taux de tuberculose. Selon les estimations, le pays compterait chaque année environ 40 000 nouveaux cas de tuberculose à frottis positifs. Les analyses tendancielles du budget de la santé révèlent qu’il n’y a eu pratiquement aucune hausse des allocations de fonctionnement, alors même que la masse salariale devrait augmenter et que le réseau sanitaire, en plein essor, exige un budget courant plus substantiel.
Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail
Au Mozambique, une part de 80 % de la population active n’a pas achevé le second cycle primaire et 13 % seulement a terminé le cycle secondaire. Le profil de compétences pose de sérieuses difficultés pour améliorer la productivité et l'emploi. Le gouvernement poursuit une réforme ambitieuse visant à aligner le système de formation technique et professionnelle sur les besoins du marché et à promouvoir la viabilité financière du système d’enseignement professionnel. L'objectif : relever à la fois la quantité et la qualité des formations dispensées. D'où la nécessité de mobiliser davantage le secteur privé et de suivre les dynamiques d’une main-d’œuvre et d’une économie en plein essor (création d’un observatoire du marché du travail).
Les émeutes de septembre 2010 ont fait de la protection sociale un sujet prioritaire. A ce jour, elle représente moins de 0.2 % du budget général et ne concerne que 8.3 % des ménages pauvres. L’initiative la plus importante consiste à mettre en place des transferts monétaires sans conditions pour les 150 000 personnes les plus vulnérables (personnes âgées et malades chroniques). Les dispositifs existants ont une couverture limitée, n’offrent qu’une aide parcellaire et manquent de ressources. Pour pouvoir mettre en place sa Stratégie nationale pour une sécurité sociale de base (ENSSB 2010-14), le gouvernement a approuvé une série de programmes de protection sociale de base en 2012.
Près de 300 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. Le déploiement de filets de sécurité sociale contre le chômage urbain et la précarité relève du Plan stratégique pour la réduction de la pauvreté urbaine (Perpu). Ce dernier cherche à favoriser l’insertion des jeunes et des chômeurs urbains sur le marché du travail en leur apportant des compétences.
Égalité hommes-femmes
Ces dix dernières années, le Mozambique a adopté un ensemble de politiques d’égalité des sexes bien conçues et réfléchies, conformes à l’engagement du pays en ce sens, parmi lesquelles une politique nationale hommes/femmes en vigueur depuis 2006. À ce stade, tout le problème consiste à traduire ces textes en actions concrètes. Le principe du droit des filles et des femmes à l’éducation semble largement accepté, mais il reste encore beaucoup à accomplir pour faire évoluer les structures et les pratiques. La prévalence du VIH/sida est un autre problème majeur dans la mesure où les femmes, surtout jeunes, en sont les premières victimes.
Bien que la scolarisation des filles en primaire ait progressé, le chemin est encore long pour réduire l’écart avec les garçons et augmenter leur présence dans l’enseignement primaire supérieur comme dans l’enseignement technique et professionnel. Dans le supérieur, la proportion des étudiantes est restée constante ces dernières années, avec un indice de parité entre les sexes de 0.49. Le pays progresse sur la voie de la représentation politique des femmes ainsi que dans les structures de décision, y compris aux échelons décentralisés. Mais des actions stratégiques doivent être engagées pour lutter contre les inégalités dans les zones rurales et dans les entreprises formelles.