• En 2012, Madagascar a enregistré une faible croissance du produit intérieur brut (1.9 %, contre 1.6 % en 2011), mais les perspectives pourraient être de 3 % en 2013 et 4 % en 2014 si les élections prévues en 2013 mettent un terme à l’instabilité.

  • La crise politique, qui dure depuis quatre ans, a entraîné une détérioration du climat des affaires, renforcé des dérapages dans la gouvernance et accentué les conditions de vie de la population, malgré quelques progrès dans l’éducation et la lutte contre le VIH/sida.

  • Madagascar dispose de richesses en ressources naturelles importantes et diversifiées, dont la contribution au budget national reste faible mais pourrait croître rapidement, surtout avec le développement des grands projets d’extraction d’ilménite, de nickel et cobalt.

Vue d'ensemble

Après un taux négatif en 2009 (-4.1 %) et de 0.5 % en 2010, la croissance économique a progressé en 2011, à 1.6 %. Cependant, elle reste faible comparée à la croissance moyenne des pays d’Afrique subsaharienne, estimée à 5.3 %1 par le Fonds monétaire international (FMI). Le taux de croissance de 2012 s’est élevé à 1.9 %, tiré essentiellement par les industries extractives2, les transports (soutenus par la reprise du tourisme) et les exportations des zones franches. Les autorités ont su appliquer une politique budgétaire restrictive afin de faire face à la réduction des aides extérieures, conséquence de la crise politique qui secoue le pays depuis 2009. Elles ont suivi une politique monétaire prudente et réussi à contenir le déficit budgétaire à 3.1 % du PIB (contre 1.7 % en 2011). De même, elles sont parvenues à limiter la hausse des prix en moyenne annuelle à 6.4 %, alors qu’elle était de 9.8 % en 2011. Le déficit du solde courant s’est creusé à 8.3 % du PIB, contre 6.9 % du PIB en 2011. C’est la conséquence d’une détérioration plus importante du solde commercial et de la balance des services qui n’a pu être compensée par l’amélioration du solde des transferts courants et de celui des opérations financières et en capital. Enfin, si les élections censées mettre fin à la crise sont organisées en 2013 comme prévu, le rythme de la croissance pourrait s’accélérer en 2013 et 2014, pour s’établir respectivement à 3 % et 4 %. Il bénéficierait de l’expansion des industries extractives, de la reprise progressive des financements extérieurs favorables aux bâtiments et travaux publics (BTP), et du dynamisme du commerce et du tourisme.

La durée de la crise a contribué à appauvrir la population et à détériorer les indicateurs sociaux. En 2010, environ 77 % de Malgaches vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Cette proportion se serait accrue en 2011 et 2012, même s’il manque de données récentes pour la confirmer. Le prolongement de la tension politique compromet l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), malgré les quelques progrès enregistrés dans les domaines de l’éducation et de la lutte contre le VIH/sida. Le PIB par tête d’habitant s’est établi en 2012 à 927 545.4 MGA (ariarys malgaches, soit 449 USD), en recul de 4.2 % par rapport à 2011, alors que la population croît à un rythme annuel de 2.8 %. La situation en matière de gouvernance et de climat des affaires s’est également détériorée, et les initiatives concernant les réformes ont été limitées.

Madagascar, qui regorge de gisements de ressources naturelles très importantes et diversifiées, n’a pas pu faire de ces richesses des atouts pour opérer des changements structurels majeurs au niveau de l’économie. En cause notamment : la récurrence des crises politiques depuis les années 70, la faible compétitivité des fournisseurs ou transformateurs locaux, l’insuffisance d’infrastructures de transport et la faible qualité des services publics. La contribution des ressources naturelles au budget national est encore faible, mais elle est appelée à croître rapidement avec la mise en œuvre des grands projets miniers.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (S)

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

 2011201220132014
Taux de croissance du PIB réel1.61.934
Taux de croissance du PIB réel par habitant0.50.81.92.9
Inflation IPC9.86.410.48.9
Balance budgétaire % PIB-1.7-3.1-3-2.2
Balance courante % PIB-6.9-8.3-7.6-5.7

Développements récents et perspectives

Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

 20072012
Agriculture, sylviculture et pêche--
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche26.428.7
Construction44.5
Electricité, gaz et eau1.11.3
Electricité, eau et assainissement--
Extractions--
Finance, assurance et solidarité sociale--
Finance, immobilier et services aux entreprises16.715
Services des administrations publiques--
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100
Industries manufacturières15.313.7
Mines0.10.3
Autres services0.20.4
Administration publique et services personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels6.36.1
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Services sociaux--
Transports, entreposages et communications18.417.6
Transport, communications et information--
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants11.412.3
Vente en gros et de détail, immobilier--

En 2012, l’activité économique a pâti de plusieurs facteurs. Le premier est la crise politique prolongée qui a eu des répercussions négatives sur les activités du secteur privé ainsi que sur le volume des financements extérieurs. La récurrence des catastrophes naturelles (cyclones, inondations) a également affecté le secteur primaire, cependant que les fluctuations du marché international, notamment des prix de l’énergie, ont aggravé les performances de l’économie. Le gouvernement a accru les subventions aux sociétés pétrolières pour contenir les prix du carburant à la pompe. Selon les données du Trésor public, elles se sont élevées à 211.83 milliards MGA, soit 1 % du PIB.

En conséquence, le taux de croissance économique du PIB réel est estimé à 1.9 % en 2012, à peine supérieur à celui de 2011 (1.6 %). Selon les données de la loi de finances de 2013, le secteur secondaire demeure le moteur de la croissance, avec une progression de 3.8 %, soit 0.4 point de plus qu’en 2011. Une performance due essentiellement aux industries extractives et à la reprise des exportations des zones franches. Ces exportations, qui ont subi de plein fouet la suspension de Madagascar au sein de l'African Growth and Opportunity Act (Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique, Agoa), devraient croître de 4.8 % (contre -0.7 % en 2011) grâce à la diversification des marchés vers l’Europe et l’Asie. Grâce au regain de l’activité touristique et aux branches liées au transport, le secteur tertiaire a progressé de 2.7 %, après un repli de 0.7 % en 2011. Quant à la croissance du secteur primaire, elle demeure faible, à 0.2 %. Elle subit surtout la contreperformance du sous-secteur de la sylviculture, résultat de la suspension de la délivrance de permis d’exploitation de bois précieux, mais aussi de perturbations cycloniques récurrentes affectant la production agricole. Du côté de la demande, le taux d’investissement global s’est contracté à 13.9 % du PIB en 2012 (contre 14.4 % en 2011). Ce taux reflète la fin de la construction des grands chantiers dans le secteur privé et la faiblesse des financements extérieurs s’agissant de l’investissement public. Rapportée au PIB, la consommation totale s’est établie à 100.6 % en 2012, en hausse de 1 point par rapport à 2011. Une performance surtout due à la composante privée, et notamment aux achats des entreprises minières.

Enfin, les perspectives de croissance devraient être meilleures en 2013 et 2014, avec des prévisions estimées respectivement à 3 et 4 %. Elles tiennent compte de l’organisation des élections présidentielle et législatives fixées à juillet et septembre 2013, et au retour progressif de l’aide extérieure à partir de 2014, une fois la situation institutionnelle normalisée. Le secteur secondaire restera la locomotive de la croissance, tirée essentiellement par les industries extractives, avec une hausse de la production d’ilménite par la société QMM et de nickel et cobalt par le projet Ambatovy. Le secteur tertiaire bénéficiera de la relance du secteur touristique et des BTP, à la faveur d’une reprise plus importante de l’aide extérieure. Enfin, la relance du financement des projets agricoles par les principaux donneurs devrait contribuer à relance de la production agricole.

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

En 2012, le pays a poursuivi une politique budgétaire restrictive pour faire face au choc de la réduction des aides extérieures. Le ralentissement de l’activité économique s’est notamment traduit par une diminution du chiffre d’affaires des entreprises, occasionnant des manques à gagner sur les impôts sur le revenu et la TVA. Malgré cela, grâce à une meilleure mobilisation des ressources fiscales intérieures, les recettes totales (hors dons) sont estimées à 2 356.85 milliards MGA, en progression de 4.5 % par rapport à 2011. Cet effort a permis de compenser les manques à gagner sur les recettes issues du commerce international. Le gouvernement, en effet, a dû se priver de 64.5 milliards MGA de recettes douanières après les mesures de blocage des prix à la pompe qui ont provoqué la suspension du paiement d’une tranche des taxes sur les produits pétroliers et de la TVA associée.

Toutefois, rapportées au PIB, les recettes totales ne représentaient que 11 %, contre 11.3 % en 2011. Le taux de pression fiscale est ainsi ressorti à 10.9 %, en baisse de 0.2 point par rapport à 2011. La mobilisation des dons extérieurs (constitués essentiellement de dons projets) reste faible en raison de la conjoncture politique. Leur montant est estimé à 246.6 milliards MGA en 2012 (1.2 % du PIB), en réduction de 37 % par rapport à 2011. Les dépenses totales sont évaluées à 3 317.1 milliards MGA (environ 15.3 % du PIB, contre 14.9 % en 2011) et se répartissent en dépenses courantes (11.2 % du PIB) et investissements (4 % du PIB). En termes d’exécution, le taux d’engagement général (hors intérêts) du budget général est ressorti faible, à 52.41 % à la fin 2012. Les taux d’engagement ont été supérieurs à 90 % pour les dépenses courantes (dette, solde, fonctionnement), mais celui du programme d’investissement n’a été que de 44.98 %. Malgré la priorité donnée aux dépenses courantes, l’exécution du budget n’a pas permis au service public en général d’être efficace, à cause de la contrainte des ressources. Les secteurs identifiés comme prioritaires en 2012, tels la santé, l’éducation, le soutien à la production agricole, le renforcement de la sécurité alimentaire, celui de la sécurité des biens et des personnes et la consolidation du secteur de l’énergie, ont reçu environ 40 % des ressources du budget général. L’exécution du budget de 2012 s’est soldée par un déficit budgétaire estimé à 3 % du PIB, alors que la loi de finances affichait un objectif initial de 1.6 %. Pour financer le déficit, les autorités ont eu recours au système bancaire, en particulier par l’émission des bons du Trésor par adjudication (BTA) et aux tirages sur les prêts projets en cours. Selon les statistiques de la Direction de la dette publique, leur montant s’est élevé à 56.3 millions de droits de tirage spéciaux (DTS) de janvier à octobre 2012.

La loi de finances 2013 prévoit la poursuite d’une politique budgétaire modérément restrictive afin de réduire le déficit budgétaire à 1.6 % du PIB, tout en favorisant la relance de l’économie. La politique fiscale se concentre sur la stabilisation du taux d’imposition, la non-création de nouveaux impôts et le renforcement des mesures de lutte contre les fraudes fiscales. Ainsi, avec la normalisation attendue de la situation politique, les recettes totales devraient s’établir à 12.9 % du PIB. Les dons devraient s’accroître de 45.3 % par rapport à 2012, compte tenu de la reprise de la plupart des projets sur financements extérieurs, pour s’établir à 2.1 du PIB. Quant aux dépenses totales, elles devraient progresser de façon modérée à 8.5 % (10 % pour les dépenses courantes et 3.6 % au titre du Programme d’investissement public), représentant 15.9 % du PIB.

Tableau 3 : Opérations financières de l'état (pourcentage du PIB)

 200920102011201220132014
Recettes totales (avec dons)12.814.313.212.212.914.1
Recettes fiscales10.710.911.110.910.710.2
Recettes pétrolières------
Dons1.71.91.91.22.13.6
Dépenses totales (et prêts nets) (a)15.315.114.915.315.916.3
Dépenses courantes10.510.110.711.211.912.3
Sans les intérêts9.79.31010.210.610.6
Salaires4.85.25.35.65.86
Intérêts0.80.80.711.31.7
Solde primaire-1.8-0.1-1-2.1-1.7-0.5
Solde global-2.5-0.9-1.7-3.1-3-2.2

Politique monétaire

Madagascar ne fait partie d’aucune union monétaire. La Banque centrale de Madagascar (BCM) mène une politique monétaire prudente, afin de maintenir la stabilité interne et externe de la monnaie. L’année 2012 a été marquée par une dépréciation nominale de la monnaie nationale, l’ariary, de 4.8 % par rapport à l’euro et de 5.6 % par rapport au dollar américain. Toutefois, les interventions de la Banque centrale sur le marché monétaire par le biais d’opérations de refinancement ou de reprise de liquidité ont permis de contenir les fluctuations de l’ariary par rapport aux principales devises. Ces fluctuations du taux de change n’auraient eu que peu d’impact sur les échanges extérieurs, qui restent surtout déterminés par la capacité de production nationale et la nature et la qualité de la demande extérieure.

La hausse des prix a été contenue en moyenne annuelle à 6.4 % à la fin 2012, alors qu’elle était de 9.8 % en 2011. La hausse des prix des produits alimentaires a été modérée (+3.5 %) grâce à un bon approvisionnement du marché national. La composante « énergie » a accusé la plus forte hausse (+8.9 %), en lien avec les fluctuations de prix sur le marché international. L’année 2012 a été caractérisée par une accélération de l’expansion des agrégats monétaires. Ainsi, selon les données de la loi de finances 2013, la masse monétaire a enregistré une hausse de 48 milliards MGA sur les neuf premiers mois de l’année, à la suite de l’accroissement des créances nettes sur l’État de 43.1 %, et des crédits à l’économie de 9 %. Et cela malgré la détérioration de l’environnement économique qui conduit les banques à une plus grande prudence. En revanche, les avoirs extérieurs nets ont enregistré un recul de 295.5 milliards MGA sur la période en raison de la hausse plus importante des importations, réduisant les réserves de change à 3.5 mois d’importation, contre 3.9 mois en 2011. Il faut noter que la BCM a maintenu son taux directeur à 9.5 %, inchangé depuis août 2009, ce qui a permis aux taux sur le marché monétaire de rester stables depuis 2011.

Pour 2013 et 2014, les autorités malgaches comptent poursuivre une politique monétaire prudente, de façon à conserver la stabilité des prix. La Banque centrale veut accentuer le retrait des excédents de liquidité à travers les instruments indirects de politique monétaire.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

Madagascar appartient à plusieurs organisations sous-régionales : Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Common Market for Eastern and Southern Africa – Comesa), Communauté de développement de l’Afrique australe (Southern African Development Community – SADC) et Commission de l’océan Indien (COI). Depuis le changement anticonstitutionnel de gouvernement en mars 2009, le pays a été suspendu des organisations régionales et continentales. Le commerce intrarégional reste peu développé. En 2010 et 2011, les exportations de Madagascar vers la SADC et le Comesa représentaient en moyenne 5 et 4 %, alors que les importations en provenance de ces deux blocs régionaux étaient respectivement de 12 et 8 % en moyenne. Madagascar a conclu un accord de partenariat économique (APE) intérimaire avec l’Union européenne en août 2009, qui est entré en vigueur en janvier 2013. Cet accord couvre l’accès au marché, la pêche et la coopération au développement. Il est encore trop tôt pour juger des impacts sur le commerce et les recettes douanières.

Au niveau des échanges extérieurs, 2012 a été marqué par une aggravation du déficit du solde courant, qui est ressorti à 8.3 % du PIB, contre 6.9 % en 2011. Une situation résultant de la détérioration plus importante du solde commercial et de la balance des services, qui n’a pu être compensée par l’amélioration du solde des transferts courants et de celui des opérations financières et en capital. En 2012, les exportations de biens ont crû de 3 % en volume et représenté 12.4 % du PIB. Outre les exportations de la zone franche qui ont repris et équivalent, en valeur, à environ 40 % des exportations totales, les principaux produits exportés ont été le girofle3 (12.42 %), les produits pétroliers (6.84 %) et le sucre (2.26 %). Les importations de biens ont augmenté de 2.8 % en volume, représentant 23.8 % du PIB. Les principaux produits importés ont été les produits pétroliers (23 %), les matières premières (18 %), les importations des zones franches (15.7 %), les biens de consommation (12.6 %) et les produits alimentaires (9.8 %). Ces pourcentages sont fonction de la valeur totale des importations (CIF). Le net flux des investissements directs est ressorti à 507.7 millions de DTS, malgré la fin de la phase de construction dans le secteur minier. Les flux d’IDE proviennent essentiellement du Canada, du Japon, de la Corée du Sud, du Royaume-Uni, de Maurice et de la France. Le secteur minier est resté le principal destinataire de ces flux en 2012, suivi par les activités financières, la distribution pétrolière, la construction et les BTP, ainsi que les activités de fabrication.

Selon les données provisoires de la Banque centrale, l’évolution de l’indice de compétitivité, mesuré par le taux de change effectif réel (TCER) en glissement annuel, indiquait une perte de compétitivité du pays en 2011 et sur les huit premiers mois de 2012. Le TCER affichait fin août 2012 une appréciation de 4.6 % par rapport à fin décembre 2011 et de 1.7 % en glissement annuel par rapport à août 2011. Cette perte de compétitivité résulte de l’inflation intérieure qui a été plus importante que celle des pays partenaires. Cependant, elle a eu assez peu de répercussions sur les échanges commerciaux et financiers.

Les perspectives pour 2013 indiquent une amélioration du déficit commercial induite par la hausse des exportations (tirées par les produits miniers) plus importante que l’augmentation des importations. Il en sera de même pour le solde des transferts qui bénéficiera à la fois de la hausse des transferts officiels consécutifs à la reprise progressive de l’aide et de celle des transferts privés. Le compte courant s’en trouvera amélioré, avec un déficit qui pourra être réduit à 7.6 % du PIB, contre 8.3 % en 2012.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2004200920102011201220132014
Balance commerciale-10-19.5-12.3-9.5-11.4-10.5-8.8
Exportations de biens (f.o.b.)22.812.312.314.812.412.812.9
Importations de biens (f.o.b.)32.931.824.624.323.823.321.6
Services-4.8-4.2-1.6-1.6-1-0.7-0.3
Revenu des facteurs-1.8-1.1-1-1.7-0.7-0.7-0.5
Transferts courants7.53.65.65.94.84.33.8
Solde des comptes courants-9.1-21.1-9.4-6.9-8.3-7.6-5.7

Politique de la dette

La dernière analyse de soutenabilité de la dette malgache a été effectuée en juin 2008 par le FMI et la Banque mondiale. Cet exercice n’a plus été renouvelé depuis lors en raison de la crise politique. Néanmoins, on constate que le stock de la dette publique totale reste relativement faible du fait des possibilités d’endettement limitées auprès des donneurs classiques. Selon les données de la Direction de la dette publique de Madagascar, l’encours de la dette publique totale était estimé, fin 2012, à 6 410.48 milliards MGA (1 895.53 millions DTS), soit 29.5 % du PIB. La dette publique extérieure représentait 77.5 % de l’encours total. Elle était constituée de 77 % de dette envers les organisations internationales, 18 % de dette bilatérale et 5 % de dette aux créanciers privés. L’encours de la dette intérieure (23 % de l’encours total) était constitué à 77 % par des bons du Trésor par adjudication (BTA) et à 23 % par des titres de créances négociables (TCN). L’État a accusé quelques arriérés de paiement extérieurs, notamment envers la Libye (49 milliards MGA) et la Russie (60 milliards MGA). Un retard dû à l’instabilité politique pour le premier pays, et à l’attente de la finalisation d’accords pour la Russie. Avec la reprise progressive de nouveaux financements prévus en 2013 par certains partenaires (BAD, Banque mondiale), en particulier sous forme de prêts, le stock de la dette extérieure devrait s'accroître, tout en restant sous contrôle.

Figure 2 : Part de l'encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

Gouvernance économique et politique

Secteur privé

Le climat des affaires continue de se détériorer en raison du manque de visibilité sur le plan politique : le pays a reculé de quatre places dans le classement annuel du rapport Doing Business 2013, en passant du 138e rang (sur 183 pays) en 2012 au 142e (sur 185 pays) pour 2013. Ce recul a affecté tous les indicateurs, à l’exception de celui de la création d’entreprises, pour lequel un gain de deux places a été enregistré. Par ailleurs, aucun changement n’a été constaté pour les indicateurs concernant l’obtention de prêts et le règlement de l’insolvabilité.

Le recul le plus important a trait à l'obtention des permis de construire. Parmi les contraintes majeures qui empêchent l’amélioration du climat des affaires figurent la protection des investisseurs, l’accès régulier à électricité du fait de délestages fréquents, l’exécution des contrats et les transferts de propriété. Des guichets fonciers ont été mis en place à travers le pays pour faciliter notamment la délivrance des titres. Mais certains ont été fermés en 2012 par le ministère de tutelle pour résoudre les problèmes de gouvernance auxquels ils étaient confrontés. Pour faire face à la plupart de ces contraintes, un plan de relance économique est en cours d’élaboration sous l’impulsion du secteur privé malgache.

Secteur financier

Le secteur financier malgache est peu développé et la couverture du territoire national reste limitée. Ce secteur compte actuellement 11 banques, 6 établissements financiers et 31 institutions de microfinance (IMF). Le taux de bancarisation reste faible, environ 5 % de la population. En septembre 2012, les IMF touchaient 21 % des ménages, en progression de 1.5 point par rapport à fin 2011. Les marchés financiers comprennent le marché monétaire (échanges interbancaires et open market) et le marché des BTA. Aucune réforme de la réglementation financière n’a été conduite au cours de ces dernières années. Par ailleurs, la crise politique et économique a affecté la qualité du portefeuille des banques. Les créances douteuses représentaient ainsi 14.4 % du total des créances à la fin juillet 2012, selon les statistiques de la Banque centrale. Ces éléments traduisent les difficultés que rencontrent les banques à honorer leurs engagements. Le système financier reste liquide, avec 50.2 % des avoirs bancaires détenus sous forme de trésorerie en juillet 2012, contre 48.2 % en juillet 2011. Enfin, les financements à long terme sont difficilement mobilisables4, en particulier par les petites et moyennes entreprises, et les coûts des emprunts à long terme restent assez élevés : en moyenne entre 10 et 11 % en 2011 et 2012. Pour les années à venir, la Banque centrale compte renforcer l’évaluation des institutions de microfinance. Le pays s’est doté d’une stratégie nationale de la finance inclusive 2013-17.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

Le processus de privatisation des entreprises est resté suspendu en 2012, la période de crise politique n’étant pas favorable à la mise en œuvre de réformes structurelles importantes. Toutefois, si les élections de 2013 débouchent sur une reconnaissance internationale, le pays pourrait de nouveau conclure un programme avec le FMI, ce qui permettrait de mettre l’agenda des réformes au centre de la politique économique. L’État possède toujours des parts dans le capital de plusieurs entreprises opérant dans les secteurs tels que l’énergie, les télécommunications, l’agro-industrie et le transport aérien. Une amorce de dialogue public/privé a également été lancée en juin 2012 à l’initiative de la primature. Il portait sur la corruption, la fiscalité et les contrôles fiscaux intempestifs, l’insécurité et le manque de visibilité.

Au niveau des finances publiques, malgré la contrainte des ressources, les autorités ont continué à mettre en œuvre des réformes engagées avant la crise. Elles touchent au budget programme, aux marchés publics, au contrôle hiérarchisé de la dépense et aux mesures de renforcement des régies de recettes. Avec la reprise progressive des financements au secteur de la gouvernance, le ministère des Finances a élaboré en interne un Plan d’action 2013-15 afin de renforcer la gestion des finances. Il n’aurait pas vocation à engager des réformes profondes, mais seulement à contribuer à la consolidation les acquis des réformes avant la crise, selon le ministère. Le processus est en cours.

Gestion des ressources naturelles et environnement

Madagascar est classé par les géologues parmi les pays dits de « mégadiversité », car il abrite environ 2 % de la biodiversité mondiale. Son riche sous-sol et sa législation fiscale très favorable attirent de plus en en plus de grands groupes miniers. Leurs investissements massifs posent cependant des défis environnementaux importants, surtout au regard des faibles capacités des pouvoirs publics pour s’assurer qu’ils respectent bien les normes environnementales. De plus, les ressources naturelles sont menacées à la fois par les effets du changement climatique, la déforestation et la dégradation des espaces naturels. Madagascar, en effet, est situé dans le bassin du sud-ouest de l’océan Indien, une des grandes zones de formation de cyclones dans le monde. En outre, il est sujet aux inondations et à la sécheresse. Le pays dispose d’une charte de l’environnement depuis 1990, du Plan d’action national à l’adaptation au changement climatique (Pana) adopté en 2006, et d’une politique nationale pour le changement climatique. Par ailleurs, il s’est doté en 2010 d’une stratégie nationale de mécanisme de développement propre, l’un des trois mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto.

Le pays s’est bien doté d’une législation empêchant l’exploitation et l’exportation illicite de bois de rose. Elle inclut l’ordonnance 2011-001 portant répression des infractions relatives aux bois précieux et l’ordonnance 2010-141 interdisant leur coupe, leur exploitation et leur exportation. Mais la volonté politique et la capacité réelle du gouvernement à faire appliquer ces textes restent problématiques. On ne compte plus les cas d’exportations illicites de bois de rose, notamment vers la Chine, comme les rapporte couramment la presse locale.

Au regard de son potentiel en ressources naturelles, et notamment minières, Madagascar a adhéré à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Extractive Industries Transparency Initiative – EITI) et a accédé au statut de pays candidat en février 2008. Mais il a été suspendu de cette initiative en octobre 2011, dans l’attente de la normalisation de la situation politique. Les recettes budgétaires générées par l’exploitation des ressources naturelles restent encore faibles. Selon le rapport de réconciliation des données de l’EITI 2010 rendu public en 2012, les revenus du secteur minier reversés au budget national étaient estimés à quelque 291 milliards MGA, représentant environ 13 % des recettes totales de cette année et 1.5 % du PIB. Toutefois, la contribution du secteur minier au budget national est appelée à croître dans les prochaines années, avec le démarrage effectif du projet Ambatovy.

Contexte politique

En 2012, le pays a continué de subir les effets de la crise politique engendrée par le renversement de Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina, avec une détérioration des conditions de vie de la population. Le pays a connu plusieurs grèves qui ont touché pratiquement tous les secteurs de l’administration publique, et même le secteur financier. Les grévistes réclamaient une revalorisation salariale ou de meilleures conditions de sécurité et de travail. Malgré la situation économique difficile, le gouvernement a essayé de satisfaire partiellement quelques-unes de ces revendications, notamment pour les enseignants. Sur le plan politique, les efforts ont été concentrés en 2012 sur la mise en œuvre de la feuille de route de sortie de crise signée le 17 septembre 2011, grâce à la médiation de la SADC. Toutes les institutions de la Transition (gouvernement, Parlement, Commission électorale nationale indépendante de la Transition – Cenit) ont ainsi pu être mises en place.

Initialement prévues avant décembre 2012, l’élection présidentielle et les élections législatives ont d’abord été repoussées en mai et juillet 2013 du fait de contraintes techniques et financières. La Cenit et les Nations Unies ont finalement fixé le premier tour de l'élection présidentielle au 24 juillet 2013, le deuxième tour de la présidentielle couplé aux élections législatives au 25 septembre 2013. Les élections communales auront lieu le 23 octobre 2013. D’après la Cenit, 82.38 % des électeurs potentiels avaient déjà été recensés en février 2012. Le budget électoral, d’abord évalué à environ 71 millions USD, a été réduit à 60 millions USD. Une résultante de la dépréciation de la monnaie locale et des économies réalisées dans l’achat de matériels. La mobilisation des financements est en cours, mais même si toutes les promesses des donneurs et l’engagement du gouvernement se concrétisent, il restera 3 millions USD à trouver.

La feuille de route met également l’accent sur l’exécution de mesures de confiance et de réconciliation nationale, avec la loi d’amnistie et la loi sur le Conseil de réconciliation malgache. Plusieurs facteurs laissent espérer que 2013 pourrait être l’année de sortie de la crise politique. D’abord, les deux protagonistes, l’ancien président Marc Ravalomanana et l’actuel président de la Transition Andry Rajoelina, ont annoncé qu’ils renonçaient à se porter candidats à l’élection présidentielle. Cette décision, qui était l’une des recommandations du sommet des chefs d’État et de gouvernement de la SADC des 7 et 8 décembre 2012 à Dar es Salaam (Tanzanie), devrait créer un climat politique propice à la tenue du scrutin. Ensuite, la population est exaspérée par la longueur de la crise. Tous les acteurs politiques et sociaux souhaitent qu’elle prenne fin rapidement. La communauté internationale, et surtout la SADC, exerce une forte « pression » sur les acteurs politiques pour qu’il en soit ainsi. Enfin, les Nations Unies se sont impliquées au côté de la Cenit pour garantir la tenue d’élections crédibles et transparentes.

Contexte social et développement humain

Développement des ressources humaines

Madagascar fait partie des pays à indice de développement humain (IDH) faible. Avec un IDH de 0.483, le pays occupait le 151e rang sur 187 pays en 2012. Malgré quelques progrès dans les domaines de l’éducation et la lutte contre le VIH/sida, des défis importants se posent aux autorités pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), dont l’échéance est fixée à 2015. Une enquête nationale sur les OMD est en cours. Ses résultats permettront de disposer de données plus récentes pour mesurer les progrès accomplis.

En matière d’éducation primaire pour tous, le pays a réalisé des efforts importants entre 2002 et 2008, mais ils ont été stoppés par la crise politique, de sorte que l’atteinte de cet OMD paraît difficile. Selon les dernières données disponibles, le taux net de scolarisation était de 73.4 % en 2010 et le taux d’achèvement à l’école primaire de 63 % entre 2010 et 2011. La crise politique a durement affecté l’accès à l’enseignement primaire. Elle a conduit à une diminution des effectifs et une forte augmentation du taux d’abandon qui s’est élevé à 55.5 % en 2010 pour le cycle primaire. Le nombre d’enfants non scolarisés aurait augmenté de 500 000.

L’impact de la crise politique sur le secteur de la santé est particulièrement important. En moyenne, 100 centres de santé de base (CSB) sur les 2 000 CSB que compte le secteur public sont restés fermés. En cause, les restrictions budgétaires en 2012 – environ 25 % de moins qu’en 2011 –, l’insuffisance des ressources humaines et l’insécurité dans certaines parties du pays. Selon les dernières données disponibles émanant de la BAD, les taux de mortalité infantile et de mortalité des moins de 5 ans demeurent élevés, quoiqu’inférieurs à la moyenne en Afrique. Ils étaient respectivement de 41.6 pour 1 000 et de 58.5 pour 1 000 en 2011, contre des taux moyens de 76 pour 1 000 et 119.5 pour 1 000 au niveau africain. Le taux de mortalité maternelle, selon l’Enquête démographique et de santé (2009), était de 498 pour 100 000 naissances vivantes, alors qu’il est de 530.7 pour 100 000 naissances vivantes en Afrique. La cible des OMD est de 127 pour 100 000 naissances vivantes. La prévalence du VIH/sida est estimée à moins de 1 %, mais la lutte contre la pandémie est freinée par l’insuffisance de moyens.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Le diagnostic le plus récent de la pauvreté a été effectué en 2010 à travers l’Enquête périodique auprès des ménages (EPM), qui a également permis d’identifier les groupes les plus vulnérables. Elle indiquait que près de 76 % des Malgaches (dont 82.2 % en milieu rural) étaient considérés comme pauvres en 2010, alors qu’ils n’étaient que 68 % en 2005. Avec la persistance de la crise, la pauvreté s’est aggravée depuis, même s’il manque de statistiques récentes à ce sujet. Selon l’EPM de 2010, la situation du marché du travail se caractérisait par un chômage relativement faible (3.8 %), mais aussi par un taux de sous-emploi très élevé (67.2 %), dû à l’inadéquation de l’emploi et/ou de la durée du travail.

Les autorités ont établi les secteurs prioritaires vers lesquels les ressources doivent aller dans le cadre de la loi de finances 2012. Y figurent, entre autres, le développement de l’accès aux services de santé et d’éducation, le soutien à la production agricole, le renforcement de la sécurité alimentaire, le renforcement de la sécurité des biens et des personnes et la consolidation du secteur de l’énergie. Ces domaines, qui touchent aussi les couches les plus pauvres de la population, ont reçu environ 40 % des ressources du budget général.

Par ailleurs, divers programmes de protection sociale ont été mis en place par les institutions publiques et les partenaires techniques et financiers (Banque mondiale, Union européenne, Bureau international du travail). Il s’agit d’atténuer les effets néfastes de la crise sur les plus défavorisés en leur procurant des revenus et en facilitant leur accès aux services sociaux de base. La Banque mondiale, par exemple, a approuvé en décembre 2012 un projet d’appui d’urgence aux services primordiaux en matière d'éducation, de santé et de nutrition, d’un montant de 65 millions de dollars. L’Union européenne, elle, a accordé une subvention de 1.34 million d’euros pour financer le programme d’appui à l’amélioration des conditions de vie et de la résilience des populations vulnérables dans les zones périphériques des parcs nationaux. Ces programmes restent toutefois très limités, touchant seulement les filets sociaux de sécurité. Au niveau de l’État, les restrictions budgétaires rendent moins efficace la mise en œuvre des programmes. Les dotations à la protection et à l’action sociale ont été réduites de 59 % en 2012.

Égalité hommes-femmes

Madagascar a fait des efforts importants en matière de réduction des disparités entre les sexes dans l’enseignement. Selon les dernières données disponibles5, la proportion des filles par rapport aux garçons dans le primaire et le secondaire était respectivement de 49.2 et de 48.9 % en 2010, pour un objectif de 50 % à l’horizon 2015. Dans le supérieur, il est de 47.2 %. En revanche, on note une faible représentation des femmes dans les domaines économiques non agricoles et politiques. Ainsi, selon l’EPM 2010, on ne comptait que 46.9 % de femmes salariées dans le secteur non agricole, et seulement 38.4 % des femmes occupaient des postes d’encadrement ou techniques au niveau de la fonction publique et du secteur privé. D’après le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) dans son Rapport de suivi des objectifs du Millénaire pour le développement 2010, les raisons sont à chercher dans le caractère patriarcal de la société malgache, les pratiques discriminatoires et stéréotypées en matière de genre et la persistance de la pauvreté qui touche plus les femmes que les hommes.

Les femmes restent sous-représentées dans les institutions de la Transition et dans l’administration des collectivités décentralisées. Elles ne sont que 26 % dans le gouvernement, 18 % dans le Conseil supérieur de la Transition et 12 % dans le Congrès de la Transition. Les femmes maires sont seulement 4.5 %, et on ne compte aucune femme chef de région sur les 22 régions du pays. Pour corriger cette situation, le gouvernement a adopté, le 6 novembre 2012, une proposition de loi (n° 03-2012/PL) relative à la parité homme/femme pour les postes électifs et dans les hauts emplois de l’État. Les prochaines élections seront l’occasion de tester son application. Notons que la crise politique ne s’est pas traduite par un recul significatif du statut de la femme, malgré la recrudescence des violences sur les personnes vulnérables, femmes et enfants notamment. Une plateforme nationale a été mise en place pour lutter contre les violences faites aux femmes et mener plusieurs actions de sensibilisation sur le terrain au cours de l’année 2012.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

À Madagascar, les deux dernières décennies ont été marquées par des crises politiques récurrentes qui n’ont pas permis de mettre en place des changements structurels majeurs au niveau de l’économie. Néanmoins, certains secteurs (ou branches) peuvent être considérés comme moteurs : la construction, les mines, le textile, les technologies de l’information et de la communication (TIC) et le tourisme. Les locomotives de la croissance future seront les produits alimentaires, les mines, les énergies renouvelables, le textile, la construction et le tourisme.

Un rapport récent du FMI6 indique que les parts de l’agriculture, des mines et du secteur manufacturier dans le PIB n’ont presque pas varié en 20 ans. Elles sont respectivement passées de 28.6, 0.5 et 10.6 % en 1990 à 28.4, 0.6 et 11.1 % en 2010. Le secteur de la construction a connu un meilleur essor : sa part dans le PIB a évolué de 1.3 à 4.7 % entre 1990 et 2010, mais il ne comptait que 1.2 % des emplois créés en 2010. Enfin, le secteur tertiaire, qui reste le principal moteur de la croissance, a vu sa part dans le PIB passer de 57.8 % en 1990 à 53.9 % en 2010, soit une réduction de 3.9 points.

L’agriculture est caractérisée par une faible productivité. Elle reste le principal pourvoyeur d’emplois avec 80 % des emplois, tant masculins que féminins, créés. Une proportion constante depuis plusieurs années, selon l’EPM de 2010. Le secteur minier, de son côté, émerge comme un moteur récent de la croissance. Dans les années 90, il était généralement exploité de façon informelle et artisanale et était dominé par la petite mine de faible valeur ajoutée. Le paysage minier a basculé à la fin des années 2000 à la suite des réformes minières, avec l’arrivée de gros investisseurs miniers dans les deux grands projets (QIT Madagascar Minerals – QMM et Ambatovy). La croissance des industries extractives, qui était de 9 % en 2008, est passée à 25.6 % en 2012 et est estimée à 42.4 % en 2013 dans la loi de finances 2013. Le secteur, néanmoins, ne crée pas beaucoup d’emplois. Le plus grand projet minier (Ambatovy) n’en a apporté que 18 000 pendant la phase de construction et en créera 6 000 pendant la phase d’exploitation.

Le développement des zones franches depuis 1989 visait à consolider le tissu industriel malgache. Mais le secteur manufacturier n’a pas évolué significativement depuis. Il n’a même créé que 3.4 % des emplois en 2010, année de la suspension de Madagascar de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa, auquel il avait été intégré en 2000) pour cause de crise politique. Plusieurs entreprises et sociétés ont dû fermer leurs portes, occasionnant une perte de près de 20 000 emplois. L’industrie textile a pâti de cette situation. Après une chute de 24.6 % en 2010, sa croissance toutefois s’améliore progressivement : elle est passée de -0.8 % en 2011 à 1.9 % en 2012 et pourrait atteindre 2.6 % en 2013, grâce à une diversification des débouchés. Elle conserve donc une importance majeure, même si elle ne comptait que pour 1.1 % des emplois en 2010.

Au niveau du secteur tertiaire, le commerce constitue le plus grand pourvoyeur d’emplois. En 2010, il représentait près de 7 % des emplois, dont 9 % chez les femmes et 5 % chez les hommes. Le dynamisme de certaines branches comme les TIC et le tourisme mérite d’être souligné. Les TIC ont ainsi affiché une croissance soutenue, avec un taux annuel supérieur à 3 % ces dix dernières années, y compris les années de crise. Cette bonne performance a pour origine la libéralisation du secteur et des investissements importants sur le plan des infrastructures, notamment avec l’installation de la fibre optique dans les régions. Le chiffre d’affaires de la téléphonie mobile a été multiplié par treize entre 2005 et 2009, avec plusieurs emplois directs et indirects (centres d’appels, informatique…) créés7. Enfin, le secteur touristique s’est surtout développé dans les années 2000, mais son expansion a été freinée par la crise politique. Le nombre de touristes est passé de 375 010 en 2008 à 162 687 en 2009 et 196 052 en 2010. De même, le taux d’occupation des hôtels a chuté de 64 % en 2008 à 39 % en 2009, pour se relever à 46 % en 2010. Le secteur a néanmoins généré plus de 31 000 emplois directs en 2011, contre moins de 20 000 en 2004, soit une hausse de 57 %. Les recettes touristiques ont presque doublé, passant respectivement de 104 millions de DTS en 2004 à 303 millions de DTS en 2008.

Madagascar dispose de richesses en ressources naturelles très importantes et diversifiées. Leur contribution au budget national reste faible, mais est appelée à croître rapidement avec la mise en œuvre des grands projets miniers.

Les exportations de ressources minérales concernaient traditionnellement le minerai de chrome et de graphite. Mais leur part dans les exportations totales a chuté de 4 % en 1990 à 1.2 % en 2011. En cause, la mise en exploitation de mines industrielles gigantesques, comme QIT Madagascar Minerals (QMM) et Ambatovy, qui a bouleversé le paysage minier malgache. Ainsi, la production et l’exportation de minerais de titane et de zirconium par QMM depuis 2010 ont accru la part des matières premières dures dans les exportations, qui était de 8 % en 2011. Le volume exporté d’ilménite devrait atteindre rapidement 750 000 t/an, soit 10 % de la production mondiale, et celle de zirsill 60 000 t. Ce volume va s’accroître après le démarrage, en novembre 2012, des exportations de nickel et de cobalt par Ambatovy. Ambatovy compte atteindre rapidement une production de 5 600 t/an de cobalt, soit 10 % de la production mondiale, et 60 000 t/an de nickel, soit près de 5 % de la production mondiale. Ce projet est l’un des plus grands clients pour les fournisseurs de biens et de services à Madagascar. À la fin de l’année 2010, il avait signé des contrats d’approvisionnement local pour plus de 1.2 milliard USD. Après des formations pour améliorer la qualité des produits, plus de 500 petites, moyennes et microentreprises (PMME) ont reçu des commandes de la part d’Ambatovy. Plus de 2 000 entreprises locales sont enregistrées dans une base de données à laquelle se réfèrent Ambatovy et ses sous-traitants.

En 2011, les exportations de produits pétroliers étaient estimées à 61.5 tonnes et représentaient environ 6.6 % des exportations en valeur. Une douzaine d’entreprises de nationalités diverses est engagée dans des opérations de prospection pétrolière à Madagascar8

Les exportations de produits alimentaires comme la vanille, le café, le girofle et le poivre ont constitué 11 % des exportations totales en 2011, en raison notamment de la performance du girofle (+342 %). Les exportations de vanille, en revanche, ont chuté. Les crevettes et les autres produits de pêche ont représenté 11.2 % des exportations des zones franches en 2011, et leur part dans les exportations totales était de 4.5 % en 2011.

La contribution des ressources naturelles au budget national reste faible au regard de leur potentiel, mais elle est appelée à s’accroître grâce aux grands projets miniers. Selon le rapport de réconciliation des données de l’EITI 2010, les revenus du secteur minier reversés au budget national étaient estimés à environ 291 milliards MGA. Les droits payés par Wisco (100 millions de dollars) en constituaient la grande majorité. Les ressources minières représentaient environ 13 % des recettes totales et 1.6 % du PIB.

Selon les autorités de la Transition et certaines organisations de la société civile9, le code minier malgache, en particulier la loi sur les grands investissements, serait plus favorable aux sociétés minières qu’au pays. Les autorités ont donc suspendu la délivrance et le renouvellement de permis dans de nombreux domaines du secteur. En outre, elles sont revenues sur certaines dispositions de la loi sur les grands investissements miniers, demandant par exemple au projet Ambatovy des engagements qui n’étaient pas prévus initialement par la législation. La révision du code minier pourrait figurer parmi les priorités du gouvernement issu des prochaines élections. La modification de la clé de répartition des revenus miniers entre l’État et les collectivités locales fera certainement partie des éléments à approfondir dans le cadre d’une telle révision.

Le pays ne dispose pas d'un fonds de stabilisation permettant d’investir des ressources dans des actifs de long terme. 

Certaines conditions sont en place pour permettre à Madagascar d’enregistrer une croissance qui favoriserait un changement structurel, c’est-à-dire la réallocation de la main-d’œuvre des secteurs d’activité les moins productifs vers les secteurs les plus productifs. Mais ce changement est contrarié par plusieurs facteurs : les crises politiques à répétition qui créent un climat instable pour les activités du secteur privé ; la faible compétitivité des fournisseurs ou transformateurs locaux (coûts élevés des facteurs de production autres que la main-d’œuvre) ; l’insuffisance d’infrastructures de transport, et la faible qualité des services publics. En outre, la bonne gestion des ressources naturelles reste un défi majeur à Madagascar.

Première des conditions qui pourraient faciliter le changement, la mise en place de zones franches depuis 1989. Elles avaient pour objectif de créer des emplois, d’acquérir et de maîtriser de nouvelles technologies et d’apporter des capitaux. Les zones franches pouvaient ainsi constituer un tremplin vers une véritable industrialisation du pays. Dix-huit ans plus tard, en 2007, l’effectif de leurs employés était estimé à 120 000, soit un tiers de la main-d’œuvre du secteur secondaire. En 2008, les zones franches ont enregistré 175 entreprises, dont 63 % exerçaient dans la branche textile et habillement10. La crise de 2002 et celle de 2009, qui a engendré la suspension des accords de l’Agoa, ont entraîné la fermeture de plusieurs entreprises franches et la destruction de nombreux emplois.

La deuxième condition pouvant favoriser le changement structurel réside dans une législation pétrolière et minière très incitative. La loi sur les grands investissements miniers de 2002 prévoit des avantages fiscaux très compétitifs pour les grands projets d’investissements (supérieurs à 50 milliards MGA, soit environ 22.5 millions USD), notamment ceux qui transforment leurs produits sur place. Ainsi, l’imposition sur les bénéfices des sociétés est réduite à 25 % (contre 35 % pour le régime général), et à 10 % lorsque la transformation des produits est assurée dans le pays. Dans ce cas, la redevance minière est fixée à 1 %. Ces avantages peuvent expliquer l’affluence des investissements directs étrangers (IDE), en particulier au niveau de la branche des activités extractives. Elles ont représenté entre 60 et 80 % de la totalité du flux d’IDE reçus sur ces dernières années.

Le troisième élément favorable à un changement de l’économie concerne l’existence d’une lettre de politique industrielle 2007-12, à travers laquelle le gouvernement d’alors entendait « lancer une industrialisation à grande échelle qui utilisera de façon intensive la main-d’œuvre excédentaire ». Il voulait surtout favoriser l’implantation de nouveaux projets d’investissement au niveau de filières considérées comme hautement prioritaires pour leur effet d’entraînement : tourisme, agrobusiness, industrie légère d’exportation, mines, infrastructures et technologies de l’information et de la communication.

La normalisation politique est indispensable pour que le pays se dote d’une véritable politique industrielle prenant en compte ces facteurs. Elle devrait permettre de lever les contraintes identifiées et, outre les filières déjà citées, donner une place de choix à la transformation sur place des produits locaux, en particulier dans le domaine agricole.

La gestion bonne gestion des ressources naturelles reste un des défis majeurs pour Madagascar. Selon une étude de la Banque mondiale11, le pays reste englué dans une « malédiction des ressources naturelles » au regard de son potentiel minier. Dans le secteur forestier, l’abattage et l’exportation illicites de bois précieux constituent une réalité quasi quotidienne, malgré la réglementation juridique. Dans le secteur minier, les revenus fiscaux générés par l’exploitation minière vont croître avec la mise en œuvre des deux gigantesques projets miniers. Ils pourraient « modifier fortement la distribution des rentes entre les élites en offrant une forte récompense à ceux qui contrôleront le pouvoir politique », selon l’étude de la Banque mondiale. Ils pourraient aussi « exacerber les inégalités sociales dans les communes minières ». En outre, la gestion des droits miniers reste un domaine potentiel de rente si la transparence recherchée n’est pas de mise.

Face à ces risques, la mise en œuvre de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (EITI) représente une opportunité, à condition que les blocages actuels soient levés. Le pays, en effet, en a été suspendu en 2010 compte tenu de l’instabilité politique. Les actions à mener une fois la stabilité institutionnelle recouvrée doivent converger vers : le soutien à l’EITI et, surtout, au contrôle par la société civile de l’utilisation des ressources publiques ; le renforcement des capacités de gestion des communes minières pour une utilisation transparente des revenus générés par l’exploitation minière ; la consolidation des organes de contrôle sur l’exploitation et l’exportation illicite des bois précieux et l’application des sanctions pour tout contrevenant appréhendé.

Notes

1. FMI, Regional Economic Outlook, octobre 2012.

2. Cette performance est surtout due aux grands projets miniers. Le projet d’extraction d’ilménite à Fort-Dauphin par QIT Madagascar Minerals (QMM) est dans sa troisième année d’exploitation. En 2013, la société devrait s’approcher de son objectif annuel d’exportation, soit 750 000 tonnes par an d’ilménite (10 % de la production mondiale) et 60 000 tonnes par an de zirsill. Le coût des investissements de QMM est de 950 millions USD. Les parts sont détenues à 80 % par Rio Tinto et 20 % par l’État malgache. Quant au projet Ambatovy de production de nickel et de cobalt, il a exporté ses premiers produits ((nickel pur à 99.9 %, et cobalt pur de 99.3 à 99.8 %) en novembre 2012. Ambatovy est un consortium formé par Sherrit International Corporation (Canada), SNC-Lavalin (Canada), Sumitomo Corporation (Japon), Korea Resources Corporation (Corée du Sud). Le coût des investissements est évalué à 5.5 milliards USD. Une production annuelle moyenne de 60 000 tonnes de nickel, 5 600 tonnes de cobalt et de 190 000 tonnes de sulfates d’ammonium est attendue sur une période de 29 ans. 

3. L’accroissement des exportations de ce produit est lié à la fois à la hausse du prix et à l’augmentation de la demande mondiale.

4. Cette situation, qui n’est pas propre à Madagascar, est liée au fait que les ressources bancaires sont constituées en grande partie par les dépôts à court terme, rendant difficile leur transformation en emplois à long terme.

5. Pnud, Rapport national de suivi des OMD 2010, lancé à Madagascar en février 2012.

6. FMI, Regional Economic Outlook, sub-Saharan Africa – Maintaining growth in an uncertain World, octobre 2012.

7.  BIT, Madagascar : évaluation des impacts de la double crise sur l’emploi, décembre 2011.

9.Les Amis de la Terre-France, Madagascar : nouvel eldorado des compagnies minières et pétrolières, novembre 2012

10.  Pour plus de détails, voir BIT, Les Zones franches à Madagascar, septembre 2011.

11. Banque mondiale, Madagascar : revue de la gouvernance et de l’efficacité du développement Analyse d’économie politique de la gouvernance à Madagascar, décembre 2010.

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