Le développement des infrastructures régionales, en particulier dans le domaine des transports, des communications et de l’énergie, est indispensable à la croissance économique et au développement durable. En dépit d’efforts pour mettre en place un programme d’activités cohérent dans ces secteurs, l’Afrique reste marquée par la précarité de ses réseaux d’infrastructures. Cet état de fait renchérit considérablement les coûts de production et de transaction et sape de ce fait la compétitivité des entreprises.

Des études de diagnostic récentes montrent qu’en Afrique, les infrastructures sont responsables à plus de 50 % de l’amélioration des performances de croissance sur le continent et pourraient bien y contribuer davantage dans l’avenir. Les réseaux d’infrastructures africains prennent toujours plus de retard par rapport à ceux d’autres régions en développement, n’arrivant pas à développer des liaisons régionales ou à améliorer l’accès des ménages (Banque mondiale, 2010). Les mêmes études évaluent les besoins financiers pour développer les infrastructures à quelque 93 milliards USD par an sur la prochaine décennie. Même en intégrant les gains d’efficacité et les prévisions de dépenses nationales et extérieures, un déficit financier d’environ 31 milliards USD par an persistera, qui concerne pour l’essentiel le secteur de l’énergie.

La construction des infrastructures et le développement des services connexes indispensables ne suffiront pas, à eux seuls, à doper la croissance. L’investissement dans les infrastructures et les services doit donc aller de pair avec un appui à la réforme de la gouvernance et de la réglementation prévalant dans le secteur, mais aussi avec des mesures de facilitation commerciale, de manière à ce que les économies et les gains de temps réalisés puissent être répercutés aux utilisateurs finals.

Initiatives pour le développement d’infrastructures continentales

Les dirigeants africains sont convaincus depuis les années 1970 de l’importance de disposer d’infrastructures accessibles et efficaces pour favoriser l’intégration régionale en vue d’assurer un développement économique durable. Les années 1978 à 2000 ont vu le déploiement du programme de la Décennie des Nations Unies pour les transports et les communications en Afrique (UNTACDA), complété par le Programme de politiques de transport en Afrique subsaharienne (SSATP). D’autres initiatives plus récentes sont venues prendre le relais, comme le cadre stratégique à moyen et long termes (MLTSF) du Nepad et le Programme pour le développement des infrastructures en Afrique (Pida).

Soucieux d’accélérer le développement des infrastructures en Afrique, la CUA, la Banque africaine de développement, le Nepad et les CER sont en train d’élaborer le plan d’action du Pida. Ce programme a pour objectifs de promouvoir le développement socio-économique et de lutter contre la pauvreté en Afrique à travers un meilleur accès aux réseaux intégrés d’infrastructures et de services au plan régional et continental.

Le bilan du développement des infrastructures en Afrique est mitigé, certains secteurs ayant nettement plus progressé que d’autres. La situation actuelle est globalement décevante avec, d’un côté, des infrastructures insuffisantes et de mauvaise qualité et, de l’autre, des services inefficaces et trop coûteux. Ainsi, 20 % seulement des routes seraient revêtues sur un réseau routier classé d’une longueur totale estimée à quelque 2.3 millions de kilomètres. A contrario, on estime qu’il faudrait en moyenne 7.6 kilomètres de routes pour 100 kilomètres carrés pour atteindre le niveau requis ou souhaité de développement socio-économique. Trois axes routiers transafricains (TAH 1, TAH 5 et TAH 7) ont vu le jour.

Par rapport aux routes, le tableau d’ensemble du réseau ferré n’est guère brillant. Actuellement, le réseau comprend près de 89 000 kilomètres pour une superficie d’environ 29.6 millions de kilomètres carrés, soit une densité d’environ 2.5 kilomètres pour 1 000 kilomètres carrés. C’est là un niveau bien inférieur à celui de l’Europe (40/1 000). Sur le continent, 14 pays n’ont ni réseau ferré national ni tronçons de lignes internationales. S’ajoutent à cela la vétusté et l’obsolescence technique de l’essentiel du réseau africain. De sorte que le fret ferroviaire dans les échanges intra-africains n’occupe qu’une place minime. De nouveaux investissements s’imposent pour améliorer la situation.

La part de l’Afrique dans le transport aérien mondial reste modeste, avec seulement trois grandes plates-formes : Johannesburg, Nairobi et Addis-Abeba. South African Airways, Kenya Airways et Ethiopian Airlines sont les trois principales compagnies aériennes du continent. En 2004, l’Afrique a représenté environ 5.2 % du trafic mondial de passagers et près de 3.6 % du trafic mondial de marchandises. La même année, le transport aérien a créé 470 000 emplois sur le continent, soit des revenus estimés à 11.3 milliards USD (1.7 % du PIB de l’Afrique). Outre les opportunités d’emploi, le transport aérien de marchandises joue un rôle grandissant dans la compétitivité des produits locaux sur les marchés mondiaux – en particulier pour tous les produits à forte valeur qui se périment rapidement (issus de l’horticulture et de la floriculture, notamment) – surtout pour les pays enclavés.