L’intégration régionale reste un vecteur essentiel pour renforcer les perspectives de développement et de croissance du continent, notamment en dopant les échanges intra-africains et avec le reste du monde. Par conséquent, les dirigeants africains ont engagé un certain nombre d’initiatives, à travers différentes décisions de l’Union africaine (UA) visant à accélérer ce processus d’intégration régionale. Ils ont ainsi choisi de transformer l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en Union africaine, de lancer le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), de rationaliser les CER à travers un moratoire sur la création de nouvelles communautés et de reconnaître seulement huit REC comme composantes de base de l’UA. La Commission de l’UA (CUA) met actuellement en œuvre le PMI pour s’assurer que toutes les CER appliquent bien les différentes étapes du traité d’Abuja en respectant les échéances prévues.

Les CER continuent de jouer un rôle significatif dans la concrétisation de la vision de l’intégration régionale en Afrique, en appliquant différents programmes. En termes d’intégration commerciale et des marchés, cinq CER ont lancé leurs ZLE : la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), le Marché commun d’Afrique australe et orientale (Comesa), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). D’autres, comme la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), œuvrent activement pour atteindre cet objectif. Par ailleurs, la CAE et le Comesa ont instauré avec succès des unions douanières, depuis 2005 pour la première et depuis 2009 pour le second. La Cedeao prévoit de lancer la sienne d’ici 2015. En ce qui concerne la SADC et la CEEAC, la création d’une union douanière, initialement prévue en 2010, a été reportée à 2011. De leur côté, l’Union du Maghreb arabe (UMA), la Cen-Sad et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) n’en sont pas encore là. Parallèlement, plusieurs CER envisagent d’harmoniser leurs ZLE pour constituer des espaces commerciaux plus vastes. L’initiative en cours d’une grande ZLE entre la SADC, le Comesa et la CAE illustre bien cette nouvelle tendance à l’unification des marchés infrarégionaux.

Malgré ces avancées, un certain nombre de CER rencontrent encore d’immenses difficultés qui freinent leurs progrès vers les étapes ultérieures du programme d’intégration. Cela obère aussi les perspectives de réalisation d’un marché commun à l’échelle du continent à relativement brève échéance. Plusieurs facteurs agissent comme autant de freins, que ce soit l’instabilité politique dans certains pays, l’absence de diversification économique, l’appartenance à plusieurs CER dont les zones se recoupent, le manque de moyens financiers pour relancer les processus d’intégration, l’absence d’intégration entre les politiques de développement nationales, régionales voire continentales, et la non-application des protocoles et décisions convenus au plan régional et africain.

La persistance de conflits aggrave la pauvreté sur le continent et rend encore plus difficile l’avancement du programme d’accélération de la croissance économique et du développement. Ces conflits font de nombreuses victimes mais entraînent aussi le déplacement de populations, augmentent le nombre de réfugiés et d’enfants soldats, aggravent les situations de précarité et d’exclusion sociale, détruisent les infrastructures socio-économiques et sapent les capacités institutionnelles.

L’absence de moyens financiers et de capacités suffisantes d’absorption freine toujours l’application des activités et des programmes d’intégration régionale au niveau des CER et d’autres organismes panafricains. Les contributions des pays de l’OCDE ne suffisent pas à financer ces activités et ces programmes. Dans une large mesure, les CER dépendent de l’aide extérieure pour ce faire. Enfin, les doublons au niveau des fonctions et des programmes – et l’appartenance à plusieurs CER des organismes panafricains et des organisations infrarégionales – pèsent lourdement sur les ressources limitées fournies par les pays de l’OCDE, ce qui contribue au manque de qualité des résultats obtenus.

Mise en œuvre du programme minimum d’intégration

En étroite collaboration avec les CER, la CUA a élaboré ce PMI. Celui-ci recouvre une série d’activités, de projets et de programmes à mettre en œuvre par les CER pour accélérer le processus d’intégration régionale et continentale. Plusieurs aspects clés de l’ordre du jour de l’intégration ont ainsi été jugés prioritaires : commerce, développement des infrastructures, libre circulation des personnes, paix et sécurité. La Conférence des ministres africains en charge de l’intégration régionale a validé le PMI, avant de le soumettre à l’assemblée de l’UA, qui l’a approuvé. La CUA a élaboré un plan d’action pour suivre la mise en œuvre du PMI. Mais ce plan se heurte à un certain nombre de difficultés et, notamment, au manque de financement. Pour autant, les organes chargés de son exécution (CER, pays membres et CUA) s’efforcent de mobiliser des ressources – sans oublier la proposition de l’UA de créer un fonds d’intégration qui aura vocation à soutenir les activités et les programmes du PMI. L’assemblée de l’UA a approuvé l’initiative et la CUA lancera prochainement une étude de faisabilité sur la constitution de ce fonds. Par ailleurs, les CER sont en train d’intégrer le plan d’action dans leurs propres programmes et de sensibiliser leurs pays membres à son existence.

Toutes les institutions panafricaines – CER comprises – œuvrent à l’accélération de la mise en œuvre d’activités et de programmes d’intégration régionale en Afrique. Cela se traduit notamment par la création, en cours, d’une zone tripartite de libre-échange entre les pays membres de la CAE, du Comesa et de la CDAA. L’encadré 3.3 revient sur les dernières évolutions dans ce domaine.

Encadré 3.3. Les futures zones de libre-échange de l’Afrique

Dans une volonté d’accélérer l’avènement de la Communauté économique africaine (CEA), instituée par le traité d’Abuja, les CER ont engagé un certain nombre d’activités et de programmes. Cela s’est traduit récemment par une décision des chefs d’État et de gouvernement des pays membres du Comesa, de la CDAA et de la CAE de créer une ZLE unique. Cette ZLE entre CER devrait permettre d’élargir les marchés africains, de développer le potentiel productif et de doper le commerce intracontinental. En ouvrant les frontières, elle simplifiera aussi le déplacement des hommes d’affaires d’une CER à l’autre. Parallèlement, elle rendra ce bloc économique et ce marché agrandi plus attractifs pour les IDE, surtout ceux qui sont motivés par des économies d’échelle.

Pour accélérer la constitution de ZLE inter-CER en Afrique, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (Cenua) est en train de réaliser une étude. Il s’agit notamment d’analyser l’impact de ces nouvelles ZLE sur les économies africaines, d’évaluer les bénéfices et les coûts pour les pays et de jauger leurs effets sur l’efficacité et l’efficience des CER. Cette étude devra aussi réfléchir aux répercussions des ZLE inter-CER sur les APE que les pays africains sont en train de négocier avec l’UE. Ce faisant, ce travail aidera les pays à prendre des décisions informées en ce qui concerne leur participation à ce type de ZLE.