Manifestations populaires, violence et conflits
Certains événements de la fin de l’année 2010 et du début de l’année 2011 peuvent être interprétés comme la conclusion de processus à l’œuvre depuis plusieurs années. L’année 2010 aura été marquée par une recrudescence de manifestations populaires, signe de l’ampleur des revendications, économiques et autres, d’une grande partie de la population africaine. En septembre 2010 au Mozambique, d’importants cortèges mobilisés contre le coût de la vie ont paralysé la capitale Maputo pendant plus d’une semaine. Face à la flambée des cours des carburants et des denrées alimentaires (qui pèsent lourd dans le panier de consommation moyen des Africains) entamée au second semestre 2010 et qui ne donne pas de signes d’essoufflement, les risques de voir ces mouvements se multiplier en 2011 sont réels.
En 2010, l’indicateur PEA des manifestations a atteint un niveau record depuis 2006 et son deuxième pic depuis le lancement de la série chronologique en 1996 (figure 5.1). Les grèves analysées dans l’échantillon sont motivées par des événements de plus grande portée que dans les années précédentes. On dénombre ainsi nettement plus de grèves rassemblant plus de 5 000 personnes2, ce qui témoigne de l’exacerbation des tensions sociales et de la capacité de la société civile à mobiliser. Ces grandes manifestations – et surtout les récentes révolutions en Afrique du Nord – soulignent aussi le rôle incontournable des nouveaux médias et des technologies de la communication dans l’organisation sociale.
Mais l’année 2010 aura aussi marqué un reflux de la violence : l’indicateur PEA sur les violences non étatiques a reculé de 40 % par rapport à son niveau de 2009 (pour les 25 pays de l’échantillon). Ce phénomène, conjugué au regain de manifestations populaires, est le signe d’une évolution positive vers une expression plus pacifique et plus démocratique des attentes, qui augure bien du développement de l’Afrique. Le recours à la grève et aux manifestations pour exprimer le mécontentement social ou réclamer des services publics de meilleure qualité et de meilleures conditions de vie, pourrait être un réel vecteur de développement.
Pourtant, l’année 2010 a montré la diversité des raisons susceptibles d’attiser les violences opposant des communautés. Début 2010, le Nigeria a été la proie de graves affrontements liés à des conflits fonciers et interreligieux (opposant chrétiens et musulmans) dans la région de Jos, qui ont fait entre 1 000 et 1 500 victimes. Toujours en janvier, une attaque contre des coptes en Égypte a entraîné la mort de plusieurs personnes et déclenché de grandes manifestations. Sans oublier, en Égypte encore, l’attentat à la bombe en décembre 2010 dans une église copte (21 morts), qui a été suivi de manifestations aussi importantes qu’en janvier. Ces manifestations, durement réprimées par la police, anticipaient les événements politiques qui allaient toucher le pays début 2011,
Mais pour un tableau complet de la situation, il faut replacer ces observations sur les violences postélectorales et les heurts entre communautés dans le contexte électoral général de l’année 2010. Sur les 13 scrutins présidentiels et législatifs organisés, seul celui de la Côte d’Ivoire a déclenché une flambée de violence. Les autres élections n’ont pas été épargnées par des éruptions de violence, mais de moindre ampleur.



