Les processus électoraux
Des élections ont été organisées dans 13 pays au cours de l’année 2010 : neuf scrutins présidentiels (Burkina Faso, Burundi, Comores, Côte d’Ivoire, Guinée, Rwanda, Sud Soudan, Tanzanie et Togo) et sept scrutins législatifs (Burundi, Égypte, Éthiopie, Maurice, São Tomé et Principe, Sud Soudan et Tanzanie. Par ailleurs, deux référendums se sont déroulés, au Kenya et à Madagascar. L’année 2011 a démarré avec quatre élections présidentielles (Bénin, Niger, Ouganda et République centrafricaine) et quatre scrutins législatifs (Cap-Vert, Ouganda, République centrafricaine et Tchad). Elle devrait connaître un nombre record d’élections, puisque 28 scrutins nationaux sont prévus d’ici décembre. Deux référendums majeurs ont déjà eu lieu au premier trimestre 2011 (tableau 5.2) : au Soudan en janvier, la population a confirmé la partition entre le Sud et le Nord du pays ; et en mars, les Égyptiens ont voté pour leur premier référendum constitutionnel après la révolution de janvier et février contre le régime Moubarak.
L’année 2010 aura été marquée en Guinée par une élection présidentielle au déroulement globalement paisible. Premier scrutin démocratique depuis l’indépendance du pays en 1958, elle a mis fin à la crise institutionnelle provoquée par le coup d’État de 2008 consécutif au décès du président Lansana Conté. Fin 2009 et après une tentative d’assassinat pendant laquelle il a été blessé, le chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, a quitté le pays. Le vice-président Sékouba Konaté a alors assumé le pouvoir et s’est consacré à l’organisation de l'élection présidentielle. Lui-même s'est abstenu de se présenter. Après plusieurs reports du second tour, Alpha Condé a remporté les élections face à Cellou Dalein Diallo, avec 52.52 % des voix. Si le scrutin s’est globalement bien passé, des violences ont émaillé les deux tours, faisant plusieurs centaines de blessés et entre cinq et dix morts parmi les manifestants.
L’autre scrutin présidentiel de 2010 s’est déroulé aux Comores en novembre et décembre, et a permis l'alternance à la tête de l'archipel. Avec la loi électorale de 2005 et les premières élections démocratiques de 2006, les Comores s'étaient tournées vers la démocratie après des années de dictature militaire. Fédération composée de trois îles – Anjouan, Mohéli et Grande Comore – le pays a opté pour une présidence fédérale tournante, avec un mandat de quatre ans. En 2010, c’était au tour de Mohéli de désigner les candidats, à l'occasion d'une élection primaire qui s'y est tenue le 7 novembre. Au second tour, le 26 décembre, tous les électeurs de l’archipel étaient appelés aux urnes, et leur choix s’est porté sur Ikililou Dhoinine, l’un des trois candidats issus de la primaire, le vice-président sortant de la Fédération. Le président Dhoinine devait entrer en fonctions le 26 mai 2011, au terme de la période de transition prévue.
À côté de ces succès, tensions et irrégularités ont émaillé les différents scrutins organisés en 2010 en Afrique. Les partis d’opposition ont souvent du mal à accéder à l’espace public pour mener campagne et organiser des débats pré-électoraux, ce qui fausse le jeu démocratique. L’Éthiopie a ainsi reculé dans le classement de Freedom House, passant de la catégorie « partiellement libre » à celle de « non libre », du fait de la « répression massive qui a entaché les élections nationales » (Freedom House, 2011). Le score du parti au pouvoir et de ses alliés – 99 % selon les chiffres officiels – confirme cette évaluation. Le Burundi et le Rwanda ont suscité des réserves, du fait « d’un regain de la répression à la veille des élections nationales » (ibid.). Dans les deux cas, les présidents en exercice ont été reconduits avec des scores supérieurs à 90 %, signe d’un manque flagrant d’ouverture démocratique, et les deux pays ont connu des explosions de violence pendant la campagne électorale. Au Burkina Faso, Blaise Compaoré s’accroche au pouvoir depuis le coup d’État sanglant de 1987. Malgré des protestations contre des fraudes massives, il a été réélu avec 80.2 % des voix en 2010, un score pratiquement équivalent au résultat du scrutin précédent, en 2005. Début 2011, la capitale Ouagadougou a été le théâtre d’importantes manifestations, parfois violentes, et des mutineries de soldats se sont déclenchées en avril. En Égypte, les élections législatives de 2010 s'étaient traduites par un plébiscite pour le parti au pouvoir, les partisans de Moubarak obtenant 95 % des voix. Avec le recul, ce score apparaît comme un signe évident de l'autoritarisme répressif du pouvoir contre lequel la population allait se révolter début 2011.
Le scrutin présidentiel en Côte d’Ivoire a été le nadir de l’année électorale 2010 en Afrique. Après avoir repoussé l’échéance à six reprises depuis 2005, le pouvoir avait finalement organisé les élections les 21 octobre et 28 novembre. Le premier tour a opposé les trois principaux rivaux politiques du pays (le président en exercice, Laurent Gbagbo, et Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, anciens Premier ministre et président renversés par le coup d’État de 2002). Au second tour, M. Ouattara l’a emporté sur M. Gbagbo avec 54.1 % de voix, selon les chiffres de la Commission électorale indépendante. Le Conseil constitutionnel a réagi immédiatement invalidé ces résultats. Par conséquent, chaque candidat s’est déclaré vainqueur et président légitime. La communauté internationale – Nations unies, UA, Cedeao, Union européenne (UE) et États-Unis – a proclamé son soutien à M. Ouattara et appelé l’ancien président à se retirer, ce qu’il a refusé de faire. Après l’échec de plusieurs tentatives de médiation de la Cedeao et de l’UA, des combats intenses ont opposé en mars les partisans des deux camps. Les troupes rebelles, favorables à M. Ouattara, ont pris le contrôle de la capitale le 11 avril et arrêté le président sortant. M. Ouattara assume depuis cette date ses fonctions officielles. Les troupes de l’ONU et de la France sont intervenues dans ces combats en bombardant les positions de l’armée de Laurent Gbagbo pour empêcher l’utilisation d’armes lourdes contre la population.
Au Kenya en revanche, le déroulement pacifique du référendum constitutionnel organisé le 4 août 2010 et le « oui » des citoyens à la nouvelle Constitution soutenue par les deux principaux partis d’opposition, marquent un réel progrès par rapport aux violences postélectorales de l’année 2008. Le chaos postélectoral de cette année-là avait été l’occasion pour la Cour pénale internationale (CPI, fondée en 1998) d’affirmer son rôle en décidant des poursuites contre les auteurs des violences. Dans ce dossier sans précédent international, la CPI a divulgué en décembre 2010 les noms des six personnes qu’elle a l’intention de poursuivre, dont deux membres du cabinet et le chef de la fonction publique kenyane. Malgré un vote massif des parlementaires kenyans appelant à boycotter la CPI, le pays coopère pour l’instant à l’enquête. Les six suspects se sont présentés à la convocation du 7 avril 2011 à la Haye. Étant donné la fréquence des violences liées aux élections en Afrique, le rôle de la CPI dans l’affaire kenyane revêt une importance capitale pour tout le continent.
Malgré un regain de violences dans certains pays, l’année 2011 a commencé sur de très bonnes bases en matière d'élections et de référendums. Entre janvier et mars, quatre élections présidentielles (Bénin, Niger, Ouganda et République centrafricaine) et quatre scrutins législatifs (Cap-Vert, Ouganda, République centrafricaine et Tchad) ont pu se dérouler. D'ici décembre sont prévus 28 autres scrutins nationaux, une année record pour l'Afrique.
Deux référendums majeurs ont ainsi été organisés au premier trimestre 2011. Au Soudan, en janvier, la population a confirmé la partition entre le Sud et le Nord du pays. Malgré de profondes inquiétudes quant au risque de violences, ce vote historique s’est déroulé sans heurts entre le 9 et le 15 janvier. Les observateurs internationaux se sont félicités de ce scrutin libre et équitable. Les électeurs du Sud-Soudan se sont prononcés à 98.83 % pour l’indépendance vis-à-vis du Nord, qui doit être effective le 9 juillet 2011. Ce référendum est l’une des conséquences de l’accord de paix, signé en 2005, qui avait mis fin à la guerre civile opposant le Nord et le Sud du pays.
En mars, les Égyptiens ont voté pour leur premier référendum constitutionnel après la révolution de janvier et février contre le régime Moubarak. Pour ce premier rendez-vous électoral d'Afrique du Nord suscité par une révolte populaire, 77.27 % des votants ont approuvé les réformes constitutionnelles prévoyant la limitation du mandat présidentiel à deux mandats de quatre ans, un encadrement judiciaire des élections, la création d’une commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution à l’issue des élections législatives, et une plus grande liberté de candidature. Le référendum sera suivi d'élections législatives, prévues au second semestre 2011. Une élection présidentielle étaient censée avoir lieu en 2011 mais, avec la révolution, elle sera probablement reportée à 2012.
En Tunisie, après la révolution et le départ de l’ancien président Ben Ali, au pouvoir depuis 25 ans, le gouvernement de transition a annoncé l'élection – prévue le 24 juillet 2011 – d’un conseil de représentants chargé de remanier la Constitution. Une fois formé, ce conseil constitutionnel pourra, soit nommer un nouveau gouvernement, soit demander à l’équipe en place de continuer à diriger le pays jusqu’à la tenue d’élections présidentielles ou législatives (BBC, mars 2011).
À ce jour, le scrutin le plus remarquable de 2011 a été la présidentielle organisée au Niger. La campagne s'est achevée dans le calme avec le second tour remporté le 12 mars par Mahamadou Issoufou, avec 58 % des voix. Ce vote a mis fin à la crise constitutionnelle qui sévissait depuis 2009, lorsque le président Mamadou Tandja avait refusé de quitter le pouvoir alors que son mandat était officiellement terminé. Une junte militaire, le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie, avait pris le pouvoir en février 2010, à l’issue d’un coup d’État et la capture du président Tandja.
Les élections présidentielles organisées au Bénin le 13 mars 2011 se sont déroulées pacifiquement, « librement et équitablement » selon la mission d’observation de l’UA6. Le président sorttant Boni Yayi a obtenu un second mandat, avec 53 % des voix. La commission électorale nationale a confirmé le résultat après une brève période de vives contestations, le candidat battu Adrien Houngbedji alléguant des fraudes massives.
L’Ouganda et la République centrafricaine (RCA) ont aussi vécu des élections générales sans heurts qui ont confirmé dans leurs fonctions, sans guère de surprise, les hommes au pouvoir. Yoweri Museveni, qui dirige l’Ouganda depuis 25 ans, a été réélu le 28 février avec 68 % des voix. Pour sa seconde victoire électorale, François Bozizé a été reconduit le 23 janvier à la présidence de la RCA, avec 64 % des suffrages,. Il avait accédé au pouvoir en 2003 à la tête d’une armée rebelle.
Table 5.2: Eléctions nationales en Afrique en 2010 et 2011
| 2010 | 2011 | |
|---|---|---|
| Afrique du Sud | ||
| Algérie | ||
| Angola | ||
| Bénin | Présidentielle (13 mars), Assemblée Nationale (17 avril) | |
| Botswana | ||
| Burkina Faso | Présidentielle (21 nov) | |
| Burundi | Parlementaires et présidentielle (juin et juil) | |
| Cameroun | Présidentielle (oct) | |
| Cap Vert | Parlementaires (6 fév), Présidentielle (juil) | |
| Comores | Présidentielle (7 nov et 26 déc) | |
| Côte d’Ivoire | Présidentielle (31 oct et 28 nov) | |
| Djibouti | Présidentielle (8 avril) | |
| Égypte | Parlementaires (nov) | Référendum (mars 19) (Présidentielle planifiée pour 2011 mais sera repoussée jusqu’en 2012) |
| Éthiopie | Parlementaires (23 mai) | |
| Gabon | Législatives (déc) | |
| Gambia | ||
| Ghana | ||
| Guinée | Présidentielle (27 juin et 7 nov) | |
| Guinée-Bissau | ||
| Guinée équatoriale | ||
| Kenya | Référendum (4 aoû) | |
| Lesotho | ||
| Liberia | Présidentielle, Parlementaires (oct) | |
| Madagascar | Référendum (17 nov) | Présidentielle (planifiée pour mai, mais sera probablement repoussée au mois de septembre), Parlementaires (sep) |
| Malawi | ||
| Mali | ||
| Maroc | ||
| Maurice | Parlementaires (juil) | |
| Mauritanie | Parlementaires (nov) | |
| Mozambique | ||
| Namibia | ||
| Niger | Référendum (31 oct) | Présidentielle (8 jan et 12 mars) |
| Nigeria | Parlementaires (2 avril), Présidentielle (9 avril) | |
| Ouganda | Présidentielle et Parlementaires (18 fév) | |
| République centrafricaine | Parlementaires (jan et mars) and Présidentielle (23 jan) | |
| République démocratique du Congo | Présidentielle et Parlementaires (1er tour 27 nov) | |
| République du Congo | ||
| Rwanda | Présidentielle (9 Aug) | |
| São Tomé et Principe | Parlementaires (1 aoû) | Présidentielle (juil) |
| Sénégal | ||
| Seychelles | Présidentielle (1er tour 21 mai) | |
| Sierra Leone | ||
| Soudan (sud) | Parlementaires et Présidentielle (11 avr) Référendum (Jul) | Référendum (9 jan) |
| Swaziland | ||
| Tanzanie | Parlementaires et Présidentielle (31 oct) | |
| Tchad | Présidentielle (mai) and Parlementaires (13 fév) | |
| Togo | Présidentielle (4 mars) | |
| Tunisie | Assemblée Constitutionnelle (24 juil) | |
| Zambie | Présidentielle, Parlementaires (oct) | |
| Zimbabwe | Potentiellement election présidentielle, mais il y a de forte pression pour la retarder |



