Malgré les efforts manifestes de certains pays et le regain d’attention des observateurs nationaux et internationaux, la corruption reste un véritable fléau en Afrique. Selon l’indice 2010 de perception de la corruption (IPC)8 de Transparency International, qui classe les pays selon la perception de la corruption dans la fonction publique, 34 pays africains sur 47 ont obtenu une note inférieure à 3 (sur une échelle de 10), signe d’une corruption endémique. Par ailleurs, 16 pays obtiennent une note située entre 3 et 5, ce qui signifie que la corruption y est considérée comme un problème de taille par les experts et les hommes d’affaires. Comme en 2009, seuls le Botswana, le Cap-Vert et Maurice obtiennent une note supérieure à 5. En Afrique du Sud en revanche, la situation ne cesse de se dégrader : alors que ce pays faisait partie des mieux classés du continent en 2007, sa note est passée de 4.9 en 2008 à 4.7 en 2009 et à 4.5 en 2010.

Globalement, les avancées l'emportent sur les reculs en 2010, puisque 26 pays progressent par rapport à 2009 pour 17 pays qui régressent. Les pays qui obtiennent une note supérieure ou égale à 3 et sont donc considérés comme relativement moins corrompus, restent néanmoins confrontés à d’immenses difficultés dans leur combat contre la corruption, celle-ci étant aggravée par une mauvaise application des lois censées la contrecarrer. Dans ces pays, les cas de corruption et les scandales impliquant des responsables de haut niveau restent monnaie courante, au risque de saper la stabilité politique et même l’aptitude des pouvoirs publics à fournir efficacement les services de base. La situation à Madagascar et au Sénégal continue malheureusement à se dégrader – une tendance amorcée en 2009 – puisque, avec une note inférieure à 3, les deux pays passent d’une situation où la corruption présente une « sérieuse menace » à une situation où elle est « endémique ». A contrario, le Ghana, le Lesotho et le Rwanda voient leur indice s’améliorer, même si la situation y reste extrêmement délicate.

Comme par le passé, l’IPC révèle que la corruption est particulièrement complexe dans les États fragiles où elle exacerbe l’instabilité politique. Une fois encore, la Somalie est la lanterne rouge du classement, avec une note de 1.1 : un conflit persistant et la corruption enferment en effet le pays dans un chaos politique et économique interdisant toute réforme structurelle. Le Burundi, récemment sorti d’une guerre civile, fait à peine mieux, avec un indice de 1.8. L’Angola, la Guinée, la Guinée équatoriale, la RDC, le Soudan et le Tchad se retrouvent en bas du classement, avec une note inférieure ou égale à 2.

Tableau 5.3 : Indice de perception de la corruption

 Rang mondial 2009CPI2009Rang mondial 2010CPI 2010
Botswana375.6335.8
Maurice425.4395.4
Cap-Vert465.1455.1
Seychelles544.8494.8
Afrique du Sud554.7544.5
Namibie564.5564.4
Tunisie654.2594.3
Ghana693.9624.1
Rwanda893.3664
Lesotho893.3783.5
Malawi893.3853.4
Maroc893.3853.4
Libéria973.1873.3
Djibouti1112.8913.2
Gambie1062.9913.2
Swaziland793.6913.2
Burkina Faso793.6983.1
Égypte1112.8983.1
Sao Tomé-et-Principe1112.81013
Zambie9931013
Algérie1112.81052.9
Sénégal9931052.9
Bénin1062.91102.8
Gabon1062.91102.8
Éthiopie1202.71162.7
Mali1112.81162.7
Mozambique1302.51162.7
Tanzanie, République Unie de1262.61162.7
Érythrée1262.61232.6
Madagascar9931232.6
Niger1062.91232.6
Ouganda1302.51272.5
Nigéria1302.51342.4
Sierra Leone1462.21342.4
Togo1112.81342.4
Zimbabwe1462.21342.4
Mauritanie1302.51432.3
Cameroun1462.21462.2
Côte d'Ivoire1542.11462.2
Libye1302.51462.2
République centrafricaine15821542.1
Comores1432.31542.1
Congo1621.91542.1
Guinée-Bissau1621.91542.1
Kenya1462.21542.1
Congo, la République démocratique du1621.91642
Guinée1681.81642
Angola1621.91681.9
Guinée équatoriale1681.81681.9
Burundi1681.81701.8
Tchad1751.61711.7
Soudan1761.51721.6