L’évolution des marchés mondiaux des produits de base pèsera lourdement sur  la balance budgétaire et celle des comptes courants des pays africains.  Leur impact variera sensiblement selon chaque pays selon qu'il dispose ou non de ressources naturelles.

Dans les pays exportateurs de pétrole, le solde des opérations courantes et l’équilibre budgétaire se sont améliorés en 2010, dopés par les rentrées pétrolières elles-mêmes portées par des cours plus soutenus. C’est là une évolution inverse à celle de 2009, où la baisse des cours du pétrole avait provoqué une dégradation sur ces deux fronts. Mais leur balance budgétaire et celle de leurs comptes courants n'ont généralement pas encore retrouvé leur niveau d'avant la crise mondiale. Ces deux balances  devraient légèrement se détériorer en 2011 avant  de se redresser  en 2012 (figure 1.15). Le pessimisme relatif pour 2011 s’explique par les ruptures de production en Libye, alors  que sans cette crise les autres pays exportateurs de pétrole auraient vu leurs positions extérieures continuer de s’améliorer.

Dans les pays importateurs de pétrole, les comptes courants  se sont légèrement améliorés en 2010, mais ils devraient se dégrader ensuite en 2011 et en 2012 (figure 1.16). L’alourdissement de la facture des importations de pétrole et de denrées alimentaires se fait nettement sentir, une situation qui n’est  généralemant pas compensée par l'augmentation des exportations. Les positions extérieures de ces pays pâtissent aussi parfois des politiques budgétaires suivies. Ainsi, lorsque l’augmentation des dépenses publiques ne va pas de pair avec une augmentation des recettes de l’État ou de l’épargne privée nette, alors les positions budgétaires et extérieures se dégradent, provoquant un double déficit. Mais des coûts intérieurs élevés, des tensions sur les prix ou une arrivée massive de capitaux – qui nuit à la compétitivité du taux de change – peuvent aussi provoquer des déséquilibres extérieurs. Lorsque les déficits courants sont en grande partie financés par les investissements directs étrangers (IDE) sous forme de participations, ils restent tenables dans la mesure où ce type de financement n’aggrave pas la dette extérieure. Mais le financement des déficits par des apports de capitaux à court terme alourdit la dette extérieure et rend les pays plus vulnérables aux retournements d’humeur des marchés. La poursuite de politiques budgétaires prudentes, conjuguée au maintien des taux de change réels compétitifs et à l’amélioration des conditions encadrant les investissements intérieurs et étrangers, contribue à éviter de se retrouver dans une position extérieure insoutenable.

Le déficit budgétaire en moyenne continentale s'était creusé à 5.2 % du budget en 2009. Grâce à de meilleures recettes, il ne représentait plus que 3.3 % du budget en 2010, mais il devrait à nouveau s'alourdir en 2011, pour représenter 4 % du budget. Cette dégradation sera entraînée par celle des soldes budgétaires des pays d'Afrique du Nord dans le sillage des événements politiques. Puis, en 2012, le déficit budgétaire moyen de l'Afrique devrait légèrement s'améliorer à nouveau, pour s'établir à environ 3 % du budget. Mais cette consolidation ne sera pas répartie également. Alors que certains pays comme l'Angola et la République du Congo enregistreront des surplus records, d'autres (comme le Cap-Vert, l'Égypte, la Guinée, le Lesotho, le Swaziland ou le Tchad) devront encore compter avec  de relativement lourds déficits budgétaires. Plusieurs pays (comme l'Afrique du Sud, le Burundi, la République centrafricaine, la république du Congo ou le Nigeria) ont lancé ou prévoient de nouvelles réformes budgétaires (en augmentant notamment la pression fiscale). Ces réformes ont pour but de leur aménager une marge de manœuvre budgétaire pour pouvoir augmenter la dépense publique et/ou réduire la dépendance envers l'aide étrangère.

Les projections budgétaires avancées dans ce rapport ont une grande marge d'incertitude. Les décaissements d'aide publique au développement (APD) risquent de ne pas être à la mesure des attente compte tenu des difficultés budgétaires des pays donateurs. Les autorités africaines  vont peut-être subventionner les carburants et les products alimentaires pour aider les populations à supporter les prix élevés des produits importés. Enfin, les élections prévues en 2011 dans de nombreux pays africains peuvent inciter les autorités sortantes à augmenter les dépenses pour s'attirer la faveur des électeurs, et cette politique de l' « assiette au beurre » pourrait nuire à la consolidation budgétaire.

Figure 1.15 : Compte courant et balance fiscale des pays exportateurs de pétrole

Figure 1.16 : Compte courant et solde budgétaire des pays importateurs de pétrole