En 2008, la croissance s’est appuyée sur le boom des matières premières, dont les cours ont atteint des sommets au milieu de l’année avant de s’effondrer vers la fin, mais aussi sur l’augmentation soutenue de l’investissement privé. Les conditions météorologiques ont par ailleurs été globalement propices à l’agriculture. Les pressions inflationnistes sont de retour mais, l’un dans l’autre, les pays ont su récolter les fruits de politiques macro-économiques saines. Comme les années précédentes, les pays exportateurs de pétrole tirent mieux leur épingle du jeu que les pays importateurs, même si aucun n’a été épargné par la hausse du prix des denrées alimentaires et des engrais. Par conséquent, les écarts de croissance du PIB se sont donc creusés de deux points de pourcentage entre les deux groupes. Sans la crise énergétique et les troubles postélectoraux qu’ont connus respectivement l’Afrique du Sud et le Kenya, les résultats des pays importateurs de pétrole auraient pu être meilleurs.

Avec un rythme de 6.6 pour cent, la croissance du PIB a été particulièrement vigoureuse en 2008 dans les pays exportateurs nets de pétrole, bien qu’en léger repli par rapport au record de 2007 (6.8 pour cent). Ce résultat s’explique par l’effet conjugué de la flambée des cours, de l’augmentation de la production dans certains pays et d’un accroissement des investissements publics et privés. Mais le différentiel de croissance avec les pays importateurs nets de pétrole s’est creusé, passant de 1.4 point de pourcentage en 2007 à deux bons points en 2008 – le taux de croissance annuel moyen du PIB ressortant pour ce dernier groupe à 4.6 pour cent, soit en net repli par rapport aux 5.4 pour cent de 2007.

Le contraste avec les prévisions de croissance pour 2009 est frappant, l’élan devant considérablement retomber dans les deux groupes de pays. Pour autant, les pays exportateurs de pétrole (et de minerais) devraient davantage ressentir les effets de la crise mondiale que les économies plus diversifiées et les pays exportateurs de produits agricoles (boissons notamment). Les importateurs nets de pétrole peuvent donc tabler sur une progression du PIB de 3.3 pour cent en 2009 – contre 2.4 pour cent pour les pays exportateurs nets de pétrole. Cette prévision de ralentissement de la croissance dans ce dernier groupe repose sur l’hypothèse que les pays africains membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) – à savoir l’Algérie, l’Angola, la Libye et le Nigeria – respecteront totalement l’accord de réduction des quotas de production conclu au sein de l’Organisation pour soutenir les cours à des niveaux légèrement supérieurs aux hypothèses retenues ici. Cette édition des PEA part du principe que les réductions de quotas se traduiront en moyenne par une baisse de production d’environ 8 pour cent dans ces quatre pays.

L’année 2010 devrait voir le PIB rebondir, le taux de croissance moyen du PIB réel pour l’ensemble du continent étant attendu à 4.5 pour cent – les pays exportateurs nets et les pays importateurs nets de pétrole progressant au même rythme.

Ces prévisions reposent sur plusieurs hypothèses plausibles mais plutôt optimistes, et l’on ne peut donc pas écarter le scénario d’une rechute – surtout si la récession économique mondiale devait être plus longue et plus grave que prévu et avait des incidences plus fortes qu’attendu sur les niveaux d’aide, d’envois de fonds des expatriés, de flux de capitaux et d’échanges. Outre le scénario de reprise modérée de la croissance mondiale en 2010 qu’elles proposent, ces Perspectives tablent sur un rebond du cours du pétrole à 50 USD le baril en 2009 puis à 55 USD en 2010 ; sur des conditions météorologiques propices à l’agriculture dans les deux années à venir ; sur une augmentation d’environ 3 pour cent de la production de l’OPEP en 2010 ; sur l’absence de nouveaux conflits régionaux susceptibles de perturber les équilibres macro-économiques ; et sur l’intégralité du financement des déficits budgétaires et courants, qui devraient s’aggraver dans les pays importateurs nets de pétrole (et certains pays exportateurs nets). Ainsi, la poursuite de l’application des accords d’allégement de dette pour certains pays PPTE, entamée en 2006 sera particulièrement bénéfique.