Produits agricoles
Fin 2008, les prix des produits agricoles avaient baissé de 25 pour cent par rapport à leurs niveaux record – soit bien moins que les minerais. Il s’agit pour l’essentiel de denrées alimentaires, qui sont nettement moins sensibles aux fluctuations de la production économique mondiale.
Les cours des produits tropicaux ont affiché des résultats mitigés (figure 4). À l’inverse de la plupart des autres matières premières, les cours du cacao ont fortement progressé jusqu’au troisième trimestre 2008, sont restés solides en décembre et ont enregistré, sur l’année, une augmentation d’environ 32 pour cent. La flambée des prix semble due à un déficit de production en Côte d’Ivoire – premier producteur et exportateur mondial. La production 2008 serait inférieure d’environ 35 pour cent à ses niveaux de 2007.
Cette situation s’explique par l’augmentation du prix des engrais et une fiscalité relativement élevée qui réduit les incitations à replanter, les exploitants se tournant alors vers d’autres cultures. Les cours du cacao s’étaient plus ou moins stabilisés entre 2004 et 2006 – à un niveau bien moindre qu’auparavant – mais ils sont repartis à la hausse en 2007, poussés par une demande soutenue. Ces augmentations de prix devraient bénéficier au Cameroun, au Ghana et au Nigeria où les niveaux de production sont en hausse.
Le cours du café, exporté par de nombreux pays africains, a continué de grimper en 2008 (de respectivement 13 et 22 pour cent pour les variétés robusta et arabica). Les prix avaient déjà augmenté en 2006 et 2007, en particulier pour la variété robusta, par suite d’un déficit de production au Vietnam, qui est devenu un gros exportateur de café. À l’inverse des métaux, les cours ont continué leur progression au troisième trimestre 2008, avant de retomber au quatrième trimestre, ce qui suggère que les négociants avaient probablement poussé les cours au-delà des niveaux justifiés par les fondamentaux.
En décembre 2008, les prix ont été sensiblement inférieurs à ceux de l’année tout entière, à respectivement 15 et 22 pour cent pour les variétés arabica et robusta. Le cours du robusta en décembre est inférieur de 5 pour cent au prix moyen de 2007, du fait de la reprise de la production au Vietnam. La situation ne devrait guère évoluer en 2009 et en 2010, car l’augmentation de la production devrait être à peine supérieure à celle de la consommation.
Le cours du thé a augmenté de 18.9 pour cent en 2008 par rapport à 2007, atteignant un record au troisième trimestre. En décembre, le prix moyen était inférieur de 21 pour cent à celui de l’année tout entière et de 5.6 pour cent à la moyenne de 2007. Les prix devraient se maintenir à ce niveau en 2009 et 2010. Les perspectives ne sont pas fameuses, dans la mesure où la production menace régulièrement d’augmenter plus vite que la consommation.
Le cours du coton a progressé de 12.8 pour cent en 2008, après une augmentation d’environ 10 pour cent en 2007, sous l’effet d’une demande mondiale en hausse et d’une baisse de la production aux États-Unis. Pourtant, après avoir atteint un plafond au troisième trimestre, le prix moyen en décembre 2008 est inférieur de 22 pour cent au prix moyen de l’année tout entière et de 3 pour cent au prix moyen de 2006 – annulant ce faisant la totalité des gains des deux années précédentes (figure 5). Cette dégringolade est particulièrement inquiétante pour des pays comme le Bénin, le Burkina Faso ou le Mali, qui avaient déjà vu leurs recettes d’exportation fondre en 2006 et 2007.
L’explosion récente du cours des matières premières, si elle a profité aux pays exportateurs, pénalise les pays en développement importateurs de denrées alimentaires, en Afrique et ailleurs, en attisant l’inflation pour ces produits. En 2008, les prix alimentaires en termes nominaux ont été en moyenne supérieurs de 147 pour cent aux niveaux, planchers, de 2000. Cette situation est en partie provoquée par l’affectation croissante de surfaces cultivées aux biocarburants, mais aussi par l’augmentation du prix des engrais (liée à la flambée du pétrole), par des contraintes de capacités de production et par la faiblesse des stocks face à une demande soutenue. Dans certains cas, la sécheresse est venue également aggraver ponctuellement la situation. La Banque mondiale estime que les augmentations du prix des huiles végétales et des céréales entre 2004 et 2007 ont provoqué dans les pays à faible revenu un préjudice commercial équivalant en moyenne à 0.5 pour cent du PIB – sachant que pour 29 pays, ce préjudice s'élève à 1 pour cent. Les prix ont commencé à se tasser et devraient se replier d’environ 26 pour cent en 2009 par rapport à la moyenne observée en 2008. Cette évolution s’explique par une réduction de la production de biocarburants avec l’effondrement du cours du pétrole, qui a réduit les incitations à remplacer le second par les premiers.




