Ce chapitre s’intéresse à la réduction de la pauvreté en Afrique par rapport aux autres régions en développement. Il caractérise le statut et les tendances du développement humain sur le continent en s’appuyant sur l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud).

Avec la déclaration du Millénaire, adoptée en 2000, la communauté internationale s’est donnée un cadre pour la lutte contre la pauvreté, dans le but d’éradiquer l’extrême pauvreté et la faim. Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) précisent cet engagement à travers deux cibles : entre 1990 et 2015, réduire de moitié la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar (USD) par jour et la proportion de la population qui souffre de la faim. Malgré des avancées, l’Afrique continue de progresser plus lentement que les autres régions en développement. Trois grands facteurs sont à l’origine de cette situation. Tout d’abord, l’Afrique ne connaît une croissance économique relativement soutenue que depuis les années 2000, de sorte que les taux moyens enregistrés depuis 1990 n’étaient pas suffisants pour avoir un impact tangible sur la pauvreté. Ensuite, la croissance en Afrique n’a pas été suffisamment forte dans les secteurs où les pauvres travaillent et là où ils vivent. Si les choses se sont améliorées dans bon nombre de pays depuis 1996, la croissance en Afrique a souvent été le fait de secteurs n’entretenant que des liens distendus avec le reste de l’économie et n’ayant, de ce fait, que des retombées limitées sur la création d’emplois et la réduction de la pauvreté. Enfin, les inégalités relativement profondes de l’Afrique témoignent que la croissance n’a bénéficié qu’à une frange limitée de la population, les pauvres n’en profitant guère. À cet égard, les politiques de lutte contre la pauvreté devront viser à une croissance économique soutenue et diversifiée, conjuguée à une réduction des inégalités.

Les limites du revenu national en tant que mesure des progrès du développement humain ont conduit le Pnud à élaborer son indice IDH en 1990, pour introduire une approche du développement centrée sur la personne. Même si l’Afrique est la lanterne rouge du classement de l’IDH 2010, une analyse des tendances sur la période 2000-10 révèle que, Zimbabwe excepté, tous les pays africains ont fait des progrès en termes de développement humain. L’Afrique subsaharienne est la région du monde qui affiche, en moyenne, la progression la plus rapide, avec une augmentation de 23 % de son IDH. Elle devance l’Asie du Sud, où l’IDH progresse de 17 % sur la période. Cette évolution s’explique par le relèvement du revenu par habitant dans les années 2000 dans la plupart des pays africains, mais aussi par les avancées concrètes obtenues dans l’accès à l’éducation et à des soins de santé de meilleure qualité. Par ailleurs, les progrès en termes de développement humain en 2010 par rapport à 2000 tiennent en partie à la faiblesse relative du niveau initial de l’IDH cette année-là, après un recul de l’indice pendant la décennie 1990.

Pour soutenir cette amélioration du développement humain, l’Afrique devra engager simultanément des actions sur plusieurs fronts au lieu de se concentrer sur un seul objectif. Ainsi, pour avoir un impact sur le développement humain, la croissance économique devra être à la fois mieux partagée et pro-pauvres. De même, l’investissement dans les secteurs sociaux ne se traduira par un développement humain durable que s’il se double d’efforts pour créer davantage de débouchés économiques pour des pans importants de la population. En outre, certains aspects du développement humain – comme l’égalité entre les sexes – s’amélioreront si les gouvernements africains optent pour des politiques volontaristes en la matière. À cet égard, la qualité de la politique économique sera sans doute aussi importante que les ressources mobilisées pour faire avancer la cause du développement humain en Afrique.