Augmentation de l’aide destinée à l’Afrique
En 2007, l’APD nette à l’Afrique s’est chiffrée à 38.7 milliards USD, soit 37 pour cent de l’aide totale. Ce chiffre marque un recul de 18 pour cent en termes réels, dû avant tout à la fin des allégements exceptionnels de dette. En 2007, les dons au titre des allégements de dette sont revenus à leurs niveaux d’avant 2005. Abstraction faite de ces dons, l’APD à l’Afrique a progressé de 12 pour cent en termes réels. L’APD nette à l’Afrique subsaharienne s’est élevée à 34.2 milliards USD, dont 21.5 milliards sous forme d’apports bilatéraux des membres du CAD20.
Le premier bénéficiaire africain de l’APD bilatérale nette en 2007 est la Tanzanie, avec 1.8 milliard USD, suivie du Cameroun et du Soudan (1.7 milliard chacun). Les bailleurs continuent de se concentrer sur une poignée de pays qui bénéficient depuis toujours de flux d’aide conséquents : l’Égypte et le Maroc en Afrique du Nord ; et, en Afrique subsaharienne, le Cameroun, l’Éthiopie, le Kenya, le Mozambique, le Nigeria, l’Ouganda, la RDC, le Soudan et la Tanzanie – ces neuf pays captant plus de 53 pour cent de l’APD totale à l’Afrique subsaharienne en 2007.
Les participants au sommet de Gleneagles avaient estimé que le respect de leurs engagements par l’ensemble des bailleurs entraînerait une augmentation de l’APD à l’Afrique de 25 milliards USD par an d’ici 2010, ce qui reviendrait pratiquement à doubler l’aide au profit de l’Afrique par rapport à 2004. Les chiffres définitifs de l’APD allouée à l’Afrique pour 2004 n’étaient pas encore connus à ce moment. L’APD totale a en fait atteint 29.5 milliards USD. Dans l’esprit des organisations internationales, les estimations fournies à Gleneagles impliquent un accroissement de l’APD de 25 milliards USD aux prix et taux de change de 2004, de sorte que, pour que la promesse soit honorée, il faudrait que l’APD à l’Afrique se monte à au moins 54.5 milliards USD en 2010, aux prix et taux de change de 2004. Cela suppose que les apports d’aide consentis par les bailleurs de fonds à l’Afrique progressent de plus de 17 pour cent par an entre 2007 et 2010 (CAD/OCDE [2009], annexe A, figure 5).
Si l’on en juge par leurs performances en 2007, plusieurs pays du G8 devront augmenter sensiblement leurs apports pour pouvoir tenir leurs engagements. Il en va ainsi des États-Unis : l’APD américaine s’est établie à 5.86 milliards USD en 2007 et devrait atteindre respectivement 6.54 et 7.53 milliards USD en 2008 et 2009.
Les bailleurs non membres du CAD ont augmenté leurs flux d’APD en faveur du continent. Sur la base des informations disponibles, il semble que la Chine ait assumé différents rôles en Afrique : partenaire commercial, donateur, financier et investisseur, maître d’œuvre et maître d’ouvrage. Les données montrent aussi que, pris ensemble, le commerce, l’investissement et les autres activités commerciales ont surclassé l’APD et occupent la première place en termes financiers.
Au début des années 1990, les flux d’aide chinois représentaient environ 20 pour cent de la valeur des échanges avec la Chine. Ce ratio est tombé entre 3 et 4 pour cent en 2004-05 même si, depuis, la Chine a augmenté son APD à l’Afrique dans la foulée du premier forum de coopération Chine-Afrique, organisé en 2007. Les flux annuels d’APD de Chine vers l’Afrique ont augmenté en valeur, passant d’environ 310 millions USD en 1989-92 à un chiffre estimé entre 1 et 1.5 milliard USD en 2004-05. Selon la revue trimestrielle du FMI, il est toutefois difficile d’estimer les décaissements de l’aide chinoise à cause de l’absence de séries temporelles officielles et des problèmes posés par l’évaluation de l’assistance technique et de l’aide en nature de la Chine. Le FMI indique en outre que, faute de données suffisantes, il est difficile de comparer les conditions de l’allégement accordé par la Chine avec celles de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).
Le rapport 2009 du CAD rend également compte d’une faible augmentation de l’aide humanitaire totale. Les récentes crises alimentaires – qui ont provoqué des émeutes et des troubles dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne – ont entraîné un léger accroissement de l’aide humanitaire d’urgence octroyée à la sous-région. Ce surcroît d’apports est le fait de pays membres ou non du CAD mais aussi du Programme alimentaire mondial (PAM), d’autres agences des Nations unies et d’organisations non gouvernementales (ONG). Globalement cependant, l’aide humanitaire mondiale reste pour l’essentiel concentrée sur l’Irak et sur l’Afghanistan, les États-Unis ayant porté leurs apports à 1.5 et 3.7 milliards USD respectivement pour l’Afghanistan (+5 pour cent) et pour l’Irak. À l’instar des allégements de dette consentis par les bailleurs bilatéraux, l’aide humanitaire destinée à l’Afrique a diminué alors que les autres sources d’APD augmentaient (figure 7).
En 2008 comme en 2007, les plus gros bénéficiaires africains de l’aide comptaient plusieurs des 28 pays ayant atteint le point d’achèvement de l’Initiative PPTE ou en passe de l’atteindre. En mars 2009, 20 pays africains avaient atteint le point d’achèvement et huit le point de décision dans le cadre de l’Initiative PPTE renforcée. Cinq autres sont devenus éligibles. Toute la difficulté pour les initiatives PPTE et IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale) consiste à s’assurer que les ressources ainsi libérées sont effectivement affectées aux dépenses de santé, d’éducation et aux autres services sociaux.
Les interrogations soulevées dans l’édition 2007/08 des PEA quant à la soutenabilité de la dette restent d’actualité. À court terme cependant, le problème tient à l’assèchement des crédits commerciaux provoqué par la contraction du marché secondaire du papier commercial et qui pousse le FMI et la Banque mondiale à intervenir sur les marchés pour financer les échanges. La situation est encore aggravée par la crise financière mondiale qui a éclaté fin 2008. Bien entendu, bon nombre de pays africains ont continué à emprunter auprès de bailleurs émergents qui ne sont pas membres du CAD et ne sont pas tenus d’appliquer la Déclaration de Paris ou tout autre instrument permettant de mieux gérer l’aide et de la rendre plus efficace. La Chine n’a pas suspendu ses importants prêts à plusieurs pays d’Afrique subsaharienne mais, faute de données complètes sur l’aide et les crédits de la Chine à l’Afrique, on en est réduit à des conjectures pour en estimer les volumes. Enfin, même une fois parachevé l’allégement de la dette au titre des initiatives PPTE et IADM, reste l’épineux problème du maintien d’un service de la dette supportable alors que le pays bénéficiaire recherche de nouveaux financements pour avancer en direction des OMD.
Face aux craintes, dans les pays en développement d’Afrique et d’ailleurs, de voir les budgets d’aide se contracter sous l’effet de la crise actuelle au lieu d’augmenter pour tenir les engagements pris, le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, et le président du CAD, Eckhard Deutscher, ont publié une déclaration appelant les grands pays donateurs à honorer les engagements en faveur du développement afin d’empêcher que « la crise financière ne se transforme en une crise de l’aide », ce qui aurait de graves retombées pour les pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne, dont la situation est déjà mise à rude épreuve par la crise alimentaire mondiale et l’envolée des prix du pétrole. La « déclaration sur la politique d’aide » invite les membres du CAD à « réaffirmer leurs engagements en faveur de l’aide et [à] s’abstenir de toute décision budgétaire qui serait en contradiction avec ces engagements».




