Corruption


La plupart des Africains se heurtent à la corruption au quotidien. Dans l’indice 2012 de perception de la corruption (IPC) établi par Transparency International, 90 % des pays africains obtiennent un score inférieur à la barre symbolique des 50. Ils se trouvent au même niveau que les pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale. En moyenne, l’Afrique obtient un score de 33 dans l’IPC 2012, signe que la corruption reste un obstacle majeur pour les entreprises et la fourniture de services publics décents. C’est là une amélioration par rapport au score moyen de 2011 (29), synonyme pour Transparency International de « corruption endémique ». Deux pays africains figurent parmi les cinq derniers du classement, la Somalie et le Soudan.

Pour la première fois, le Botswana est entré dans le palmarès des 30 pays perçus comme les moins corrompus au monde, devant l’Espagne, l’Estonie et le Portugal. Le Cap-Vert fait également partie du groupe de pays obtenant un score supérieur à 60. Les Seychelles (score de 52) sont le cinquième pays africain à franchir la barre des 50, juste derrière Maurice (57) et le Rwanda (53). Le Ghana et la Zambie ayant pris des mesures résolues pour lutter contre la corruption, leur score pourrait s’améliorer à moyen terme.

Selon le baromètre mondial de la corruption 2011 de Transparency International, les citoyens africains ont le sentiment que le phénomène s’est aggravé depuis trois ans. Le Rwanda est le seul pays du continent où plus de 50 % des personnes interrogées estimaient que la corruption avait reculé au cours de cette période. En Éthiopie et au Kenya, ceux qui ressentaient une amélioration étaient plus nombreux que ceux qui percevaient une aggravation.

La majorité des pays situés dans le bas de l’indice IPC sortent d’une crise de longue durée, ce qui souligne l’impact délétère d’un conflit sur les institutions politiques et administratives : la Somalie, le Soudan, le Tchad, le Burundi, le Zimbabwe, la Libye, le Congo, la République démocratique du Congo RDC et l’Angola sont les lanternes rouges du continent.

Le Printemps arabe a révélé la préoccupation de l’opinion publique face au phénomène de la corruption. Les nouveaux gouvernements élus en Afrique du Nord doivent inculquer une culture de la transparence dans l’administration publique s’ils veulent regagner la confiance de leurs concitoyens. Il faudra pour cela s’assurer de l’intégrité de tous les échelons de l’appareil public et mieux impliquer la société civile pour demander des comptes.

Pour Transparency International, le secteur de la défense nationale reste très exposé aux risques de corruption. Les institutions en charge de la défense et de la sécurité dans les pays d’Afrique du Nord ne rendent pas de comptes.

Tableau 5.3. Indice de perception de la corruption de Transparency International, 2011-12

Pays

Rang mondial en 2012

IPC 2012

Rang mondial en 2011

IPC 2011

Botswana

30

65

32

61

Cap-Vert

39

60

41

55

Maurice

43

57

46

51

Rwanda

50

53

49

50

Seychelles

51

52

50

48

Namibie

58

48

57

44

Ghana

64

45

69

39

Lesotho

64

45

77

35

Afrique du Sud

69

43

64

41

Sao Tomé-et-Principe

72

42

100

30

Liberia

75

41

91

32

Tunisie

75

41

73

38

Burkina Faso

83

38

100

30

Malawi

88

37

100

30

Maroc

88

37

80

34

Swaziland

88

37

95

31

Zambie

88

37

91

32

Bénin

94

36

100

30

Djibouti

94

36

100

30

Sénégal

94

36

112

29

Gabon

102

35

100

30

Tanzanie

102

35

100

30

Algérie

105

34

112

29

Gambie

105

34

77

35

Mali

105

34

118

28

Éthiopie

113

33

120

27

Niger

113

33

134

25

Égypte

118

32

112

29

Madagascar

118

32

100

30

Mauritanie

123

31

143

24

Mozambique

123

31

120

27

Sierra Leone

123

31

134

25

Togo

128

30

143

24

Côte d’Ivoire

130

29

154

22

Ouganda

130

29

143

24

Comores

133

28

143

24

Kenya

139

27

154

22

Nigeria

139

27

143

24

Cameroun

144

26

134

25

République centrafricaine

144

26

154

22

Congo

144

26

154

22

Érythrée

150

25

134

25

Guinée-Bissau

150

25

154

22

Guinée

154

24

164

21

Angola

157

22

168

20

Congo, République démocratique du

160

21

168

20

Libye

160

21

168

20

Guinée équatoriale

163

20

172

19

Zimbabwe

163

20

154

22

Burundi

165

19

172

19

Tchad

165

19

168

20

Soudan

173

13

177

16

Somalie

174

8

182

10

Soudan du Sud

Source : Transparency International

L’étude de Transparency International a identifié un risque de corruption « élevé » à « critique » dans les secteurs de la défense de 14 pays d’Afrique subsaharienne. L’Angola, le Cameroun, l’Érythrée et la RDC sont les plus exposés – un legs des années de conflit et de mauvaise gouvernance. L’Afrique du Sud est le seul pays de la région où les députés ont un droit de regard sur le secteur de la défense. Des mesures encourageantes ont fait leur apparition au Ghana et au Kenya, dont l’introduction de sanctions disciplinaires pour les actes de corruption. En Tanzanie, la professionnalisation des Casques bleus pourrait réduire les risques de corruption lors des opérations.

Les systèmes de passation des marchés publics sont aussi la porte ouverte potentielle à la corruption, du fait des détournements de fonds ou d’une gestion négligente des deniers publics. Transparency International estime que la corruption et des systèmes de passation des marchés publics défaillants coûtent jusqu’à 357 millions USD par an au Kenya. Début 2013, les autorités kenyanes ont commencé à réfléchir à des instruments pour simplifier le suivi des dépenses publiques, et à lancer une base de données centralisée des informations relatives aux contrats afin d’accroître la transparence des dépenses publiques. Au Ghana, des clubs d’audit social suivent les appels d’offre publics afin de garantir la qualité et l’efficacité des dépenses.

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