Sous l’effet, en partie, de l’instabilité grandissante, les régimes politiques se sont durcis dans plusieurs pays en 2008. Au Mali, les autorités ont alterné répression et négociations avec la rébellion touareg, dans une tentative de mettre fin à la crise. Pendant les émeutes de la faim, les gouvernements ont en général renforcé les forces militaires et de police et procédé à des arrestations de manifestants.

La presse locale et internationale a fait les frais des tensions grandissantes pour s’assurer le contrôle de l’État. L’organisation Reporters sans frontières s’est émue des tentatives d’intimidation de journalistes, surtout dans les pays d’Afrique de l’Ouest et du Nord. Arrestations, retraits de licence ou fermeture des rédactions de plusieurs journaux ou magazines se sont multipliés dans plusieurs pays.

L’Afrique du Nord a également pris une part active à la lutte contre l’immigration clandestine, à la suite de plusieurs accords bilatéraux signés avec des pays européens, notamment l’Espagne et la France. Des centaines de clandestins ont ainsi été interceptés alors qu’ils tentaient d’atteindre les côtes européennes sur des embarcations de fortune surchargées. Chaque année, des centaines de jeunes gens meurent ainsi dans leur quête désespérée d’une vie meilleure.

Pourtant, c’est le Zimbabwe qui détient la palme du durcissement du régime politique en 2008 : la répression de toute forme d’opposition s’est intensifiée, avant et après les élections de mai qui ont malgré tout été remportées par le leader du parti d’opposition, Morgan Tsvangirai. Robert Mugabe, président du Zimbabwe depuis l’indépendance, en 1980, a refusé ces résultats et a renforcé la répression, malgré la désapprobation de l’UA et des dirigeants de la CDAA. De nouvelles interdictions des réunions politiques, des couvre-feux et la répression des médias indépendants sont venus étouffer encore un peu plus les libertés politiques et civiles. Le pays s’est enfoncé dans une crise économique et humanitaire toujours plus dure, aggravée par l’épidémie de choléra qui a tué des milliers de personnes et menace de se propager aux pays voisins. En février 2009, le président Mugabe a finalement accepté de constituer un gouvernement d’unité nationale, en faisant de Morgan Tsvangirai son Premier ministre. La situation était pourtant loin d’être stabilisée au printemps.

Comme en 2007, l’indice de liberté politique (PFI) de Freedom House pour l’année 2008 montre une tendance à un certain recul en Afrique subsaharienne. Dans onze pays, les droits civils ou politiques ont connu des revers. La situation ne s’est améliorée que dans six pays. L’indice PFI prend en compte plusieurs aspects de la liberté politique : la tenue d’élections libres et équitables ; la transparence du dépouillement des suffrages ; la liberté citoyenne et pluraliste d’organiser des partis politiques ou autres groupements politiques ; l’importance du vote de l’opposition et son aptitude réelle à accéder au pouvoir par le processus électoral ; le libre-arbitre et l’absence de toute forme de subordination ; un degré raisonnable d’expression autonome pour les minorités culturelles, ethniques, religieuses et autres ; et la décentralisation du pouvoir exécutif.