Les bons résultats économiques de l’Afrique reposent notamment sur une demande et des prix soutenus pour les matières premières, une meilleure gouvernance économique (y compris une saine gestion macro-économique et des dépenses publiques) et des réformes institutionnelles en vue d’améliorer l’environnement des affaires. La récession mondiale actuelle va changer la donne.

L’environnement des affaires en Afrique a évolué en 2008. Globalement, la pratique des affaires s’est améliorée sur le continent, de nombreux pays ayant mis en œuvre davantage de réformes sur la période 2007-08 que jamais auparavant. En 2007-08, 28 économies ont introduit 58 réformes – contre 24 économies et 49 réformes sur la période 2006-07. Le rythme des réformes s’est accéléré, le nombre de pays ayant engagé des réformes entre 2005 et 2008 ayant progressé de 70 pour cent. Par conséquent, dans le classement par régions du rythme des réformes, l’Afrique passe  de la cinquième place en 2007 à la troisième place en 2008, derrière l’Europe et l’Asie centrale. Trois pays africains (Botswana, Burkina Faso et Sénégal) figurent dans le palmarès des dix pays les plus réformateurs en 2007-08.

Ces trois pays, plus le Liberia, le Rwanda et la Sierra Leone, ont été les plus réformateurs de l’Afrique subsaharienne pour l’année 2008. Plusieurs réformes réglementaires ont été engagées dans ces pays qui ont sensiblement amélioré leur positionnement dans le classement mondial relatif à la « facilité de faire des affaires » en 2008 (tableau 10). La création d’entreprise et le commerce transfrontalier sont les deux réformes les plus populaires de la région. Le Sénégal a amélioré son climat des affaires et passe ainsi de la 168e place (Doing Business 2008) à la 149e place (Doing Business 2009) grâce avant tout aux réformes réglementaires venues simplifier la création d’entreprise, le transfert de propriété et le commerce transfrontalier. Le Burkina Faso a introduit un nouveau code du travail et mis en place un guichet unique pour les permis de construire, qui simplifie grandement le transfert de propriété.

Le Botswana a réduit les délais pour la création d’entreprise, grâce à l’informatique, et a rendu le commerce plus aisé en introduisant un système électronique d’échange de données. Il a également renforcé la protection des investisseurs. Le Liberia a facilité la création d’entreprise en simplifiant le processus d’enregistrement et en réformant l’octroi des autorisations. Il a aussi amélioré l’accès au crédit en créant au sein de la banque centrale un système d’information sur le crédit couplé à une base de données sur les emprunteurs. La création d’entreprise est devenue bien plus aisée en Sierra Leone, grâce à l’élimination de certaines formalités d’enregistrement (comme le versement d’impôts par anticipation ou l’obtention d’un permis pour le contrôle des changes). Au Rwanda, les délais et les coûts de transfert de propriété ont été réduits et le regroupement en un seul formulaire de la demande d’autorisation d’emplacement et du permis de construire rend la pratique des affaires bien plus aisée.

Dans le classement 2009 des pays les plus performants de l’enquête Doing Business, Maurice arrive en tête des pays d’Afrique subsaharienne (24e place), devant l’Afrique du Sud et le Botswana. De fait, Maurice a rejoint en 2009 les 25 meilleurs pays du monde pour ce qui est de la facilité de faire des affaires. Le pays a réformé en profondeur la création d’entreprise, le transfert de propriété et l’accès au crédit. L’Afrique du Sud a introduit deux grandes réformes dans la création d’entreprise et le règlement des impôts. La loi sur les entreprises ayant été amendée, l’envoi électronique de documents et de textes facilite la création d’entreprise. Les pouvoirs publics ont aussi réduit la charge fiscale, en supprimant les taxes régionales d’établissement et de service.

Non contents d’améliorer la création d’entreprise, les pays d’Afrique subsaharienne ont également réformé la fiscalité – en réduisant l’impôt sur les entreprises, en simplifiant les procédures de paiement, en supprimant certains impôts, en révisant les codes des impôts et en modifiant les délais nécessaires pour se mettre en conformité avec le système de fiscalité des entreprises. Sur les 25 économies dans le monde qui ont réduit l’impôt sur les entreprises en 2007-08, quatre sont africaines : Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Madagascar et Maroc. Le Mozambique a simplifié les procédures de paiement des impôts en 2007-08 et, avec le Maroc et la Zambie, il fait désormais partie du groupe des pays ayant révisé sur cette période le code des impôts. L’Afrique du Sud et Madagascar font partie des rares économies du monde à avoir supprimé certains impôts. Quant au Cameroun, au Nigeria et à la république du Congo, ils font désormais partie des 10 pays où moins de 200 heures sont nécessaires pour se conformer au système de fiscalité des entreprises.

Treize pays d’Afrique subsaharienne n’ont engagé aucune grande réforme en 2008. Six d’entre eux sont des pays enclavés (Burundi, Éthiopie, Malawi, Ouganda, RDC et Swaziland), deux sont des îles (Comores et Seychelles), et un seul une économie pétrolière (Soudan). Les quatre autres sont la Guinée-Bissau, le Niger, la Tanzanie et le Togo. Cinq pays d’Afrique subsaharienne occupent toujours les dernières places du classement pour ce qui est de la facilité d’exercer des activités : Burundi (177e place), république du Congo (178e), Guinée-Bissau (179e), RCA (180e) et RDC (181e).

L’environnement des affaires en Afrique reste globalement en retard. En dépit d’une réelle accélération des réformes pour rendre l’environnement des affaires plus propice aux investisseurs nationaux et étrangers, l’Afrique est toujours le lieu le moins attrayant du monde pour y créer une entreprise et la développer.

L’Afrique subsaharienne détient le palmarès de la difficulté dès qu’il s’agit de créer une entreprise : l’entrepreneur putatif doit respecter 10.2 procédures qui durent pratiquement 49 jours et lui reviennent à 111.2 pour cent du RNB par habitant, avec un capital minimum versé de 173.4 pour cent du RNB par habitant. Seule l’Amérique latine fait moins bien en termes de durée (65 jours contre 49), mais les coûts et le niveau minimum de capital y sont moindres.

C’est en Afrique subsaharienne que le transfert de propriété exige le plus de procédures et coûte le plus cher. Là encore, seules l’Amérique latine et les Caraïbes font à peu près aussi mal. L’Afrique subsaharienne détient également le palmarès pour l’indice de la rigidité de l’emploi et le coût d’un licenciement – signe du manque total de flexibilité de ses marchés du travail. Mais certains pays, à l’instar du Burkina Faso, ont rejoint en 2008 le club des dix meilleurs réformateurs du monde pour l’embauche des travailleurs. L’accès au crédit reste plus malaisé dans la région que partout ailleurs, surtout par manque d’informations et de systèmes de garanties. Ainsi, l’indice de l’information sur le crédit de l’Afrique subsaharienne – qui mesure l’étendue, la qualité et l’accessibilité des informations – est le pire de tous (1.4) La région s’approche néanmoins de la moyenne mondiale pour ce qui concerne l’exécution des contrats, la durée des procédures de faillite et le taux de recouvrement. Le Mozambique est le premier réformateur du monde en 2008 pour l’exécution des contrats.