La corruption
Si l’on en croit les données 2008 de Transparency International, la corruption reste un problème de taille pour le continent, la lutte contre ce fléau obtenant des résultats mitigés (tableau 8). En 2008, le nombre de pays africains présents dans le quart supérieur est passé à trois (Botswana, Cap-Vert et Maurice), contre deux en 2007 (Afrique du Sud et Botswana). Si la note de l’Afrique du Sud n’était pas retombée en deçà de cinq, quatre pays africains auraient pu figurer en tête du classement. Dix se situent dans le deuxième quart (comme en 2007), 22 dans le troisième et 18 dans le dernier. Malgré les progrès de certains, la transparence et la bonne gouvernance semblent toujours hors d’atteinte à l’échelle du continent, 36 pays conservant une note inférieure à trois, signe d’une corruption omniprésente.
L’indice de perception de la corruption (IPC) de 2008 permet de voir que le Bénin, le Burkina Faso, Maurice et le Nigeria ont fait des progrès considérables. À l’inverse, la situation s’est brutalement dégradée au Burundi et en Somalie. Enfin, le Mozambique, l’Ouganda et la Tanzanie ont aussi été rétrogradés. Globalement, les pays qui affichent les moins bons résultats ont vu leur position se détériorer. Le nombre de pays obtenant une note inférieure à deux est passé de 6 à 13. Ce sont aussi les pays où le développement humain est le plus faible – ce qui confirme le lien entre la lutte contre la corruption et l’amélioration des dépenses publiques pour atténuer la pauvreté.
En 2008, le Cap-Vert, le Mali, le Mozambique, le Niger et la Tunisie ont ratifié la Convention des Nations unies contre la corruption, portant à 39 le nombre de pays africains dans ce cas. Le Cameroun et le Soudan ont par ailleurs ratifié la Convention de l’UA sur la prévention et la lutte contre la corruption, portant à 43 le nombre de pays qui l’ont ratifiée depuis 2003. Deux autres ratifications ont eu lieu, celle des Seychelles et de la Sierra Leone. La convention est entrée en vigueur en 2007.
Malgré certaines zones troubles, l’engagement du continent en faveur de la bonne gouvernance sous toutes ses formes est incarné par le programme phare du Nepad, lancé en juillet 2002 – le MAEP. Le Mécanisme africain d’examen par les pairs entend favoriser l’adoption de politiques, de normes et de pratiques propices à la stabilité politique, à une croissance économique alerte, au développement durable et à l’accélération de l’intégration économique des régions et du continent. En février 2008, 29 pays avaient volontairement adhéré au mécanisme. Le processus a dû cependant être interrompu en Mauritanie en novembre 2008, à la suite du coup d’État qui a renversé le président démocratiquement élu.
Pour la première fois, quatre examens par les pairs ont été menés à bien en 2008: au Bénin, au Burkina Faso, au Nigeria et en Ouganda. C’est une belle réussite quand on sait que cinq examens seulement avaient été réalisés entre 2003 et 2007 (Afrique du Sud, Algérie, Ghana, Kenya et Rwanda). Des missions sur le terrain sont prévues en Éthiopie, au Lesotho, au Mali et au Mozambique au premier semestre 2009. Maurice et la Zambie devraient en accueillir au second semestre. Les missions au Lesotho, au Mali et au Mozambique ont déjà eu lieu et les examens proprement dits pourront démarrer en 2009.
Deux nouveaux volets ont été ajoutés récemment au processus MAEP. Un forum MAEP s’est lancé dans l’examen de problématiques transversales (là où des manquements ont été identifiés dans tous les pays examinés à ce jour) lors du premier sommet extraordinaire, qui s’est déroulé à Cotonou (Bénin) en novembre 2008. Plusieurs points figuraient à l’ordre du jour : gestion de la diversité et xénophobie ; élections en Afrique ; contrôle et gestion des ressources foncières ; et corruption. Le programme national d’action (PNA) est au cœur du processus, qui vise à remédier aux problématiques identifiées dans les quatre domaines thématiques. Pour la première fois depuis la création du MAEP, le sommet du forum de janvier 2009 a été consacré à une revue exhaustive et complète de l’avancement des PNA dans les pays parvenus au terme du processus d’examen. L’Afrique du Sud, l’Algérie, le Bénin, le Ghana, le Kenya et le Rwanda ont présenté leurs rapports d’avancement.
Lancée en 2002, l’Initiative sur la transparence des industries extractives (EITI) milite pour la transparence des versements des sociétés minières et des recettes publiques dans les pays riches en pétrole, gaz naturel et minerais. Sur les 26 pays adhérents, 18 sont africains. La RCA et la Tanzanie sont les deux derniers pays à avoir rejoint l’Initiative (respectivement en décembre 2008 et février 2009). À ce jour, sept pays seulement (Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée, Liberia, Mauritanie et Nigeria) ont publié des rapports sur leurs recettes et leurs règlements, mais certains de ces rapports sont peu informatifs, et l’implication de la société civile – indispensable à une mise en œuvre réussie de l’Initiative – reste encore très limitée dans de nombreux cas. Les pays africains doivent renouveler leurs engagements vis-à-vis de l’Initiative EITI et l’inscrire dans les processus plus larges de réforme de la gouvernance, en intégrant notamment la transparence des recettes dans la législation nationale (le Nigeria et São Tomé et Principe ont déjà pris des dispositions en ce sens).




