Malgré la stabilisation et la démocratisation progressives qui caractérisent la plupart des pays, dans d’autres la situation s’est dégradée par rapport à 2007, avec l’aggravation de conflits de longue date ou de l’instabilité sociale, la recrudescence de troubles dans des pays qui avaient recouvré depuis peu leur stabilité, ou encore des remous sporadiques dus à l’augmentation du coût de la vie dans des pays plutôt stables par ailleurs.

Plusieurs pays ont réussi, alors qu’ils sortaient d’un conflit, à conjuguer normalisation macro-économique et promotion de la stabilité sociale. L’Angola et le Mozambique en témoignent, le premier ayant organisé les premières élections démocratiques depuis la fin de la guerre civile –  les deuxièmes seulement depuis son indépendance. Bien que l’insécurité reste préoccupante, surtout dans les zones urbaines, la stabilité s’est améliorée au Liberia et en Sierra Leone après dix ans de conflits particulièrement destructeurs.

En Côte d’Ivoire, après six ans de troubles civils, la situation continue de se stabiliser. La signature de l’accord d’Ouagadougou, en mars 2007, n’a pas encore débouché comme prévu sur la tenue d’élections mais elle a su mettre un terme aux hostilités et amener à la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Les violences ont sensiblement diminué des deux côtés et la détente du climat social a permis à l’État de reprendre le contrôle du nord du pays et de recommencer à assurer les services de base. La région des grands Lacs semble enfin poser les jalons d’une prochaine amélioration.

En Ouganda, le conflit a perdu de sa vigueur avec l’élaboration d’un accord de paix en avril 2008 (que les rebelles n’ont pas encore signé). En RDC, alors même que le conflit était reparti de plus belle, la coopération fructueuse entre les gouvernements de Joseph Kabila, en RDC, et de Paul Kagame, au Rwanda, a permis de conclure l’année par l’arrestation du chef d’un des groupes rebelles qui attisaient la violence dans la région du Nord-Kivu.

Ces améliorations, aussi bienvenues soient-elles, ne peuvent occulter une certaine recrudescence des tensions politiques. L’année avait démarré sur une note positive en RDC, avec l’organisation d’une conférence de paix à Goma, début janvier. Mais les heurts violents entre l’armée et différents groupes rebelles ont envenimé la situation dans les régions du nord-est, entretenant l’instabilité dans la région tout entière pendant pratiquement toute l’année.

Au Tchad, le conflit opposant le président Deby à la rébellion a tourné à la guerre ouverte avec l’attaque de la capitale N’djamena par les rebelles. L’armée régulière, aidée par la France, a repris le contrôle mais les accrochages se sont poursuivis toute l’année, attisés par des tensions ethniques et religieuses.

Au Soudan voisin et dans la corne de l’Afrique, la situation reste houleuse. La guerre du Darfour continue de faire des victimes civiles et la situation humanitaire risque de tourner à la catastrophe, le président Omar el-Béchir ayant chassé les ONG humanitaires internationales début 2009 en réaction au mandat d’arrêt émis contre lui par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.

Dans le pays sans État qu’est devenue la Somalie, la situation reste critique et la guerre civile entre dans sa 18e année. La signature d’un accord de paix en juin 2008 entre le gouvernement fédéral de transition (GFT) et l’Alliance pour la relibération de la Somalie (ARS) n’a pas mis fin aux combats, et l’absence d’un véritable État menace la sécurité de toute la région. Au-delà des combats incessants entre groupes rivaux, les actes de piraterie contre des navires commerciaux se sont multipliés en 2008, rendant la côte dangereuse. Les armes de contrebande qui pénètrent en Somalie alimentent par ailleurs un trafic avec d’autres pays de la région. En Afrique centrale et orientale, le Burundi et la RCA ont eu du mal à se remettre des conflits récents, et des épisodes de violence dramatique ont menacé les accords de paix.

On observe également un regain d’activités violentes de la part de plusieurs mouvements rebelles. Depuis le milieu de l’année 2007, la rébellion touareg s’est intensifiée au Mali et au Niger, multipliant les meurtres et les rapts de militaires et d’étrangers.

Alors que les autorités du Niger refusent de reconnaître la rébellion et de négocier avec les Touaregs, le Mali a signé un accord de paix avec eux en avril 2008. Mais le retour à la normale n’est pas encore complet.

Au Nigeria, le conflit dans le delta du Niger s’est poursuivi en 2008. Ces incidents auraient provoqué depuis 2005 une perte de production d’environ 20 pour cent. Malgré la création d’un ministère en 2008 pour remédier à ce problème, la pacification se fait toujours attendre.

Au Kenya, des affrontements ont éclaté après les élections contestées de décembre 2007 faisant 1 300 victimes et entraînant le déplacement de plus de 350 000 personnes.

L’année 2008 aura connu un certain nombre de coups d’État. En Mauritanie, la junte militaire a été officiellement sanctionnée par l’UA, qui a plaidé pour un retour à l’ordre constitutionnel après que l’armée eut renversé, en août 2008, le premier président jamais élu démocratiquement, Mohamed Abdallahi.

En décembre et après des mois de troubles, l’armée a pris le pouvoir en Guinée, profitant de la disparition de l’ancien président Lansana Conté. La série de coups d’État s’est poursuivie en 2009 avec l’assassinat par l’armée du président João Bernardo Vieira, en Guinée-Bissau, après deux tentatives ratées en 2008. Le pays est particulièrement instable depuis quelques années, avec l’arrivée en nombre de trafiquants de drogue latino-américains, qui se servent des côtes de l’Afrique de l’Ouest pour tenter d’inonder l’Europe.

Début 2009, le président malgache Marc Ravalomanana et le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, se sont durement affrontés, provoquant des manifestations violentes où une centaine de personnes ont perdu la vie, l’armée ayant tiré sur la foule. Andry Rajoelina, soutenu par l’armée, a finalement chassé du pouvoir le président Ravalomanana. L’UA et plusieurs chefs d’État africains ont condamné cet acte, pour « transfert anticonstitutionnel du pouvoir ». Fin mars 2009, la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (CDAA)  a exclu Madagascar de ses rangs « jusqu’au retour de l’ordre constitutionnel ».

Les émeutes de la faim, qui avaient éclaté fin 2007, ont gagné en intensité en 2008, attisées par une augmentation sans précédent du prix des denrées alimentaires et du carburant qui ont touché de plein fouet des ménages déjà confrontés à des conditions de vie difficiles. Le Burkina Faso, le Cameroun, l’Égypte, le Mozambique et le Sénégal font partie des nombreux pays où les grèves, les manifestations et les émeutes se sont multipliées.

Au Cameroun, les manifestations contre la vie chère sont venues s’ajouter au mécontentement suscité par le président Biya, qui entend amender la constitution afin de pouvoir se représenter pour un troisième mandat lors des élections présidentielles prévues fin 2011. En Afrique du Sud, de violentes émeutes aux relents xénophobes ont éclaté en mai 2008, provoquant la mort de 62 étrangers et le déplacement de plusieurs milliers de personnes.

Dans plusieurs autres pays, la situation reste tendue et pourrait basculer dans les mois à venir avec l’aggravation de la conjoncture économique liée à la crise mondiale et à ses effets délétères sur l’emploi dans le secteur minier, mais aussi dans les services et le bâtiment. Des mesures de soutien et de maintien de l’ordre ont permis à plusieurs pays de traverser sans trop d’encombres l’année 2008, mais l’amenuisement des ressources publiques devrait rendre la situation beaucoup plus délicate en 2009.