La figure 2.3 montre que, par rapport aux apports d’IDE à l’Afrique, les investissements de portefeuille restent modestes – même s’ils tendent à augmenter. Alors qu’ils ne ressortaient qu’à 2 milliards USD en 2000 – ou 13 % des IDE cette année-là – les investissements en portefeuille ont commencé à jouer un rôle important en Afrique à partir de l’année 2004, où ils ont atteint un volume de 8 milliards USD (23 % des IDE). Les flux d’investissements de portefeuille vers l’Afrique ont culminé en 2006, à 24 milliards USD, avant de connaître une vraie dégringolade en 2008, à -22 milliards USD. Depuis lors, une reprise tout aussi brutale et impressionnante a eu lieu : les flux de portefeuille vers l’Afrique se sont établis à 22 milliards USD en 2010, soit 2 milliards de moins que leur record de 2006, atteignant l’équivalent de 30 % des IDE.

Figure 2.3 : Flux d'investissements directs et investissements de portefeuille en Afrique (milliards de dollars US courants)

L’Afrique du Sud est de loin le premier bénéficiaire des investissements de portefeuille en Afrique. Sur la période 2000‑10, les flux qui lui étaient destinés ont représenté 128 % du total des apports à l’Afrique (ce qui s’explique surtout par les flux de portefeuille négatifs de la Libye sur la période, de 28 milliards USD). En 2010, l’Afrique du Sud a drainé 17.5 milliards USD de ces apports, soit 80 % du montant total pour le continent. L’Égypte a pour sa part reçu 8 milliards USD de flux de portefeuille (36 % du total) et la Libye a affiché des sorties nettes de 4 milliards USD, soit -18 % du volume total pour l’Afrique. Ce résultat est la conséquence des activités du fonds souverain libyen, qui est devenu un partenaire incontournable dans les investissements africains.

L’enquête coordonnée sur les investissements de portefeuille (ECIP) du FMI collecte des informations sur l’encours transfrontalier des titres de participation et de créance de 75 pays et territoires investisseurs (FMI, 2010b)4. En 2009, l’encours de ces 75 investisseurs en Afrique s’est établi à 150 milliards USD (72 % de titres de participation et 28 % de titres de créance). Ce ratio a été le même tout au long de la décennie. Les États-Unis avaient un encours d’investissements de portefeuille en Afrique de 66 milliards USD en 2009, soit 44 % du total de l’encours de tous les pays et territoires ayant répondu à l’enquête, devant le Luxembourg (19 milliards) puis, à égalité, Maurice et le Royaume-Uni (8 milliards chacun). Ce dernier chiffre reflète le rôle essentiel de Maurice comme porte d’entrée des investissements en Afrique.

Mis à part Maurice, qui est de loin la première source d’investissements de portefeuille intra-africains, la dynamique intra-africaine de ces investissements est semblable à celle des IDE : l’Afrique du Sud et l’Afrique du Nord sont les principales sources d’investissements. L’Afrique du Sud et l’Égypte sont les deux seuls pays du continent à avoir répondu à l’ECIP : elles détiennent respectivement 0.8 % et 0.2 % de l’encours total de portefeuille en Afrique.

Encadré 2.1. Évolution des politiques africaines d’investissement : un aperçu

L’évolution mondiale des IDE est souvent liée à celle des politiques d’investissement. Les apports d’IDE à l’Afrique ont considérablement augmenté depuis plusieurs décennies, de même que la libéralisation des politiques d’investissement – notamment en Afrique subsaharienne. Les réformes politiques sont cruciales pour instaurer un environnement propice aux investissements – intérieurs et étrangers – qui permettront aux gouvernements africains d’atteindre leurs objectifs de développement.

Ces dernières années, l’Afrique a davantage progressé que n’importe quelle autre région du monde dans les classements de la liberté économique, des pays comme le Rwanda faisant désormais partie des principaux réformateurs mondiaux (Indice de liberté économique de l’Heritage Foundation et Indice de la pratique des affaires de la Banque mondiale). Pourtant, dans bon nombre de pays africains, la réglementation est encore lacunaire, notamment au niveau du transfert de propriété et des titres fonciers, ce qui freine les investissements de meilleure qualité.

Les gouvernements africains ont pris un certain nombre d’initiatives politiques pour promouvoir les investissements et poursuivre la libéralisation de leurs cadres d’investissement.

  • Poursuivre la promotion et la facilitation de l’investissement :
    • l’Agence zambienne de développement (Zambia Development Agency – ZDA) a facilité la création de co-entreprises entre des investisseurs locaux et étrangers en proposant une facilité d’appariement des entreprises et en rationalisant le processus d’octroi des autorisations ;
    • le Mozambique a lancé des réformes pour renforcer la protection des investisseurs et l’encadrement législatif des partenariats public/privé (PPP), des concessions et des mégaprojets ;
    • le Rwanda, le Mozambique et l’Ouganda ont conforté leur arsenal législatif en étoffant le droit des sociétés ou en améliorant les textes existants, afin de faciliter la création d’entreprises ;
    • le Burkina Faso a créé l’Autorité de régulation des marchés publics, qui a pour mission d’améliorer la transparence des procédures de passation de marchés publics ;
    • la Namibie a adopté des mesures autorisant des institutions bancaires étrangères à ouvrir des succursales dans le pays ;
    • le Burundi a supprimé les procédures d’examen préalable pour les investisseurs étrangers.
  • Réformes de la politique fiscale :
    • l’Afrique du Sud a lancé un programme d’encouragement fiscal pour les investisseurs dans le secteur manufacturier ;
    • la Namibie a réduit l’impôt sur les sociétés non minières de 1 % (projet de loi 2010 sur l’impôt sur le revenu) ;
    • le Burundi a octroyé des exonérations d’impôts pour les achats immobiliers en relation avec de nouveaux investissements et pour les biens acquis en vue de créer une entreprise ;
    • le Cameroun a supprimé la taxe sur l’immatriculation des entreprises avec le projet de loi 2010 sur les recettes.
  • Établissement de règles pour les investissements internationaux5  :
    • le Mozambique et l’Espagne ont signé un traité bilatéral d’investissement (TBI) ;
    • Maurice et l’Australie ont signé un traité fiscal.
  • Regain d’intérêt pour les investissements dans l’agriculture : L’Afrique, qui possède 60 % des terres agricoles non cultivées encore disponibles sur notre planète (McKinsey Global Institute, 2010), commence à attirer de gros investissements étrangers pour la production agricole. Plusieurs pays adoptent depuis peu des politiques visant à favoriser davantage d’investissements de meilleure qualité dans ce secteur :
    • le Burkina Faso a voté une loi de gestion des terres rurales qui garantit l’équité d’accès à ces terres et une résolution efficace des différends fonciers et ce, afin de renforcer la productivité agricole. Par ailleurs, le pays a rationalisé le transfert de propriété en autorisant le règlement des impôts afférents au service du cadastre ;
    • le Kenya a introduit un système d’assurance pour les pasteurs du Nord du pays.

Malgré toutes ces initiatives, les décideurs africains ont encore du mal à attirer des investissements plus importants et de meilleure qualité dans l’agriculture. À cet égard, les initiatives internationales peuvent aider les pouvoirs publics à concevoir des cadres politiques solides pour un investissement responsable dans l’agriculture : il s’agit notamment des Principes pour des investissements agricoles responsables et respectueux des droits, des moyens d’existence et des ressources publiés par la Banque mondiale, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds international de développement agricole (FIDA) ou des Directives d’application volontaire pour une gouvernance responsable de l’administration foncière des terres et d’autres ressources naturelles. D’autres instruments, comme le Cadre d’action pour l’investissement agricole (PFIA) de l’OCDE, peuvent également aider les gouvernements africains à améliorer la cohérence des investissements agricoles. Ces initiatives viennent compléter les avancées du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) visant à relancer les investissements pour développer le secteur agricole à travers le Programme pour le développement global de l’agriculture africaine (CAADP).

Globalement, les pays africains continuent de renforcer leurs cadres d’investissement. Conjugué à une gestion macroéconomique plus saine, ce facteur explique la résilience du continent face à la dernière crise financière mondiale. Les IDE constituent par ailleurs une source vitale de croissance et de développement pour les populations et les économies africaines, notamment parce qu’ils favorisent la création d’emplois, le transfert de technologie et de savoir et la diversification des exportations.

Source : Initiative NEPAD-OCDE pour l’investissement en Afrique