Augmentation de l’aide destinée à l’Afrique
APD mondiale
Sous l’effet de la crise financière et de son impact profond sur les budgets publics des pays donneurs, les volumes mondiaux d’APD se sont légèrement tassés, passant de 121.5 milliards USD en 2008 à 120 milliards en 2009. Pour autant, l’APD en 2009 représente une part supérieure du revenu national brut (RNB) cumulé des membres du CAD, étant donné la dépression économique subie : elle s’est établie à 0.31 % en 2009, contre 0.30 % en 20086. Ce taux sous-estime cependant l’augmentation considérable du financement du développement au sens strict. Hors allégements de dette7 et aide humanitaire, l’aide bilatérale à des programmes et des projets de développement a progressé de 8.5 % en termes réels. C’est une évolution conforme à une tendance observée depuis quelques années.
Aux sommets du G8 à Gleneagles et du Millénaire +5, en 2005, les donneurs ont pris des engagements précis d’accroissement de leur aide. Une fois traduits en chiffres par le secrétariat de l’OCDE, ceux-ci impliquent que les apports soient portés d’environ 80 milliards USD en 2004 à près de 130 milliards USD en 2010, à prix constants de 2004 – un montant qui représente 0.36 % du RNB estimé pour 2010. Face à l’impact de la récente dépression économique sur le RNB nominal, l’OCDE estime désormais la valeur des engagements pris pour 2010 à 126 milliards USD environ (en dollars constants de 2004), soit 46 milliards de plus qu’en 2004. D’après les estimations8, les donneurs auraient fourni 108 milliards USD en 2010, soit 18 milliards de moins que la cible fixée au sommet de Gleneagles (en dollars de 2004).
Quoi qu’il en soit, l’augmentation de l’aide depuis 2004 est sensible : elle représente 28 milliards USD (en dollars de 2004) par rapport à la référence de 2004, le ratio APD/RNB passant sur la même période de 0.26 % à un niveau estimé de 0.32 %. C’est le plus fort accroissement en volume de l’APD sur une période identique et, contrairement à ce qui s’est passé en 2005-07, il ne s’explique pas par une augmentation marquée des allégements de dette. La progression persistante de l’APD le montre, les engagements en matière d’aide sont efficaces dès lors qu’ils sont étayés par des ressources adéquates, une volonté politique et des plans de dépenses contraignants s’étalant sur plusieurs années. À l’inverse des autres apports financiers à destination de pays en développement – en net recul depuis le début de la crise financière mondiale – l’APD continuera d’augmenter en 2010.
En ce qui concerne les autres types d’apports financiers internationaux, il faut souligner l’arrivée de nouveaux acteurs dans l’aide au développement, avec des ressources supplémentaires et de nouvelles modalités d’intervention en Afrique. L’APD des 23 pays membres du CAD représente environ 90 % des flux d’aide mondiaux selon une estimation basée sur la méthode de comptabilisation du CAD. Le total des apports bruts émanant de pays non membres du CAD au titre de l’aide au développement a été estimé à 12 milliards USD en 2009. La Chine pourrait en fournir 2 à 3 milliards, la Russie 800 millions, l’Inde 500 millions, le Brésil 360 millions et l’Afrique du Sud 100 millions (Smith et Zimmermann, à paraître).
Afrique
L’APD accordée à l’Afrique ne cesse d’augmenter depuis dix ans : elle est passée de 15 milliards USD en 2000 à 30 milliards en 2004, puis à 48 milliards en 2009. Pour autant, les donneurs ne tiendront probablement pas leurs engagements pris à Gleneagles, en 2005. En termes réels (en dollars de 2004, la référence pour ces engagements), l’APD totale à l’Afrique en 2009 aura atteint 38 milliards USD et, selon les estimations, 42 milliards en 20109, soit 13 milliards de moins (24 %) que l’objectif.
L’APD bilatérale nette des donneurs du CAD à l’Afrique est ressortie à 28 milliards USD en 2009, dont 25 milliards pour la seule Afrique subsaharienne. Cela représente une progression de 3 % en termes réels par rapport à 2008 pour la totalité du continent, et une augmentation de 5.1 % pour l’Afrique subsaharienne.
Les données du CAD révèlent une légère diminution de l’aide humanitaire, qui est passée de 5.5 milliards USD en 2008 à 5.2 milliards en 2009. Les allégements de dette bilatéraux ont doublé, de 2 milliards USD en 2008 à 4 milliards en 2009. Les autres apports d’APD ont augmenté, s’établissant à 38 milliards USD en 2009 contre 36 milliards en 2008 (figure 2.4).
Figure 2.4 : Versements nets d'APD à l'Afrique 2000-09 (milliards de dollars US courants)
La Chine, dont la coopération avec l’Afrique progresse rapidement, fait partie des pays qui fournissent des ressources financières additionnelles au continent. Lors du 4e Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA), en novembre 2009, la Chine s’est engagée à fournir 10 milliards USD de prêts concessionnels aux pays africains. Elle a aussi promis d’octroyer des prêts spéciaux pour les petites et moyennes entreprises africaines (PME) à hauteur d’un milliard USD.
De son côté, l’Inde s’est engagée à aider le continent lors du premier sommet Inde-Afrique organisé en 2008 : elle a prévu de lui fournir à l’horizon de cinq à six ans 5.4 milliards USD de prêts et 500 millions USD de dons. Parmi les grandes initiatives annoncées, le projet de réseau Internet panafricain, le Mouvement d’approche technico-économique pour l’Afrique et l’Inde (Techno-Economic Approach for Africa-India Movement – TEAM 9), et le Programme spécial d’aide à l’Afrique du Commonwealth (Special Commonwealth African Assistance Programme – SCAAP).
En plus de la Chine et de l’Inde, le continent a bénéficié de la coopération au développement de l’Afrique du Sud, qui s’est élevée à 108.7 milliards USD sur l’exercice 2009/10. La quasi-totalité de la coopération au développement de ce pays concerne l’Afrique, avec une nette priorité accordée aux pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA) (ou Southern African Development Community – SADC).
L’Arabie saoudite arrive en tête des pays arabes qui fournissent une aide à l’Afrique, avec 5.5 milliards USD d’APD brute en 2008. Le fonds de développement saoudien finance des projets d’investissement par des prêts concessionnels axés sur les infrastructures de transport et d’énergie (60 % des prêts), l’agriculture (18 %) et les secteurs sociaux (13 %). Les pays d’Afrique subsaharienne captent 28 % de ces prêts.
Le fait de ne s’intéresser qu’à l’aide au développement au sens strict (selon la définition de l’APD du CAD10) interdit de saisir la totalité des flux financiers accordés au titre du développement qui circulent entre l’Afrique et d’autres pays en développement. Le financement du développement par les économies émergentes en Afrique suit le plus souvent des modalités différentes de celles des partenaires traditionnels. Forts des principes de l’efficacité de l’aide, les donneurs du CAD ont passé les dix dernières années à mettre en pratique un certain nombre de règles strictes séparant l’aide au développement d’autres formes de coopération économique, comme les échanges et les investissements. L’aide « liée » – des fonds alloués au titre de l’aide au développement associés à des produits et services du pays donneur – a largement disparu, afin de promouvoir une concurrence équitable dans les contrats commerciaux et de garantir un meilleur rapport qualité/prix (CAD/OCDE [2001] et Programme d’action d’Accra [2008]). De leur côté, les partenaires de pays en développement poursuivent une stratégie différente qui conjugue intérêts commerciaux, objectifs de développement et modalités financières.
Ainsi, les crédits à l’exportation – qui ne relèvent pas de la définition de l’APD – jouent un rôle de plus en plus prééminent dans les relations entre le continent et ses partenaires de pays en développement. En 2006, le total des crédits à l’exportation accordés par la Chine a frôlé 1.2 milliard USD. Dans le cas de l’Inde, ces crédits ont augmenté entre 2004 et 2010, passant de 50 à 89 millions USD (Chanana, 2009). Les partenaires émergents recourent aussi aux « crédits mixtes », une offre de financement qui associe un prêt préférentiel et un prêt aux conditions du marché (Brautigam, 2010a). La Chine aurait accordé en moyenne 7.1 milliards USD par an de crédits de ce type entre 2007 et 2009 (Brautigam, 2010b). C’est là une estimation nettement supérieure à celle du CAD (1.9 milliard USD pour 2009), qui ne tient compte que des financements à conditions préférentielles.
La seconde partie de ce rapport sera l’occasion d’une discussion approfondie sur les partenaires émergents de l’Afrique et leurs relations de plus en plus dynamiques avec le continent. Les IDE et l’aide au développement émanant des partenaires émergents seront au cœur de l’analyse.



