Les sources extérieures de revenu et les rentrées fiscales disponibles pour le développement en Afrique n’ont jamais été aussi élevées. Elles ont triplé depuis dix ans. En 2011, les finances extérieures ont retrouvé leurs niveaux d’avant la crise, les investissements étrangers, l’APD et les transferts des migrants représentant environ 152.2 milliards USD. En pourcentage du PIB du continent, les apports extérieurs ont doublé entre 2000 et 2006, de 6.8 à 12.3 %, mais sont retombés à 8.2 % selon les estimations en 2011.

Les IDE et l’APD restent les deux principales sources de financement. Mais, de plus en plus, les gouvernements africains et leurs partenaires doivent se tourner vers les transferts des migrants et les recettes fiscales et c’est pourquoi ce chapitre s’intéresse, plus que les années précédentes, à ces formes de financement.

L’appétit des économies émergentes pour les matières premières et la flambée des cours mondiaux ont sous-tendu l’augmentation de l’investissement dans les ressources en Afrique. Une croissance soutenue dépassant les 5 % et l’amélioration des indicateurs macroéconomiques – recul de l’inflation et niveaux d’endettement viables – ont attiré des investissements internationaux et, de plus en plus, nationaux.

Les investissements étrangers constituent toujours le principal apport financier extérieur à l’Afrique et devraient jouer un rôle déterminant pour stimuler la croissance à long terme et l’emploi. Pour autant, la progression des investissements ces dernières décennies n’a pas rendu la croissance plus intégratrice ni créé suffisamment d’emplois, l’essentiel des ressources étant consacré à la quête de ressources naturelles. L’Afrique doit parvenir à attirer davantage d’IDE productifs si elle veut diversifier son économie et bénéficier des transferts de technologie et des effets de retombée.

Si l’APD a progressé en 2011, le rythme a été moindre que les années précédentes. La crise de la dette souveraine et les mesures d’austérité adoptées dans les pays de l’OCDE limitent les perspectives d’une augmentation sensible de l’aide dans les prochaines années. Une situation qui pourrait rejaillir sur le fonctionnement de l’État dans pratiquement la moitié des pays africains pour lesquels l’APD reste la principale source d’apports extérieurs.

Les transferts des migrants vers l’Afrique ont atteint un pic en 2011 et devraient continuer de progresser fortement en 2012. Leur volume varie entre pays et régions. Ils jouent un rôle crucial pour lisser la consommation et contribuent ce faisant à réduire la pauvreté et à améliorer l’environnement social. De plus, ils peuvent financer des petites et micro-entreprises, contribuant à la création d’emplois.

Le recouvrement des impôts en Afrique s’est amélioré, puisqu’il est passé d’une moyenne non pondérée de 18.1 % du PIB en 2000 à 19.9 % en 2009. Mais cette progression est surtout à imputer aux taxes frappant les ressources dans les pays exportateurs de pétrole, les cours ayant bondi après 2007. Les pays africains doivent améliorer la qualité de leurs systèmes d’imposition en élargissant leur assiette fiscale. Ces recettes complètent les apports extérieurs en aidant les États à fournir des services publics de qualité et à poursuivre des politiques économiques propices au renforcement de la croissance et à l’attraction de capitaux étrangers.

Tableau 2.1. Apports financiers extérieurs et recettes fiscales en Afrique (2000-12)

Apports (milliards USD en volume) 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 (e) 2012 (p)
1. APD nette totale, tous donneurs 15,5 16,8 21,4 27,4 30 35,8 44,6 39,6 45,2 47,8 47,9 48,4 48,9
2. Investissements de portefeuille 1,9 -3,3 -0,1 -0,4 6,8 5,8 22,2 12,8 -27 -2,1 12,2 7,7 16,2
3. Flux entrants d’IDE 10,9 20,9 16,1 20,4 21,7 38,2 46,3 63,1 73,4 60,2 55 54,4 53,1
4. Transferts des migrants 11,5 12,6 13,2 15,8 19,8 22,7 26,8 37 41,5 37,7 39,3 41,6 45
5. Recettes fiscales 141 131,7 123,9 159 204,6 262,4 312,5 357 458,5 339,2 .. .. ..
Total des apports extérieurs (1+2+3+4) 39,7 47,1 50,6 63,3 78,3 102,5 139,8 152,5 133,1 143,5 154,4 152,2 163,2
Afrique du Nord 11,7 14,2 13,6 15 20,2 27,4 37,2 43,4 33,5 23,7 37,5 27,6 31,6
Afrique de l’Ouest 7,5 8 9,6 10,7 13,9 23,6 34 32,2 33,6 37,6 37,7 42,4 45,2
Afrique centrale 1,7 2,8 4 8,8 5,1 6 6 8 4,6 7 9,5 8,4 8,6
Afrique de l’Est 6,9 8,1 8,7 11,3 13,1 14,5 19 22,3 24,5 25,2 23,4 26,1 26,7
Afrique australe 10,6 12,5 13 14,9 23,3 28,2 40,5 42,5 31,9 44,2 41,2 39,1 45,9

Source : CAD/OCDE, Banque mondiale, FMI et données des Perspectives économiques en Afrique. Estimations de l’auteur pour les données relatives à l’APD en 2011 basées sur le taux d’augmentation prévu de l’aide-pays programmable (APP) tiré du rapport de l’OCDE sur la prévisibilité de l’aide. Prévisions pour 2012 – IDE et investissements de portefeuille : FMI ; transferts des migrants : Banque mondiale ; APD : CAD/OCDE (calculs de l’auteur) (ce tableau ne tient pas compte des prêts des banques commerciales, des prêts du secteur public ni des crédits commerciaux).

La forte augmentation des ressources financières en Afrique depuis dix ans masque des réalités très différentes. Les pays riches en ressources ont capté l’essentiel de cette progression, en particulier pour les ressources intérieures tirées des matières premières, grâce entre autres à des redevances d’exploitation en hausse (figure 1.a). Dans les pays pauvres en ressources, les apports extérieurs restent plus importants en proportion du PIB (figure 1.b). Les pays à faible revenu, souvent pauvres en ressources, ont attiré une part supérieure des IDE en pourcentage du PIB en 2010 et 2011. Les investissements dans les installations nouvelles en direction des pays à faible revenu ont fait preuve d’une résilience supérieure à la crise économique que les IDE en quête de ressources, plus cycliques, qui profitent aux pays à revenu intermédiaire riches en ressources.

Figure 2.01. Ressources financières intérieures et extérieures

Les apports extérieurs à l’Afrique ont légèrement fléchi en 2011, à 152.2 milliards USD, contre 154.4 milliards en 2010. La reprise progressive des investissements après la crise économique mondiale a été stoppée par les révolutions en Tunisie, en Égypte et en Libye. Par rapport à la modeste reprise dans d’autres pays en développement, les IDE vers l’Afrique ont légèrement reculé en 2011, à un niveau estimé à 54.4 milliards USD, contre 55 milliards en 2010 (Cnuced, 2011). À titre de comparaison, les recettes fiscales totales s’étaient repliées de 26 % en 2009, à 339 milliards USD. En 2010, les recettes fiscales totales des pays africains ont été plus de deux fois supérieures aux apports extérieurs au continent.

La part de l’Afrique dans les IDE aux pays en développement a diminué, de 9.4 % en 2010 à 8.2 % en 2011, davantage de capitaux partant vers des économies émergentes en dehors du continent, notamment en Chine. L’Afrique a reçu 3.6 % des IDE internationaux en 2011, contre 4.2 % en 2010. Ce chiffre reste quatre fois supérieur aux 0.8 % de 2000 mais nettement inférieur au record de 2009, de 5.9 %, signe que l’attractivité potentielle de l’Afrique pour les investisseurs n’est pas totalement rétablie.

En 2005, les IDE ont ravi à l’APD la première place des apports extérieurs à l’Afrique (figure 2). Mais pour 20 des 28 pays à faible revenu – qui représentent 52 % de la population du continent – l’APD reste la principale source de financement en 2010. Le nombre de pays – tous riches en ressources – où les investissements sont supérieurs aux autres apports a progressé, passant de neuf en 2000 à 16 en 2010. Pour six pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (Cameroun, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Djibouti, São Tomé et Principe et Soudan), l’APD a constitué la principale source de financement extérieur en 2010. Dans tous les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, les IDE ont représenté plus de la moitié des apports extérieurs, à l’exception de l’Afrique du Sud où les investissements de portefeuille sont ressortis en 2010 à 80 % du total des apports extérieurs. Dans certains pays en revanche – Kenya, Lesotho, Maroc, Nigeria, Sénégal, Swaziland et Tunisie – les transferts des migrants constituent les premiers apports extérieurs.

Figure 2.02. Les IDE ont supplanté l’APD en 2005 sans renouer avec leur record de 2008

L’Afrique a besoin des investissements étrangers pour retrouver les niveaux d’avant la crise, en particulier en Afrique du Nord. Il faut aussi que les transferts des migrants continuent d’augmenter. La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced) table sur un retour des IDE vers l’Afrique à leurs niveaux moyens d’avant la crise mondiale d’ici 2014. L’augmentation tendancielle de la part des puissances émergentes dans les investissements étrangers devrait se maintenir, à proportion de leurs besoins en ressources naturelles. Les investissements de portefeuille vers l’Afrique sont restés relativement marginaux mais avec le développement du secteur financier dans des pays comme l’Afrique du Sud, l’Égypte ou le Maroc, une augmentation relative peut intervenir à court terme. Dans le contexte actuel d’austérité et de pressions budgétaires croissantes dans les pays donneurs, l’APD devrait, au mieux, conserver dans les années à venir son niveau actuel en valeur nominale.

Les risques sont surtout liés aux perspectives de croissance de l’économie mondiale et à l’évolution des cours des matières premières. Une aggravation de la crise en Europe et un ralentissement marqué de l’économie mondiale toucheraient de plein fouet les apports financiers à l’Afrique (chapitre 1). En Afrique du Nord en particulier, tout dépendra du retour à la normale en Égypte, en Libye et en Tunisie. La Libye – l’un des premiers bénéficiaires d’investissements étrangers du continent – a vu ses IDE dégringoler, de 6.3 milliards USD en 2010 à un niveau estimé à 2.35 milliards en 2011.

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