S'attaquer à chaque étage de l'édifice fiscal
a. Secteur informel et légitimité fiscale
— Inclure les petites entreprises dans le filet fiscal
L´encadré 8 explore les moyens pratiques de faire entrer les petites entreprises dans le filet fiscal. Les enquêtes nationales citées dans les Perspectives montrent que l'Algérie, par exemple, impose une taxe forfaitaire à la plupart des entrepreneurs informels. La Zambie applique, dans les zones rurales, une « taxe de base » uniforme, et, dans les zones urbaines, une « taxe forfaitaire » de 3 % sur le revenu brut. Une patente de colporteur a par ailleurs été instituée pour les marchands de la rue. Le Sénégal a mis en place de son côté un système de lutte contre l'évasion fiscale.
Encadré 8 : Fiscalisation des petites et micro-entreprises en Afrique : le rôle de la fiscalité synthétique indiciaire
Depuis les années 90, la stratégie des administrations fiscales en Afrique consiste à tirer parti de la concentration du potentiel de recettes fiscales. Les administrations ont adopté des seuils d’assujettissement au régime réel d’imposition relativement élevés, et elles ont ainsi sélectionné un effectif réduit d’entreprises, grandes et moyennes, à fort potentiel de ressources fiscales, sur lesquelles elles ont concentré leurs moyens à travers des services spécifiques (unités grandes entreprises, unités moyennes entreprises).
Les entreprises situées en dessous du seuil d’imposition au régime du réel sont actuellement négligées. Certaines sont exposées à des régimes d'imposition complexes, reposant souvent sur l’évaluation du chiffre d’affaires et donc inadaptés aux « micro-entreprises » qui ne génèrent que des revenus de survie. Les autres sont exposées à des régimes simples ne permettant pas une taxation satisfaisante des « petites entreprises » qui, contrairement aux micro-entreprises, génèrent des revenus très supérieurs au revenu de survie. D’autres régimes s'efforcent d’atteindre simultanément ces deux cibles très différentes (petites et micro-entreprises) à travers des impôts synthétiques combinant une fiscalité indiciaire avec une fiscalité rattachée au chiffre d’affaires ou au bénéfice estimé à travers des indicateurs approchés.
Ces dispositifs sont mal et peu appliqués, ce qui sape la cohérence du dispositif fiscal, nourrit un sentiment d’injustice, et reste inefficace pour la mobilisation de ressources fiscales. L’absence de contribution fiscale directe de nombreux opérateurs est par ailleurs contraire à l’édification d’une culture de civisme et de redevabilité vis-à-vis de l’État ou des collectivités locales.
Bodin et Koukapaizan (2009) s'appuient sur une segmentation novatrice fondée sur la distinction entre micro-entreprises et petites entreprises pour ouvrir une voie praticable vers leur fiscalisation.
Les micro-entreprises pourraient être imposées sous la forme d'une patente synthétique libératoire (PSL) : elles devraient acquitter un impôt libératoire établi en fonction de la nature de l’activité et de quelques paramètres facilement mesurables (situation géographique, équipements). Ainsi, les micro-activités seraient l’objet d’une fiscalité simple, modulée en fonction du bénéfice présumé. La simplicité de la PSL et sa facilité d’application permettraient d’impliquer les collectivités locales dans sa mobilisation, car elle a une vocation de ressource locale (Chambas, 2010).
Quant aux petites entreprises, elles pourraient être imposées sur leurs bénéfices réels évalués à partir d’une comptabilité simple (comptabilité de caisse). Ces petites entreprises seraient redevables de la patente mais exclues du champ d’application de la TVA.
Source : Jean-François Brun et Gérard Chambas, CERDI.
Les taxes forfaitaires – la solution standard pour imposer le petit secteur informel – sont discutables sur le plan économique car leur collecte est coûteuse pour l´Administration alors que cet argent serait mieux utilisé pour chasser les grands fraudeurs. Cependant, taxer le petit secteur informel reste une option souhaitable pour transformer le secteur informel en acteur concerné par les choix politiques. Il faut donc se préoccuper du seuil à partir duquel le coût du recouvrement excède les recettes qu'il génère. Ce seuil est beaucoup plus bas dans les pays en développement que dans les pays développés. Par conséquent, les Administrations fiscales se doivent d'analyser soigneusement le rapport coût/bénéfice pour savoir jusqu'où elles peuvent aller dans leurs efforts pour formaliser les petites entreprises.
— S´attaquer à la corruption
La lutte contre la corruption au sein des Administrations fiscales est une priorité pour asseoir leur légitimité. La corruption attente à la nature du système du fait même que les pots-de-vin amputent la collecte fiscale. Un inspecteur des impôts correctement rémunéré sera moins tenté d´accepter des pots-de-vin. Une autre difficulté provient du fait que les bons fiscalistes sont débauchés par le secteur privé, notamment en Afrique où ces experts sont rares. Les pouvoirs publics se doivent de trouver des solutions, peut-être en rémunérant mieux les inspecteurs des impôts que les autres fonctionnaires. Toutefois, l´abus des bonus ou une excessive politique du résultat peuvent nuire à la qualité du service et susciter des frustrations parmi les inspecteurs.
Se conformer à la réglementation fiscale a un coût pour l'administré. Réduire ce coût aide au développement du secteur privé et réduit le montant du pot-de-vin que le contribuable peut être tenté de débourser pour éviter de déclarer ses revenus et de payer l´impôt. De même, réduire le nombre des contacts obligés entre contribuables et inspecteurs des impôts limite les occasions de corruption. Cela réduit aussi le coût du recouvrement et renforce le respect des obligations fiscales. L'informatisation peut aussi aider, ainsi que la clarté et la transparence du code des impôts.
Les coûts de recouvrement peuvent être réduits en recourant davantage au prélèvement à la source. Les notes-pays des Perspectives montrent que plusieurs pays, à l´exemple de l'Ouganda ou de la Zambie, ont introduit un impôt progressif sur le revenu prélevé à la source par l´employeur (système PAYE – Pay As You Earn)
Les contribuables traités plutôt en clients qu´en délinquants présumés sont évidemment mieux disposés. Bien informer les contribuables sur le régime fiscal est d´un précieux concours lors du recouvrement et contribue à légitimer l´Administration et à susciter la confiance. Des campagnes de sensibilisation bien conçues et bien menées, recourant à la fois à la presse et aux nouvelles technologies, aideront le contribuable à mieux prendre conscience de ses obligations. En Afrique du Sud et en Zambie par exemple, les campagnes de sensibilisation fiscale ont contribué à mieux informer le public et à augmenter son adhésion volontaire à ses obligations. Les responsables de la communication avec la « clientèle » doivent faire montre de professionnalisme avec les plus gros contribuables au nom de la règle des 80/20, qui veut que 20 % des contribuables acquittent 80 % des recettes fiscales. Il peut valoir la peine de créer un guichet unique où les grands contribuables pourront se conformer en une seule fois à toutes les régimes auxquels ils sont assujettis.
— Communiquer sur la fiscalité
De même, les Administrations fiscales gagneront en efficacité en ciblant les campagnes de sensibilisation sur les catégories de contribuables les plus susceptibles de faire défaut (Dohrmann and Pinshaw, 2009). Elles doivent savoir manier « la carotte », à savoir une bonne information et un service de haute qualité, mais pour forcer à s´acquitter de ses obligations, il faut aussi montrer « le bâton », c´est à dire manier à bon escient contrôles, amendes et poursuites. Le médiocre niveau du recouvrement constaté dans nombre de pays africains est aggravé par le sentiment qu´ont les particuliers et les entreprises que s´acquitter de l´impôt n´est pas payé en retour en termes de services publics. Ils estiment parallèlement qu´ils risquent peu à dissimuler ou de se faire prendre. Le bien-fondé de l´impôt est contesté quand les contribuables, particuliers comme personnes morales, se plaignent d´être injustement taxés alors qu´ils en voient d´autres échapper à leurs obligations. Dans beaucoup de pays africains, les petits et les grands contribuables échappent à l´impôt, alors que les classes moyennes portent sur leurs épaules le gros du fardeau, ce qui génère un sentiment d´injustice et de frustration. Les organismes d´aide et les sociétés multinationales contribuent à ce processus car le public constate qu´ils paient peu d'impôts ou n´en paient pas du tout. L´encadré 9 explore quelques politiques concrètes menées dans des pays d'Afrique pour renforcer la légitimité fiscale.
Encadré 9 : Étayer la légitimité fiscale
Le système fiscal d'un pays est l'une des meilleurs prismes pour ausculter la capacité d'un État, sa légitimité et les relations de pouvoir au sein d'une société. Joseph Schumpeter écrit: « L'histoire fiscale d'un peuple est une pièce incontournable de son histoire tout court ». Le système fiscal est ainsi un outil capital pour créer un Etat efficace car la taxation est au cœur du contrat social entre l'État et les citoyens. La dont les taxes sont levées (et dépensées) reflète le degré de légitimité des autorités en les poussant à rendre compte de leurs actes devant le contribuable citoyen, et en incitant l'administration à être efficace et à bien gérer les finances publiques.
En 2004, la direction des impôts () du Malawi a décidé de récompenser les entreprises qui s'acquittaient de leurs impôts. Si lors de leur bilan comptable annuel elles ont respecté leur obligations légales et acquitté leur dû, elles reçoivent un certificat de bonne fin. En contrepartie, le récipiendaire se voit attribuer des inspecteurs des impôts personnels qui s'occuperont de toutes les procédures le concernant, y compris rappels, informations et renseignements sur les contrôles à venir. Au-delà de cet usage immédiat, les banques du Malawi se sont mises d'elles mêmes à utiliser ces certificats comme un indicateur de la fiabilité des entreprises en quête de crédit.
Les autorités du Malawi considèrent que cette procédure a amélioré le recouvrement des impôts auprès des moyens et grands contribuables, et qu'elle a eu un effet de motivation auprès des contribuables plus modestes, désireux d'obtenir à leur tour des certificats. De façon globale, ces incitations de part et d'autre ont amélioré le climat des relations entre la direction des impôts et les entreprises, sur la base du principe de réciprocité. Et la manière dont les banques ont repris l'initiative à leur compte a considérablement renforcé son impact.
Le soutien du Département pour le développement international(DfID) du Royaume-Uni à la direction des impôts du Rwanda (Revenue Authority – RRA) a permis une augmentation spectaculaire des recettes fiscales : celles-ci ont représenté 14.7% du PIB en 2005 contre seulement 9% en 1998. Les coûts de recouvrement ont été parallèlement réduits. Ces bons résultats relèvent à la fois du renforcement des structures organisationnelles et des procèdures propres à la RRA, et d'un nouvel esprit de responsabilité envers les partenaires extérieurs tels le gouvernement central et les gouvernements locaux. L'apparition de cabinets de consultants/conseils et l'attitude des contribuables eux-mêmes ont également joué. La RRA enfin joue un rôle important dans ce renforcement des rapports entre les citoyens et l'État, en posant les bases d'un « contrat social » basé sur la confiance et la coopération.
Source : Di John (ibid.), OECD and DfID.
b. Améliorer l´Administration fiscale
Plus l´Administration fiscale se montre efficace et moins les contribuables sont tentés de trouver le moyen de se dérober à leurs obligations. Les entreprises y trouvent aussi leur avantage avec la baisse du coût de la collecte et le surcroît de transparence et de visibilité face à leurs obligations. L´encadré 10 donne quelques bons exemples en matière d´efficacité fiscale dans des pays en développement. Les notes-pays des Perspectives montrent qu´un certain nombre d'entre eux ont placé comme une priorité politique la facilitation du paiement des impôts et la mise sur pied de programmes nationaux de renforcement des Administrations fiscale et douanière. Il s´agit notamment de la République centrafricaine, des Comores, de l´Égypte, de l´Ouganda, du Sénégal et du Soudan.
Encadré 10 : Les trois piliers d'une administration fiscale moderne
Direction et organigramme
La tendance actuelle est de renoncer au découpage géographique traditionnel par régions au profit d'un organigramme découpé par services : le service des impôts; le service des secteurs d'activités, et les services spécialisés.
- Le service des impôts peut se subdiviser en différentes catégories: les impôts sur les sociétés (c'est à dire l'impôt sur les bénéfice, les taxes sur la valeur ajoutée et les impôts indirects prélevés principalement sur les entreprises) ; l'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) ; les droits de douane et éventuellement les taxes à l'exportation ; et les taxes foncières.
- Chaque service peut se subdiviser en départements selon l'origine des ressources et les secteurs d'activité, en gardant en tête que la spécialisation par départements permet une meilleure appréhension du comportement du contribuable. Cette classification peut distinguer les grandes sociétés de services (elles-mêmes regroupées par catégories, telles que la banque, les assurances, le secteur des hydrocarbures, les télécommunications, le bâtiment et l'immobilier, les grandes manufactures, le monde caritatif, les agences et entités comme les universités, les municipalités et autres), les petites et moyennes entreprises, les auto-entrepreneurs, etc.
- Les services spécialisés, qui sont chargés de suivre chaque champ d'activité dans chaque département, distinguent les fonctions opérationnelles et les fonctions analytiques. Ces dernières comprennent les services d'évaluation des risques et de renseignements, de vérification, d'examen et d'enquête, d'arbitrage et d'appel, d'élaboration des politiques et des stratégies, de recoupement des données d'analyse, ainsi que les services financiers et juridiques. Les administrations modernes prennent en compte le développement des individus et des ressources humaines, et veillent au recrutement, à la fidélisation et à la formation des personnels. La direction des ressources humaines (DRH) se préoccupe également de l'esprit de professionnalisme et de la moralité des agents afin d'intervenir à chaud si nécessaire.
Bon nombre de pays africains ont mis sur pied des structures opératoires modernes au sein de leur administration fiscale. Plusieurs des critères exposés dans cet encadré sont ainsi appliqués au Kenya ou au Rwanda, deux pays qui continuent d'améliorer leur système fiscal en s'appuyant sur leur propre expérience et celles de l'étranger.
La relation avec le « client »
- La notion de « client »: Le mot « contribuable » n'est plus de mise ; on parle désormais de « partenaire » (stakeholder) ou de « client ». Le recours à ces nouveaux termes traduit la prise de conscience que les contribuables se situent à la base du système fiscal : l'administration doit donc les considérer comme des clients. La relation avec le contribuable implique que l'information circule à tous les échelons, du ministère des Finances jusqu'à l'agent technique, en mettant fin au goût du secret coutumier au sein des administrations fiscales. En même temps, il faut limiter les traitements de faveur, afin de ne pas faire trop de publicité aux différences de régimes d'imposition.
- Le pouvoir d'ingérence : Dans le même esprit et au nom de l'efficacité, une administration moderne se gardera d'intervenir constamment, et n'usera de ce droit qu'à bon escient. Il faut privilégier la notion de coopération avec le contribuable « partenaire ». Un service des relations avec la « clientèle », chargé de vérifier en amont la comptabilité des grandes, moyennes et petites entreprises, permettra de réduire le nombre des interventions. Celles-ci seront ainsi ciblées en fonction du résultat recherché.
L'administration fiscale de l'Afrique du Sud, la SARS (South African Revenue Service), a franchi des étapes significatives sur cette voie, avec une approche centrée sur le client, inspirée de l'expérience d'autres pays.
Les technologies de l'information et le recours aux systèmes analytiques
- On ne peut qu'insister sur le rôle incontournable d'un système informatique de pointe au sein d'une administration fiscale moderne. Un tel système permet, entre autres, un archivage rapide, un meilleur traitement des formulaires, un accès facile aux données, la connectivité entre les différents agents et services du fisc. Un tel système exige un investissement de départ conséquent pour stocker les données dans un serveur fonctionnant en continu et sur un serveur pourvu d'un logiciel de récupération des données en cas d'accident. Le système de récupération des données sera hébergé de préférence par un autre serveur que celui servant au stockage des données. Par ailleurs, il est très utile d'interconnecter les ordinateurs de tous les cadres de l'administration dispersés sur l'ensemble du territoire national.
Les pays intéressés peuvent étudier les modèles en service dans d'autre pays en développement d'Asie ou d'Amérique latine afin d'évaluer leur comptabilité avec leur propre contexte.
- Un système informatique de pointe à un autre mérite essentiel : celui de renforcer les capacités d'analyse en permettant d'élaborer des politiques et des stratégies mieux documentées. Par exemple, le recouvrement des impôts directs et de la TVA, les projections de recettes, l'estimation de l'évasion fiscale, des enquêtes aléatoires pour alimenter études et programmes, la segmentation et la catégorisation des administrés, les informations corrélées des tiers, les critères des contrôles aléatoires, tout peut se faire sans délai. Cependant, pour que de telles opérations soient effectivement réalisables, les administrations fiscales doivent construire peu à peu des équipes d'analystes venus de différents horizons – économistes, chercheurs opérationnels, sociologues, statisticiens.
Les pays africains doivent s'attacher à améliorer l'efficacité de leur administration, en ayant pleinement conscience qu'une administration opérationnelle et efficace repose sur des analyses pertinentes, qui s'appuient elles-mêmes sur un système structuré de données et d'informations.
Source : Partho Shome, Chef économiste de l'administration britannique des impôts et des douanes ( Her Majesty’s Revenue and Customs, Royaume-Uni).
— Une Administration fiscale autonome, mais jusqu´à quel point ?
Les États africains doivent-ils adopter le modèle des agences autonomes en donnant à leur Administration fiscale le statut d´organisme indépendant, ou leur faut-il au contraire adopter le modèle traditionnel de la tutelle, qui intègre le système fiscal au ministère des Finances ou du Trésor ?
La première option est supposée renforcer l´indépendance de l´institution et faciliter l´adoption de réformes, tandis que la seconde passe pour faciliter la coopération entre les agents du fisc et les décideurs politiques et les autres administrations. Selon les notes-pays des Perspectives, la majorité des pays ont adopté le modèle de la tutelle, en maintenant l´Administration fiscale au sein du ministère des Finances ou du Trésor. Il existe cependant des exemples variés d´Administrations fiscales plus ou moins autonomes.
— Administration en ligne et imposition
Les technologies de l´information jouent un rôle croissant dans l´Administration fiscale en Afrique (encadré 11). La pénurie de personnel qualifié est cependant telle que la productivité des cadres disponibles doit être optimisée. Les technologies de l´information accélèrent le traitement des dossiers du plus grand nombre, libérant les maigres ressources disponibles pour s´occuper des cas plus complexes des clients au gros potentiel. Investir dans des options de libre service comme les sites Internet ou les audio-formulaires par téléphone rend de substantiels services.
Les avantages sont d´autant plus grands que les Administrations qui ont adopté l´informatique sur le tard peuvent se tourner directement vers les dernières générations d´outils.
Encadré 11 : Tunisie : les nouvelles technologies de l’information pour collecter plus d’impôts à moindre coût
L’usage des technologies de l’information et de la communication pour la collecte des revenus et le paiement de l’impôt en ligne est en pleine expansion à travers le continent africain. Plusieurs pays ont mis en place un système moderne de télédéclaration (Algérie, Maroc, Cap-Vert, etc.), de collecte des revenus, et de paiements en ligne de l’impôt sur le revenu (Afrique du Sud, Ouganda, Cameroun, La Gambie, etc.). Certains pays l’ont expérimenté uniquement pour les plus grands contribuables et pour certaines grandes entreprises étant donné les coûts importants de mise en place de l’infrastructure. La réussite de cette nouvelle pratique dépend de plusieurs facteurs : accès à l’outil informatique, initiatives incitatives gouvernementales (transparence, communication, etc.) et la bonne volonté des contribuables.
La Tunisie a ainsi introduit un système de déclaration et de paiement électroniques. Ce système s’appuie sur l’institution de deux régimes. Le premier régime (télédéclaration et télépaiement) a été institué dans le cadre de la loi de finances (2001) en tant que régime volontaire, alors que le caractère obligatoire selon le chiffre d’affaires a été institué en 2005. Ce régime a non seulement réduit la fréquence des paiements et le temps requis pour payer les impôts et remplir les déclarations mais il a aussi permis une progression des taux de déclaration et de paiement, ce qui a réduit le taux d’évasion fiscal et limité les coûts de transaction liés à la collecte des impôts.
Évolution de la télédéclaration fiscale
| 2002 | 2007 | 2008 | septembre | |
2008 | 2009 | ||||
Nombre d’adhérents | 48 | 813 | 1 845 | 1 634 | 3 503 |
Nombre de télédéclarations | 42 | 616 | 1 478 | 1 350 | 2 838 |
Taux de déclarants | 87.5 % | 75.8 % | 80.1 % | 82.6 % | 81 % |
Montants payés via télédéclaration | 26 249 | 156 564 | 219 989 | 250 977 | 299 516 |
Part des recettes télédéclarées en % du total des recettes |
| 54.9 % | 66.4 % | 68.6 % | 75.5 % |
Les entreprises adhérentes sont généralement de grande taille et beaucoup de PME sont encore réticentes. Afin de répondre à leurs inquiétudes, les autorités tunisiennes ont introduit la possibilité de remplir une déclaration en ligne tout en payant les impôts en personne dans un bureau des contributions. Ce second régime provisoire (téléliquidation) est entré en application en avril 2008. Ces deux modalités viennent d’être renforcées par une troisième qui permet aux contribuables de payer avec une carte bancaire (TPE). En outre, la Tunisie a mis en place un guichet unique virtuel (Tunisian Trade Net) dans le but de simplifier les procédures du commerce extérieur, bancaire et de transport. Enfin, les entreprises ont la possibilité de remplir les formulaires de sécurité sociale en ligne.
Source : Note-pays sur la Tunisie.
Il faut limiter, en Afrique, les pressions politiques sur les percepteurs. En outre, pour éloigner la tentation d’accepter des pots-de-vin, les gouvernements doivent mieux rémunérer les agents du fisc que les autres fonctionnaires, ce qui est difficile quand le système fiscal est sous tutelle ministérielle. Cependant, ce qui joue visiblement le plus pour freiner les réformes fiscales relève moins de la configuration institutionnelle que du degré de détermination des autorités politiques à soutenir l’Administration fiscale face aux contribuables et aux autres branches gouvernementales (Di John, id.).
— La décentralisation, une réponse à l'urbanisation galopante ?
Le deuxième débat institutionnel tourne autour du fédéralisme fiscal : quels impôts, quelles responsabilités et quels services valent mieux d’être centralisés, et lesquels sont mieux gérés à un niveau régional ou municipal ? Il est habituel en Afrique que des Administrations fiscales locales disposent de prérogatives, telle la délivrance de patentes aux entreprises locales. Cependant, comme le confirment les notes-pays des Perspectives, la collecte locale de l’impôt ne représente qu’un pour cent du revenu national en Afrique, et elle se concentre dans les grands centres urbains : c’est l'effet de la réticence du pouvoir politique à toute décentralisation, conjuguée au sévère manque de moyens (Chambas et al., 2007). Plusieurs pays sont en train de décentraliser leur Administration fiscale, tels l’Algérie, le Cameroun, les Comores, la Côte d’Ivoire, la Namibie, le Nigéria et la Sierra Leone. L’un des principaux mérites de la décentralisation est de renforcer la légitimité du fisc aux yeux des contribuables locaux. À l’inverse, il est nécessaire de soulager le poids que fait peser l’Administration sur les contribuables, ce qui a conduit le Botswana à s’efforcer de centraliser le service du recouvrement. Quels que soient les mérites de la décentralisation, la situation présente n’est pas viable tant que les autorités locales n’offrent pas un niveau minimal d’infrastructures et de services. Beaucoup de pays africains veulent décentraliser les prérogatives et les dépenses publiques, mais les ressources locales ne suivent pas le rythme. La décentralisation conduit le pouvoir central à réduire les transferts de ressources vers les collectivités territoriales, et la faiblesse des ressources locales conduit à l’arbitraire décisionnel du pouvoir central.
— Améliorer l’Administration fiscale pour élargir la marge de manœuvre politique
Une Administration fiscale efficace offre de nombreux avantages au-delà des revenus qu’elle génère. La facilitation du règlement de l’impôt concourt directement au développement du secteur privé. Quand les coûts de la soumission au fisc sont élevés, la plupart des entreprises conservent une envergure modeste pour se maintenir dans la zone d’évasion fiscale. En outre, le seuil à partir duquel un pays est en mesure d’augmenter sa base fiscale dépend de la qualité de ses politiques fiscales et de celle de l’Administration des impôts. Une Administration fiscale manquant de moyens peut priver les décideurs politiques de la possibilité de passer d’un système de taxe sur les produits du commerce à un système de TVA, même si ce dernier est généralement considéré comme plus efficace économiquement parlant. Un pays dont l’Administration fiscale est faible doit se résigner à des systèmes d’imposition qui contrarient sa volonté politique d’attirer davantage d’entreprises et de travailleurs dans le secteur formel de l’économie.
c. Maîtriser l’aide
En raison, en partie, des effets négatifs de la crise économique mondiale sur les revenus publics des pays, 2008 et 2009 ont connu un regain de coopération internationale et de concertation dans le domaine des politiques fiscales (encadré 12). On peut affirmer que cette évolution positive a aidé les gouvernements africains à attirer des aides bilatérales et multilatérales, dans le cadre de la mobilisation de leurs ressources. L’Administration fiscale est souvent un des services les plus efficaces de l’Administration des pays africains, et elle est toujours confrontée à de lourdes pénuries de moyens que les donneurs peuvent concourir à surmonter (OCDE, 2008b et c). Les donneurs doivent se préoccuper d’améliorer les conditions de travail des Administrations fiscales locales et aider à renforcer la capacité de celles qui manquent des moyens humains, techniques et financiers nécessaires pour collecter avec efficacité les recettes fiscales. De fait, accroître la part de l’aide consacrée à améliorer les Administrations fiscales est l’un des objectifs du groupe de travail sur la fiscalité et le développement récemment créé par l’OCDE. Cela dit, la principale difficulté à relever, comme dans les autres domaines de la coopération pour le développement, sera de s’assurer que la multiplication des projets : i) serve les priorités définies par les pays eux-mêmes en vue de mobiliser leurs ressources propres ; ii) facilite l’accès à l’information, aux services et à la formation plutôt que de tisser une toile complexe de programmes qui doublonnent ; et iii) renforcent véritablement les capacités des Administrations fiscales. Le risque de les affaiblir est en effet réel, si les bailleurs de fonds (ou les entreprises privées) attirent leurs meilleurs agents en leur offrant de meilleures rémunérations, ou si ils les détournent de leur action nationale à l’occasion de trop fréquentes conférences internationales.
Encadré 12 : Récentes initiatives de soutien à la mobilisation des ressources publiques en Afrique
Les banques régionales de développement, les donneurs, les groupes de travail et les ONG ont des approches différentes des questions de fiscalité nationales ou internationales. Certains se consacrent à l'administration fiscale, d'autres aux politiques fiscales (Enquête de mappage, GTZ 2010). Le Forum sur l'administration fiscale en Afrique (ATAF) s'est attaché le soutien de la BafD, du groupe de travail conjoint sur la fiscalité et le développement créé en janvier 2010 par le Centre de politique et d'administration fiscales (CPAF) et le Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE, et de la coopération technique allemande (GTZ – Gesellschaft Technische Zusammenarbeit).
La BafD soutient par ailleurs les Centres régionaux d'assistance technique en Afrique (Afritac) depuis 2006. Au niveau global, les questions fiscales relèvent traditionnellement du champ d'intervention du FMI plutôt que de celui de la Banque mondiale. Le Département des affaires fiscales du FMI fournit une coopération technique sous la forme d'aides, de missions et de formation. Le FMI collabore par ailleurs avec l'Union européenne, la Banque interaméricaine de développement (BID), l'OCDE, le Département britannique du développement international (DFID) et la Banque mondiale au sein de la consultation internationale sur la fiscalité (ITD – International Tax Dialogue). Celle-ci coordonne les efforts engagés par les administrations fiscales nationales et les donneurs pour « encourager et faciliter la discussion des affaires fiscales entre les responsables des administrations fiscales nationales, les organisations internationales, et tout l'éventail des autres parties prenantes ». L'ITD organise des conférences mondiales, dont l'une s'est tenue au Rwanda en 2009.
La Commission européenne et le parlement européen ont organisé une conférence sur la fiscalité et le développement en 2009, et la commission profile un programme de renforcement de sa coopération en matière de fiscalité affectée au développement. Elle a développé son expertise en soutenant les réformes des administrations fiscales en Europe centrale et orientale conçues comme un moyen de financer le développement, et elle s'est penchée sur l'Afrique, en soutenant la réforme en Tanzanie. Le ministère allemand de la coopération (BMZ – Bundesministerium Für Zusammenarbeit) a pris l'initiative d'un programme fiscal international pour renforcer la coopération internationale avec les pays en développement et les pays en transition pour combattre l'évasion et la dissimulation fiscales.
Les pays donateurs disposant de solides capacités en matière de fiscalité sont actuellement les plus impliqués dans l'aide à la mobilisation des ressources publiques en Afrique par le canal de leur agences de développement. Le DFID a financé des études sur la situation de la fiscalité dans des pays africains ainsi que des projets d'assistance à leurs gouvernements pour élargir leur assiette fiscale. L'Agence norvégienne pour le développement et la coopération (Norad) apporte son soutien dans le domaine de la taxation et de la gestion des ressources naturelles, par exemple du secteur minier en Tanzanie et en Zambie. La GTZ allemande a inclus les paramètres de l'administration fiscale dans les programmes qu'elle mène au Burkina Faso, au Ghana, au Mali, en RDC, au Mozambique, au Rwanda, au Sénégal, en Tanzanie et en Zambie. Elle coopére par ailleurs avec des organismes régionaux comme la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Le secrétariat d'État suisse à l'Économie (Seco) soutient un fonds commun multi-donneurs qui facilite la réforme de l'administration fiscale au Mozambique, et fournit une assistance technique au ministère des Finances du Burkina Faso pour aider sa réforme de politique fiscale. La Suède, les Pays‑Bas, les États‑Unis et l'Italie ont aussi des programmes dans le domaine de la politique fiscale. Le ministère français de l'Économie et des Finances a financé des programmes de coopération technique, et il participe aux travaux du Centre de rencontres et d'études des dirigeants des administrations fiscales (Credaf), un groupe d'études et de concertation pour les administrations fiscales francophones, dont la plupart sont africaines. L'institut Nord-Sud (INS) canadien a réalisé des études de cas sur la mobilisation des ressources nationales en Afrique aux côtés de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) et du Centre canadien de recherche pour le développement international (CRDI), de la BafD et du Consortium de la recherche économique africaine (AERC), basé à Nairobi. Une base informatisée de données fiscales est consultable en ligne sur le site du département de la réforme fiscale de l'USAID ; elle fournit des informations sur les résultats des recouvrements, ainsi que sur les structures et l'administration de la fiscalité.
Plusieurs organisations de la société civile sont également actives dans ce domaine. Par exemple, le réseau Justice fiscale en Afrique (TJN-A) plaide pour des régimes fiscaux socialement équitables et progressifs. Des groupes de réflexion comme Global Financial Integrity (intégrité financière mondiale) ont enquêté sur le manque à gagner de l'Afrique imputable à l'évasion fiscale. Parmi les organismes et les réseau militant contre l'évasion fiscale et la fraude figurent l'Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), Transparency International et Publiez ce que vous payez (PCQVP).
Pourquoi investir l'aide dans la mobilisation des ressources publiques?
Un argument clé justifie le recours à l'aide pour stimuler la mobilisation des ressources publiques : un dollar investi dans le système fiscal peut générer en retour plusieurs dollars de taxes. Comme l'a dit le président du Forum sur l'administration fiscale en Afrique, Oupa Magashula, s'exprimant devant les participants du Forum mondial du développement de l'OCDE en janvier 2010, cette aide peut avoir « un effet multiplicateur de coefficient dix sur les ressources nationales ». Dans la note pays de ces Perspectives consacrée à l'Afrique du Sud, nous avons calculé que le ratio du coût de fonctionnement rapporté aux recettes de l'administration fiscale de l'Afrique du Sud restait stable à un faible niveau, de l'ordre de 1 %. Ce qui veut dire que chaque rand (ZAR) prélevé sur les recettes pour le dépenser dans l'administration fiscale génère 99 ZAR de recettes nettes du coût du recouvrement. Ce n'est pas tout à fait vrai à la marge, car le premier million de rands recouvré est moins coûteux à collecter que le dernier million. Un coefficient multiplicateur de dix, qui implique un ratio coût/revenu à la marge de 10 %, est optimiste mais plausible. Autre avantage pour les autorités, les données accumulées lors du processus de recouvrement des rentrées fiscales élargit la base des connaissances et permet de mieux planifier les politiques macro-économique et de développement. Inversement, l'effet multiplicateur n'entre pas en jeu dans le coût du recouvrement des recettes fiscales en termes de perte d'efficacité économique, car ces rentrées influencent toujours d'une façon ou d'une autre les décisions économiques en matière d'investissement, d'épargne ou d'emploi.
Le tableau 3 met en perspective le ratio coût/revenu de plusieurs pays africains par rapport à d'autres pays en développement, à partir des notes pays des Perspectives. Le Bénin, l'Afrique du Sud et le Swaziland présentent les plus faibles ratios coût/revenus, de l'ordre de 1 %. Mais les autres pays ne viennent pas loin derrière, et aucun ratio n'excède 6 %.
Tableau 3 : Rapport coût : revenue dans les pays Africains
| Pays | Rapport Coût - Revenus | Moyenne sur la période |
|---|---|---|
| Sierra Leone | 6.00% | 2004-2008 |
| Soudan | 5.70% | 2001-2008 |
| Éthiopie | 5.30% | 2001-2006 |
| Congo, Rép. Dém. | 5.20% | 2005-2008 |
| Rwanda | 3.20% | 2004-2008 |
| Tanzanie | 3.20% | 1996-2008 |
| Afrique du Sud | 1.20% | 2006-2008 |
| Swaziland | 1.20% | 1996-2008 |
| Bénin | 0.90% | 2008 |
| Argentine | 1.80% | 2006-2007 |
| Costa Rica | 0.80% | 2006-2008 |
| Équateur | 1.00% | 2006-2009 |
Note : Coût total de l'administration fiscale comme indiqué dans le budget général, divisé par le total des recettes fiscales. Source : Calculs des auteurs, fondés sur l'analyse des pays PEA 2010; * Centre inter-américain de l'administration fiscale, 2010.
L’autre intérêt d’investir l’aide dans la mobilisation des ressources publiques est que cela peut aider les bénéficiaires comme les donneurs à progresser vers les principes définis dans la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005) puis dans le Programme d’action d’Accra (PAA, 2008) qui a suivi : accroître le recours par les donneurs aux systèmes en usage dans les pays bénéficiaires, délier l’aide, améliorer le calendrier prévisionnel de l’aide, et optimiser l’appropriation des stratégies de développement par les pays bénéficiaires. En effet, il revient aux gouvernements de décider comment ventiler les recettes fiscales. Plus les rentrées sont élevées, plus les choix politiques sont ambitieux. En outre, comme toute stimulation des recettes fiscales suppose que les gouvernements, au bout du compte, ont à convaincre les contribuables de s’exécuter, l’aide à la mobilisation peut contribuer à renforcer le contrat social entre les citoyens et l’État. L’aide contribue à légitimer le fisc quand elle s’investit pour rendre plus transparente la publication des dépenses publiques et pour renforcer les moyens des Administrations fiscales. Mais l’aide traditionnelle, d’un autre côté, permet aux autorités nationales de s’affranchir des contribuables pour définir leurs priorités. Voici maintenant un inventaire des initiatives récentes d’aide à la mobilisation des ressources publiques en Afrique.
— Consacrer la plus grande partie de l’aide à la mobilisation des ressources, et gérer le risque
Les donneurs ne doivent pas finir par se substituer aux administrateurs locaux. Prendre la direction opérationnelle directe d’une administration du fisc ou des douanes peut être très efficace sur le court terme. Mais à la longue, une telle option ne va pas contribuer à édifier des institutions publiques légitimes et durables. La caractéristique la plus notable des réformes fiscales les mieux abouties récemment est justement qu’elles n’ont pas été dirigées en externe. L’aide britannique à la direction des impôts du Rwanda (Revenue Authority – RRA) et l’aide allemande à la direction des impôts du Ghana sont notoirement reconnues pour avoir permis une amélioration durable de l’efficacité de l’Administration, avec un haut degré d’appropriation par les acteurs nationaux (IFC, ibid. ; Von Soest, 2008).
L’aide ne doit pas fausser les rapports entre l’Administration fiscale d’un pays avec les autres secteurs de l’Administration publique. L’assistance devrait se consacrer à des programmes de construction des capacités qui profitent aussi à l’Administration et au secteur public en général. Par exemple, financer un recensement et un cadastre urbain aidera à instaurer et à recouvrir les impôts sur le revenu et les taxes foncières, mais cela aidera aussi les hauts fonctionnaires et les décideurs politiques à élaborer et mener une politique de la ville.
Plus généralement, le débat sur le renforcement des capacités des Administrations fiscales en Afrique doit s’accompagner d’un débat plus général sur la gouvernance, la transparence et l’usage qui sera fait par les autorités du supplément de ressources généré par ce renforcement. Augmenter les moyens de l’Administration fiscale ou élargir l’assiette fiscale n’auront pas de résultats sur le long terme si les réformes ne sont pas liées de façon évidente à des projets globaux, qui incluent la politique d’aide. Le système fiscal ne peut jouer le rôle que de « facilitateur » dans la construction d’un État compétent, et seulement dans la mesure où cet État est légitime et où son action repose sur un consensus politique légitime. Il importe donc de réduire les politiques à des questions de taxation ou de gouvernance, mais de les ouvrir également au contexte spécifique de chaque pays.
Il faut encourager la participation des fiscalistes publics des pays en développement à la communauté mondiale des fiscalistes. Il faut mettre l’accent sur le partage des connaissances et des bonnes pratiques par le dialogue. Il faut renforcer la coopération sud-sud, avec le soutien de la communauté des donneurs. La transparence de ces échanges augmentera avec la publication de bilans pays par pays et l’adoption de normes comptables internationales destinée à contenir les prix de transfert. Il faut encourager une aide internationale aux pays en développement qui tienne compte de leurs besoins spécifiques. Ces besoins doivent être mis en avant lors de réunions de travail internationales. Il faut aider les Administrations fiscales africaines à tirer parti des groupes internationaux de coopération et de leurs travaux.
Les donneurs doivent respecter leurs engagements d'accroître la cohérence de leurs politiques publiques en faveur du développement, en faisant pression sur les grandes sociétés minières de leurs pays pour qu’elles proposent des accords décents aux nations africaines. Ils doivent encourager la transparence des revenus, y compris par la publication de bilans, pays par pays, des activités de ces sociétés, pour qu’on puisse poursuivre au civil les contrats inacceptables. Une meilleure couverture faciliterait aussi la tâche des responsables des Administrations fiscales africaines quand il leur faut rendre compte aux autorités et aux administrés du volume et de l’usage des dépenses fiscales. Les donneurs peuvent fournir une assistance juridique aux pays en développement qui négocient un contrat avec une multinationale, même à partir d’un pays tiers. Les donneurs ne devraient pas débaucher les trop rares fiscalistes africains pour combler leurs propres besoins en experts locaux.
La conditionnalité des revenus est une autre façon de rendre l’aide plus efficace dans la mobilisation des ressources nationales. D’un côté, proportionner les contributions des donneurs à la collecte fiscale locale devrait inciter à une politique de recouvrement plus active. Le montant de l’aide budgétaire devrait se calculer sur la base d’un pourcentage convenu des recettes fiscales recouvrées par le pays bénéficiaire, avec d’une part un plafond et de l’autre une clause prévoyant une diminution de ce pourcentage au fur et à mesure qu’augmentera la capacité des autorités à augmenter leurs recettes. Une telle approche pousse à planifier sciemment le recouvrement des recettes. Les autorités nationales savent en effet que la collecte de revenus supplémentaires se traduira par des suppléments d’aide de la part des donneurs. Pour que ce système marche, les donneurs doivent s’engager à moyen et à long terme par des fonds de prévoyance.
D’un autre côté, cette aide liée au revenu peut se conditionner davantage à la façon de collecter l’impôt plutôt qu’au seul volume de l’impôt collecté. Cela suppose de s’intéresser à l’équité verticale, à la sensibilisation et à la formation du contribuable, à la transparence, à une meilleure information sur les liens entre recettes et dépenses publiques, ainsi qu’aux négociations avec les contribuables et les groupes organisés au moment de conditionner aux performances du système fiscal l’aide à la réforme de ce système. Le nœud du problème repose sur la détermination des donneurs à assurer des flux d’aides réguliers et garantis, conformément aux engagements de bonne pratique contenus dans la Déclaration de Paris de 2005.
Thématique 2011
Quelles politiques les économies africaines doivent-elles mettre en oeuvre pour tirer avantage du renforcement de leurs relations avec les économies émergentes ? Ecoutez l'avis d'experts de tous horizons (en anglais).
Enquête sur les dépenses fiscales
Jean-Philippe Stijns, co-author of the "Public Resource Mobilisation" study, highlights Morocco's practices while observing their taxation policies.



