Intégrer le changement climatique : l’innovation technologique dans les pays du Sahel
Les pays du Sahel, en Afrique de l’Ouest, subissent des variations importantes de pluviosité liées à l’évolution de la circulation atmosphérique et de la température des eaux de surface tropicales dans le Pacifique, l’océan Indien et l’Atlantique. La diminution des précipitations au Sahel est l’une des conséquences les plus importantes du changement climatique sur notre planète. Depuis les années 1990, plusieurs organisations gouvernementales ou non œuvrent dans les pays du Sahel avec les communautés locales pour mettre au point des dispositifs d’alerte précoce sur le continent (CEWS) collectant des données sur les précipitations et la sécurité alimentaire. La survie des systèmes classiques était compromise par le coût de la collecte et de la diffusion des informations, réalisées lors de réunions mensuelles ou bimensuelles organisées au plan local, régional et national. Des systèmes CEWS assistés par les TIC font leur apparition pour collationner, analyser et diffuser des informations susceptibles d’atténuer l’impact des périodes critiques de sécheresse. Selon le Bureau de la coordination humanitaire des Nations unies, chaque dollar dépensé pour la prévention des catastrophes permet d’épargner entre quatre et 7 USD d’aide humanitaire. On comprend dès lors l’intérêt de systèmes CEWS assistés par les TIC.
Le système d’alerte contre la famine FEWS NET (Famine Early Warning Systems Network), financé par l’USAID, collabore avec des partenaires nationaux, régionaux et internationaux (comme la NASA) pour fournir une information fiable et préventive sur les risques potentiels de crise alimentaire ou d’insécurité alimentaire localisée. Ce système permet à des professionnels aux États-Unis et en Afrique de surveiller toute une série d’informations sur les conditions météorologiques et les récoltes, recueillies par satellite ou sur le terrain, qui sont autant d’indicateurs d’un risque de crise ou d’insécurité alimentaire. Il s’agit là d’informations fondamentales puisque, selon le Rapport sur le développement humain 2007/08, l’Afrique subsaharienne est la région du monde la moins bien équipée en stations météorologiques.
Un projet qui réunit le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et Google a permis d’identifier pour l’instant jusqu’à 120 points chauds environnementaux – qui sont présentés dans l’Atlas d’un environnement en mutation du PNUE sur l’Afrique. En fournissant des images de forêts en feu en Afrique subsaharienne ou de la déperdition des eaux du lac Tchad, cette application permet à la communauté environnementale de suivre les dernières évolutions. L’initiative Tiger, lancée par l’Agence spatiale européenne (ESA), prévoit d’utiliser les technologies spatiales pour une gestion intégrée des ressources en eau en Afrique. Les projets actuels concernant le Sahel portent sur la télédétection des zones humides, l’évaluation et la gestion des ressources hydriques, des méthodes d’exploitation des eaux souterraines pour compenser l’inadéquation des systèmes de recharge naturelle des nappes phréatiques dans le bassin tchadien, au nord-est du Nigeria, et l’adoption de politiques de gestion intégrée des ressources en eau dans le bassin du Gash en Érythrée, en Éthiopie et au Soudan, qui pourrait servir de bassin de référence.
Le procédé Watex de la société Radar Technologies France, développé avec l’USGS (Institut de géologie des États-Unis) et l’Unesco, a permis de repérer un bassin aquifère dans le centre du Darfour qui s’étendrait sur plus de 135 000 km². Seules des technologies radar de télédétection dernier cri ont permis une telle découverte. L’étude a révélé de vastes étendues de terre contenant suffisammant de réserves d’eau souterraines pour alimenter 33 millions de personnes toute l’année (à raison de 15 litres d’eau par jour). Ces nappes phréatiques renouvelables sont aisément accessibles puisque situées en moyenne à 50 mètres de la surface dans des sédiments non consolidés faciles à creuser. Pour l’alimentation en eau des 2.5 millions de déplacés internes qui vivent là, ce résultat est inespéré.
Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada a parrainé l’initiative Cyber-Pasteurs pour permettre aux éleveurs du Sahel d’accéder à des informations précises sur l’état des pâturages et les aider ainsi à coordonner leurs transhumances. Les membres du projet travaillent au plus près des communautés pour trouver des solutions originales susceptibles d’optimiser, grâce aux TIC, les savoirs traditionnels en matière de gestion des ressources naturelles. Un autre projet mené en collaboration avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) – le Système de cartographie et d’information sur l’insécurité alimentaire et la vulnérabilité (SICIAV) – cherche à introduire au Niger un système plus intégré d’information sur ces questions à l’échelle nationale et régionale afin de permettre aux décideurs et aux membres de la société civile d’obtenir en temps réel toutes informations utiles.
Source : UIT.
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