Rapprocher les agriculteurs des marchés :
l’influence des TIC sur les marchés céréaliers au Niger
La majorité des habitants du Niger vit de l’agriculture de subsistance. Les céréales (millet essentiellement) font partie des aliments de base, représentant plus de 75 pour cent de l’apport calorique des ménages ruraux. Elles sont acheminées de l’exploitant au consommateur en empruntant un vaste système de marchés qui couvre tout le territoire – grand comme environ trois fois la Californie.
Comme les marchés céréaliers n’ont lieu qu’une fois par semaine, négociants et exploitants parcouraient traditionnellement de longues distances pour récupérer des informations sur les marchés. Outre le coût du voyage, cela avait un coût (d’opportunité) en terme de temps perdu. Entre 2001 et 2006, un service de téléphonie mobile a été déployé dans le pays, offrant une alternative moins coûteuse à la recherche d’informations pour les négociants, les exploitants et les consommateurs.
Aker (2008) montre que la mise en place des antennes des réseaux de téléphonie mobile au Niger a réduit de 20 pour cent les écarts de prix des céréales d’un marché à l’autre, et de 12 pour cent la variation annuelle des cours. Les téléphones cellulaires ont eu plus d’impact sur l’éventail des prix sur les marchés les plus éloignés et sur ceux qui ne sont accessibles que par de mauvaises routes. L’impact s’est aussi intensifié avec le temps : l’éventail des prix d’un marché à l’autre est plus resserré sur les marchés couverts par un réseau mobile, ce qui laisse supposer que les TIC sont d’autant plus utiles qu’un pourcentage plus grand de personnes y ont accès.
La réduction des écarts de prix semble être liée à la réduction des coûts de recherche : dans la mesure où les portables ont réduit de moitié les coûts de recherche des négociants, ceux-ci ont pu modifier leur stratégie de commercialisation. Les négociants en grain opérant sur un marché couvert par un réseau mobile élargissent leur champ de recherche, multiplient les contacts et vendent sur davantage de marchés que leurs concurrents privés de portable. Les premiers sont donc mieux à même de répondre aux situations d’excédents et de pénuries et d’allouer les céréales de manière plus adéquate entre les marchés, atténuant les écarts de prix.
Les négociants ne sont pas les seuls à avoir profité de l’arrivée du portable au Niger. Entre 2001 et 2006, les téléphones cellulaires ont été associés à une réduction moyenne de 3.5 pour cent du prix des céréales pour le consommateur ainsi qu’à une augmentation des profits des négociants. Toutes choses égales par ailleurs, cela aurait permis aux ménages ruraux d’acheter plus de cinq à dix jours d’équivalent céréales par an. En 2005 – année où le Niger a été frappé de plein fouet par une crise alimentaire – les marchés des régions couvertes par la téléphonie mobile ont pratiqué des prix au consommateur relativement moins élevés. L’existence d’antennes-relais du réseau mobile a probablement limité les ravages de la crise alimentaire. Dans la mesure où une majorité de ménages ruraux du Niger sont des consommateurs nets, le niveau inférieur du prix au consommateur lui a permis de mieux s’en sortir. En bref, l’expérience du Niger met en évidence l’impact possible de l’information – et en particulier des TIC – sur les marchés agricoles ainsi que sur les revenus des producteurs, des négociants et des consommateurs.
Source : Jenny C. Aker, chercheur invité, Centre for Global Development et Université Tufts.
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