Impact de la privatisation des opérateurs historiques
de téléphonie fixe
En théorie, les effets de la privatisation des opérateurs historiques de téléphonie fixe sur le développement des réseaux ou leur qualité sont liés au contexte institutionnel et politique en vigueur. Les gouvernements considèrent souvent la privatisation totale comme un arbitrage entre le fait de récupérer en une seule fois le fruit de la vente et l’abandon du futur flux de recettes de l’opérateur. Quoi qu’il en soit, la privatisation entraîne en général une augmentation des tarifs locaux, censée couvrir les dépenses engagées et procurer un certain retour sur investissement. Gasmi et al. (2009) viennent de publier les conclusions d’une analyse menée sur des données recueillies entre 1985 et 1999 dans différentes régions du monde, classées par appartenance géographique et niveau de richesse. Les pays développés compris dans cet échantillon ont tous privatisé pendant la période considérée, partiellement ou totalement, leur opérateur historique public. Parmi les pays en développement, c’est le cas pour 15 pays d’Amérique latine et 13 pays d’Afrique. Ainsi, 60 pour cent des pays latino-américains de l’échantillon ont privatisé leur opérateur historique, contre 30 pour cent des pays africains. Ces derniers en étaient alors encore aux premières phases de la privatisation.
Les écarts de résultats entre les pays développés et les pays en développement reflètent surtout une offre excédentaire dans les premiers et donc aucun effet tangible sur l’extension des réseaux. Le fait que la demande soit largement non satisfaite dans les pays en développement a entraîné une extension des réseaux et une amélioration de la productivité du travail. Cette extension des réseaux est intervenue après l’augmentation des tarifs locaux. De fait, les consommateurs des pays en développement sont souvent prêts à payer plus que le prix pratiqué par les opérateurs publics subventionnés. Pourtant, la privatisation des opérateurs historiques dans les pays développés a entraîné des baisses de prix des services de téléphonie fixe grâce au renforcement de la concurrence sur des marchés bien desservis.
La désagrégation des pays en développement de l’échantillon révèle des différences régionales tout à fait intéressantes. Les pays côtiers pauvres en ressources d’Amérique latine et d’Afrique obtiennent des résultats pratiquement identiques à ceux de l’échantillon global des pays en développement – avec une augmentation de la production et des prix. En revanche, dans les pays africains enclavés pauvres en ressources, la privatisation est associée à une augmentation des tarifs mais sans effet sur l’extension des réseaux. La privatisation y est également associée à une moindre productivité du travail. Enfin, dans les pays africains riches en ressources, la privatisation n’a eu d’impact sur aucun des indicateurs de performance.
Des recherches sont en cours pour voir si certains de ces résultats pourraient être liés à la qualité de l’environnement institutionnel. Pour l’instant et selon les indicateurs du Guide international du risque pays, les pays côtiers d’Amérique latine et d’Afrique pauvres en ressources ont un profil institutionnel assez proche ; les pays africains enclavés pauvres en ressources et les pays africains riches en ressources semblent de ce point de vue moins avancés.
Source : Farid Gasmi, professeur, École d’économie de Toulouse, et compilation des auteurs.
Thématique 2011
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