Les tarifs du téléphone mobile sont chers
Les abonnés des pays pauvres en ressources d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne procurent le plus faible revenu moyen par abonné (RMA), juste devant l’Amérique latine et les Caraïbes (figure 9). À l’inverse, en 2008, les abonnés des pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources affichent un RMA important, autour de 13 USD, soit plus qu’en Amérique latine, aux Caraïbes et dans la région Asie-Pacifique. Le RMA n’est pas uniquement fonction du niveau de revenu : le PIB moyen par habitant des pays d’Amérique latine, des Caraïbes et de la région Asie-Pacifique était près de quatre fois supérieur à celui des pays africains riches en ressources en 2007. Dans la mesure où ces trois régions utilisent sensiblement le même système de tarification à la minute, le RMA se différencie donc par le niveau des tarifs. D’après l’UIT, le prix pour trois minutes de communication dans les pays africains riches en ressources aux heures de pointe est de 0.9 USD – contre 0.7 USD en Amérique latine et aux Caraïbes et 0.6 USD dans la région Asie-Pacifique. La figure 9 fait apparaître une autre information intéressante : la longueur des communications par abonné calculée en minutes est quasiment le double des autres régions en Afrique du Nord.
Même si l’échantillon de pays est restreint, on voit bien (figure 10) que le niveau des dépenses d’investissement et de fonctionnement en Afrique est inférieur à celui de l’Amérique latine, des Caraïbes et de l’Asie. Parallèlement, les opérateurs africains de téléphonie mobile obtiennent de bons résultats en termes de trésorerie, avec des recettes supérieures aux autres régions. Les retours sur investissement sont attrayants pour ceux que les réseaux africains intéressent, même si la concurrence s’intensifie progressivement (figure 11).
La montée en puissance des opérateurs panafricains de téléphonie mobile
Les réseaux mobiles se sont rapidement développés ces dernières années dans des zones jusque-là non desservies. La forte présence d’Orange, Vodacom, Zain, MTN, Moov et Tigo dans plusieurs pays y est pour beaucoup. À côté des européens Orange, Vodafone et Tigo (Millicom), on trouve le sud-africain MTN et les moyen-orientaux Zain et Moov. Zain et Tigo sont présents en Afrique centrale, orientale et occidentale, Orange en Afrique de l’Est et de l’Ouest alors que Moov est surtout présent en Afrique de l’Ouest et Vodafone en Afrique australe. Leur stratégie vise à baisser les prix pour augmenter leur part de marché alors même que les investissements dans le développement des réseaux se ralentissent sous l’effet de la crise financière. Un facteur clé de la révolution des communications « à l’africaine » réside dans la réduction des charges d’itinérance – qui consiste à appliquer le tarif local à un usager même si celui-ci se trouve à l’étranger. L’intégration régionale progressera à mesure que ces stratégies se propageront aux opérateurs et, au final, annuleront les écarts de prix d’un pays à l’autre.
Ces six opérateurs ont représenté 52 pour cent des abonnements à la téléphonie mobile en Afrique en 2008 (figure 12). Le taux de croissance moyen sur le continent s’est établi à 41 pour cent, mais deux nouveaux venus (Orange, à 68 pour cent et Tigo à 82 pour cent) ont fait bien mieux que certains opérateurs déjà présents (Zain, à 52 pour cent et MTN, à 60 pour cent). Vodafone et Zain affichent les taux de croissance les plus faibles, mais ils opèrent sur des marchés plus matures.
Bien que la concurrence entre opérateurs se renforce, les faibles taux de pénétration traduisent l’impressionnant potentiel de croissance de la région. Orange se tourne vers l’Afrique depuis l’échec de sa tentative de rachat – pour un montant de 40 milliards USD – de l’opérateur nordique TeliaSonera. En 2008, l’entreprise a investi au Kenya et au Nigeria, où elle propose une offre groupée téléphonie fixe-téléphonie mobile-services Internet, conformément au régime de licence convergente. Orange espère également couvrir 30 villes du Niger. L’entreprise cible des marchés potentiellement rentables avec une large base de clientèle. En 2008, les abonnements à la téléphonie mobile et les recettes d’Orange ont progressé de respectivement 42.5 et 17 pour cent, contre 28 et 8.3 pour cent pour la totalité du groupe dans le monde. Tigo devrait afficher un taux de croissance sensiblement plus faible en 2009, du fait de la crise économique : ses recettes ont déjà perdu du terrain en 2008 au Ghana, au Sénégal et au Tchad.
En 2008, Zain a investi dans le développement des capacités de réseau et la mise à niveau des infrastructures de transmission, en particulier au Ghana, au Malawi, au Nigeria, au Soudan et en Zambie. L’essentiel de sa croissance est assuré par le Nigeria, qui représente 43 pour cent de ses abonnements en Afrique. Après Bahreïn et le Koweït, Zain pourrait tirer parti de son expertise en réseaux 3G. Vodafone s’intéresse également à l’Afrique. En 2008, le groupe a racheté 70 pour cent de Ghana Telecom, pour 90 millions USD. L’entreprise est surtout concentrée en Afrique du Sud, qui a représenté environ 50 pour cent de sa base de clientèle en 2008. Vodafone South Africa est le premier opérateur de téléphonie mobile d’Afrique en nombre d’abonnés par pays. Zain et Vodafone cherchent à développer leur clientèle en baissant les prix. MTN se classe en tête pour le nombre d’abonnés sur l’ensemble du continent et cherche à conforter sa position avec une offre groupée fixe-mobile-Internet, à l’instar d’Orange. En 2008, l’entreprise a racheté Arobase Telecom, le deuxième opérateur de ligne fixe de Côte d’Ivoire, ainsi qu’un fournisseur de services Internet (FSI), Afnet. L’Afrique du Sud et le Nigeria sont les deux marchés les plus importants pour MTN en termes d’abonnements.
Les opérateurs disposant de la base d’abonnés la plus large en Afrique – comme Vodacom, Zain et MTN – sont aussi ceux qui ont la meilleure part de marché moyenne dans les pays où ils opèrent (figures 12 et 13). Ces trois opérateurs détiennent chacun plus de 11 pour cent du total des abonnements en Afrique. Vodacom et MTN affichent chacun une part de marché moyenne supérieure à 50 pour cent des abonnements dans les pays où ils opèrent. Zain les talonne, avec 46 pour cent de part de marché par pays. À l’autre extrémité du spectre, Moov et Tigo ont tous les deux moins d’abonnés, en-deçà de 3 pour cent, et ils disposent également d’une part de marché moyenne par pays plus mince, autour de 20 pour cent. Orange, la lanterne rouge du continent en termes d’abonnements, s’en sort beaucoup mieux en termes de parts de marché par pays. On note également une relation étroite entre la part de marché moyenne d’un opérateur et le nombre de pays ciblés. Les opérateurs présents dans un grand nombre de pays tendent à avoir une part d’abonnés supérieure sur chaque marché et à bénéficier d’économies d’échelle également supérieures. Seul Vodafone fait exception, qui opère dans un nombre de pays relativement restreint.
Zain cherche à exploiter le potentiel du marché (454 millions de personnes en 2007) en proposant des services dans des pays affichant un PIB par habitant inférieur au PIB médian (282 USD en 2007). Orange et MTN se concentrent sur un marché potentiel plus étroit, ciblant les pays avec un PIB médian par habitant d’environ 450 USD.
Vodafone peut accéder à un marché potentiel plus important qu’Orange, malgré une présence limitée à six pays (contre 14 pour le groupe français). Tous les pays où Vodafone opère sont – à l’exception du Lesotho – extrêmement peuplés. Vodafone se concentre sur des pays ayant un PIB médian par habitant relativement élevé (452 USD en 2007) même si cela ne se reflète pas dans la recette moyenne par utilisateur de ses réseaux, qui s’est montée à 7.5 USD en 2008 contre 11.2 USD pour Zain et 12.7 USD pour MTN. Vodafone pratique une politique tarifaire agressive pour toucher les ménages modestes étant donné que 90 pour cent de ses clients utilisent des services prépayés. Zain et MTN se livrant à une concurrence intense au Nigeria, en Ouganda, en république du Congo, au Soudan et en Zambie, les prix sur ces marchés devraient baisser. Zain propose déjà un système de tarification original (voir la section sur les modèles commerciaux innovants) pour essayer d’élargir sa part de marché alors même qu’il a annoncé des pertes pour deux trimestres de l’année 2008. À l’opposé, Moov et Tigo – présents dans respectivement six et sept pays – s’attaquent aux pays de taille intermédiaire en termes de population et de revenu médian par habitant (environ 270 USD).
La domination du mobile affaiblit la position des opérateurs de téléphonie fixe
En dix ans, le trafic téléphonique a radicalement évolué, au profit des téléphones mobiles. Ceux-ci représentent 64 pour cent des recettes téléphoniques totales et l’Afrique est la seule région du monde où la téléphonie mobile prend le pas sur la téléphonie fixe pour les recettes. La structure des coûts des réseaux fixes les pénalise en raison de leur petite taille. Les coûts de la minute de communication dans les réseaux mobiles diminuent rapidement alors que les opérateurs de téléphonie fixe les augmentent à mesure que le trafic recule (figure 14).
Les pylônes et leurs antennes représentent 70 pour cent des dépenses d’investissement totales des réseaux mobiles. Chaque pylône est équipé de sept émetteurs-récepteurs. Alors que le nombre d’émetteurs-récepteurs augmente linéairement avec le trafic, l’investissement total dans le réseau par émetteurs-récepteurs diminue très vite avec l’augmentation du trafic (figure 15).
Cette augmentation des volumes peut diminuer les charges de la téléphonie mobile si la baisse des coûts variables est répercutée sur les consommateurs. Aujourd’hui, un appel d’une minute sur un téléphone mobile coûte toujours quatre fois plus cher qu’un appel sur un téléphone fixe (figure 16). En Afrique, la baisse du prix des appels mobiles devrait probablement conduire à une sensible augmentation du trafic et à une nouvelle diminution des coûts – alors que les coûts de la téléphonie fixe devraient continuer à augmenter. Mais si l’on étudie la situation dans les pays de l’OCDE – qui ont bénéficié de substantielles économies d’échelle grâce à des taux de pénétration élevés et où les prix sont comparables à ceux de l’Afrique – alors la baisse des prix des communications mobiles liée au développement des réseaux en Afrique est loin d’être acquise.
Prix et choix dans les réseaux nationaux
En 2007, les infrastructures au sol d’Afrique subsaharienne représentaient 508 000 kilomètres. Les opérateurs de téléphonie fixe en détenaient 32 pour cent – contre 68 pour cent pour les opérateurs de téléphonie mobile. Pratiquement toutes les infrastructures de communication par satellite sont elles aussi détenues par les opérateurs de téléphonie mobile. Dans le passé, les opérateurs de téléphonie fixe ne pouvaient satisfaire à la demande des opérateurs de téléphonie mobile en transmissions à haut débit, ce qui a conduit ces derniers à développer leurs propres réseaux fédérateurs terrestres pour relier leurs pylônes de transmission au reste de leurs réseaux. À 99 pour cent, les réseaux fédérateurs appartenant aux opérateurs de téléphonie mobile en Afrique subsaharienne reposent sur une technologie hertzienne, facile à mettre à jour – la fibre optique ne représentant que 1 pour cent. En moyenne, la transmission représente moins de 10 pour cent du coût total de la téléphonie mobile.
Pour 40 pour cent de leurs réseaux fédérateurs, les opérateurs de téléphonie fixe font appel à la fibre optique. Les coûts des équipements de transmission sont les seuls à dépendre du trafic et ils ne représentent que 10 pour cent du total. Entre 60 et 80 pour cent des coûts du réseau de fibre optique sont des frais fixes liés à la pose des câbles. Étant donné que le choix de la fibre optique ne devient optimal – et moins cher que les technologies hertziennes – qu’à partir d’un trafic supérieur à 2 000 Mbps, les opérateurs de téléphonie fixe doivent précéder la demande et ont donc besoin d’un financement à long terme. Les réseaux mobiles n’investissent dans de nouvelles capacités que lorsque les prévisions de recettes sont suffisamment importantes pour rentabiliser l’investissement.
La plupart des réseaux fixes en Afrique n’ont été conçus que pour la voix – d’où la nécessité d’interventions très lourdes de remise à niveau pour la transmission de données. Le personnel des opérateurs de téléphonie fixe doit aussi être formé aux technologies numériques et non plus analogiques. Certains petits opérateurs, comme Kasapa au Ghana, externalisent ce travail. Neotel – le deuxième opérateur de téléphonie fixe en Afrique du Sud – sort du lot, avec un réseau 100 pour cent numérique. Les réseaux numériques coûtent 30 à 50 pour cent moins cher que les réseaux analogiques en termes d’investissement et 30 pour cent moins cher en fonctionnement. Les opérateurs historiques de téléphonie fixe sont donc pénalisés par rapport aux opérateurs mobiles et aux nouveaux-venus sur le segment du fixe, à moins que les organismes de régulation ne les autorisent à lever des capitaux privés et à augmenter leurs tarifs pour couvrir ces dépenses d’investissement et de fonctionnement.
Les difficultés financières qu’éprouvent les opérateurs de téléphonie fixe en Afrique expliquent le niveau encore élevé des tarifs de détail pour les réseaux fédérateurs, sous l’effet des subventions croisées entre les communications locales, interurbaines et internationales. L’évolution des tarifs est surtout visible dans les communications vocales locales, qui sont proches de ceux pratiqués par les pays de l’OCDE. Les communications vocales interurbaines et les services Internet (dont le prix aurait dû baisser) restent coûteux. On observe aussi de profonds écarts entre membres d’un même consortium : ainsi dans le cas du câble sous-marin SAT-3 le long des côtes occidentales, où le prix de détail varie de 1 316 USD (tarif de l’opérateur historique sénégalais Sonatel) à 11 000 USD (tarif du sud-africain Telkom South Africa). Avec les dorsales internationales et leur prix de gros d’environ 500 USD pour un signal en provenance de l’autre bout du monde, les opérateurs africains de téléphonie fixe auront de plus en plus de mal à justifier les tarifs élevés des liaisons nationales de courte portée. Les consommateurs africains ne profiteront du faible tarif de gros des dorsales internationales qu’à la condition d’amener les opérateurs de téléphonie fixe à leur répercuter ce faible coût ou à réinvestir leurs profits pour développer les capacités et améliorer les services.
Le niveau des prix de détail conduit souvent les pays à autoriser des monopoles nationaux sur les transmissions. En Afrique subsaharienne, un opérateur qui bénéficie de ce monopole peut tirer 65 pour cent de son revenu du trafic international. En Zambie, la libéralisation des transmissions internationales est régulièrement repoussée. Certains pays préfèrent conserver ce monopole, même si cela empêche de nouveaux opérateurs de pénétrer sur le marché intérieur et donc de le développer.
Lors de réunions de l’UIT, certaines délégations ont plaidé pour une prime sur le trafic téléphonique international afin de pouvoir continuer à engranger des bénéfices. L’Assemblée mondiale de normalisation des télécommunications (AMNT) a adopté en octobre 2008 une recommandation de l’UIT en vue d’analyser l’opportunité d’une prime sur les échanges de trafic entre opérateurs des pays développés et en développement. La fameuse « prime des externalités de réseau » n’est envisageable que pour des marchés où les transmissions font l’objet d’un monopole et où il n’existe pas d’incitation à étendre l’accès au réseau. L’augmentation des paiements nets et du trafic international entrant depuis les pays développés vers l’Afrique semble souligner l’inutilité de cette prime (encadré 15).
Les taux d’interconnexion des réseaux fixes vers les réseaux mobiles varient grandement en Afrique. En 2006, le taux observé en Afrique du Sud, au Bénin et au Kenya était supérieur de pratiquement 200 pour cent à celui constaté en Ouganda, au Rwanda et au Sénégal. Ces coûts détournent de plus en plus d’abonnés de la téléphonie fixe au profit des réseaux mobiles, qui les contournent.
Devant une concurrence encore plus aggressive des opérateurs de téléphonie mobile, de nombreux réseaux fixes prévoient de proposer des services haut débit pour valoriser leur offre et attirer des consommateurs. Alors même que les réseaux fixes ont un avantage comparatif par rapport aux réseaux sans fil pour leurs capacités de débit, la question de la taille du marché en Afrique reste posée.
Politiques commerciales en direction des ménages modestes
Les opérateurs doivent faire preuve d’ingéniosité pour maintenir des services à un prix abordable dans une région où les ménages à revenu modeste sont majoritaires. Selon une enquête de Research ICT Africa réalisée dans 16 pays d’Afrique subsaharienne en 2006 et 2007, les gens qui n’ont pas encore de téléphone portable ne se laisseront convaincre que par une politique de minoration du prix des appels. En Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria et en Ouganda, les personnes n’ayant pas de téléphone portable ou de carte SIM (Subscriber Identity Module – carte à puce avec identification de l’abonné) se disent prêtes à débourser entre 5 et 10 USD seulement par mois – contre moins de 2 USD en Éthiopie.
La même enquête a révélé que dans sept pays, les personnes interrogées ne voulaient pas dépenser plus de 10 USD pour un combiné. Dans deux pays seulement – la Côte d’Ivoire et la Namibie – les personnes interrogées se disaient prêtes à débourser jusqu’à 30 USD pour un téléphone cellulaire. Le coût moyen dans ces pays va de 16 à 27 USD.
Les marchés de l’occasion permettent de se procurer facilement des combinés à bon marché. Mais l’enquête montre qu’une baisse minime du prix de l’équipement et des services pourrait susciter davantage d’achats et donc un accroissement substantiel des revenus des opérateurs. Le prix des appels téléphoniques aux heures de pointe commencent eux aussi à être sous pression, notamment en Afrique du Sud où Virgin Mobile vient juste de lancer un tarif forfaitaire identique pour les envois de données et de SMS aux heures de pointe comme aux heures creuses. Zain lui emboîte le pas au Kenya.
La réticence à payer pour des équipements et services mobiles se comprend mieux en examinant des données recueillies dans 17 pays sur les dépenses mensuelles moyennes des abonnés à un réseau mobile, en pourcentage du revenu mensuel disponible (figure 20). Au Rwanda et en Zambie, ce pourcentage dépasse les 40 pour cent pour les individus appartenant au quartile supérieur de revenu. Dans sept autres pays, ce pourcentage varie de 30 à 40 pour cent. Dans les trois quartiles inférieurs, les taux sont encore plus élevés – entre 60 et 80 pour cent pour six pays. Cela explique le faible taux de pénétration du marché – seule une petite fraction des ménages peut se payer de tels services – et la préférence des consommateurs pour des offres prépayées.
En 1993, Banana Cellular a introduit des services prépayés de téléphonie mobile aux États-Unis. En 2008, 71 pour cent des usagers dans le monde utilisaient un tel système – contre 96 pour cent en Afrique. Ce mode de facturation à l’avance en fonction du temps d’utilisation (pay-as-you-go) a également été adopté par les compagnies d’eau et d’électricité, en particulier en Afrique du Sud. Une fois les nouveaux compteurs installés chez un particulier, celui-ci achète un volume de consommation, par téléphone ou Internet. Il obtient en échange un code qui lui permet d’utiliser le compteur jusqu’à épuisement de son crédit.
D’autres solutions s’adressent aux ménages modestes en Afrique, telles le micro-paiement (les consommateurs peuvent verser quelques centimes sur leur compte par SMS), le micro-financement de combinés et des systèmes de partage des abonnements et des appareils.
Au départ, les SMS avaient été conçus pour permettre aux personnels des opérateurs de communiquer entre eux. Très rapidement, ils ont servi à alerter l’utilisateur de l’arrivée d’un message vocal. Le premier service commercial a été lancé en Suède en 1993. Un service mobile de messagerie instantanée – Mxit – devrait faire son apparition sur le continent africain pour toucher les populations les plus modestes. Le coût de l’envoi d’un SMS devrait être inférieur à une fraction de centime de rand sudafricain.
Avec un coût d’appel aussi faible, l’Afrique est devenue leader de la publicité d’amorçage sur les téléphones portables. En Afrique du Sud, Vodacom a lancé un service destiné à la clientèle haut de gamme (baptisé « Vodafone Live! ») et deux services visant une clientèle plus modeste (« Ad-Me » et « Please Call Me Back »). Chaque mois, près de 20 millions de pages sont vues sur le site Vodafone Live! (« la Vie Vodafone ! »), qui compte environ 1.5 million de clients – ce qui en fait la première entreprise de publicité numérique d’Afrique du Sud. Outre des bandeaux publicitaires, Vodacom propose des annonces de marques. L’abonné qui s’inscrit au service Ad-Me (« ma Pub ») reçoit, après avoir communiqué quelques informations personnelles, des messages publicitaires ciblés. En échange, il obtient des bons de réduction, des concours gratuits, des offres spéciales et des cadeaux publicitaires. Mais le service qui remporte le plus de succès, avec 20 millions de messages par jour dans un pays de 48 millions d’habitants, c’est Please Call Me Back (« Merci de me rappeler »).
La guerre de l’itinérance
L’itinérance (roaming) permet à un client d’utiliser son téléphone portable à l’étranger. Cela suppose des ententes entre l’opérateur du client et au moins un des opérateurs du pays où il se trouve. Aujourd’hui en Afrique, plusieurs opérateurs proposent ce service gratuitement. La compagnie Celtel – fondée par le soudanais Mo Ibrahim – a lancé le premier réseau sans frontière au monde en Afrique de l’Est, en septembre 2006. Ses clients peuvent ainsi passer et recevoir des appels et des SMS au prix d’une communication locale. Ils peuvent également recharger leur téléphone avec des cartes achetées dans l’un des trois pays concernés. Mais les prix ne sont pas encore harmonisés. L’appel d’un client Celtel en Tanzanie ou l’envoi d’un SMS depuis la Tanzanie coûte toujours deux fois plus cher qu’en Ouganda. L’initiative a fait des émules cependant. Au Kenya, Zain applique le même tarif pour les communications aux heures de pointe et aux heures creuses et propose un tarif local aux abonnés des autres réseaux. Le tarif « Vuka » est 68 pour cent moins cher que ses concurrents pour un appel local vers un autre réseau. Zain applique un taux préférentiel pour les appels internationaux à ses abonnés en Afrique de l’Est et un taux légèrement moins avantageux pour les abonnés est-africains à d’autres réseaux.
Zain a été imité par ses concurrents. En Afrique de l’Est, Vodacom Tanzania, MTN Ouganda et Safaricom Kenya ont signé des accords réciproques d’itinérance gratuite en 2007. Mais en 2008, les clients prépayés de Vodacom n’avaient qu’un accès limité à l’itinérance. MTN Rwanda s’est récemment associé à cette entente qui touche désormais 15 millions d’abonnés dans quatre réseaux. MTN développe son offre pour offrir un service d’itinérance gratuit – baptisé « MTN One World » – dans les 21 pays d’Afrique et du Moyen-Orient où il est présent. Le service est déjà opérationnel au Bénin, au Cameroun, au Ghana et au Nigeria.
Avec ces accords d’itinérance gratuite, l’Afrique prouve son potentiel d’innovation technologique et commerciale. Elle montre aussi que les opérateurs de télécommunications et les organismes de régulation peuvent œuvrer ensemble à la conception de solutions efficaces de coûts. Dans l’UE, des accords de ce type ont achoppé sur des considérations réglementaires quand, par exemple, Vodafone et Mannesman ont cherché à fusionner en 2000. La fusion avait été autorisée à condition que les deux parties proposent des tarifs d’itinérance aux opérateurs mobiles affiliés comme aux autres. Résultat, la nouvelle entité n’est guère incitée à proposer des services paneuropéens d’itinérance gratuits ou presque. Le fait que les opérateurs africains soient présents dans un grand nombre de pays et que les interventions réglementaires soient limitées a permis le développement de ces réseaux tarifaires panafricains.
Les téléphones à énergie renouvelable
De plus en plus, les réseaux de télécommunications africains sont alimentés par des panneaux solaires. Orange utilise cette technique pour élargir à moindre coût sa couverture dans des zones isolées. Les carburants traditionnels devaient être acheminés par camion, souvent sur de longues distances. Les carburants fossiles sont coûteux et peu fiables puisque lorsqu’ils viennent à manquer, c’est la panne généralisée. Orange a placé des panneaux solaires dans 200 stations radio non raccordées au réseau de l’électricité. Les dépenses d’énergie représentent jusqu’à 25 pour cent des dépenses totales. Les stations radio solaires sont équipées de deux générateurs, dont un de secours. Les relais primaires solaires n’ont pas besoin d’être climatisés et consomment peu. Les batteries peuvent stocker jusqu’à 4 jours d’électricité solaire. Aujourd’hui, ces stations radio ont une production d’énergie excédentaire pendant onze mois de l’année, qu’elles fournissent aux communautés locales pour recharger les téléphones portables. Quelque 1 000 stations radio solaires devraient voir le jour en Afrique en 2009, conformément à la cible d’Orange de parvenir à 25 pour cent d’énergie solaire d’ici 2015 et de réduire de 20 pour cent ses émissions de CO2 d’ici 2020.
L' exemple du Maroc
Jean-Philippe Stijns, co-author of the "Public Resource Mobilisation" study, highlights Morocco's practices while observing their taxation policies.
Useful links
- OECD Development Centre
- OECD
- African Development Bank
- UNECA
- World Bank
- United Nations
- Proparco's magazine
Private Sector and Development
Consultez les notes-pays de 50 des 53 pays d’Afrique. Chaque note comprend un synopsis de la performance économique générale du pays.














