De la nécessité de développer les compétences techniques et professionnelles

Tous les pays africains s’efforcent d’améliorer laqualité et le niveau des compétences de leur maind’oeuvre. De plus en plus, la maîtrise de compétences techniques et professionnelles supérieures relève des conditions jugées indispensables pour la compétitivité et l’intégration sociale, l’obtention d’un emploi décent et la lutte contre la pauvreté. Le « développement des compétences techniques et professionnelles » (DCTP)est un puissant moteur de réforme. L’expression recouvre l’acquisition des connaissances, des compétences pratiques, du savoir-faire et du comportement nécessaires pour exercer un métier ou une profession donnée sur le marché du travail. Pour les besoins de ces Perspectives, le DCTP correspondra à la définition élargie que l’Unesco et l’Organisation internationale du travail (OIT) donnent de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.

L’acquisition de compétences intervient soit lors d’une formation structurée suivie dans des établissements etdes centres publics ou privés d’ETFP, soit sur le tas (formation professionnelle dans le secteur formel et apprentissage informel), soit les deux à la fois (formation « en alternance », qui associe formation sur le lieu detravail et formation dans un établissement spécialisé).

D’une manière générale (et c’est un élément clé du programme de l’OIT pour le « travail décent »), le développement de compétences adéquates fait partiedes instruments reconnus comme indispensables pour améliorer la productivité et les conditions de travail, mais aussi pour promouvoir un travail décent dans l’économie informelle – qui reste le premier employeur en Afrique. L’éducation et les compétences ouvrent la porte à des emplois rémunérateurs et socialement gratifiants. Elles peuvent aussi contribuer à la création de petites entreprises informelles, à la réinsertion des travailleurs déplacés et des migrants et à la transition de l’école vers le monde du travail, pour ceux qui ont décroché du système scolaire comme pour les diplômés. Au bout du compte, le développement de compétences professionnelles chez les pauvres, les jeunes et les populations vulnérables est un facteur essentiel de la lutte contre la pauvreté. Il ne fait donc pas seulement partie des stratégies nationales de développement des ressources humaines, mais aussi des stratégies pour la croissance économique et la réduction de la pauvreté. L’intégration d’une composante « développement des capacités » dans les documents stratégiques de réduction de la pauvreté (DSRP) et les plans de développement national devient donc de plus en plus fréquente. Ainsi,en Afrique du Sud, le développement des compétences est au coeur de la nouvelle stratégie de développement du pays, l’Initiative en faveur d’une croissance accélérée et partagée (AsgiSA – Accelerated and Shared Growth Initiative), qui a pour ambition de réduire de moitié la pauvreté et le chômage d’ici 2014.

La plupart des gouvernements estiment qu’investir dans le savoir et les compétences constitue la pierre angulaire du développement d’une main-d’oeuvre mondialement compétitive et apte au travail. La présence d’une main-d’oeuvre compétente et bien formée améliore le climat des investissements et constitue un puissant vecteur de productivité et de compétitivité à l’international. Si les stratégies de développement des ressources humaines des pays africains cherchent à favoriser l’acquisition de compétences à tous les niveaux du bas en haut de l’échelle, chaque pays doit néanmoins mettre en valeur l’éventail de compétences quicorrespond le mieux à son développement économiqueet aux besoins du marché du travail local. L’Afrique du Sud et la plupart des pays d’Afrique du Nord doivent ainsi déployer des approches globales du développement des compétences afin d’augmenter la productivité du secteur formel – qui peut être hautement intensif en capital – tout en élargissant les perspectives d’emploi pour les moins qualifiés.

Pour autant, l’impact de la FTP sur l’« employabilité »24 de la main-d’oeuvre dépend autant de la qualité des compétences acquises que du dynamisme de l’environnement économique, qui leur permettra de donner toute leur mesure. La rentabilité des investissements croissants dans le développement des capacités tend à être excellente dans les pays en pleine expansion, à l’inverse des pays affectés par une piètre gouvernance et une croissance stagnante, où elle est minime sinon inexistante. Les réformes macroéconomiques en faveur de la croissance et, partant,propices au développement des entreprises et de l’emploi, font partie des éléments cruciaux pour favoriser une meilleure utilisation des compétences. Les stratégies de promotion de la croissance nationale doivent, sielles veulent avoir un impact maximal, privilégier le développement des compétences dans les secteurs les plus prometteurs en termes d’emplois.

Un certain nombre de pays ont lancé des réformesd’envergure pour promouvoir les compétencestechniques et professionnelles dans le secteur formel et informel, traduisant ce faisant une approche plus intégrée de l’éducation, de la formation et de l’emploi. La BAfD se fait aussi l’écho de cette nouvelle priorité accordée au développement des compétences, au travers des recommandations (de 2007) de son haut comitéen la matière, qui considère qu’il s’agit là d’un pilier vital pour l’aide de la Banque aux pays africains au21e siècle (encadré 10).

Les notes pays figurant dans cette édition des Perspectives économiques en Afrique révèlent que les systèmes africains d’ETP sont la proie de multiples contraintes qui gênent leur développement et limitent leur impact. Les programmes ne sont en général pas adaptés aux besoins de l’économie et les responsabilités pour la formation sont éclatées entre plusieurs organismes. Les expérimentations et les réformes du DCTP restent en général de portée limitée. Toute la difficulté consiste désormais à passer à l’échelle supérieure,en s’appuyant sur des programmes pilotes réussis. Les stratégies de réforme du DCTP sont rarement pérennes financièrement, car les partenaires ne sont pas toujours prêts à jouer leur rôle et n’ont pas forcément les capacités suffisantes pour le faire. En outre, le nombre d’entreprises susceptibles d’accueillir des apprentis est restreint et la plupart des établissements de formation manquent de moyens financiers et humains. De leur côté, les programmes de formation ne produisent pas de diplômés qualifiés, car la formation est médiocre et les installations obsolètes. De nombreux jeunes ne peuvent pas accéderà l’ETFP formel, et rares sont les pays à disposer de politiques de formation qui prônent le développement des compétences dans le secteur informel. Mais d’autres obstacles subsistent également – comme le manque deprestige de l’ETFP aux yeux de la société et des parents, qui n’y voient qu’une solution de repli pour les mauvais élèves de l’enseignement général.

Cette édition des Perspectives économiques en Afrique propose un instantané du développement des compétences techniques et professionnelles dans 34 pays d’Afrique. Y seront analysés les défis et les goulets d’étranglement, les priorités pour les futures recherches mais aussi les bonnes pratiques du secteur. L’ouvrage revient également sur des considérations purement socio-économiques – la progression du chômage des jeunes, la mise au point de stratégies ad hoc de DCTP dans les États fragiles et la gestion des conséquences des migrations sur le vivier de travailleurs qualifiés dans unpays donné.

 

L' exemple du Maroc


Jean-Philippe Stijns
, co-author of the "Public Resource Mobilisation" study, highlights Morocco's practices while observing their taxation policies.

Consultez les notes-pays de 50 des 53 pays d’Afrique. Chaque note comprend un synopsis de la performance économique générale du pays.