Si les gouvernements ont la responsabilité premièrede la réforme du DCTP, l’élaboration des politiques etla réalisation pratique de l’éducation et de la formation auront tout à gagner de partenariats entre les pouvoirspublics, les employeurs, les syndicats, les associationsprofessionnelles et différents groupes de parties prenantesdans les secteurs formel et informel de l’économie.

Les partenariats avec l’industrie contribuent à mieuxdéfinir les qualifications requises pour chaque métier,le contenu des critères à mentionner dans le registre desmétiers et les améliorations à apporter aux programmesde formation pour en accroître la pertinence.De même,les syndicats ont intérêt à s’assurer que les travailleurspeuvent se former et exprimer pleinement leurs capacitésproductives. Ainsi au Burkina Faso, un groupe de travailréunissant employeurs et syndicats s’est constitué pourélaborer des directives communes en matière definancement de la formation. Le ministère du Travailnégocie avec les employeurs et les syndicats pour parvenirà un engagement concerté des deux parties en faveurde la formation professionnelle. Dans la même veine,le Conseil national du patronat du Mali (CNPM), laFédération nationale des artisans du Mali (FNAM),l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) etla Confédération syndicale des travailleurs du Mali(CSTM) ont élaboré ensemble en 2005 la déclarationde Bamako aux termes de laquelle ces organisationss’engagent à « conjuguer leurs efforts pour dynamiserla formation professionnelle, créer un nouveau dialoguesocial et promouvoir une certification des acquis de laformation professionnelle »49. Les partenaires sociauxet, en particulier, les associations d’artisans jouent unrôle de premier plan dans la restructuration del’apprentissage dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.Ils proposent une évaluation des apprentis arrivés auterme de leur formation, de sorte que leurs compétencessoient reconnues sur le marché du travail. Ilsinterviennent aussi pour régler les différends entrepatrons artisans et apprentis. Au Bénin, au Mali et auSénégal, les associations professionnelles contribuentà faire évoluer l’apprentissage informel vers un systèmede formation en alternance. Elles participent égalementà la définition du contenu des compétencesrecherchées50. En Tunisie, la stratégie et le plan d’actionradicalement novateurs envisagent un partenariat resserréavec toutes les associations professionnelles pour élaborerles programmes de formation et surveiller les centresde formation. À ce jour pourtant, certaines partiesprenantes semblent peu enthousiastes pour y participer.

Alors que le secteur privé a été largement impliqué,d’autres acteurs – les organisations patronales parexemple et la société civile – sont restés sur la touche.Pour autant, l’Union générale des travailleurs tunisiens(UGTT) participe depuis ces deux dernières années auxdiscussions tripartites concernant le financement de laformation.

Dans de nombreux pays africains, les ONG sontaussi très présentes dans les activités de formation,surtout pour les groupes et les communautés défavorisées.

Le développement de systèmes de formation pilotéspar la demande fait du secteur privé un acteurincontournable. Les entreprises sont notamment censéesprendre une part active à la formation. Dans les paysoù l’État et le secteur privé ont noué des partenariatssolides, comme à Maurice et en Tunisie, le systèmeDCTP a pu diversifier ses sources de financement etaméliorer la qualité de la formation, la rendant plusréactive aux besoins du marché du travail.D’une manière générale pourtant, l’implication desemployeurs dans le DCTP reste limitée, fauted’organisations du secteur privé suffisamment puissanteset par désintérêt pour la formation. La plupart desentreprises n’assurent pas de formation à leurs employés,à l’exception des compétences de base pour laproduction, sur le tas.Deux raisons peuvent expliquercette situation : la méconnaissance des avantages queles entreprises peuvent retirer de la formation et lacrainte de voir leurs employés débauchés par desconcurrents, une fois formés. En outre, le gouvernementn’incite pas toujours les entreprises à former leurpersonnel, avec par exemple un système de partage descoûts de la formation ou des exemptions fiscales. Parfois,les membres du secteur privé sont tellement peucoordonnés que les pouvoirs publics n’arrive pas àtrouver d’interlocuteurs valides et réellementreprésentatifs de leurs pairs. Qui plus est, les PMEn’investissent que rarement dans la formation, fauted’avoir les budgets pour le faire et par méconnaissancedes avantages qu’elles pourraient en retirer.

Ces imperfections du marché pourraient êtrerésolues par un dispositif d’incitation à la formationcontinue51, la diffusion des meilleures pratiques et descampagnes de sensibilisation aux avantages liés à laformation pour améliorer la productivité et réduire lescoûts de production. L’expérience de l’Éthiopie et duMalawi montre que les efforts visant à impliquersystématiquement le secteur privé dans la réforme etla gouvernance de l’ETFP doivent aller de pair avec unesensibilisation sur l’intérêt de cette participation, lerenforcement des capacités de communication et deréseautage ainsi qu’une assistance technique pour ledéveloppement des associations.

Certains pays se sont véritablement efforcés derenforcer les partenariats entreprises/centres deformation par l’intermédiaire de campagnes decommunication, de prix décernés aux entreprisesparticipantes ou d’incitations fiscales. L’implicationdes entreprises locales et des associations professionnellesdans la gestion des établissements est fondamentale sil’on veut parvenir à une meilleure convergence entremarché du travail et formations proposées. Cesreprésentants peuvent notamment peser sur lesprogrammes et la mise en oeuvre des plans de formationenvisagés, en aidant à aligner les programmes sur lesbesoins des entreprises du cru, en identifiant lesentreprises prêtes à se lancer dans un programmed’alternance travail/formation ou d’apprentissage, ouencore en évaluant le processus d’apprentissage et lasatisfaction des employés. C’est ainsi que la stratégienationale d’ETFP de l’Éthiopie (2006) prévoit que lesprestataires de formation puissent nouer avec lemaximum de souplesse des relations avec des employeursou des associations professionnelles pour organiser lesapprentissages (avec formation sur le tas en entrepriseaprès une initiation aux matières pratiques en établissement spécialisé). La stratégie éthiopienneencourage aussi les établissements de formation àinstaurer des partenariats avec les micro- et petitesentreprises, dans la mesure où c’est là que la plupartdes stagiaires espèrent décrocher un emploi. L’encadré 32propose un exemple intéressant de partenariatpublic/privé.

En Angola, des partenariats ont été passés entrel’État et des entreprises, comme Chevron, Total et desbanques locales, ou avec le Pnud et des ONG. Chevronet d’autres grandes entreprises offrent des servicespersonnalisés aux micro-entrepreneurs afin d’encouragerla création de petites entités dans les secteurs à fortpotentiel de croissance (industrie mécanique et agroalimentairepar exemple). L’avantage de cet appuipersonnalisé est de s’insérer dans le rythme de travailde l’entrepreneur53. En 2006, Sonangol et d’autrescompagnies pétrolières ont lancé une initiative baptiséeFormação de Fornecedores (formation des fournisseurs),qui vise à accroître la capacité des PME à participer ausecteur pétrolier en tant que prestataires de biens et deservices.