Et demain ?
Pour ses relations avec les puissances économiques traditionnelles et émergentes, l’Afrique doit se doter d’un cadre à l’échelle de tout le continent, probablement au niveau de l’Union africaine, en concertation avec le secteur privé et la société civile. Ce cadre doit énoncer les objectifs de l’Afrique ainsi qu’une stratégie claire pour y parvenir. L’Union africaine, la Banque africaine de développement, le Nepad et les communautés économiques régionales doivent apporter aux pays l’aide dont ils ont besoin pour définir les priorités de développement nationales et superviser les transactions commerciales, d’aide et d’investissement avec leurs partenaires émergents (UN-OSAA, ibid.). D'après le rapport des Nations Unies (ibid.), les institutions doivent également « coordonner l’analyse stratégique lorsqu’une action s’impose au niveau continental ou régional ». Les pays doivent éviter de s’engager dans une compétition afin d’attirer le plus d’aide ou d’investissements de la part des partenaires émergents. Ils doivent au contraire mener une démarche à l’échelle de toute l’Afrique pour coordonner les régimes de préférences commerciales avec les partenaires traditionnels et émergents. L’Afrique pourrait ainsi rationaliser ses échanges avec le reste du monde pour un moindre coût. Enfin, il faudrait que ce soient ces mêmes institutions qui interviennent lorsqu’une négociation coordonnée est nécessaire, car elles sont à même de protéger les intérêts des pays non exportateurs de matières premières, lesquels tendent à être marginalisés par les partenaires émergents. Des organisations régionales solides et efficaces ont besoin de membres bien préparés et bien structurés qui enrichissent le processus de décision de contributions judicieuses et mettent en œuvre avec efficacité les mesures et les décisions adoptées au niveau régional.
Les priorités intérieures posent tout autant de difficultés et appellent à la poursuite des réformes. Si l’Afrique veut tirer pleinement parti des avantages que peuvent lui offrir ses relations avec les puissances émergentes, les pays d’Afrique doivent appliquer une politique du développement stable et qu’ils auront définie eux-mêmes. Il est primordial qu’ils ménagent un nouvel espace au développement du secteur privé. Si l’Afrique ne se forge pas une stratégie solide et ne négocie pas en faisant preuve d’anticipation, elle court le risque que les nouveaux acteurs mondiaux la contraignent à se spécialiser davantage dans les exportations de matières premières. Pour le moment, le temps joue encore en sa faveur, et ce continent peut tirer avantage de ces nouvelles relations, en veillant à ce qu’elles contribuent à la diversification de son économie dans le secteur manufacturier, les services et l’agriculture. L’appropriation indispensable doit être instaurée au niveau supranational.
L’Afrique n’a pas besoin de davantage de plateformes de dialogue, mais d’avancées plus tangibles sur la voie de l’intégration régionale. Les partenaires émergents peuvent y contribuer en développant l’infrastructure. Le continent peut être fier de l’amélioration de sa gestion macroéconomique. S’il veut préserver cet acquis, il doit accompagner les vastes investissements d’infrastructure d’une budgétisation correcte des coûts de maintenance et les hiérarchiser en fonction de la stratégie de développement du pays. La coordination régionale améliore la puissance de négociation des pays africains et contribue à porter l’échelle des projets d’investissement au niveau auquel les partenaires émergents peuvent apporter une contribution significative au développement du secteur privé, ce qui entraîne un cercle vertueux d’intégration économique à l’échelle régionale et au-delà.
Le basculement de la richesse mondiale a mis fin à la période post colonialiste et l’élargissement de l’éventail des partenaires de l’Afrique reflète la normalisation de ses relations avec la communauté internationale. Le défi consiste désormais à veiller à ce que ce basculement se traduise par une croissance forte, durable et partagée pour le continent. Pour y parvenir, les pays d’Afrique doivent s’associer afin de tirer parti de la concurrence entre ces partenaires. Ils doivent aussi laisser leurs modèles entrer en concurrence les uns avec les autres et prouver leur efficacité.
Les pessimistes affirment que les géants économiques émergents sont en train de piller l’Afrique. Les optimistes, eux, voient déjà l’Afrique appartenir au club des puissances émergentes. Ces Perspectives concluent qu’il existe des opportunités réelles, mais que les dirigeants africains doivent encadrer les relations avec leurs partenaires, anciens et nouveaux, pour concrétiser l’ambition de développement qu’ils ont pour leur pays, et non celle de leurs partenaires. Pour que ces partenariats demeurent stables et florissants, il faut que leurs bienfaits soient répartis dans toute la société africaine.
Thématique 2011
Quelles politiques les économies africaines doivent-elles mettre en oeuvre pour tirer avantage du renforcement de leurs relations avec les économies émergentes ? Ecoutez l'avis d'experts de tous horizons (en anglais).
Enquête sur les dépenses fiscales
Jean-Philippe Stijns, co-author of the "Public Resource Mobilisation" study, highlights Morocco's practices while observing their taxation policies.



