Les données disponibles suscitent un optimisme prudent. La production industrielle africaine a plus ou moins doublé ces dix dernières années. Les produits fabriqués vont davantage vers les économies émergentes que vers les partenaires traditionnels. Toutefois, la diversification demeure à l’ordre du jour. Au fur et à mesure que le continent intègre l’économie mondiale et se positionne sur les Chaînes de valeur mondiales18, des ajustements douloureux dans certains sous-secteurs et certaines parties du marché du travail vont inévitablement se produire.

On peut interpréter la progression des importations africaines en provenance de Chine, et encore plus d’autres partenaires émergents, davantage comme une création d’échanges que comme un détournement du commerce (Berthélemy, 2009), les concepts qui ont été dévelopés pour analyser les Zones de Libres Echange. L’assistance financière au développement de la Chine agit comme une subvention des exportations chinoises, et provoque donc une distorsion de la libre concurrence. Par le biais de la création d’échanges, une production nationale plus coûteuse est remplacée par des importations en provenance d’un pays partenaire plus efficace, c’est-à-dire que le pays commence à importer au sein d’un bloc commercial dans lequel il n’intervenait pas auparavant. Dans le cas du détournement des échanges, la distorsion de la libre concurrence conduit au remplacement d’importations initialement moins coûteuses de pays tiers par des produits relativement plus onéreux au sein d’un bloc commercial (Viner, 1950).

La production de biens manufacturés dans le Sud entraîne une amélioration du niveau de vie des consommateurs africains par le biais des prix et de la fonctionnalité. La note sur le Malawi fait ressortir le fait que la présence de partenaires émergents permet aux habitants du pays d’accéder à une plus grande variété de biens et de services. Par exemple, les médicaments génériques indiens sont moins chers que les marques des partenaires traditionnels. De manière générale, au cours des dix dernières années, la Chine est devenue le premier fournisseur de produits manufacturés en Afrique, et concentre près de 20 % de toutes les importations africaines dans ce secteur, comme le montre le tableau 6.9a.

Tableau 6.9a : Provenance des produits manufacturés importés par l'Afrique (2000-09, en pourcentage)

 2000200520082009
Total partenaires traditionnels75.567.160.558.8
UE2557.451.946.646
États-Unis9.57.56.86.8
Autres partenaires traditionnels8.67.77.16
Total partenaires émergents24.532.939.541.2
Chine5.811.918.419.5
Autres partenaires émergents18.72121.121.7
Total100100100100
Valeur totale (milliards de dollars US)72.7140.4249.5219.6

L’augmentation rapide des exportations de pétrole au cours des années 2000, entraînée par une hausse des prix, de 35 USD en moyenne par baril en 2000 à 100 USD en moyenne par baril en 2009, est la caractéristique dominante du commerce africain au cours de cette période. Néanmoins, elle tend à masquer le fait que les exportations de produits manufacturés africains – y compris les machines, les équipements de transport et les matières premières transformées, à l’exception des produits alimentaires transformés (SITC 6 – 9) – ont presque doublé en valeur nominale entre 2000 et 2009, au moment où les échanges entre les pays du continent et les puissances émergentes ont égalé les échanges avec les partenaires traditionnels (figure 6.8).

L’essentiel de l’augmentation des exportations de biens manufacturés a été absorbé par les partenaires émergents, notamment les plus petits. Cela reflète la vision générale adoptée dans ce document concernant les partenaires émergents, c’est-à-dire une définition incluant tous les partenaires du Sud, non pas seulement la Chine et quelques « géants ». Les partenaires émergents impliqués à une échelle inférieure à celle de la Chine, l’Inde, le Brésil, la Corée et la Turquie jouent un rôle important collectivement pour aider le continent à diversifier sa production. Le tableau 6.9b ci-dessous compare la part relative des partenaires émergents et des partenaires traditionnels en tant que marchés de destination des exportations de produits manufacturés africains (et non pas en volumes absolus comme dans la figure 6.8). En 2000, l’Afrique a exporté 3.4 % de ces produits vers la Chine et 14.8 % vers d’autres partenaires émergents. En 2009, ces parts respectives avaient atteint 11.3 % et 22.7 %, essentiellement au détriment de l’UE et, dans une moindre mesure, des États-Unis.

Tableau 6.9b : Destination des produits manufacturés exportés par l'Afrique (2000-09, en pourcentage)

 2000200520082009
Total partenaires traditionnels81.876.769.266
UE2558.454.347.346.6
États-Unis14.311.81210.3
Autres partenaires traditionnels9.110.69.99.1
Total partenaires émergents18.223.430.834
Chine3.45.3711.3
Autres partenaires émergents14.818.123.822.7
Total100100100100
Valeur totale (milliards de dollars US)39.368.9104.175.8

Une part croissante des exportations de produits manufacturés africains est à destination des pays en développement. Les partenaires émergents autres que la Chine importent davantage de produits diversifiés en provenance du continent que les partenaires traditionnels, et ce, de manière croissante. A contrario, la part des biens manufacturés africains exportés vers les 25 membres originels de l’UE, les États-Unis et la Chine a décru.

On constate une certaine progression des exportations de produits manufacturés africains vers un nombre limité de pays, même si cette tendance se manifeste sur l’ensemble du continent. Les pays africains doivent attirer une vaste gamme de partenaires émergents et engager des relations avec d’autres pays du Sud. Comme le montre la figure 6.9, on observe un décollage important des exportations de produits manufacturés des principaux exportateurs, c’est-à-dire l’Afrique du Sud, la Tunisie, le Maroc, l’Égypte, Maurice et l’Algérie. Cette tendance peut également être discernée pour le reste de l’Afrique. Alors que la plupart des pays partent de très bas, le rythme de croissance est du même ordre depuis 2000. Les données de 2009, qui sont les plus récentes, doivent être interprétées avec prudence, du fait de l’impact de la crise mondiale.

Figure 6.9 : Exportations africaines de produits manufacturés (1995-2009, en milliards de dollars US)

De nouvelles opportunités de diversification naissent du rééquilibrage des relations économiques de l’Afrique avec les partenaires émergents :

  1. Le prix élevé des matières premières permet l’accumulation de devises étrangères pour financer les importations de biens d’équipement nécessaires à l’amélioration des moyens de production ;
  2. les partenaires émergents deviennent des sources majeures d’innovation pour l’Afrique. La part de la R & D conduite dans les pays en développement a fortement augmenté, favorisant la diffusion de technologies mieux adaptées à la demande des consommateurs du « bas de la pyramide ». Il y a quarante ans, 2 % seulement de la R & D mondiale se faisait dans les pays en développement, et même alors, elle était en grande partie consacrée à la satisfaction des demandes des consommateurs fortunés (Singer et autres, 1970). En 2010, cette part a atteint plus de 20 % (Hollanders et Soete, 2010). La forte croissance de la demande des consommateurs pauvres, notamment en Chine et en Inde, a été l’un des moteurs de cette évolution. Cirera et Markwald (ibid.) font aussi valoir que la croissance des échanges interafricains offre de nouvelles opportunités « Sud-Sud » de diversification et d’amélioration des technologies. Parmi les exemples de technologies adaptées, on peut citer l’utilisation de chargeurs solaires pour les téléphones mobiles et des nouvelles lampes à LED en Afrique de l’Est. Pour moins de un USD, un système importé de Chine permet de recharger trois mobiles et d’alimenter les lampes électriques d’une famille non raccordée au réseau électrique. Ces améliorations dont profitent les consommateurs ne concernent pas que les biens de consommation, puisque les mobiles sont aussi des biens d’équipement importants dans l’agriculture, et que l’éclairage permet aux enfants d’étudier à la maison et à l’école. Plusieurs notes pays des PEA confirment que les partenaires émergents contribuent aux transferts de technologie et à la diversification : création d’emploi, augmentation des recettes des exportations, diversification des moyens de production, transfert de technologie en Ouganda, technologie et innovation, emploi et diversification en Namibie.
  3. La diaspora originaire des nouvelles puissances économiques est une source importante de transfert de technologie par le biais de ses connaissances spécialisées tacites. Les nouvelles techniques introduites par les petits investisseurs chinois en sont un bon exemple.
  4. Les pays africains veulent des Zones économiques spéciales20  et copier le modèle de développement chinois en attirant des IDE et en améliorant les transferts de technologies, de connaissances et de compétences (Brautigam et Tang, 2011). Les zones spéciales peuvent combiner des infrastructures de premier choix, des passages en douanes et des procédures administratives plus rapides à des incitations fiscales pour surmonter les obstacles au développement de l’Afrique (Brautigam, Farole et Tang, 2010). La création d’emplois est un autre objectif crucial pour les pays africains, comme dans le cas du projet Lekki au Nigeria (Banque mondiale, 2011). Enfin, les zones spéciales tissent des liens avec l’économie locale à travers les services de logistique, d’expédition, de finance et d’assurance, mais aussi lorsque les entreprises étrangères sous-traitent les services de transport, de santé, de restauration et de logement à des entreprises locales. Les notes pays des PEA signalent que les minéraux de Zambie et le marbre d’Égypte sont transformés dans des zones économiques spéciales.

Pour saisir ces opportunités, il est nécessaire de surmonter certains obstacles et d’effectuer certains ajustements. Les différentiels de productivité entre pays africains et puissances émergentes peuvent retarder la diversification des biens commercialisables. Alors que les consommateurs africains bénéficient d’importations bon marché de biens de consommation et de vêtements en provenance des pays émergents, l’intégration des économies africaines aux chaînes de valeur mondiales pourrait contribuer, craignent certains auteurs, à ce que les entreprises africaines restent confinées aux échelons les plus bas des processus de fabrication (Asche, à paraître). Le produit le plus sophistiqué que l’Afrique du Sud exporte en Chine en quantités importantes est l’acier. Le nouveau commerce textile triangulaire est une autre illustration (figure 6.10). De nombreux pays d’Afrique occidentale exportent du coton brut vers la Chine, gros producteur de coton devenu importateur net à long terme (flux 1 dans la figure ci-dessous). Le fil et le tissu sont renvoyés essentiellement en Afrique australe (flux 2) en tant qu’intrants pour la fabrication de vêtements basse technologie dans des entreprises gérées par les Chinois qui exportent vers le marché américain (flux 3). Le quatrième flux consiste en l’importation, par l’ensemble du continent de vêtements bon marché.

Encadré 6.4. Canaux de technologie et diffusion des connaissances

  • Rotation de la main-d’œuvre : les personnes employées ou formées par une entreprise étrangère transfèrent de nouvelles compétences vers les entreprises locales en changeant d’emploi ou contribuent à la diffusion de la technologie en créant leur propre entreprise ;
  • Effets modèle : les sociétés locales adoptent les technologies plus avancées des investisseurs étrangers par émulation et rétroconception ;
  • Liens verticaux : les entreprises étrangères peuvent transférer des technologies auprès des fournisseurs locaux d'intrants ou aux acheteurs de leurs produits finis. En particulier, les flux d’investissements des PME des partenaires émergents semblent être porteurs des meilleurs espoirs, notamment s’ils sont soutenus de manière appropriée par les politiques publiques.

Source : Saggi (2002).

Figure 6.10 : Le nouveau commerce textile triangulaire chinois

McCormick (à paraître) fait valoir qu’il n’y a pas de réponse définitive à la question qui consiste à savoir si les échanges de l’Afrique avec les économies émergentes favorisent ou freinent l’industrialisation de l’Afrique. Le commerce, les IDE et l’aide au développement peuvent avoir des effets différents, voire contradictoires. L’impact dépend de facteurs tels que la forme de la collaboration, l’adaptation des projets et programmes aux capacités des deux parties, la mise en place de structures institutionnelles adaptées et l’adhésion générale aux principes de la compréhension, du respect et de la transparence mutuels. Les pays doivent s’appuyer sur leurs points forts au fur et à mesure qu’ils s’industrialisent. L’industrie africaine tend à produire des biens assez simples et nécessitant beaucoup de main-d'œuvre, comme des produits alimentaires transformés, du textile, des chaussures, des meubles et des produits de base en métal. Les points forts peuvent être la disponibilité de matières premières, de capacités d’innovation ou de compétences traditionnelles pouvant être adaptées à de nouveaux produits. L’encadré 6.4 met en regard deux exemples pour illustrer le fait que la stratégie peut fonctionner, mais aussi être détournée de son but par la concurrence des économies émergentes.

Encadré 6.5. Impact des partenaires émergents sur l’industrie africaine, deux exemples contradictoires

Industrie textile : des pertes au bénéfice de la Chine. Certains pays ont tenté de profiter de l’Agoa pour mettre en place ou faire renaître une industrie textile à forte main-d’œuvre tournée vers l’export. Cette stratégie a permis à Maurice, Madagascar, au Kenya, au Lesotho et au Swaziland d’augmenter régulièrement leurs exportations textiles. Depuis la fin de l’Accord multifibres au début de 2005, cependant, la Chine a très fortement augmenté ses exportations textiles vers les États-Unis et l’Europe. L’analyse des données ComTrade indique qu’entre 2005 et 2009, les exportations chinoises vers les États-Unis ont augmenté de 457 %, passant de 2.1 milliards USD à 11.9 milliards USD. Dans le même temps, les pays africains qui tentaient d’accéder au marché américain ont vu leur part de marché diminuer, passant de 2.6 % à 1.3 %. Le textile est l’un des secteurs dans lesquels l’effet indirect de la concurrence chinoise a nui au développement des exportations africaines.

Production de chaussures pour le marché éthiopien : les petits pays compétents peuvent parfois sortir gagnants. Comme beaucoup de nations africaines, l’Éthiopie a été inondée par les importations chinoises au début des années 2000 (Gebre-Egziabher, 2007 ; Sonabe et autres, 2009). Contrairement à ses voisins, toutefois, l’Éthiopie a repris le contrôle de son marché intérieur et s’est affirmée comme un exportateur crédible de chaussures en cuir vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Elle jouit d’un secteur de la maroquinerie bien développé, capable de s’approvisionner auprès d’un cheptel de bétail important (Bini, 2004). Au début des années 2000, ce secteur avait déjà commencé sa revalorisation. La croissance de l’industrie de la chaussure qui a suivi a été tirée par celle des fabricants existants et l’arrivée de nouveaux acteurs (Sonabe et autres, 2009). Beaucoup de ces derniers étaient des producteurs de deuxième génération qui connaissaient l’industrie et était plus éduqués que leur parents. Ils étaient ouverts aux idées nouvelles en matière de design, de méthodes de production, de gestion du personnel, de marketing, et d’approvisionnement, ce qui leur a permis de lutter contre la concurrence des importations et des micro-entreprises. L’industrie de la chaussure émergente à Addis-Abeba semble avoir bénéficié de la disponibilité de la matière première, de l’expérience et des compétences des entrepreneurs dans ce domaine et de leur volonté d’innover, notamment pour améliorer la qualité (cf. également Onudi, 2009).

Source : McCormick (à paraître).

La crainte de voir le prix élevé des matières premières exacerber la sur-spécialisation dans le commerce des ressources naturelles est peut-être exagérée. Le boom des matières premières de 2003-08 était en grande partie dû à l’augmentation de la demande chinoise et indienne (Farooki, 2010). Ce qui a été qualifié de « super cycle » des cours des matières premières accroît le risque de syndrome hollandais pour les pays africains – la sur-spécialisation dans les exportations de ressources naturelles accroît les aubaines financières qui nuisent à la compétitivité des autres secteurs par le biais de l’appréciation de la devise et de la pression sur les salaires (Corden et Neary, 1982). En pratique, cependant, les effets de syndrome hollandais causés par les puissances émergentes sont normalement limités. Premièrement, les pressions sur les salaires devraient être faibles, puisque la Chine emploie beaucoup de main-d'œuvre africaine pour ses projets liés aux ressources, dans le cadre de programmes ressources contre infrastructures, par exemple (Christensen, 2010). Deuxièmement, dans la mesure où les activités commerciales indépendantes des ressources naturelles sont sous-développées en Afrique, le problème majeur est d’améliorer la productivité dans ces secteurs plutôt que d’éviter des chocs externes liés à l’appréciation de la devise (Goldstein et autres, 2006). Troisièmement, les investissements chinois dans les ressources ont en fait financé des infrastructures qui faisaient cruellement défaut, levant ainsi des obstacles à la croissance.

Bien que l’économie angolaise reste fortement dépendante des ressources naturelles, en 2010, le secteur non pétrolier a crû plus rapidement que le secteur pétrolier, et ce pour la troisième année consécutive (cf. note pays Angola). Quatrièmement, rien n’indique que les partenaires émergents sont responsables d’une malédiction des ressources naturelles d’un point de vue politique, puisque rien ne prouve que la gouvernance se dégrade en Afrique à cause de l’arrivée des nouvelles économies.

Les ZES en Afrique doivent encore démontrer leur potentiel en matière de transfert de technologie, d’augmentation de la valeur ajoutée et de création d’emplois. En 2010, six ZES étaient en construction en Afrique, avec l’aide de la Chine (tableau 6.10). Cependant, on ne peut s’attendre à ce qu’elles soient toutes fructueuses, pour les mêmes raisons qui font que les zones de traitement des exportations ne sont pas toujours parvenues à promouvoir la diversification. Il reste à savoir si les bénéfices économiques des ZES rembourseront les coûts engagés pour la construction de routes, de services publics et de réseaux de télécommunications, comme le montre Ancharaz (à paraître). Leur nombre est trop faible pour initier un essor industriel à l’échelle du continent. Les opportunités de diffusion des technologies sont plus limitées là où les entreprises locales sont bannies de ces zones, comme à Maurice, ou si leur participation est limitée, comme dans certains autres pays (Ancharaz, ibid.) De plus, de nombreux pays qui auraient besoin d'une zone industrielle n'ont pas retenu l'attention des promoteurs chinois alors que l'ont peut facilement soutenir que ceux qui en acceuillent une ne sont pas en mesure d'en bénéficier pleinement.

Le coût budgétaire des ZES doit être examiné, ainsi que les charges qu’elles font peser sur les infrastructures existantes. Les PEA 2010 soulignaient les risques associés au traitement différencié des détenteurs de capitaux locaux et étrangers en termes de mobilisation des ressources publiques. Les États vont certainement perdre des recettes fiscales, du fait des nombreuses concessions accordées aux opérateurs des économies émergentes dans ces ZES. Comme ils ont emprunté pour financer les infrastructures et les services, la charge du service de la dette va s’alourdir.

Les bénéfices qu’il est possible de tirer des ZES en termes de connaissances et de transfert de compétences dépendent de la manière dont elles sont conçues et créées (Brautigam et Tang, 2011). Les gouvernements africains doivent nouer des partenariats stratégiques avec les promoteurs de ces zones en y invitant les investisseurs du pays, en tissant des liens avec des instituts de R & D, en planifiant le transfert sur le long terme des relations avec les actionnaires, comme la Chine l’a fait dans les zones qu’elle a créées, parfois avec des partenaires singapouriens. De plus, ces zones doivent s’inscrire dans un plan de développement régional. La zone de libre-échange de Lekki, au Nigeria, est rattachée à la construction d’une nouvelle ville sur la péninsule de Lekki. L’objectif est de construire une zone de libre-échange et une ville internationale pour développer les échanges, le tourisme et l’industrie. Pour que ces ZES profitent à l’Afrique, les décideurs doivent accorder de fortes incitations aux économies émergentes, pour pouvoir appliquer la stratégie de la carotte et du bâton, qui a été si fructueuse dans les pays émergents pour encourager le développement du secteur privé. La zone Jin Fei, construite par la Chine à Maurice, s’inscrit dans le cadre d’un effort de l’État pour attirer les investissements étrangers et profiter de la position du pays en tant que passerelle entre l’Asie et l’Afrique. Les statuts de la zone précisent que si le constructeur ne respecte pas les indicateurs de performance, qui consistent entre autres à attirer 700 millions USD d’IDE en huit ans, il devra rendre le terrain à l’État (Banque mondiale, 2010).

Tableau 6.10 : Tableau récapitulatif des zones de coopération commerciale et économique publiques de la Chine en Afrique

Pays/ zone

Investissement total

Début de la planification

Statut actuel

Constructeurs

Industries concernées

Zambie, Chambishi

410 millions USD

2003

En fonctionnement/construction en cours

China Non-ferrous Metal Mining Group

Industries du cuivre ou liées à son extraction

Zambie, Lusaka

Sous-zone

Non disponible

Construction en cours

China Nonferrous Metals Corporation

Textile, électroménager, tabac, électronique

Nigeria, Lekki

369 millions USD

2003

Construction en cours

China Civil Engineering Construction, Jiangning Development Corporation, Nanjing Beyond, China Railway

Équipements de transport, industrie légère et textile, électroménager, télécommunications

Nigeria, Ogun

500 millions USD pour la 1re phase

Début 2004

Construction en cours

Guangdong Xinguang, South China Developing Group

Matériel de construction et céramique, ferronerie, mobilier, traitement du bois, médecine, informatique, éclairage

Maurice, Jin Fei (à l’origine, Tianli)

940 millions USD

2006-07

Construction en cours

Shanxi-Tianli Group, Shanxi Coking Coal Group, Taiyuan Iron and Steel Company

Services de promotion immobilière (tourisme, éducation, finance), industrie textile, machines-outils, high-tech)

Ethiopie, Oriental

101 millions USD

2006-07

Construction en cours

Yonggang (s’est retiré), Qiyuan Group, Jianglian International Trade, Yangyang Asset Management, Zhangjiagang Free Trade Zone (n’est pas actionnaire)

Appareils électriques, aciérie et métallurgie, matériaux de construction