Au cours de la dernière décennie, le volume des échanges de l'Afrique avec ses partenaires traditionnels a doublé en valeur, comme le montre la figure 6.4. Toutefois, le volume total des échanges de l'Afrique avec le reste du monde a plus que doublé, ce qui explique que la part des partenaires traditionnels ait diminué. Ces échanges demeurent cruciaux, à près 62 % du total, d'après la figure 6.4. L'UE concentre encore plus de 40 % des échanges – soit 256 milliards USD – ce qui est presque trois fois plus que la Chine. Les pays du continent cherchent à profiter au mieux du développement des relations avec les nouvelles puissances économiques ; cependant, elles doivent rester conscientes que leurs plus anciens partenaires restent une assise solide et en expansion. La tendance baissière des courbes de la figure 6.4 au cours de l'année 2009 ne doit pas être mal interprétée. Les échanges de l'Afrique ne diminuent pas de manière structurelle, au contraire : le creux de 2009 reflète l'impact de la crise mondiale. Les données préliminaires pour 2010 suggèrent que les échanges du continent ont repris, tant avec les partenaires traditionnels qu'avec les nouveaux. L'importance du commerce avec les premiers ne diminue qu'en termes relatifs, du fait de la croissance très rapide des échanges du continent avec les partenaires émergents.

Du point de vue des Investissements directs étrangers (IDE), la domination continue des partenaires traditionnels est frappante. Comme le montre la figure 6.5, les pays membres de l'OCDE - y compris les partenaires traditionnels – représentent encore 80 % des flux d'IDE vers le continent. Cependant, la part des pays non-membres de l'OCDE – dont le Brésil, l'Inde et la Chine – a progressé, de 18 % en 1995-99 à 21 % en 2000-08. L'Europe et les États-Unis dominent toujours dans ce domaine.

Il convient toutefois d'être prudent en comparant les données relatives aux investissements des nations traditionnelles et émergentes. Il est difficile de rassembler des données fiables concernant les IDE africains, notamment en ce qui concerne les partenaires émergents. On constate d'importants écarts entre les données signalées et d'importantes différences entre les sources, qui restent difficiles à expliquer, tout comme il est difficile d'accéder dans le détail à la méthodologie utilisée.

Figure 6.5 : Flux d'IDE vers l'Afrique 1995-2008

Dans le même temps, les données disponibles montrent une concentration relative des flux d'IDE actuels des partenaires émergents sur un nombre limité de pays, généralement ceux riches en ressources. Une analyse des données du ministère chinois du Commerce révèle que dès 2009, 76 % des IDE chinois en Afrique se faisaient dans des pays définis par le FMI (2007) comme riches en hydrocarbures ou en minéraux, à savoir : l'Algérie, l'Angola, le Botswana, le Cameroun, la République Démocratique du Congo, la République du Congo, la Guinée Équatoriale, le Gabon, le Ghana, la Guinée, le Liberia, la Libye, la Mauritanie, la Namibie, le Nigeria, le Sierra Leone, l'Afrique du Sud, le Soudan et la Zambie. En général, les IDE en Afrique sont toujours concentrés sur quelques pays et secteurs. L'Afrique du Nord a été le principal destinataire des IDE chaque année depuis 2004, recevant entre 30 et 50 % de tous les IDE d'Afrique (CNUCED, 2010b). Entre 2000 et 2010, près de 75 % des IDE vers l'Afrique sont allés à des pays exportateurs de pétrole. La proportion est encore plus élevée pour les pays membres de l'OCDE, à 85 %. Il en ressort que les IDE des partenaires émergents sont en fait moins concentrés sur les pays exportateurs de pétrole que ceux des partenaires traditionnels.

Une enquête spéciale a été conduite par les auteurs des notes pays des PEA dans 40 pays d'Afrique et, en outre, nous avons recueilli les données des Banques centrales africaines. Ceci nous permet d’illustrer la situation de 11 pays de manière comparable, dans le tableau 6.3, et d'obtenir une répartition par pays d'origine, ce qui n'est pas disponible dans les autres sources. L'analyse des données des PEA confirme que l'UE et les États-Unis restent la source la plus importante d'IDE pour les pays africains. Dans notre échantillon, les partenaires traditionnels ont fourni près de 85 % de l'ensemble des flux d'IDE de 2000 à 2004, et 83 % pour la période 2005-10. L'UE est le plus important partenaire en termes d'IDE pour les 10 pays qui concentrent 55 % des entrées sur le continent en 2000/04, puis 44 % sur 2005/10. La part des États-Unis a également augmenté pour nos 10 pays, passant de 25 % sur la première moitié de la décennie, à 37 % dans la seconde. De leur côté, les partenaires émergents dans leur ensemble ne contribuaient qu'à hauteur de 10 % aux entrées d'IDE dans notre échantillon. Cependant, cette part a presque doublé entre la première et la seconde moitié de la décennie. La progression rapide des économies émergentes en tant que partenaires d'investissement en Afrique est donc peut-être en cours, bien que les flux restent d'une ampleur inférieure à celle des échanges. En effet, les pays émergents sont déjà devenus des partenaires d'investissement importants, si l'on prend en compte d'autres types d'investissement que les IDE.

Tableau 6.3 : Flux d'IDE vers une sélection de pays africains au cours de la dernière décennie, par pays d'origine (en pourcentage)

 2000-042005-10
Partenaires traditionnels84.883.3
UE2555.543.7
États-Unis25.737.4
Autres partenaires traditionnels3.52.3
Partenaires émergents5.610.2
Chine0.60.9
Inde0.41.7
Amérique latine0.30.2
Moyen-Orient3.26.1
Autres partenaires émergents1.11.3
Intra-africain55.6
Non spécifiés4.70.8

Pour élaborer des politiques publiques relatives à l'engagement avec les partenaires émergents, il est nécessaire de disposer de données plus fiables sur les IDE et l'investissement en général. Bien que lacunaires, les informations du tableau 6.3 constituent probablement les meilleures disponibles actuellement auprès des gouvernements africains, réparties partenaire par partenaire, puissances émergentes y compris. Le nombre limité de pays couverts, l'absence d'une répartition conjointe pays-secteur, le manque de fiabilité et la nature hypothétique des conclusions que l'on peut en tirer sont autant d'indications de l'importance, pour les pays du continent, de renforcer leurs capacités statistiques. Ils pourraient d'ailleurs encourager leurs partenaires traditionnels à les aider dans ce domaine.

Le tableau 6.4 combine les mesures des flux d'APD par le CAD pour quelques-uns de ses membres – les États-Unis, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et le Japon –, et des estimations d'équivalents-APD pour la Chine, le Brésil, l'Inde, le Koweït, l'Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et la Turquie. Les puissances économiques traditionnelles occupent une position dominante pour ce qui concerne l'Aide publique au développement (APD), mais les partenaires émergents progressent rapidement. L'APD est la coopération, telle qu'elle est définie et pratiquée par le Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE. Il s'agit grosso modo des flux à destination des pays en développement et des institutions multilatérales, qui sont fournis par les gouvernements pour promouvoir le développement économique et sont avant tout concessionnels par nature (OCDE, 2008).

Tableau 6.4a : Décaissements bruts d'APD (définition CAD de l'OCDE) des partenaires traditionnels, 2009 (en millions de dollars US)

 États-UnisFranceAllemagneRoyaume-UniJapon
APD totale 200929659.215538.813342.311698.316452.1
APD pour l'Afrique7997.86445.52297.42932.01932.9
% Afrique dans l'APD totale2741172512

Tableau 6.4b : Décaissements bruts d'APD (définition du CAD de l'OCDE) des partenaires émergents, 2009 (en millions USD)

Donneurs émergents

Chine

Inde

Brésil

Turquie

EAU

Arabie Saoudite

Koweït

Total des flux d'APD 2009

1947.7*

488*

362*

707.2

1038.24

3245.8*

527.7*

Total de l'APD vers l'Afrique

n.a.

25.93

n.a.

46.96

147.19

n.a.

n.a.

% de l'Afrique dans le total

25%1

5-10%2

12%3

7%

14%