Vue d'ensemble

Le Nigeria progresse sur la voie des réformes, renforçant ainsi les fondamentaux de son économie. Les autorités ont observé des politiques macroéconomiques prudentes et renforcé les institutions financières du pays et, quoique de façon lente et irrégulière, elles entreprennent des réformes économiques structurelles. Facilités par les revenus tirés des cours élevés du pétrole, ces efforts ont amélioré notablement les résultats macroéconomiques, permettant notamment une réduction de l’inflation et une croissance soutenue du PIB. La croissance du produit intérieur brut (PIB) réel est passée de 7 % en 2009 à un taux estimé à 8.1 % en 2010. À la suite de la crise financière et économique mondiale, la forte croissance de 2010 témoigne de la résistance aux chocs extérieurs de l’économie du Nigeria et, dans une certaine mesure, de la prudence de ses politiques économiques. Les perspectives à moyen terme sont également prometteuses : selon les projections, la croissance du PIB réel restera robuste en 2011 (6.9 %) et en 2012 (6.7 %).

Malgré ces évolutions positives, l’économie nigériane reste confrontée à de nombreux enjeux. L’essor économique du pays est entravé par le déséquilibre structurel et le manque de diversification – l’économie dépend de façon excessive du pétrole. Les défis que le gouvernement devra relever en priorité sont le chômage élevé des jeunes, la médiocrité des infrastructures et une insécurité généralisée.

Approfondir le processus de réforme est à l’évidence nécessaire. Le Nigeria doit mener à bien des réformes clés, dont dépendent ses perspectives à moyen et long terme, afin de favoriser le développement de ses infrastructures et élargir sa base économique en accroissant la participation du secteur privé. Le pays devra par ailleurs contenir les troubles politiques, civils et ethniques, en particulier dans la région du delta du Niger, afin d’assurer la stabilité politique nécessaire pour consolider les résultats enregistrés ces dernières années.

Figure 1 : Taux de croissance du PIB réel (W)

Tableau 1 : Indicateurs macroéconomiques

 2009201020112012
Taux de croissance du PIB réel78.16.96.7
Inflation IPC12.513.711.19
Balance budgétaire % PIB-10.4-6.8-0.70.3
Balance courante % PIB13.113.317.616.6

Développements économiques récents et perspectives

Tableau 2 : Ventilation sectorielle du PIB (en pourcentage)

 20052009
Agriculture, foresterie, pêche et chasse32.837.2
Agriculture, élevage, pêche et exploitation forestière--
dont agriculture--
dont cultures vivrières--
Mines et extraction3929.8
Mines, industries manufacturières et services d'utilité publique--
dont pétrole38.929.6
Industries manufacturières2.82.5
dont hydrocarbure--
Electricité, gaz et eau0.20.3
Electricité, eau et assainissement--
Construction1.51.3
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants13.117
dont hôtels et restaurants0.30.4
Transports, entreposages et communications2.93.1
Transport et stockage, information et communication--
Finance, immobilier et services aux entreprises5.86.7
Intermédiation financière, services immobiliers, services aux entreprises et autres services--
Services des administrations publiques11
Administration publique et défense, sécurité sociale, éducation, santé et travaux sociaux--
Administration publique, éducation, santé--
Administration publique, éducation, santé et autres services sociaux et personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels--
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires et sociaux--
Autres services communautaires, sociaux et personnels--
Autres services0.91.1
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs100100

La politique économique poursuivie par les autorités nigérianes a pour cœur de s’attaquer aux principales faiblesses des infrastructures, condition essentielle d’une croissance stable à long terme pour en finir avec les cycles d’expansion et de récession incontrôlés des trois dernières décennies. Ces dernières années, l’économie a réagi positivement aux gains de productivité résultant des réformes économiques, une performance qui, à la faveur des cours élevés du pétrole, a généré une croissance forte. Celle-ci a atteint 7 % en 2009 et et même 8.1 % en 2010, dans le contexte de la crise financière et économique mondiale, ce qui témoigne de la forte résistance du Nigeria aux chocs extérieurs et traduit la prudence des politiques économiques.

En 2009, le gouvernement a remédié à la pénurie de crédit en réduisant les taux d’intérêt. Il a également recapitalisé les banques en difficulté. Ces politiques ont conforté la confiance des prêteurs et des emprunteurs dans le marché financier, tout en stimulant l’économie. La reprise économique mondiale tirant à la hausse les cours élevés du pétrole, le Nigeria peut s’attendre à conserver une croissance forte en 2011 et 2012. L’amélioration de l’accès au crédit, suite à la réforme du secteur bancaire, et celle de l’approvisionnement énergétique intérieur devraient également favoriser une amélioration continue de la performance du secteur non pétrolier. La croissance du PIB réel devrait rester soutenue en 2011 (6.9 %) et en 2012 (6.7 %).

Si la forte croissance de la production enregistrée en 2010 s’est appuyée sur l’expansion de la production pétrolière, à la faveur de la paix relative instaurée dans la région du delta du Niger, le secteur non pétrolier est resté le moteur essentiel de la croissance. En 2010, la croissance du secteur non pétrolier a atteint 8.3 % et a représenté 84.8 % du PIB. Les principaux moteurs de la croissance du secteur non pétrolier sont les télécommunications, le commerce, les industries manufacturières, l’agriculture et les services. Depuis cinq ans, le secteur nigérian des communications connaît un remarquable essor, avec une croissance s’établissant en moyenne à environ 30 % par an, tirée dans une large mesure par l’expansion des services de téléphonie mobile. Les entrées massives d’investissements direct étranger (IDE) ont également joué un rôle déterminant. L’encours des IDE dans les télécommunications a plus que doublé entre 2005 et 2010, passant de 7.5 milliards USD à plus de 18 milliards USD. Le nombre des abonnés à la téléphonie mobile est quant lui passé de moins de 19 millions en 2005 à près de 80 millions en 2010, la télé-densité atteignant 54.2 usagers pour 100 habitants. Les progrès considérables des télécommunications ont amélioré le climat des affaires, ce qui a particulièrement profité aux industries manufacturières, qui ont progressé de plus de 6 % en 2010, alors même que la pénurie d’électricité et le manque de crédit limitent son potentiel.

La performance du secteur agricole nigérian a également été remarquable, avec un taux de croissance estimé à plus de 6 % en 2010, grâce à de bonnes conditions climatiques qui ont stimulé la production céréalière. Les efforts déployés par les autorités pour s’attaquer aux problèmes durables d’inadéquation du crédit et des taux d’intérêt élevés du Crédit agricole, avec son plan de crédit pour l’agriculture commerciale (Commercial Agricultural Credit Scheme – CACS), ont également contribué à l’expansion de l’agriculture : pour la campagne 2009/10, le gouvernement a mis 200 milliards de nairas (NGN) à la disposition des agriculteurs et autres professionnels du secteur agricole, à de faibles taux d’intérêt.

Dans le secteur pétrolier, les cinq dernières années ont été marquées par un recul de la production, en grande partie dû aux activités des groupes armés et aux perturbations de la production de pétrole qu’elles entraînent. Avant que ces groupes armés ne commencent à attaquer et détruire des installations pétrolières, en 2005, le Nigeria produisait environ 2.5 millions de barils par jour (b/j). En 2008, la production avait reculé d’environ 40 %, tombant à 1.5 million b/j. Toutefois, cette baisse semble avoir été stoppée en 2009, à la suite de l’adoption du programme d’amnistie du gouvernement fédéral, qui a apporté une paix relative dans la région du delta du Niger. Fin 2009, la production de pétrole avait augmenté à plus de 2 millions b/j, un niveau qui s’est maintenu en 2010. Le PIB pétrolier – pétrole brut et gaz naturel – a augmenté de 3.9 % en 2010. Dans le même temps, le pétrole reste l’activité prédominante en termes d’exportations et de recettes budgétaires. En 2010, selon les chiffres officiels, le pétrole et le gaz représentaient environ 96 % de l’ensemble des recettes d’exportation et près de 66 % de l’ensemble des recettes budgétaires.

En phase avec les importantes injections de fonds dans l’industrie des télécommunications et l’industrie pétrolière, l’investissement total dans l’économie est demeuré élevé. En 2010, le volume des investissements a augmenté de 4.5 %, concourant pour environ 1.7 % à la croissance du PIB. La contribution de l’investissement à la croissance du PIB devrait se monter à environ 2.5 % en 2011, avant de diminuer légèrement en 2012 (2.3 %), suite à une érosion de la confiance des investisseurs dans l'avenir du processus politique. Les perspectives d'un renforcement de la contribution de l’investissement à la croissance gagneraient à un ajustement de la politique des autorités, qui prévoient une série d’incitatifs pour attirer les capitaux étrangers, mais doivent composer avec les réticences populaires à la présence d’investisseurs étrangers dans certains secteurs de l’économie. Par exemple, en 2009, le gouvernement a annulé plusieurs licences et contrats au motif que l'équipe précédente les avait indûment accordés, ce qui a écorné l’image du pays au regard des investisseurs étrangers.

Tableau 3 : Composantes de la demande

 En pourcentage du PIB (à prix courants)Pourcentages de variation, en volumeContributions aux variations du PIB
20022009201020112012201020112012
Formation brute de capital30.5284.56.86.21.72.52.3
Publique9.68.135753.810.7
Privée20.919.9-86.77-2.11.51.6
Consommation finale74.663.16.55.66.454.34.8
Publique18.3217.43.95.5211.4
Privée56.342.166.56.83.13.23.4
Secteur externe-5.18.9---1.40.2-0.4
Exportations32.336.92.73.33.70.70.90.9
Importations-37.4-27.9-1.51.73.60.6-0.7-1.3
Taux de croissance du PIB réel-----8.16.96.7

Politiques macroéconomiques

Politique budgétaire

Le Nigeria observe une politique macroéconomique prudente, et la politique budgétaire mise en œuvre vise à accroître la qualité et l’efficacité des dépenses. À cet égard, une attention accrue a été accordée à l’exécution du budget et à l’accès aux services. Le système fiscal a été réformé, à travers notamment une restructuration du service fédéral de la perception (Federal Inland Revenue Service – FIRS), afin d’améliorer le recouvrement, d’élargir l’assiette fiscale et de s’attaquer à la fraude et à l’évasion fiscales. Le gouvernement s’est également efforcé de renforcer la coordination entre les différents organismes de recouvrement, et de simplifier et d’harmoniser les procédures fiscales. Les pouvoirs de vérification du FIRS ont été renforcés, et une unité chargée de la politique fiscale a été créée en 2007 au sein du ministère des Finances dans le but de superviser ces réformes.

En 2010, le gouvernement a passé en revue la liste des produits interdits à l'importation et de la structure tarifaire à la lumière des meilleures pratiques en cours afin d’évaluer l’impact de ces interdictions sur les recettes fiscales et l’industrie locale.

Plusieurs mesures ont été prises en 2010 pour éliminer les manque-à-gagner, notamment une vérification juricomptable de la compagnie pétrolière nationale du Nigeria (Nigerian National Petroleum Corporation – NNPC) et des évaluations qualitatives des transferts de fonds générés en interne par les ministères, départements et organismes. Le gouvernement a également exigé des administrations et des entreprises parapubliques qu’elles soumettent une estimation de leurs revenus et de leurs dépenses. En 2011, il a renforcé ces mesures en adoptant une directive obligeant plus de 32 entités parapubliques – dont la NNPC, la Banque centrale du Nigeria (Central Bank of Nigeria – CBN), le FIRS et d’autres organismes générant des recettes – à soumettre leur budget à l’Assemblée nationale, conformément à la constitution et à la loi sur la responsabilité fiscale (Fiscal Responsibility Act).

Ces mesures ont contribué à améliorer la mobilisation des recettes intérieures. En 2009, les recettes fiscales ont augmenté jusqu'à représenter 6.9 % du PIB, et elles devraient se stabiliser en 2010 à environ 6.4 % du PIB. La situation budgétaire globale s’était significativement améliorée en 2008 grâce à la manne pétrolière, mais l'embellie avait été de courte durée en raison de la baisse des cours et du recul de la production conjugués à l’instabilité régionale. Après s’être ainsi notablement contracté en 2009 avec un déficit équivalant à 10.4 % du PIB, le solde budgétaire consolidé s'est un peu redressé en 2010, avec un déficit représentant 6.8 % du PIB, à la faveur de bonnes performances économique et des recettes liées à une production pétrolière plus importante. Quant aux perspectives budgétaires pour 2011 et 2012, la situation devrait rester relativement stable si les dépenses et les recettes se stabilisent également.

Cependant, les prélèvements répétés que le gouvernement effectue dans le fonds de stabilisation pour boucler le budget suscitent des inquiétudes. Le Nigeria verse normalement les recettes tirées du pétrole au-delà d’un prix de référence – fixé à 67 USD par baril en 2010 – dans un « compte des excédents pétroliers » (destiné à se transformer en fonds souverain). Or, depuis 2006, les autorités ont continuellement puisé dans ce fonds pour financer le budget. En 2009, ces prélèvements ont atteint environ 20 milliards NGN. Alors que les cours du pétrole se sont redressés à un haut niveau, le recours au fonds de stabilisation pour financer le budget pose problème. Ce recours démontre bien la nécessité de résoudre une fois pour toutes la crise sociale dans la région du delta du Niger afin de réduire les perturbations de la production pétrolière. Il met également en évidence la nécessité de mobiliser davantage les recettes intérieures tirées du secteur non pétrolier, en particulier à travers les taxes sur la valeur ajoutée (TVA) et l’impôt sur le revenu des sociétés.

Tableau 4 : Opérations financières de l'État (en pourcentage du PIB)

 2002200720082009201020112012
Recettes totales (avec dons)28.828.432.819.923.627.126.1
Recettes fiscales75.45.86.96.46.26.1
Recettes pétrolières20.821.926.612.71720.619.6
Dons-------
Autres revenus11.20.50.30.30.30.3
Dépenses totales (et prêts nets) (a)32.128.728.230.430.427.825.8
Dépenses courantes12.81210.413.412.712.312
Sans les intérêts7.7118.812.411.61111
Salaires5.24.24.44.643.83.7
Biens et services1.51.81.92.22.22.12.1
Intérêts5.111.611.11.31
Dépenses en capital8.66.46.14.65.25.15.1
Solde primaire1.70.76.2-9.4-5.70.71.3
Solde global-3.3-0.44.6-10.4-6.8-0.70.3

Politique monétaire

La CBN a mené une politique d’assouplissement quantitatif à la suite de la crise financière et économique mondiale afin de réduire son impact sur l’économie nigériane. Néanmoins, les grands agrégats monétaires affichent une contreperformance durable – un facteur qui a amené la CBN à mettre en œuvre une politique d’assouplissement quantitatif. Les principaux problèmes restent la diminution du crédit accordé au secteur privé, les taux élevés des prêts, et l'élargissement de l'éventail des taux d’intérêt en dépit de la baisse des taux d’intérêt interbancaires et du relatif excédent de liquidité dans le système bancaire.

Dans le cadre de sa politique d’assouplissement quantitatif, la CBN a garanti les transactions interbancaires, ce qui a contribué à faire chuter les taux d’intérêt. Par exemple, le taux moyen pondéré de l’argent au jour le jour, qui était de 2.89 % fin 2009, est tombé à 1.50 % fin 2010, contre 6 % pour le taux directeur. La faiblesse et la baisse du taux interbancaire trahit un excédent de fonds dans le système bancaire. Nonobstant la baisse des taux interbancaires, les taux des crédits proposés par les banques commerciales sont élevés. Le taux moyen des prêts a ainsi légèrement augmenté en 2010, passant à 23.3 % à la fin de l'année contre 23.1 % un an plus tôt. De plus, les taux de rémunération des dépôts ont diminué, passant à 5.53 % en moyenne en 2010 contre 6.13 % en moyenne en 2009. En conséquence, l’écart entre le taux moyen des prêts et le taux moyen de rémunération des dépôts s’est accentué en 2010, ce qui traduit une gestion inefficace des coûts ainsi que la recherche et des objectifs de profit irréalistes de la part des banques commerciales.

En 2010, la CBN a ordonné aux banques commerciales de publier le modèle de fixation de leur taux d’intérêt en fonction du critère risque et de le lui soumettre à échéances régulières. Les banques devront également fournir une déclaration exposant la relation entre le taux directeur de la CBN et les taux qu'elles pratiquent (taux d’intérêt de base et taux d’intérêt maximum). Elles devront aussi divulguer le taux maximum qu’elles facturent à leurs clients. Le modèle de fixation des taux devrait donc expliquer le fondement de l'éventail des taux et faire la lumière sur le rendement relatif des banques.

Bien que le crédit intérieur total continue d’augmenter dans l’économie nigériane, sa composition suggère une éviction du secteur privé. En 2010, le crédit total intérieur (net) a augmenté de 15.96 %, après avoir connu une chute marquée d’environ 55.6 % en 2009. Le crédit (net) accordé aux pouvoirs publics a augmenté de 17.84 %, ce qui en fait le principal contributeur à la croissance du crédit total (net) en 2010, alors que le crédit accordé au secteur privé a diminué d’environ 10 %. La croissance considérable du crédit (net) accordé à l'État traduit l’aversion au risque des banques de dépôts et suggère une éviction du crédit au secteur privé.

Les autorités monétaires ont réussi par ailleurs à maintenir la stabilité des prix intérieurs. Le taux de l'inflation s'est établi à 13.7 % en moyenne annuelle en 2010, contre 12.5 % en 2009. La relative stabilité des prix intérieurs en 2010 peut être attribuée à divers facteurs tels que la poursuite de la contraction monétaire, le retard dans l’adoption du budget fédéral de 2010 et l’amélioration de l’approvisionnement en produits pétroliers. Toutefois, il existe un risque réel de tension inflationniste à court et à moyen terme et, en particulier, un risque d’inflation en raison des prix élevés de l’énergie liés à la reprise de l’économie.

Le taux de change du naira est demeuré relativement stable sur tous les segments du marché. Vers la fin 2008, la valeur du naira avait plongé d’environ 20 %. Cette baisse brutale a obligé la CBN à instaurer le contrôle des changes. Le taux de change du naira a retrouvé une relative stabilité en 2009, et la CBN est revenue à sa politique de taux de change libre. En 2010, le taux de change moyen du naira s’est déprécié de seulement 2.05 %, passant de 146.87 nairas pour un dollar fin 2009 à 149.87 nairas en 2010.

Position extérieure

La position extérieure du Nigeria dépend largement des aléas du marché pétrolier international. Le pays est à la fois un exportateur important de pétrole brut et un importateur important de produits pétroliers. Le Nigeria est le huitième exportateur mondial de pétrole brut, mais il importe près de 90 % des produits pétroliers qu’il consomme.

Les exportations totales ont augmenté en 2010 en raison de l’augmentation des cours du pétrole et de la production pétrolière nigériane. Dans le même temps, la chute des dépenses d’infrastructures a entraîné un recul des importations, d’où une augmentation nette de la balance commerciale. Cette amélioration de la balance commerciale a toutefois été compensée par une augmentation du revenu des facteurs et une baisse des transferts courants. Selon la CBN, le désinvestissement accru, d’une part, et le rapatriement de dividendes, d’investissements en portefeuille et de capitaux étrangers investis, d’autre part, ont exercé une pression sur les comptes courants. De plus, les envois de fonds vers le Nigeria se sont effondrés en raison des effets persistants de la crise financière mondiale dans les pays émetteurs. Au bout du compte, l’excédent de la balance s'est stabilisé en 2010, pour équivaloir à 13.3 % du PIB contre 13.1 % en 2009. La balance courante devrait s'améliorer, dans la mesure où les excédents des échanges de biens continuent de dépasser les déficits des échanges de services. Selon les prévisions, l’excédent de la balance courante devrait tendanciellement s'améliorer,  à hauteur en moyenne annuelle de 17 % du PIB en 2011 et en 2012.

Dans le passé, la manne pétrolière a facilité l’allégement et les apurements de la dette, permettant de réduire considérablement l'endettement extérieur du Nigeria, au niveau de 6 % du PIB fin 2010. Avec l’accumulation importante de réserves de change, cela a valu au Nigeria de conserver une position extérieure assez saine. Fin 2010, l’encours total de la dette extérieure s’établissait à 4 534 milliards USD, dont 4 152 milliards USD à des conditions préférentielles. Le gouvernement a par ailleurs approuvé un ensemble de lignes directrices pour les emprunts extérieurs, n'autorisant le recours à l'emprunt que pour les projets comportant des retombées positives sur le plan économique ou social.

Fin mars 2010, les réserves de change brutes s’élevaient à 40.68 milliards USD, ce qui correspondait à environ 17 mois d’importations. L’augmentation du cours du pétrole brut sur le marché international au cours des derniers mois, associée à l’essor de la production permise par l'apaisement dans la région du delta du Niger, devrait à court terme se traduire par une amélioration du niveau des réserves de change.

Tableau 5 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

 2002200720082009201020112012
Balance commerciale3.22322.717.522.423.722.5
Exportations de biens (f.o.b.)24.540.140.635.637.638.136.3
Importations de biens (f.o.b.)21.217.217.918.115.314.413.7
Services-7.5-7.9-10.4-9.2-9.2-7.8-6.9
Revenu des facteurs-10.8-7.2-6-6-8-6.5-6.3
Transferts courants2.410.99.110.88.18.27.2
Solde des comptes courants-12.718.715.413.113.317.616.6

Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)

Questions structurelles

Développement du secteur privé

La transformation structurelle de l’économie a connu des progrès lents et inégaux au Nigeria. L’économie reste structurellement déséquilibrée en raison du manque de diversification – elle dépend en grande partie du pétrole brut –, ce qui constitue un obstacle majeur à son essor. Des années de réformes ne sont pas parvenues à améliorer l’environnement de l’investissement. Au classement 2011 de Doing Business, le rapport de la Banque mondiale sur l'environnement des affaires, le Nigeria a rétrogradé au 137e rang sur 183 pays, alors qu’il occupait le 134e rang dans l’édition 2010. On note également un recul sur la plupart des indicateurs du rapport, notamment la création d’entreprise (110e rang), l'obtention du permis de construire (167e rang), le transfert de propriété (179e rang), l'obtention de prêts (89e rang), la protection de l'investissement (59e rang), l'imposition fiscale (134e rang) et la fermeture d’entreprise (99e rang). Les notes du Nigeria sont inchangées pour deux indicateurs seulement – le commerce transfrontalier (146e rang) et l'exécution des contrats (97e rang) –, et aucun indicateur ne s’est amélioré. De toute évidence, les réformes de diversification de l’économie doivent s'accélérer. Dans le secteur bancaire, il faut assurer un flux adéquat de crédit vers le secteur réel. De plus, il faut intensifier les réformes concernant le secteur de l'électricité et les autres infrastructures économiques afin de favoriser l’investissement, aussi bien étranger que provenant du secteur privé, et une croissance créatrice d’emplois.

La corruption au sein des organismes publics reste un obstacle important aux yeux des investisseurs étrangers. Depuis 2002, le Nigeria a réalisé des progrès au regard de l’indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International, obtenant 2.7, sa meilleure note, en 2009. Cependant, en 2010, son IPC était tombé à 2.4. Bien que le système juridique, le système de comptabilité et le système réglementaire du pays soient conformes aux normes internationales, les règles sont inégalement appliquées et souvent perçues comme arbitraires.

Autres développements récents

Les efforts passés n’ayant pas permis d’accroître la transparence et la responsabilité dans le secteur pétrolier et gazier, le gouvernement a présenté un projet de loi sur l’industrie pétrolière (Petroleum Industry Bill) en 2009. Ce projet a établi un cadre juridique et réglementaire ainsi que des institutions et des autorités de régulation encadrant l’industrie pétrolière du Nigeria. Elle fixe également des lignes directrices pour les activités des secteurs amont, intermédiaire et aval de cette activité.

Le gouvernement s'est également concentré sur l’accélération des réformes du secteur réel. Le secteur de l'électricité ouvre la voie. Sa réforme a fait l’objet d’une feuille de route, dévoilée en 2010, dont le but est d’intéresser le secteur privé à la production et à la distribution de l’électricité. Cette feuille de route donne les grandes lignes du plan visant à privatiser la production et la distribution de l’électricité ainsi qu’à créer un environnement propice pour l’investissement. Ce plan devrait être légiféré en 2011.

Grâce à la réforme du système bancaire (consolidation des bilans) menée en 2005, le secteur bancaire nigérian est devenu plus solide et plus sain. Les sociétés bancaires sont prépondérantes parmi les capitalisations à la bourse nigériane (Nigerian Stock Exchange – NSE), qui leur doit son phénoménal essor. L’indice boursier général a augmenté de plus de 30 % pour atteindre 27 216.03 points le 7 avril 2010 contre 20 827.17 points fin 2009. La capitalisation boursière a dans la même période augmenté de plus de 32 %, passant de 4 980 milliards NGN à 6 580 milliards NGN.

Si les marchés financiers nigérians se sont considérablement améliorés, les conditions de financement restent néanmoins médiocres, en particulier pour les entreprises et les firmes, car les institutions financières restent prudentes en matière de croissance du crédit. En 2010, les autorités ont promulgué une loi (Asset Management Corporation Bill) instituant une société chargée de gérer les actifs dans le but d’encourager la reprise des marchés financiers.

Thème annuel

Les exportations de pétrole et de gaz naturel sont au cœur des nouvelles relations économiques du Nigeria, même si le pays cherche à diversifier ses exportations, à harmoniser ses droits de douane pour les rendre conformes à l’union douanière recherchée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), et à encourager les entrées d’investissements de portefeuille et d’investissements directs. Au Nigeria, le groupe des donateurs et des investisseurs a considérablement évolué au cours de la dernière décennie : de nouveaux acteurs originaires de pays du Sud jouent un rôle de plus en plus important. La Chine, l’Inde, le Brésil et d’autres pays émergents procurent au Nigeria de nouvelles sources de financement, le rendant moins dépendant des donateurs traditionnels originaires des pays du Nord.

Les relations entre la Chine et le Nigeria remontent à 1972, avec l'établissement de relations diplomatiques. Aujourd’hui, leurs relations couvrent un large éventail de domaines : politique, commerce, investissements, aide, techniques, sciences, culture, enseignement, santé et affaires militaires. La Chine fait à présent partie des dix principaux partenaires commerciaux du Nigeria. De plus, la Chine a manifesté son intérêt à investir dans tous les secteurs de l’économie nigériane. Les liens économiques entre la Chine et le Nigeria se sont accrus au point que le Nigeria est devenu le troisième partenaire commercial de la Chine en Afrique, derrière l’Afrique du Sud et l’Égypte. Les échanges bilatéraux entre la Chine et le Nigeria représentent plus de 14 % de la valeur des échanges totaux entre la Chine et l’Afrique.

La Chine et le Nigeria ont conclu plusieurs accords bilatéraux depuis 2001. Les liens économiques entre les deux pays se sont intensifiés à la suite de la visite du président chinois Hu Jintao au Nigeria en avril 2006. Le Nigeria et la Chine ont signé quatre accords et trois protocoles d’accord pour divers programmes visant à accroître leurs liens économiques. En particulier, le Nigeria s’est engagé à vendre à la Chine 50 000 b/j de pétrole brut, tandis que la Chine s’est engagée à explorer au moins quatre périmètres pétroliers au Nigeria et à réparer la raffinerie de Kaduna. Les investissements chinois dans le secteur pétrolier se traduiront également par la construction d’une centrale électrique thermique qui devrait significativement accroître le nombre de mégawatts products au Nigeria. Les autres accords portent sur les points suivants : prêts préférentiels à l’exportation pour soutenir le développement des infrastructures ; formation de cadres et de personnels de santé à une approche globale de prévention et de lutte contre le paludisme ; fourniture d’antipaludiques pour soutenir le programme Roll Back Malaria de lutte contre le paludisme ; mise en place d’une équipe d’experts pour un projet d'amitié culturelle entre le Nigeria et la Chine ; protocole d’accord entre le ministère fédéral de la Science et de la Technologie et la firme chinoise Huwaei Technologies pour l’installation d’une dorsale nationale de télécommunications.

Dans le cadre des efforts déployés pour aider le Nigeria à diversifier son économie, la Chine a récemment accru le volume de ses importations agricoles en provenance du Nigeria. Fin 2010, le Nigeria avait exporté environ 80 000 tonnes de manioc vers la Chine, qui a passé des commandes portant sur 102 000 tonnes supplémentaires. La Chine importe également des graines de sésame, et elle se déclare intéressée à acheter davantage de produits agricoles nigérians. Le Nigeria accueille par ailleurs actuellement plus de 400 experts agricoles chinois participant à la construction de digues en terre.

Fin 2010, la Chine avait créé au Nigeria plus de 30 entreprises à capitaux exclusivement chinois ou à capitaux associés. Parmi les projets notables menés par la Chine au Nigeria figurent le village des Jeux panafricains d’Abuja et la remise en état du réseau ferroviaire nigérian. En 2009, lors de sa cinquième session, la Commission mixte Nigeria-Chine pour la coopération économique et technique a publié une feuille de route sur la coopération à venir entre les deux pays : les banques chinoises sont encouragées à s’établir au Nigeria ; les investisseurs chinois sont encouragés à participer au développement du secteur gazier nigérian et à accroître les importations de pétrole brut nigérian ; la Chine doit accélérer le développement et l’achèvement de zones de libre-échange telles que celles de Lekki et d’Ogun-Guangdong ; la Chine doit coopérer avec le Nigeria au renforcement des capacités du pays.

Les relations de l’Inde avec le Nigeria se sont nouées tant pour des raisons historiques que politiques. Les liens économiques entre les deux pays se sont renforcés, et le Nigeria est aujourd'hui le premier partenaire commercial de l’Inde en Afrique. Les échanges bilatéraux entre les deux pays étaient estimés à environ 8.7 milliards USD en mars 2010, les exportations nigérianes vers l’Inde avoisinant 7.3 milliards USD. En 2010, le Nigeria était le premier fournisseur africain de pétrole brut sur le marché indien, avec environ 400 000 b/j.

L’Inde investit au Nigeria notamment dans l’industrie manufacturière, l’industrie pharmaceutique, les plastiques, l’ingénierie et les technologies de l’information et de la communication. Des entreprises indiennes ont investi dans le complexe sidérurgique d’Ajaokuta et dans celui d’Aladja dans l’État du delta. Le Nigeria encourage activement les entreprises indiennes à investir dans ses industries extractives pour accroître l’exploitation de ses ressources minérales (charbon, or, minerai de fer, chrome et plomb).

Le Nigeria a également noué de nouvelles relations économiques significatives avec le Brésil. Le Nigeria est un fournisseur important de pétrole sur le marché brésilien. En 2005, le Nigeria et le Brésil ont signé un accord pour le développement de l’éthanol-carburant. Ce programme d’éthanol-carburant devrait rapporter entre 100 et 130 millions USD par an au Nigeria.

Contexte politique

Des élections présidentielle et législatives sont prévues au Nigeria le 9 avril 2011. Si elles se déroulent bien, ce sera un jalon supplémentaire dans sa marche vers la démocratie. En janvier 2011, le président Goodluck Jonathan, assermenté en mai 2010 après le décès du président Umaru Yar’Adua, a remporté l’investiture du parti au pouvoir, le Parti démocratique populaire (PDP), et il partait favori du scrutin présidentiel.

La violence politique que les dissensions au sein du PDP avaient suscitée, et qui a empoisonné le processus démocratique au Nigeria, est passée au second plan après la victoire convaincante du président Jonathan à l’investiture du PDP pour l’élection présidentielle, avec plus de 66 % des voix, ce qui réduit les risques de violence émanant du sein même du parti au pouvoir. Toutefois, la violence ethnique reste endémique dans toute la région du delta du Niger, où des groupes armés sont régulièrement impliqués dans des prises d’otages, des extorsions de fonds et des destructions de biens, avec pour cible principale les entreprises pétrolières étrangères.

À cela s’ajoute la violence confessionnelle qui continue d’embraser régulièrement le nord du Nigeria. Dans l’État du Plateau, début 2010, les violences opposant des groupes rivaux luttant pour les rares ressources en terres et en eau ont fait plusieurs centaines de morts. En 2009, la secte islamiste Boko Haram a lancé des attaques contre des cibles gouvernementales dans le nord du Nigeria. Si elle est alarmante, cette violence confessionnelle ne menace pas la stabilité globale du pays, et les impacts économiques négatifs dont elle est porteuse n’ont pas l’ampleur des troubles touchant la région du delta du Niger.

Contexte social et développement des ressources humaines

Sur l'échelle des indicateurs du développement humain (IDH) des Nations Unies, les progrès du Nigeria sont plutôt mitigés, soulignant la nécessité de faire mieux sur tous les plans. En 2010, l’IDH global du Nigeria était de 0.423, le situant, au 142rang sur 169 pays, dans la catégorie des pays à faible développement humain. Ce classement médiocre traduit la lenteur des progrès réalisés dans le domaine de la santé pour redresser les taux de mortalité infantile, de mortalité des enfants de moins de cinq ans et de prévalence du VIH/sida.

La prévalence du sida dans la population (environ 150 millions d'habitants) était estimée à 3.6 % en 2010. Bien que ce taux soit plus faible que dans d’autres pays africains comme l’Afrique du Sud ou la Zambie, le pays comptait entre 2.9 et 3.6 millions de personnes infectées en 2009, et entre 170 000 et 260 000 personnes sont mortes du sida cette année-là. La maladie a fait reculer l'espérance de vie au Nigeria, qui est passée en 2009 à 48 ans pour les femmes et à 46 ans pour les hommes, contre respectivement 54 ans et 53 ans en 1991.

En décembre 2010, afin de répondre aux besoins sanitaires des Nigérians, le gouvernement a lancé un plan stratégique national de développement de la santé (National Strategic Health Development Plan – NSHDP) pour la période 2010-15, en coordination avec les partenaires du développement intervenant dans le secteur. Succédant au programme de réforme (Health Sector Reform Programme) qui couvrait la période 2003-07, le NSHDP renforce la cohérence et l'harmonisation des efforts des autorités et des partenaires de développement. Le NSHDP définit huit domaines prioritaires : direction et gouvernance en matière de santé ; prestation de services de santé ; ressources humaines compétentes en matière de santé ; financement de la santé ; système national d’information sanitaire ; participation et appropriation du programme par la communauté ; partenariats pour la santé ; recherche.

Pour atteindre ces objectifs, le Nigeria doit s’attaquer à des facteurs socioculturels telles que la pauvreté, l’ignorance, les préjugés religieux et autres. Le pays ne pourra obtenir de résultats que si la population est correctement sensibilisée aux questions de santé et si les institutions traditionnelles s’impliquent. En 2009, par exemple, leur implication a aidé à venir à bout de la résistance opposée par les parents à la campagne de vaccination contre la poliomyélite, en particulier dans le nord du pays.

Dans le domaine de l’éducation, les autorités ont augmenté les dépenses publiques pour s’attaquer à plusieurs problèmes qui étouffent le système éducatif, en particulier à travers une loi sur l’éducation universelle gratuite (Universal Basic Education Act – UBE) prévoyant la gratuité de l'école primaire et du premier cycle du secondaire. L’UBE a permis de faire passer le taux de scolarisation dans le primaire de 84 % en 2000 à 90 % en 2009, tandis que le taux de scolarisation global du secondaire passait dans la même période de 34 % à 38 %.

Mais le système éducatif du pays est confronté à de grands désordres. Les grèves se multiplient. Elles ont contraint en 2009 les universités d'État à fermer leurs portes cinq mois durant, au détriment des quelque 10 millions d’étudiants. Cette même année, seuls 25 % des élèves nigérians ont obtenu le certificat d’études secondaires.

Le chômage reste un problème majeur, malgré la forte croissance économique des dernières années. Le taux de chômage avoisine 19.7 % selon le ministère des Finances, mais selon les analystes il serait plus élevé si l’on prenait en compte les jeunes sans-emploi des zones rurales et urbaines. Le sous-emploi constitue également un grave problème. Les estimations le situaient en 2009 à 21.3 % de la population active en moyenne nationale, à 20.5 % dans les zones rurales et à 26.2 % dans la région sud du pays.

Les autorités entendent agir directement pour générer des emplois. Elles doivent lancer en 2011 un programme de travaux publics dans les 36 États du pays et dans le territoire de la capitale fédérale. Des entreprises du secteur privé seront mobilisées dans le cadre de ce programme pour des travaux publics simples à haute intensité de main-d’œuvre tels que la rénovation et l’entretien de bâtiments publics (écoles, hôpitaux), maintenance des routes, etc.

Carte du pays

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