Zimbabwe
Vue d'ensemble
L’économie du Zimbabwe remonte la pente, après une décennie de déclin, pendant laquelle le produit intérieur brut (PIB) en volume s’est réduit de plus d’un tiers, le revenu par habitant s’est contracté de 40 % et l’inflation chronique s’est transformée en hyperinflation entre 2006 et 2008.
La création d’un gouvernement d’union nationale, en février 2009, et l’adoption d’un régime multidevises, ainsi que d’autres mesures de stabilisation ont permis l’amorce d’une mutation économique. On estime que la croissance du PIB a atteint 8.2 % en 2010 et qu’elle devrait ressortir à 7.8 % en 2011, à la faveur de l’expansion rapide des exportations de ressources minérales et de l’augmentation de la production agricole.
La production minière a enregistré une hausse spectaculaire de 8.5 % en 2009 puis un record de 47 % en 2010, grâce à la hausse de l'investissement minier. L’agriculture a fait un bond de 15 % en 2009 et de 34 % en 2010, en grande partie grâce au doublement de la production de tabac. En revanche, le marasme a persisté dans la branche manufacturière, avec une croissance inférieure à 3 % en 2010, contre 10 % l’année précédente.
À la suite de l’introduction du régime multidevises, les prix sont tombés de 7.7 % en 2009, avant de s'élever à 2.5 % durant les dix premiers mois de 2010. L'inflation est estimée à une moyenne de 4.9 % en 2010, et elle s'élevait à 4.2 % en glissement annuel en novembre 2010. Elle devrait s'élever à 5.9 % en 2011. L’inflation des denrées alimentaires (7.3 % sur l'année en décembre 2010) reste préoccupante.
D’après les estimations, les exportations du pays ont progressé de 35 % en 2010, à 2.1 milliards USD, et les importations de 13.5 %, à 3.6 milliards USD, soit un déficit commercial de 1.5 milliard USD. Le déficit de la balance des paiements a diminué, tombant de 1.77 milliard à 460 millions USD entre 2009 et 2010.
Durant les années de déclin du pays, le déficit budgétaire a été financé par la Banque centrale du Zimbabwe (ZRB), ce qui a déclenché une hyperinflation en 2007-08, laquelle a accentué la crise. Le nouveau régime monétaire, qui repose sur plusieurs devises, a permis de contenir l’inflation, de réactiver l’intermédiation financière et d’imposer une discipline budgétaire via l’instauration d’un budget de trésorerie.
Les perspectives économiques se sont éclaircies, grâce à un meilleur climat politique et une série de réformes budgétaires et monétaires. Fin 2010, le secteur bancaire était jugé «sain» par la banque centrale. L’inflation reste inférieure à une moyenne africaine de 7.5 %, et les investissements directs étrangers (IDE) et de portefeuille ont repris. Les nouvelles puissances économiques mondiales explorent les opportunités commerciales et le potentiel dans les mines, le tabac et d’autres filières agricoles du Zimbabwe. L’Afrique du Sud demeure le principal partenaire pour le commerce et l’investissement, même si la Chine se montre de plus en plus importante.
La situation sociale reste très difficile. Le taux de pauvreté est passé de 42 % en 1995 à 63 % en 2003, et il dépasserait 70 % fin 2010. En ce qui concerne les inégalités, le coefficient de Gini du Zimbabwe est estimé à 57 %. C’est l’un des plus élevés au monde. En outre, d’après certaines estimations, le taux de chômage s'élève à 80 %.
Malgré cette dégradation des indicateurs de la pauvreté, des progrès ont été faits en vue des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Ainsi, le taux net de scolarisation dans l'enseignement primaire a atteint 91 % en 2009. La prévalence du VIH/Sida chez les adultes est tombée de 23.7 % en 2001 à 13.7 % en 2009. La sécurité alimentaire s’est améliorée. La production de maïs, denrée alimentaire de base, a augmenté, passant de 600 000 tonnes en 2008 à 1.1 million de tonnes en 2009. Elle devrait atteindre 1.3 million de tonnes en 2010. Les donneurs ont consacré à l’aide humanitaire et au secteur social un important financement extrabudgétaire, estimé à 12 % du PIB en 2009.
Les autorités du pays devront avant tout s’attacher à alimenter la croissance et à approfondir la transformation structurelle et la diversification de l’économie, pour concrétiser sa politique "d'économie, de développement et de transformation partagés".
Tableau 1 : Indicateurs macroéconomiques
| 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | |
|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB réel | 5.7 | 8.2 | 7.8 | 5.4 |
| Inflation IPC | 6.5 | 4.9 | 5.9 | 4.7 |
| Balance budgétaire % PIB | -0.1 | -1.7 | -2.2 | -3.4 |
| Balance courante % PIB | -16.5 | -19.9 | -17.7 | -16.8 |
Développements économiques récents et perspectives
Tableau 2 : Ventilation sectorielle du PIB (en pourcentage)
| 2005 | 2009 | |
|---|---|---|
| Agriculture, foresterie, pêche et chasse | 21 | 18 |
| Agriculture, élevage, pêche et exploitation forestière | - | - |
| dont agriculture | - | - |
| dont cultures vivrières | - | - |
| Mines et extraction | 5.8 | 5.7 |
| Mines, industries manufacturières et services d'utilité publique | - | - |
| dont pétrole | - | - |
| Industries manufacturières | 18.7 | 17 |
| dont hydrocarbure | - | - |
| Electricité, gaz et eau | 5.7 | 5.7 |
| Electricité, eau et assainissement | - | - |
| Construction | 0.7 | 0.7 |
| Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants | 10 | 12.7 |
| dont hôtels et restaurants | - | - |
| Transports, entreposages et communications | 14.2 | 17.5 |
| Transport et stockage, information et communication | - | - |
| Finance, immobilier et services aux entreprises | 8.4 | 6.4 |
| Intermédiation financière, services immobiliers, services aux entreprises et autres services | - | - |
| Services des administrations publiques | 4.3 | 4.6 |
| Administration publique et défense, sécurité sociale, éducation, santé et travaux sociaux | - | - |
| Administration publique, éducation, santé | - | - |
| Administration publique, éducation, santé et autres services sociaux et personnels | - | - |
| Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels | - | - |
| Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires et sociaux | - | - |
| Autres services communautaires, sociaux et personnels | - | - |
| Autres services | 11.3 | 11.9 |
| Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs | 100 | 100 |
Après une hausse de 5.7 % en 2009, la croissance est estimée à 8.2 % pour 2010 et prévue à 7.8 % en 2011. Des chiffres à relativiser, dans la mesure où le pays part de très bas, après le déclin des années 1998-2008.
Les mines affichent une croissance spectaculaire depuis la mise en place du gouvernement d’union nationale, début 2009. En revanche, la production industrielle se trouve en chute libre et l’agriculture de rente est pénalisée par une politique qui privilégie désormais les petites exploitations.
L’agriculture à grande échelle contribuera au redressement du secteur agricole, en particulier dans les filières du sucre, du thé et du café, mais les petites exploitations joueront un plus grand rôle, ce qui aura des conséquences importantes pour le financement et la commercialisation des produits.
Les chiffres 2010 montrent que les petites exploitations ont produit 75 % du tabac, contre moins de 10 % en 2008. L’essor de la culture du tabac en 2010 résulte, dans une large mesure, du développement de l’agriculture contractuelle, financée indirectement par les banques commerciales qui prêtent aux négociants et aux manufactures de la filière.
Les agriculteurs sous contrat ont ainsi produit les deux tiers du tabac en 2009 et 2010. Le même modèle contractuel est largement utilisé dans la filière du coton, où prédominent les petits exploitants. Leurs perspectives de croissance sont prometteuses en raison de la hausse des cours mondiaux.
Autre grand changement structurel : les performances de l’industrie minière, qui affichait de piètres résultats depuis l’indépendance en 1980. C’est le secteur en plus forte croissance depuis 2009, grâce au net renchérissement des matières premières à l’international. Le platine entre pour 45 % dans les recettes tirées des exportations minières en 2010, et l’or pour 22 %. Les exportations agricoles et manufacturières ayant diminué, les produits miniers constituent aujourd’hui 64.7 % des exportations du Zimbabwe. L’importance du platine et de l’or et la part croissante des diamants permettent de penser que le Zimbabwe s’est engagé sur une trajectoire de développement tirée par ses ressources naturelles.
Dans les années 90, l’économie zimbabwéenne reposait sur l’industrie manufacturière. La contribution de ce secteur au PIB est tombée de 28 % en 2000 à 10 % en 2008, avant de remonter à 17 % en 2009. L’activité manufacturière pâtit du faible taux d’utilisation des capacités, estimé à 43 % en 2009, ce qui est toutefois mieux qu’en 2008, année durant laquelle ce taux a été inférieur à 20 %.
Le régime multidevise pèse sur la compétitivité de l’industrie, car le secteur manufacturier du Zimbabwe est fortement tributaire des importations, dont 50 % proviennent d’Afrique du Sud. L’appréciation du rand sud-africain (ZAR) par rapport au dollar américain fait beaucoup augmenter le coût des intrants. En 2010, les entreprises ont continué à supprimer des emplois et ont été sous pression pour augmenter les salaires, en raison de l'inflation et du coût de la vie. Les statistiques nationales estiment à 500 USD par mois le seuil de pauvreté pour un ménage comptant cinq membres. C’est le niveau du salaire minimum que réclament les organisations syndicales.
La pénurie de liquidités dans le secteur bancaire est l’une des conséquences indirectes du régime monétaire multidevise. D’après une étude menée par les statistiques nationales, les compagnies minières (35 % des répondants) et les entreprises industrielles (28 %) considèrent les « difficultés de trésorerie » comme le principal frein à la production et à la rentabilité.
En outre, la compétitivité de l’industrie est sapée par l’utilisation d’équipements vieillissants, d’où une production souvent interrompue et une maintenance onéreuse.
Tous les secteurs de l’économie continuent de souffrir du déficit d’infrastructures au Zimbabwe. La capacité de production d’électricité s'avère plus faible qu’en 1980. Les coupures sont fréquentes et très étendues, ce qui exacerbe les tensions sur les coûts, met en péril la qualité des produits et entraîne des retards de livraison. L’alimentation en eau et les télécommunications fixes posent également problème. En revanche, le taux de pénétration de la téléphonie mobile est très élevé et augmente rapidement. Econet, le plus important opérateur de téléphonie mobile du pays, compte plus de 5 millions de clients, sur une population d’environ 12.5 millions d’habitants.
L’économie zimbabwéenne devrait afficher une croissance globale supérieure à 5 % par an dans les prochaines années, mais un certain nombre de risques persistent.
Ainsi, l’incertitude à l’égard de la reprise de l’économie mondiale en 2011/12 pourrait être préjudiciable à la hausse des cours des matières premières, telles que l’or, le platine ou le ferrochrome, sur lesquelles reposent les perspectives de croissance du Zimbabwe.
La confusion et l’incertitude règnent également à propos des lois imposant à toutes les entreprises étrangères dont le total des actifs est supérieur à 500 000 USD de présenter des propositions sur la manière dont elles entendent céder à des Zimbabwéens noirs 51 % de leur capital d’ici cinq ans. Fin 2010, environ 620 sociétés s’étaient conformées à cette disposition. Devant la levée de boucliers des chefs d’entreprise, le gouvernement a toutefois assoupli sa position en nommant 13 comités pour formuler des recommandations dans différents secteurs.
En mars 2011, le gouvernement a publié de nouveaux « règlements sur le secteur minier », selon lesquels l'indigénisation sera étendue à toute entreprise minière d'une valeur égale ou supérieur à 1 USD (et ce, bien que la valeur initiale des sociétés concernées ait été fixée à 500 000 USD). La valeur des actions à vendre sera calculée sur la base d'une évaluation sur laquelle devront se mettre d'accord le gouvernement et les entreprises concernées. Elle prendra en considération la valeur des minerais à exploiter ou en état de gisements encore non exploités. Les nouveaux règlements précisent que les sociétés concernées doivent proposer un plan d'action dans les 45 jours (au lieu de 5 ans initialement) et sont obligées de céder leurs actions à cinq entités désignées.
Néanmoins, étant donnés cette politique d’indigénisation et les obstacles que rencontre l’industrie, l’environnement économique reste peu propice à une croissance accélérée et vigoureuse.
L’évolution du dollar américain prête aussi à inquiétude. Un dollar fort saperait encore plus la compétitivité du Zimbabwe, alors qu’un dollar faible dynamiserait les exportations et accroîtrait la compétitivité du pays. Cependant, un dollar faible pourrait alimenter l’inflation, surtout celle des prix des produits alimentaires et des combustibles importés.
Tableau 3 : Composantes de la demande
| En pourcentage du PIB (à prix courants) | Pourcentages de variation, en volume | Contributions aux variations du PIB | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2002 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2010 | 2011 | 2012 | |
| Formation brute de capital | 7.5 | 16.5 | 20.9 | 28.4 | 24.5 | 3.7 | 5.7 | 5.8 |
| Publique | 0.7 | 4.5 | 45 | 50 | 40 | 2.2 | 3.2 | 3.6 |
| Privée | 6.7 | 12 | 12 | 18 | 15 | 1.6 | 2.4 | 2.2 |
| Consommation finale | 96.4 | 112.9 | 5.2 | 2.6 | 0 | 5.4 | 2.6 | 0 |
| Publique | 4.6 | 14.3 | 15.3 | 7.4 | 5.8 | 2.1 | 1.1 | 0.9 |
| Privée | 91.8 | 98.6 | 3.7 | 1.7 | -1.1 | 3.3 | 1.5 | -0.9 |
| Secteur externe | -3.8 | -29.4 | - | - | - | -1 | -0.5 | -0.5 |
| Exportations | 31.9 | 35.7 | 11.2 | 11.2 | 7.2 | 3 | 3.1 | 2 |
| Importations | -35.8 | -65.1 | 8.2 | 7.4 | 5.2 | -4 | -3.6 | -2.5 |
| Taux de croissance du PIB réel | - | - | - | - | - | 8.2 | 7.8 | 5.4 |
Politiques macroéconomiques
La hausse de la production agricole et des recettes minières à l'exportation a débouché sur la croissance régulière tant attendue. Les mesures de stabilisation déployées par les pouvoirs publics jouent aussi un rôle essentiel. Les perspectives macroéconomiques pourraient s’éclaircir si ces mesures sont renforcées et consolidées par une politique axée sur l’infrastructure et les besoins sociaux. Le gouvernement devra s’attaquer aux rigidités du marché du travail, remédier aux tensions liées au régime foncier et améliorer l’environnement dans lequel opèrent les entreprises.
Peu après sa mise en place, en février 2009, le gouvernement d’union nationale a présenté un programme de redressement d’urgence à court terme (Short Term Emergency Recovery Programme – STERP) qui comportait des mesures visant à « démocratiser » les processus administratifs et politiques, à instaurer un dispositif de protection sociale ciblant la sécurité alimentaire, la santé et l’éducation, et à engager une vaste réforme du secteur agricole. Ce programme promettait de mettre fin à la multipropriété agricole et aux inefficiences, de faire progresser l’égalité des sexes et de libérer jusqu’à 2 millions d’hectares de terres inutilisées ou sous-utilisées.
Le programme STERP a été suivi du programme STERP II, rendu public en décembre 2009 et qui a établi un cadre macroéconomique et budgétaire sur trois ans (2010-12). Ce cadre a été révisé dans le budget 2011, lorsque les prévisions de croissance ont été revues à la hausse et que le ministre des Finances a défini son projet d’économie équitable (Fair Economy), qui pose le principe d’un développement et d’une transformation partagés.
En raison du régime multidevise, la Banque centrale ne peut pas monétiser les déficits budgétaires, ce qui a contraint les autorités à introduire un budget de trésorerie. L’État est entièrement tributaire des recettes fiscales, des entrées d’aide, des emprunts à l’étranger et du produit des cessions d’actifs. La politique monétaire est quasiment inexistante, car la masse monétaire dépend de la balance des paiements alors que les taux d’intérêt résultent de l’interaction entre l’offre et la demande. Le Zimbabwe doit donc prendre des mesures budgétaires et structurelles pour remédier à ces problèmes.
L’endettement vis-à-vis de l’extérieur limite l’accès du pays à des financements étrangers, en particulier à des fonds émanant d’organisations multilatérales. On estime que, fin 2010, la dette extérieure du Zimbabwe représentait 103 % du PIB et se composait en majeure partie (78 %) de 4.8 milliards USD d’arriérés. La stratégie que l’État a élaborée pour apurer ses arriérés et alléger sa dette doit permettre le retour des donneurs internationaux.
Politique budgétaire
Après des années d’expansion budgétaire, le Zimbabwe ne doit à présent dépenser que ce dont il dispose. Pendant les deux années qui ont suivi l’instauration du gouvernement d’union nationale, le ministre des Finances a eu du mal à répondre aux besoins de financement de l’État. Dans le budget 2011, les demandes budgétaires des ministères ont totalisé 11.3 milliards USD, mais les dépenses (hors 500 millions USD de dons attendus au titre de l’aide) ne se chiffrent qu’à 2.7 milliards USD, soit une différence de 76 %.
Afin de parvenir à l’équilibre budgétaire, l’État doit maîtriser ses dépenses, en particulier les rémunérations de ses agents. Il faudra maintenir le système de budget de trésorerie, de manière à soutenir la stabilisation. Les donneurs devront également apporter un financement supplémentaire, étant donné le faible niveau des recettes et dons prévus (tableau 4).
Le Zimbabwe n’honore pas encore intégralement ses obligations au titre de sa dette extérieure. En 2010, seulement 31 millions USD ont été alloués au service de la dette, sur des obligations totalisant 688 millions USD. De plus, fin 2010, les arriérés intérieurs vis-à-vis de prestataires de services s’établissaient à 105 millions USD. En comptabilité d’exercice, le pays a ainsi affiché un déficit budgétaire (hors dons) d’environ 700 millions USD, qui représente 10.4 % de son PIB.
Le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAfD) ont conseillé au Zimbabwe de commencer à réduire cette dette intenable. La dette extérieure du pays devrait atteindre 8 milliards USD en 2012. Il est recommandé à l’État zimbabwéen de solliciter auprès de ses créanciers une restructuration de sa dette, en négociant tout d’abord un programme avec le FMI. Pour l’instant, aucun consensus politique international ne soutient le pays dans sa demande d'accéder au statut de pays pauvre très endetté (PPTE).
Le Zimbabwe pourrait élargir son espace budgétaire en réorganisant son secteur public, notamment par des privatisations. Les rapports financiers portant sur six grandes entreprises et agences d’État montrent que leurs charges d’exploitation ont représenté 123 % de leurs recettes, et les coûts de personnel 22.4 %, au premier semestre 2010. Dans trois de ces entités (Agribank, Grain Marketing Board et National Railways of Zimbabwe), les coûts de personnel sont exorbitants : sur la même période, ils ont absorbé 83 % des recettes de la Banque agricole (Agribank) et 62 % de celles de l'Office de commercialisation des céréales (Grain Marketing Board - GMB). Ces chiffres montrent à quel point il est nécessaire de réduire les effectifs. En janvier 2011, la ZRB s’est ainsi séparée des trois quarts de son personnel, soit environ 1 600 agents. L’État accorde des prêts à long terme aux entreprises publiques, dont les pertes sont également financées par des emprunts bancaires et l’accumulation d’arriérés.
Tableau 4 : Opérations financières de l'État (en pourcentage du PIB)
| 2002 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Recettes totales (avec dons) | 18 | 3.6 | 2.5 | 17.3 | 18.1 | 18.8 | 18.2 |
| Recettes fiscales | 16.8 | 3.4 | 2.5 | 15.7 | 17.2 | 17.8 | 17.2 |
| Recettes pétrolières | - | - | - | - | - | - | - |
| Dons | 0 | 0 | 0 | 0.7 | 0 | 0.1 | 0.1 |
| Autres revenus | 1.2 | 0.2 | 0.1 | 0.9 | 0.9 | 0.9 | 0.9 |
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) | 20.7 | 6.8 | 4.3 | 17.4 | 19.9 | 21 | 21.6 |
| Dépenses courantes | 18.9 | 5.4 | 4 | 16.6 | 18.8 | 19.5 | 19.6 |
| Sans les intérêts | 16 | 3.2 | 1.3 | 13.9 | 16.5 | 17.3 | 17.3 |
| Salaires | 7.3 | 1.6 | 0.8 | 7.3 | 8.6 | 9.2 | 9.2 |
| Biens et services | 5.4 | 0.5 | 0.1 | 3.5 | 4.2 | 4.4 | 4.4 |
| Intérêts | 2.9 | 2.2 | 2.6 | 2.7 | 2.3 | 2.1 | 2.3 |
| Dépenses en capital | 1.5 | 1.2 | 0.3 | 0.8 | 1.1 | 1.5 | 2 |
| Solde primaire | 0.2 | -1 | 0.9 | 2.5 | 0.6 | -0.1 | -1.1 |
| Solde global | -2.7 | -3.2 | -1.8 | -0.1 | -1.7 | -2.2 | -3.4 |
Politique monétaire
Plusieurs facteurs entravent fortement la politique monétaire du Zimbabwe : le manque de liquidité des marchés, le faible taux d’épargne, la volatilité des dépôts et le manque de crédits disponibles, sans oublier le rôle limité de la Banque centrale en tant que prêteur en dernier recours, ainsi que l’introduction du système multidevise.
Concernant les agrégats monétaires, le seul indicateur éloquent porte sur le volume des dépôts bancaires, estimé à 2.3 milliards USD fin novembre 2010. Les taux d’intérêt sont extrêmement élevés et peu de banques sont disposées à prêter au-delà de six mois. En 2009, lorsque le régime multidevise a été mis en place, la Banque centrale a imposé des réserves obligatoires représentant 10 % des engagements des banques, et fixé un taux plafond correspondant au London Interbank Offered Rate (Libor), plus 6 %. Ce plafonnement a été supprimé fin 2009 et le taux de prêt est alors monté à 20 % en moyenne, puis à 31.6 % en décembre 2010. Il a été mis fin à la règle de 10 % de réserves en 2010.
Quelques entreprises de premier plan peuvent emprunter à des taux nominaux compris entre 6 et 9 % par an, mais, si tant est qu’ils puissent accéder au crédit, la plupart des emprunteurs doivent payer un taux minimum de 12-15 % et souvent des frais importants, qui peuvent propulser le taux global à plus de 25 %. Cette situation est principalement imputable au déséquilibre offre/demande et à la majoration des taux qui reflète la perception du risque souverain. Quoi qu’il en soit, l’une des plus grandes banques du pays prête aujourd’hui à deux ans moyennant un taux d’intérêt annuel supérieur à 20 %.
Le budget 2010 a alloué 7 millions USD à la ZRB pour qu’elle réactive sa fonction de prêteur en dernier recours. Néanmoins, étant donné que les dépôts bancaires totalisaient 2.3 milliards USD fin novembre 2010, cette enveloppe est manifestement insuffisante. La Banque centrale doit être restructurée en 2011 : son personnel sera réduit et une entité ad hoc constituée pour reprendre les éléments d’actif et de passif non stratégiques. La nouvelle Banque centrale concentrera ses efforts sur la surveillance et la régulation des établissements bancaires en agissant comme prêteur en dernier recours, en gérant les paiements du pays et en proposant des analyses économiques ainsi que des conseils.
Position extérieure
Malgré des problèmes largement médiatisés, l’économie du pays est ouverte sur l’extérieur, avec, en 2010, un PIB constitué à 86 % par le commerce de marchandises (exportations et importations).
Le Zimbabwe a toujours dépendu des importations. Chaque hausse de 1 % de son PIB en volume se traduit par une croissance de 1,5 % de ses importations.
Le régime multidevise, la libéralisation du commerce et la levée du contrôle des changes, début 2009, ont engendré un essor spectaculaire des importations de biens et de services, qui sont passées de 2.4 milliards USD en 2007 à 4.2 milliards en 2010. L’économie zimbabwéenne absorbe des volumes de produits finis d’une ampleur disproportionnée et importe beaucoup de denrées alimentaires et de combustibles (tableau 5). En revanche, sur la même période, les exportations de biens et de services du pays n’ont progressé que de 31 %, et le déficit de ressources s’est considérablement creusé, de 440 millions USD (7.7 % du PIB) à 1.5 milliard USD (23 %).
Selon les estimations, les ressources minérales ont constitué 64.7 % de l’ensemble des exportations de marchandises en 2010. Le platine a contribué pour près de la moitié, avec 596 millions USD sur des exportations de ressources minérales totalisant 1.24 milliard USD. Le tabac est la deuxième exportation du pays (15.9 %). Viennent ensuite l’or (14.5 %) et les diamants (6 %).
Les produits manufacturés sont entrés pour 14.3 % dans le total, hors fibre de coton et ferro-alliages, classés respectivement dans les exportations agricoles et minières.
L’Afrique du Sud est, de loin, le plus important partenaire commercial du Zimbabwe, avec près des deux tiers des importations et les trois quarts des exportations en 2009. En 2008, les échanges régionaux à l’intérieur de la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC) et du Marché commun d’Afrique australe et d’Afrique orientale (Comesa) ont représenté 82 % des exportations et 86 % des importations. L’Afrique du Sud a fourni 82 % des produits importés par le Zimbabwe depuis les pays membres de la SADC et elle a acheté 62 % des produits exportés par le Zimbabwe en direction de la SADC.
Le compte courant de la balance des paiements du pays s’est dégradé en 2009/10, car les importations ont augmenté plus rapidement que les exportations et les transferts privés ont diminué en 2010. Les importations devraient stagner en 2011/12. Toutefois, même si l’on anticipe de légères baisses supplémentaires de ces transferts, le déficit du compte courant va probablement se réduire sous l’effet de la hausse des exportations et tomber de plus de 1 milliard USD en 2010 à quelque 730 millions USD en 2012 (tableau 7). La plupart des estimations des entrées de capitaux paraissent prudentes puisqu’elles tablent sur moins de 100 millions USD d’investissements directs étrangers (IDE) par an, en moyenne, sur 2010-12, et sur des investissements de portefeuille nets un peu plus élevés.
Les capitaux à court terme constituent 88 % des flux entrants du secteur privé, mais, le Zimbabwe étant perçu comme un pays à risque de crédit élevé, les prêts sont coûteux et leur échéance brève. Sur les neuf premiers mois de 2010, ces prêts ont totalisé 403 millions USD, contre seulement 55 millions pour les prêts à long terme.
Il ressort du tableau 8 que le compte de capital devrait s’améliorer nettement pour passer de 557 millions USD de sorties nettes en 2009 à 510 millions USD d’entrées nettes, en moyenne annuelle, sur 2010-12.
Les prévisions relatives aux paiements extérieurs posent problème, traduisant en partie l’évolution incertaine de l’économie mondiale. Les projections des exportations ne tiennent pas compte de la croissance des exportations de diamants qui, d’après de nombreux analystes, pourrait être démesurée. Quant aux projections des flux de capitaux, elles laissent de côté la forte augmentation des investissements planifiés, qui concernent principalement les mines et l’infrastructure, et en particulier la production d’électricité. Ces investissements devront être financés depuis l’étranger.
Tableau 5 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)
| 2002 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Balance commerciale | -0.5 | -5.2 | -18.6 | -28.8 | -25.9 | -23.8 | -22.3 |
| Exportations de biens (f.o.b.) | 28.8 | 32.1 | 31.8 | 28.3 | 29 | 30.1 | 29.6 |
| Importations de biens (f.o.b.) | 29.4 | 37.3 | 50.4 | 57.1 | 54.9 | 53.9 | 51.8 |
| Services | -3.3 | -2.5 | -4 | -0.6 | -0.9 | -0.6 | -0.3 |
| Revenu des facteurs | -4 | -4.3 | -4.3 | -3.6 | -3 | -2.8 | -2.7 |
| Transferts courants | 3.7 | 7.8 | 12 | 16.5 | 10 | 9.4 | 8.4 |
| Solde des comptes courants | -4.1 | -4.3 | -14.9 | -16.5 | -19.9 | -17.7 | -16.8 |
Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)
Questions structurelles
Développement du secteur privé
Après dix années d’inflation chronique, d’hyperinflation et d'investissements réduits à néant, l’économie zimbabwéenne n’est plus du tout compétitive. L’indice 2010/11 de la compétitivité établi par le Forum économique mondial classe le Zimbabwe 136e sur une liste de 139 pays. La faiblesse du dollar USD n'a pas que des inconvénients, puisqu'elle permet d'augmenter les exportations de matières premières et de rendre les produits manufacturés plus attractifs, au niveau régional et sur le marché intérieur. Revers de la médaille : le renchérissement des principales importations du Zimbabwe, surtout les combustibles et les denrées alimentaires, payés en rands sud-africains.
Les produits importés étant disponibles partout, les industriels zimbabwéens ne peuvent plus aujourd’hui répercuter les augmentations de leurs coûts sur les clients. De même, les exportateurs ne peuvent pas fonder leur compétitivité à l’international sur un taux de change faible. Puisque le Zimbabwe n’est pas à même d’ajuster son taux de change, le rétablissement de sa compétitivité dépendra de la modération des prix, des gains de productivité, des investissements d’infrastructure et des réformes microéconomiques destinées à réduire les coûts pour les entreprises.
Les réformes sont urgentes. Le rapport Doing Business 2011 de la Banque mondiale classe en effet le Zimbabwe à la 157e place sur 183 pays. Parmi ses concurrents régionaux, seuls l’Angola (163e) et la République démocratique du Congo (175e) occupent un rang encore plus bas.
En 2010, le Zimbabwe a mis en œuvre deux grandes réformes ciblant le secteur privé. Pour faciliter la création d’entreprise, les frais d’enregistrement ont été réduits et la procédure de dépôt d’une raison sociale accélérée, ainsi que l’enregistrement social et fiscal. Deuxièmement, le taux d'imposition sur les revenus des sociétés est passé de 30 % à 25 %. D’autres changements sont envisageables, en particulier dans la réglementation du commerce transfrontalier, les permis de construire et les conditions de création et de fermeture d’une entreprise. Dans tous ces domaines, le Zimbabwe occupe le bas du classement Doing Business.
L’Agence zimbabwéenne de promotion des investissements (Zimbabwe Investment Authority – ZIA) a été réactivée en décembre 2020 sous la forme d’un guichet unique. Elle a pour mission de simplifier et d’harmoniser le traitement des projets d’investissement. Avant cette date, l’examen d’une demande d’autorisation d’un investissement pouvait prendre jusqu’à 49 jours.
La ZIA a approuvé 124 projets sur les neuf premiers mois de 2010, contre 73 sur la même période de 2009. Les projets autorisés sur les neuf premiers mois de 2010 ont représenté une valeur totale de 387 millions USD, dont 258 millions dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) et 83 millions dans l’industrie minière.
Plusieurs grands projets de développement ou d’expansion miniers ont été annoncés en 2010 :
- La filiale zimbabwéenne du groupe Rio Tinto entend multiplier par neuf sa production d’or pour la porter à 112 000 onces par an, grâce à la mise en exploitation de la mine à ciel ouvert de Cam & Motor, à Eiffel Flats, dans la province du Mashonaland oriental. Ce site renferme 10 millions de tonnes de minerais, d’où 320 000 onces d’or devraient être extraites. La compagnie minière estime le potentiel de production supplémentaire à au moins 16 millions de tonnes de minerais, ce qui permettrait de produire au total 500 000 onces d’or sur ce site. Rio Tinto prévoit d’extraire 70 000 onces par an pendant 12 ans, ainsi que de développer la production de la mine d’or de Renco afin qu’elle atteigne une production de 42 000 onces par an.
- De son côté, le plus gros producteur d’or au Zimbabwe, le groupe sud-africain Metallon Gold, entend porter sa production annuelle à environ 1 million d’onces d’ici 2015.
- Avec des investisseurs sud-africains, Rio Tinto Zimbabwe a entrepris une étude de faisabilité portant sur la construction d’une centrale thermique dans le centre du pays. Chiffrée à 3 milliards USD, cette centrale utiliserait les 1.3 milliard de tonnes de réserves de charbon du gisement de Gokwe exploité par Rio Tinto. Elle devrait produire 1 400 mégawatts (MW) d’électricité à compter de 2014.
- Murowa Diamonds, une filiale de Rio Tinto, travaille sur un projet d’expansion évalué à 300 millions USD et destiné à multiplier par six sa production de diamants de qualité gemme, pour la porter à 1.8 million de carats par an. Cette entreprise a produit 124 000 carats en 2010, contre 263 000 carats en 2008.
- Zimplats Holdings, une filiale du groupe sud-africain Impala Platinum (Implats), envisage de construire une usine de raffinage de métaux, pour un coût avoisinant 2 milliards USD. Les réserves prouvées de platine au Zimbabwe sont les deuxièmes au niveau mondial, après l'Afrique du Sud. Zimplats avait précédemment annoncé l’expansion, pour 500 millions USD, de sa mine de Ngezi, près de Chegutu, dans le centre du Zimbabwe. Sa production annuelle de platine est ainsi passée de 180 000 à 270 000 onces. Au total, Zimplats a déjà investi plus de 1 milliard USD au Zimbabwe.
- En novembre 2010, Anglo Platinum (Angloplat) a démarré l'exploitation de sa mine d’Unki, pour une production de 60 000 onces de platine par an dès 2011.
Autres développements récents
Le Zimbabwe compte 25 établissements bancaires, 16 sociétés de gestion d’actifs et 107 organismes de microfinance et de prêt, tous placés sous la surveillance de la RBZ, la Banque centrale. En septembre 2010, 15 banques respectaient pleinement le seuil de fonds propres obligatoires (12.5 millions USD pour les banques commerciales) introduit le 31 mars 2010. Le délai de mise en conformité a ensuite été reporté au 31 décembre 2010 et sera probablement encore étendu. Les établissements qui n’obéissent pas à cette règle sont de petits acteurs périphériques, et la RBZ est convaincue que le système bancaire est « sain » et ne fait planer aucune menace sur la stabilité du secteur financier. Les prêts bancaires souffrent néanmoins de l’absence d’un prêteur en dernier recours et d’un marché interbancaire actif sur lequel les banques pourraient combler le déficit de liquidité. Des instruments de garantie acceptables font cruellement défaut au Zimbabwe. Il n’y a pas non plus de marché monétaire actif, ni de marché de valeurs du Trésor (obligations émises par l’État ou par le secteur public), malgré le redémarrage des émissions obligataires des entreprises.
En 2010, les prêts et avances ont fait un bond de 122 %, à 1.53 milliard USD, et le ratio avances/dépôts, à 50 % au début de l’année, a atteint 66 %, contre 70-90 % à l’échelle régionale. La proportion de prêts improductifs a augmenté au premier semestre 2010, passant de 1.8 à 3.2 %.
Le secteur financier, surtout les banques, se heurte à deux principaux problèmes. Premièrement, même si la plupart des banques respectent les obligations de fonds propres, leur capital reste en grande partie constitué par des biens immobiliers. Il n’est pas facilement accessible et risque de subir des fluctuations de valeur sur le marché. En 2010, certains établissements ont ainsi été contraints de déprécier ces biens. Deuxièmement, on déplore l’absence d’une agence d’évaluation du crédit. La dette des ménages augmente dangereusement, sous forme de crédits à la consommation. À moins d’être surveillées attentivement, ces tendances pourraient déstabiliser le marché. Des discussions sont en cours, en vue de créer une agence d’évaluation du crédit.
Autrefois l’une des plus grandes places boursières de l'Afrique subsaharienne, après l’Afrique du Sud et le Nigeria, la Bourse du Zimbabwe (Zimbabwe Stock Exchange – ZSE) a fermé au plus fort de la crise d’hyperinflation, en novembre 2008. Elle a recommencé à fonctionner en février 2009, avec, pour la première fois, des cotations en dollars USD et de nouveaux indices (base 100 = février 2009). Elle accueille actuellement 78 sociétés, malgré la suspension des cotations pour trois d’entre elles. Parmi les entreprises activement cotées, on dénombre 72 entités industrielles et trois comptoirs miniers. L’indice ZSE des titres industriels a culminé à 155 en octobre 2009. En raison du faible niveau de l’épargne intérieure, dont la majeure partie a été balayée par l’hyperinflation, le volume de transaction est très restreint. Cependant, depuis la réouverture de la Bourse, les investisseurs étrangers se montrent actifs. L’incertitude initiale à l’égard de la loi sur l’indigénisation introduite en février 2010 a entraîné une cession massive d’actions locales et une brusque chute de l’indice des valeurs industrielles. Ce dernier s’est redressé fin 2010, à environ 150, soit quasiment le même niveau qu’en début d’année.
Des problèmes de financement sont au cœur du déficit d’infrastructures dont souffre le Zimbabwe dans les secteurs du transport, de l’électricité, de l’eau et des télécommunications. Plus de 80 % des 88 100 km de routes que compte le pays nécessitent une remise en état. Le délabrement du réseau ferroviaire est également dramatique. Le volume de fret acheminé est tombé de plus de 14 millions de tonnes en 1990 à 9.4 millions en 2000 et à 3.8 millions en 2008.
Les équipements d’alimentation en eau et d’assainissement se sont nettement dégradés dans tout le pays.
La remise en état de l’infrastructure constitue donc une priorité pour les pouvoirs publics et figure en bonne place dans le budget 2011. Une rénovation à grande échelle des routes, ponts, voies ferrées et aéroports est prévue. Les donneurs se sont engagés à apporter un soutien supplémentaire pour certains projets de remise en état dans les secteurs de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie.
Il y a eu très peu d’investissements dans le réseau d’électricité pendant la crise économique et, en 2010, le Zimbabwe, qui compte quelque 12 millions d’habitants, disposait d’une capacité de production inférieure au niveau atteint lors de son indépendance en 1980, date à laquelle on ne dénombrait que 7 millions de Zimbabwéens.
Fin 2010, la production intérieure d’électricité représentait 1 200 mégawatts (MW), deux fois moins que la demande, pour une capacité installée de 1 950 MW. La centrale hydroélectrique de Kariba South, sur le fleuve Zambèze, produisait 650 MW pour une capacité installée de 750 MW, et la centrale thermique de Hwange 550 MW, nettement en-deçà de sa capacité de 920 MW. En 2011, la production nationale d'électricité devrait être portée à 1 650 MW. Et ce, grâce à l'expansion de la centrale de Hwange, avec un objectif de 780 MW, le rétablissement de la pleine capacité à Kariba (750 MW) et l’utilisation de 120 MW provenant de trois petites centrales thermiques.
Parmi les nouveaux projets, on peut citer la centrale au gaz de Lupane, d’une capacité de 250 MW, le développement du site de Hwange afin de produire 600 MW supplémentaires, ainsi que l’extension de 300 MW de la capacité à Kariba. Enfin, il faut mentionner la construction de la centrale thermique de Gokwe North, laquelle permettrait de produire 1 400 MW. La réalisation de ces projets doublerait la capacité installée, en la faisant passer à 3 950 MW, pour un coût estimé à 2.4 milliards USD.
L’électricité est vendue à perte. Les coûts de production/distribution s’élèvent à 9.5 cents USD par kilowattheure (kWh) et le tarif moyen est de 7.53 cents au niveau national, contre 8.8 cents au niveau régional en 2009. Cependant, les pertes sont sous-évaluées car diverses opérations de maintenance ne sont pas effectuées. L'Autorité de fourniture d'électricité au Zimbabwe (Zimbabwe Electricity Supply Authority - ZESA) doit quelque 300 millions USD aux fournisseurs implantés au Zimbabwe et dans les pays voisins. De leur côté, les particuliers et la clientèle industrielle et commerciale, dont les compagnies minières, lui doivent environ 360 millions USD. La ZESA pense pouvoir recouvrer la majeure partie de ces arriérés.
En 2009, un total de 7 050 gigawatts a été vendu, soit approximativement un tiers de moins que durant le pic de 2005. D’après les prévisions, la consommation va progresser de plus de 8 % par an jusqu’en 2020, puis se contracter, à un peu plus de 3 % par an, jusqu’en 2030, date à laquelle elle devrait avoir triplé par rapport à son niveau actuel, mais atteindra à peine le double du pic de 2005.
Le pays doit en priorité remédier à ses problèmes d’infrastructure s’il veut amorcer une reprise et une croissance économique rapides et durables.
Partenaires économiques émergents
L’Afrique du Sud, l’une des puissances mondiales émergentes, représente, et de loin, le premier partenaire commercial du Zimbabwe. Ce grand voisin prédomine dans les importations comme les exportations. C’est depuis toujours le principal investisseur étranger, et sa prépondérance se fait notamment ressentir dans l'extraction d'or et de platine.
L’entreprise sud-africaine Metallon Gold s'avère le plus gros producteur d’or au Zimbabwe, tandis que les trois producteurs et exportateurs de platine sont détenus par des intérêts sud-africains. Dans le secteur de la distribution, le groupe Pick'n Pay a récemment porté à 49 % sa participation dans TM Supermarkets, l’une des principales chaînes de supermarchés au Zimbabwe. Les grands distributeurs sud-africains (Edgars, Truworths, Woolworths et Shoprite), bien implantés, ont pour certains des projets d'expansion.
La Chine devient un partenaire commercial plus important, mais sa part de marché reste modeste, avec 4 % des importations et 3.4 % des exportations. De son côté, l’Inde représente 0.85 % des importations et 1.4 % des exportations, tandis que les Émirats arabes unis fournissent 0.6 % des importations du Zimbabwe et achètent 1.2 % des exportations du pays.
La Chine apporte surtout une aide financière substantielle. En 2007, la China Exim Bank a accordé un prêt de 200 millions USD pour l’achat d’intrants agricoles, et Farmers World, une entreprise de l'agro-industrie locale, a reçu 60 millions USD de crédits. Les entreprises d’État zimbabwéennes dépendent de plus en plus des financements de la Chine, dont les prêts et crédits au Zimbabwe ont totalisé plus de 330 millions USD entre 2002 et 2007. Le plus gros investissement direct de la Chine a porté sur le rachat par Sinosteel du principal exportateur de ferrochrome zimbabwéen, Zimasco. En outre, beaucoup de petites et moyennes entreprises à capitaux chinois opèrent dans les activités minières, la distribution ou le négoce du coton et du tabac.
L’Inde est encore relativement peu présente, mais, comme la Russie, elle a des projets d’expansion dans l’industrie diamantifère. Fin 2010, la société Essar African Holdings, à capitaux indiens mais immatriculée à Maurice, a acquis une part majoritaire dans Zimbabwe Iron and Steel Company (Zisco), une entreprise d’État.
Contexte politique
Après les résultats contestés des élections de 2008, les trois principaux partis politiques du pays ont signé un accord en septembre de la même année et constitué un gouvernement d’union nationale en février 2009.
L'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), le parti du président Robert Mugabe, partage ainsi le pouvoir avec le Mouvement pour un changement démocratique (MDC), conduit par le Premier ministre Morgan Tsvangirai, ainsi qu'avec la faction dissidente du MDC dirigée par le vice-Premier ministre Arthur Mutambara.
L’accord de 2008 prévoyait que le gouvernement d’union nationale organise de nouvelles élections sous deux ans. Une nouvelle Constitution devait être élaborée fin 2010 et approuvée par référendum. Or, ces délais ont été dépassés. Un sommet sur la politique, la défense et la sécurité de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) s'est tenu fin mars 2011 en Zambie, pour noter un progrès insuffisant et exprimer quelque impatience sur la mise en œuvre de l'accord de 2008. Ce sommet a conclu que le gouvernment d'union nationale devait prendre les mesures nécessaires pour organiser des élections, y compris la finalisation de l'amendement constitutionnel et le référendum.
D’après les milieux d’affaires, il existe un risque réel de voir les tensions politiques liées aux élections anéantir les progrès économiques des deux dernières années.
Carte du pays
Documents associés
- Zimbabwe - Note de pays complète (590 kB)
- Zimbabwe - Note de pays courte (54 kB)





Contexte social et développement des ressources humaines
Dans son Rapport sur le développement humain 2010, le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) classe le Zimbabwe à la dernière place sur 169 pays, même s’il ne dispose pas de chiffres précis pour la plupart des indicateurs sociaux. Le Zimbabwe, la République démocratique du Congo (RDC) et la Zambie sont les trois pays où l’indice de développement humain est aujourd’hui plus faible qu’en 1970. L’indice du Zimbabwe a culminé en 1990 mais représente actuellement à peine plus d’un tiers de la moyenne de l’Afrique subsaharienne.
Le Zimbabwe affiche un coefficient de Gini (mesure des inégalités) très élevé, à 50.1, et des niveaux de pauvreté substantiels. D’après le rapport du Pnud, non seulement ce pays est l’un des plus pauvres du monde, mais il est aussi bien plus pauvre qu’il ne l’était en 1970.
Selon le rapport 2010 du Pnud sur les progrès accomplis par le pays vers la réalisation des OMD, 72 % des Zimbabwéens vivaient en-dessous du seuil de pauvreté en 2003, et on estime que cette proportion dépasse à présent 80 % (contre 55 % en 1970). Bien qu’aucun chiffre précis sur l’emploi ne soit disponible, ce rapport évalue le taux de chômage à 80 %.
Les indicateurs sociaux ne se sont pas tous dégradés pendant la récession. Ainsi, le taux de fréquentation de l’école primaire est estimé à 91 % et, même s’il est nettement inférieur à son pic de 2002 (98.5 %), cela reste un excellent résultat pour un pays à revenu faible. De plus, le VIH/sida est en recul, avec une prévalence chez les plus de 15 ans passée de 23.7 % en 2001 à 13.7 % en 2009.
Néanmoins, outre la stabilisation de son économie, le Zimbabwe doit déployer des efforts importants pour progresser vers la réalisation des OMD d’ici l'échéance de 2015.