Tunisie
Vue d'ensemble
Jusqu’ici, la Tunisie gère relativement bien les conséquences de la récente crise mondiale. Si le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel a enregistré une baisse significative, passant à 3.1 % en 2009 (contre 6.3 % en 2007 et 4.6 % en 2008), ce recul a en partie été compensé par une bonne récolte céréalière et par une forte activité dans les secteurs des industries extractives et de l’énergie.
Le ralentissement de la croissance observé en 2009, qui est essentiellement dû à une baisse des exportations de produits manufacturés vers le marché européen, aurait pu être plus important. En outre, l’économie a réussi à absorber les chocs du démantèlement de l’Accord multifibres (AMF) et des tarifs douaniers de pays comme la Turquie, la Jordanie, l’Égypte et le Maroc vis-à-vis de l’Union européenne (UE).
La Tunisie a su également résister aux chocs de la hausse mondiale des prix des carburants et des produits céréaliers. En effet, le taux d’inflation n’a été que de 3.5 % en 2009 (contre 5.1 % en 2008), grâce à la politique de compensation des prix des produits de base, à la baisse des cours mondiaux de ces mêmes produits et à la poursuite d’une politique monétaire prudente. Toutefois, bien que le pays ait été relativement épargné par la crise mondiale sur le plan financier, il continuera de faire face dans les deux prochaines années aux effets réels de la baisse de la demande européenne. Cette baisse risque d’affecter davantage la production et les exportations de composants automobiles et d’articles de confection. Néanmoins, la crise pourrait offrir des opportunités d’investissements étrangers : cherchant à réduire leurs coûts, les entreprises des pays industrialisés seront amenées à délocaliser davantage, ce qui devrait bénéficier en partie à la Tunisie.
L’effet total pourrait être positif. L’économie est bien diversifiée et certaines mesures visant à limiter les effets négatifs de la crise ont été adoptées. Dans une première phase, des interventions ont été effectuées en faveur du système bancaire et financier. Elles ont permis d’assurer la sécurité du secteur, de préserver l’activité ordinaire du marché monétaire et de la bourse, mais aussi de reculer l’échéance de la libéralisation du compte de capital de 2010 à 2014. Dans une deuxième phase, des mesures en faveur des entreprises ont été prises et ont touché les deux leviers de la croissance – les exportations et la demande intérieure. À ce titre, la politique adoptée en 2009 est fondée sur i) la relance de la demande intérieure, à travers l’augmentation des salaires et la dynamisation de l’investissement public ; ii) la promotion des petites et moyennes entreprises (PME), en agissant sur leurs coûts de production et sur leur compétitivité ; et iii) le soutien aux exportateurs. Malgré ces mesures toutefois, les résultats en matière d’emploi, particulièrement chez les jeunes diplômés des universités, sont faibles et se détériorent. Le taux de chômage moyen a été de 14.1 % en 2008. Il a culminé à 30 % pour la tranche des 20-24 ans et est estimé à 19 % pour les diplômés des universités. Ce taux élevé nuit à la croissance de long terme, réduit l’incitation à investir dans l’éducation et conduit à un gaspillage des ressources publiques. D’ailleurs, l’édition 2009/10 du rapport sur la compétitivité du Forum économique mondial (FEM) de Davos a classé la Tunisie 98e sur 133 pays en matière d’efficacité du marché du travail et 108e pour l’existence de rigidités dans le marché de l’emploi.
Pour relever ces défis, la Tunisie doit transformer sa structure de production actuelle, dominée par les secteurs à faible taux d’encadrement et intensifs en main-d’œuvre non qualifiée, au profit de nouveaux secteurs structurellement intensifs en main-d’œuvre qualifiée et, surtout, à haute valeur ajoutée, capables de hisser le taux de croissance national à un palier supérieur.
Par ailleurs, l’édition 2010 du rapport Doing Business de la Banque mondiale a classé la Tunisie parmi les dix premiers pays du monde arabe, grâce à ses réformes importantes du système fiscal, de la sécurité sociale et du commerce extérieur. Le pays a introduit le paiement électronique (télédéclaration et téléliquidation), réduisant ainsi la fréquence des paiements, le temps requis pour payer les impôts, l’évasion fiscale et les coûts de transaction. Il permet aux entreprises de remplir les formulaires de charges sociales en ligne et a également mis en place un guichet unique virtuel (Tunisian Trade Net) dans le but de simplifier les procédures du commerce extérieur. Les réformes du système fiscal, conjuguées à la rationalisation des dépenses publiques, ont permis d’améliorer les indicateurs des finances publiques.
Des élections présidentielles et législatives ont eu lieu en 2009. Les Tunisiens ont réélu le président Zine el-Abidine Ben Ali le 25 octobre, avec 89.62 % des voix. Celui-ci a donc entamé un nouveau mandat de cinq ans.
Figure 1 : Taux de croissance du PIB réel et PIB par habitant (USD en PPA à prix courants)
Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques
| 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB | 4.6 | 3.1 | 4.0 | 4.5 |
| Inflation IPC | 5.1 | 3.5 | 3.1 | 3.4 |
| Balance budgétaire % PIB | -0.8 | -3.9 | -3.5 | -2.8 |
| Balance courante % PIB | -4.2 | -2.7 | -1.1 | -1.3 |
Développements économiques récents et perspectives
Figure 2 : Ventilation sectorielle du PIB, 2008 (en pourcentage)
En 2009, le taux de croissance estimé de l’économie tunisienne a été révisé à la baisse, à 3.1 % (contre 4.6 % en 2008) – un chiffre qui reste satisfaisant dans un contexte international difficile marqué, fin 2008, par les premières retombées de la crise financière et une forte baisse de la production nationale des industries manufacturières (-6.0 %). La relative bonne tenue de l’économie tunisienne s’explique essentiellement par l’augmentation de la production agricole et de la pêche (+6.0 %), grâce à une année pluvieuse, et par la hausse de la production des industries extractives non manufacturières (+5.3 %), dont les mines (+6.7 %) et les hydrocarbures (+13.0 %). La croissance devrait repartir grâce à l’amélioration de l’environnement international : fin 2009, certains indicateurs semblaient confirmer la reprise de l’activité économique dans la majorité des pays industrialisés.
La croissance tunisienne devrait ainsi retrouver un rythme plus habituel de 4 % en 2010 et de 4.5 % en 2011. La moindre demande extérieure, notamment européenne, a diminué la croissance de la valeur ajoutée des industries manufacturières de l’ordre de 6.0 %, contre +4.5 % en 2008. Cette baisse a surtout touché les industries du textile, habillement et cuir (-13 %), en raison de la diminution du pouvoir d’achat des consommateurs européens, mais aussi les industries mécaniques et électriques (-11 %), en lien avec la baisse des ventes de voitures à l’échelle mondiale, ainsi que les industries chimiques (-8 %).
L’économie reste encore largement duale, entre un secteur offshore dynamique, exportateur et engagé dans la mondialisation, souvent détenu par des capitaux étrangers, et un secteur tourné vers le marché national. Celui-ci, relativement protégé de la concurrence internationale, doit poursuivre un effort important d’adaptation. Ainsi, les perspectives de croissance de l’économie tunisienne sont entravées par la structure productive actuelle, qui ne permet pas la réalisation d’un palier de croissance supérieur. Cette structure présente deux faiblesses : i) la forte dépendance vis-à-vis de la demande européenne et des conditions agro-écologiques, qui rend la croissance fluctuante ; et ii) la forte spécialisation dans la production des biens intensifs en main-d’œuvre non qualifiée à faible valeur ajoutée (textile et habillement, industrie électrique et mécanique). Cette situation cantonne la croissance à des niveaux insuffisants pour absorber l’ensemble des nouveaux demandeurs d’emploi et réduire le chômage des diplômés de l’enseignement supérieur.
Par conséquent, la Tunisie doit développer de nouveaux secteurs capables de monter en gamme (intégrer le design, la conception et l’imitation) et qui dépassent l’assemblage et la sous-traitance. Cette stratégie permettrait de réaliser des taux de croissance supérieurs, d’absorber la main-d’œuvre qualifiée et de réduire le gaspillage des ressources. Cette transformation structurelle exige une adaptation de l’environnement économique et social qui implique, à son tour, un changement qualitatif dans le mode d’interaction entre l’administration publique, l’université, les centres de recherche, le secteur financier, le fonctionnement du marché du travail et les entreprises privées.
En 2009, le secteur des services – qui contribue à environ 45.8 % du PIB – a crû à un rythme soutenu, de l’ordre de 5.5 %. Cette évolution s’explique largement par la croissance de 15 % du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) et de celle des institutions financières, avec un taux de 4 %. Conformément à l’objectif des autorités, la contribution des TIC au PIB devrait atteindre 13.5 % en 2012, contre 11.4 % en 2009. En outre, l’année 2010 sera caractérisée par l’introduction sur le marché tunisien de Divona Telecom Orange, le troisième opérateur fixe, mobile et Internet. L’arrivée de cet opérateur sur le marché devrait permettre une amélioration des services, une diminution des prix et une plus grande concurrence dans le secteur des télécommunications. En 2009, 88 % de la population étaient abonnés aux réseaux téléphoniques mobiles, 33.6 % à Internet et 11 % disposaient d’un ordinateur, contre respectivement 82.7, 27.1 et 9.6 % en 2008. Ces résultats confirment l’évaluation récente de la Banque mondiale qui classe la Tunisie à la première place en Afrique en termes de densité téléphonique et en nombre d’ordinateur par habitant, mais aussi à la première place en Afrique du Nord concernant l’indice d’accès aux TIC. L’indice NRI (Networked Readiness Index) 2009/10 du Global Information Technology Report (GITR), publié par le FEM et qui évalue dans quelle mesure les pays sont prêts à utiliser efficacement les TIC, place la Tunisie au 39e rang, devant l’Inde (43e), la Grèce (56e) et le Maroc (88e).
Malgré l’émergence des TIC en tant que secteur stratégique du pays et malgré la crise mondiale, l’activité touristique reste un secteur moteur de l’économie tunisienne. Cette activité a enregistré une croissance de 1 % en 2009 (contre 4 % l’année précédente). Cependant, au terme des onze premiers mois de l’année 2009, près de 6.5 millions d’hôtes étrangers auraient visité le pays, soit une diminution de 2.6 % par rapport à la même période en 2008. Le nombre de nuitées et le taux d’occupation ont affiché une baisse de l’ordre de respectivement 7.8 et 4.3 %. Malgré tout, les recettes touristiques sont en hausse (d’environ 1 %, soit l’équivalent de 3.21 milliards de dinars tunisiens [TND]).
La stratégie de développement adoptée par la Tunisie s’appuie sur deux leviers de croissance : la demande intérieure et les exportations. En 2009, alors que la demande intérieure a continué de contribuer considérablement à la croissance du PIB réel (de l’ordre de 2 %), celle des exportations a été négative (-2.4 %). La consommation finale contribue à hauteur de 2.5 %, tirée principalement par les ménages, dont la consommation représente 62.8 % du PIB en 2009 (contre 62 % en 2008), participant pour 1.9 % à la croissance. Cette évolution s’explique par les hausses de salaires obtenues à l’issue des négociations triennales. La consommation et l’investissement publics ont aussi augmenté en 2009, de respectivement 4 et 1.5 %, contribuant ainsi pour 0.6 et 0.1 % à la croissance.
En matière de compétitivité globale, la Tunisie se situe en première position dans son environnement régional (Maghreb et Afrique). Elle a été classée première des pays du Maghreb et d’Afrique par le rapport 2008/09 du FEM sur la compétitivité, 5e dans le monde arabe et 36e au niveau mondial – sur un total de 134 pays. Cependant, elle a perdu quatre places dans le rapport de 2009/10, à la 40e place sur 133 pays. Selon ce rapport, la Tunisie doit relever les défis de l’inefficience du marché du travail (98e place), avec notamment la présence de rigidités (108e place), le processus inadéquat de la formation des salaires (118e place), la présence de taxes élevées (108e place) et la faible participation des femmes dans la force de travail (124e place). En outre, selon l’indice de liberté économique 2009 publié par Heritage Foundation et le quotidien Wall Street Journal, la Tunisie est classée 98e sur 179 pays. Ce rapport analyse la liberté économique selon des critères allant de la liberté d’investissement et du commerce à la flexibilité de l’emploi.
Tableau 2 : Composantes de la demande
| 2001 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Formation brute de capital | 27.9 | 27.6 | -0.5 | 0.6 | 1.9 |
| Formation brute de capital - Publique | 6.3 | 4.9 | 0.1 | -0.4 | 0.1 |
| Formation brute de capital - Privée | 21.6 | 22.7 | -0.6 | 0.9 | 1.8 |
| Consommation finale | 76.7 | 75.9 | 2.5 | 2.2 | 3.5 |
| Consommation finale - Publique | 15.6 | 13.9 | 0.6 | 0.6 | 0.7 |
| Consommation finale - Privée | 61.1 | 62.0 | 1.9 | 1.6 | 2.8 |
| Solde extérieur | -4.6 | -3.4 | 1.1 | 1.3 | -1.0 |
| Secteur externe - Exportations | 47.7 | 60.8 | -2.4 | 2.0 | 2.3 |
| Secteur externe - Importations | -52.3 | -64.3 | 3.5 | -0.7 | -3.3 |
| Taux de croissance du PIB, en volume | - | - | 3.1 | 4.0 | 4.5 |
Politiques macro-économiques
Les politiques budgétaires et monétaires prudentes menées par la Tunisie lui ont permis de minimiser l’impact de la crise mondiale sur la croissance et le chômage, tout en assurant la stabilité macro-économique.
Politique budgétaire
Le recul de la croissance en 2009 a entraîné une réduction des ressources fiscales et un creusement du déficit budgétaire, de 0.8 % en 2008 à 3.9 % du PIB en 2009. Ce ratio devrait s’élever à 3.5 % du PIB en 2010. Parallèlement, les indicateurs de la dette extérieure ont continué à s’améliorer (ratio de la dette extérieure par rapport au PIB limité à 41.5 % en 2009 contre 42.6 % en 2008), alors que ceux de la dette publique domestique ont continué à se détériorer, passant de 47.5 % du PIB en 2008 à 48.7 % en 2009. Cette aggravation du déficit budgétaire a été enregistrée malgré la baisse des subventions à la suite du repli des cours mondiaux des produits alimentaires et pétroliers.
Ce creusement du déficit budgétaire s’explique essentiellement par la nette diminution des recettes fiscales totales, qui sont passées de 26.5 % du PIB en 2008 à 23.1 % en 2009, alors que les dépenses totales de l’État ont légèrement diminué, de 27.3 % du PIB à 27.0 %. Les autorités publiques ont financé ce déficit budgétaire en empruntant sur le marché domestique, sans affecter les crédits accordés à l’économie, en raison de l’abondance des liquidités du système bancaire. L’évolution à la baisse des recettes fiscales s’explique en partie par la poursuite de la réduction des droits de douanes et des taxes aux entreprises en difficulté pour atténuer les effets négatifs de la crise financière mondiale. La réduction de la taxe douanière vise à stimuler les échanges économiques et à renforcer l’avantage compétitif du pays. Pour soutenir les entreprises en difficulté et limiter le chômage, le gouvernement a décidé une baisse de la pression fiscale, notamment au titre de l’impôt sur les bénéfices et de certains éléments du coût de production. Néanmoins, pour préserver leurs rentrées financières et assurer l’équilibre des grands agrégats économiques, les autorités ont récemment adopté, en parallèle, des mesures fiscales compensatoires pour limiter l’évasion fiscale, via la révision en baisse du régime forfaitaire.
Les autorités tunisiennes ont par ailleurs pris des mesures pour contenir l’impact de la crise mondiale, avec notamment un programme de relance budgétaire évalué à environ 1.4 % du PIB. Elles ont aussi poursuivi des politiques visant à améliorer le climat des affaires, en simplifiant notamment les procédures douanières et en créant de meilleures infrastructures d’appui logistique au commerce international. Elles comptent également instituer un « médiateur fiscal » afin de régler les litiges liés à la déclaration fiscale avant l’engagement d’une procédure judiciaire, ce qui devrait réduire le nombre de redressements fiscaux.
L’utilisation partielle des recettes de privatisation pour le remboursement de certains emprunts a permis de réduire le ratio de la dette publique jusqu’à l’année 2008 (53.7 % du PIB en 2006, 50.0 % en 2007 et 47.5 % en 2008). Cependant, ce ratio a repris une tendance légèrement haussière à partir de 2009 pour atteindre 48.7 % du PIB. Il devrait s’établir à 49 % en 2010. Malgré tout, la dette publique reste relativement élevée par rapport à celle de plusieurs autres pays similaires.
Tableau 3: Opérations financières de l'État (en pourcentage du PIB)
| 2001 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Recettes totales (avec dons) | 24.7 | 23.6 | 23.9 | 26.5 | 23.1 | 23.0 | 23.8 |
| Recettes fiscales | 21.6 | 20.5 | 20.8 | 22.4 | 19.3 | 19.3 | 20.1 |
| Dons | 0.3 | 0.1 | 0.1 | 0.4 | 0.1 | 0.1 | 0.1 |
| Autres revenus | 2.8 | 3.0 | 3.0 | 3.6 | 3.6 | 3.6 | 3.6 |
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) | 28.1 | 26.5 | 26.7 | 27.3 | 27.0 | 26.5 | 26.7 |
| Dépenses courantes | 19.4 | 20.1 | 20.1 | 20.8 | 20.7 | 20.8 | 21.0 |
| Sans les intérêts | 16.4 | 17.4 | 17.5 | 18.5 | 18.6 | 18.5 | 18.7 |
| Salaires | 11.9 | 11.8 | 11.6 | 11.4 | 11.3 | 11.2 | 11.4 |
| Biens et services | 1.7 | 1.8 | 1.7 | 1.7 | 1.6 | 1.7 | 1.7 |
| Intérêts | 3.1 | 2.7 | 2.6 | 2.3 | 2.1 | 2.3 | 2.3 |
| Dépenses en Capital | 8.2 | 6.1 | 5.9 | 6.4 | 6.2 | 5.6 | 5.5 |
| Solde primaire | -0.4 | -0.2 | -0.2 | 1.5 | -1.8 | -1.2 | -0.5 |
| Solde global | -3.5 | -2.9 | -2.8 | -0.8 | -3.9 | -3.5 | -2.8 |
Politique monétaire
La mission principale de la politique monétaire tunisienne vise la préservation de la stabilité des prix (conformément à l’article 33 de la loi n° 2006-26 du 15 mai 2006 modifiant la loi n° 58-90 du 19 septembre 1958 portant création et organisation de la Banque centrale de Tunisie [BCT]). Le taux d’inflation calculé sur la base de l’indice des prix à la consommation a régressé entre 2008 et 2009, de 5.1 à 3.5 %. Cette baisse des prix s’explique essentiellement par la diminution des cours mondiaux des produits de base et du pétrole. Cette tendance devrait se maintenir en 2010, avec un taux d’inflation prévu de 3.1 %. A la lumière de cette évolution, la BCT a décidé de maintenir inchangé le taux d’intérêt directeur et de poursuivre les efforts pour relancer l’activité économique, apporter le soutien aux entreprises et fournir le financement approprié à l’économie, tout en préservant les équilibres financiers. Ainsi, de nouveaux instruments ont été instaurés en 2009 pour la conduite de la politique monétaire, en mettant à disposition des facilités permanentes de dépôts et de crédits auxquelles les banques peuvent recourir de leur propre initiative, tant pour satisfaire leur besoin de liquidités que pour placer leur excédent auprès de la BCT. Cette mesure doit permettre aux banques résidentes d’améliorer leur situation financière et de prêter davantage aux entreprises affectées par la crise mondiale.
S’agissant de la politique de change, les autorités monétaires ont cherché à aligner le taux de change effectif réel (TCER) sur ses fondamentaux et à ancrer cette politique sur leur objectif de moyen terme d’un taux de change flottant. Cette relative flexibilité du régime de change s’est traduite par une dépréciation tendancielle du TCER alimentée par des chocs négatifs persistants sur les termes de l’échange et par l’ouverture de l’économie sur l’extérieur. Cette dépréciation a renforcé la compétitivité des exportations. Pour les autorités, cette phase de flottement dirigé est une étape intermédiaire qui devrait déboucher sur l’objectif de régime de change flottant, de convertibilité totale du dinar et de mobilité parfaite du capital. Un objectif fixé initialement à 2010, mais repoussé en 2014 en raison de la crise mondiale. En glissement annuel, entre janvier 2009 et le 25 novembre 2009, le dinar tunisien s’est apprécié de 2.8 % vis à-vis du dollar américain, mais il s’est déprécié de près de 3.1 % par rapport à l’euro.
Position extérieure
La politique d’ouverture de la Tunisie sur l’économie mondiale n’a pas été remise en cause par l’impact de la crise économique et financière mondiale. Les autorités ont décidé de poursuivre la baisse des taxes douanières pour répondre aux engagements internationaux (Organisation mondiale du commerce [OMC], Accords d’Agadir, Union du Maghreb arabe [UMA], accords de libre-échange, etc.) et stimuler les échanges économiques avec l’extérieur. Depuis le 1er janvier 2008, la Tunisie constitue une zone de libre-échange avec l’UE pour les produits industriels. Cela signifie que tous les produits industriels d’origine européenne entrent en franchise douanière en Tunisie – un privilège que les produits tunisiens avaient obtenu dès 1998 pour l’accès au marché communautaire. Il ne s’agit en fait que de la dernière étape d’un processus de démantèlement progressif engagé depuis 1996. Le pays entend également mettre à profit les autres accords de libre-échange conclus au niveau bilatéral (Maroc, Jordanie et Turquie) et au plan régional et multilatéral avec les pays de la ligue arabe (à travers la Grande zone arabe de libre-échange [Gafta]), l’Association européenne de libre-échange (Norvège, Suisse, Islande) et les pays signataires de l’Accord d’Agadir (Maroc, Égypte, Jordanie).
La Tunisie a également conclu un accord commercial préférentiel avec l’Algérie. L’accord stipule un nombre d’avantages pour l’échange des produits industriels d’origine tunisienne ou algérienne. Des exonérations totales sont instituées dans le cadre de quotas tarifaires annuels au profit de deux listes de produits agricoles. L’accord ne concerne pas la libéralisation des échanges des produits agricoles et agro-alimentaires. La discussion de ce dossier a été reportée à 2014. La Tunisie négocie actuellement un traité de libre-échange avec son voisin.
La Tunisie et la Libye collaborent davantage sur le plan économique, notamment pour la construction d’un oléoduc vers la Tunisie. Un câble électrique sous-marin est aussi prévu, qui reliera le pays à l’Italie. La Tunisie a également adopté le protocole euro-méditerranéen de cumul de l’origine, en vue de renforcer davantage son intégration économique et commerciale. Au terme de ce processus, la Tunisie aura ainsi parachevé une série d’accords de libre-échange, conformément à la déclaration de Barcelone qui vise à instaurer une zone de libre-échange euro-méditerranéenne en 2010 constituée de plus de 700 millions de consommateurs. D’autres accords devront être conclus avec des pays africains afin d’ouvrir de plus larges opportunités pour les exportations du pays. Les négociations sur un accord de libre-échange avec les États-Unis sont dans une impasse depuis le lancement des discussions exploratoires en juin 2005.
En parallèle et pour limiter l’effet de détournement du commerce, la Tunisie a réduit les droits de douane sur les produits originaires des autres pays via, d’une part, des accords de libre-échange (à l’instar de l’Accord d’Agadir entré en vigueur en 2007) et, d’autre part, une baisse unilatérale de ses taux de droit commun et une exonération ou réduction de droits pour un certain nombre de produits importés (abaissement des taux de droit commun de 22 à 17 % et de 73 à 60 %, exonération de droits pour les biens d’équipement et matières premières n’ayant pas d’équivalent local). Dans le cadre du renforcement de l’UMA, une institution bancaire maghrébine dont le siège est établi en Tunisie, a été lancée en janvier 2010 pour financer, notamment, des projets agricoles et industriels.
En outre, le pays compte parmi les principaux initiateurs de l’Union pour la Méditerranée. Cette union d’États bordant la mer Méditerranée vise à favoriser le partage des ressources et des idées dans les domaines de l’énergie, de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme, de la corruption, du crime organisé et de l’immigration clandestine. Toutefois, cette initiative est bloquée en raison du conflit au Proche-Orient.
La Tunisie a connu une très forte baisse de la valeur de ses échanges commerciaux au cours de l’année 2009. Les exportations ont reculé de 17.6 % et les importations de 15.0 %. La faible réduction du déficit commercial a entraîné aussi une baisse du déficit des paiements courants. En 2009, la baisse du déficit commercial est de l’ordre de 381 millions TND par rapport à 2008. Ce déficit représente 8.7 % du PIB, contre 9.8 % en 2008, alors que le déficit des paiements courants est de 2.7 % du PIB (contre 4.2 % en 2008). La baisse en valeur des exportations et des importations a touché presque tous les secteurs et les produits. Les produits miniers ont enregistré le plus fort repli, avec -56.0 % à l’export et -38.4 % à l’import, suivis par les produits chimiques (-43.0 % et -26.6 %), l’énergie (-35.1 % et -42.5 %), les produits des industries agro-alimentaires (-17.5 % et -18.6 %), les produits du secteur cuir et chaussures (-9.6 % et -1.4 %), les textiles et l’habillement (-8.7 % et -8.4 %), les matériaux de construction (-7.0 % et +12.2 %), les machines et matériels mécaniques (-6.1 % et -5.5 %), les produits de l’agriculture et de la pêche (-6.0 %et -32.6 %) et, enfin, les machines et matériels électriques (-3.7 % et -1.4 %). Les activités commerciales de la Tunisie avec ses principaux partenaires sont en progression : on observe une croissance de 6.2 % avec les pays de l’UMA et de 7 % avec les pays d’Extrême-Orient. L’excédent commercial au profit de la Tunisie, provient principalement de la France, de l’Iran, de la Libye et de l’Italie.
Le ratio de la dette extérieure a connu une baisse entre 2008 et 2009 et l’analyse de soutenabilité ne montre aucun signe de fragilité. En fait, la Tunisie bénéficie d’une situation financière plutôt enviable et d’une image positive auprès des donneurs tant multilatéraux que bilatéraux. Le service de la dette est passé de 10.7 % des exportations en 2008 à 14.3 % en 2009. En 2010 et 2011, on s’attend à un ratio de respectivement 12.6 et 10.3 %.
Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)
| 2001 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Balance commerciale | -11.8 | -8.1 | -8.1 | -9.8 | -8.7 | -7.7 | -8.6 |
| Exportations de biens (f.o.b.) | 33.2 | 37.6 | 42.5 | 46.9 | 44.6 | 47.3 | 46.7 |
| Importations de biens (f.o.b.) | 45.0 | 45.7 | 50.6 | 56.7 | 53.2 | 55.1 | 55.3 |
| Services | 7.4 | 5.9 | 5.9 | 6.5 | 6.6 | 7.4 | 8.0 |
| Revenu des facteurs | -0.2 | -0.3 | -0.9 | -1.3 | -1.4 | -1.3 | -1.3 |
| Transferts courants | 0.4 | 0.5 | 0.5 | 0.5 | 0.8 | 0.6 | 0.6 |
| Solde des comptes courants | -4.2 | -2.0 | -2.6 | -4.2 | -2.7 | -1.1 | -1.3 |
Figure 3 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)
Questions structurelles
Développement du secteur privé
La Tunisie offre un climat d’investissement attrayant, grâce aux nombreuses mesures d’encouragement visant les investisseurs étrangers. Elle est classée 69e sur un total de 183 pays pour le climat des affaires dans l’édition 2010 du rapport Doing Business de la Banque mondiale et 65e sur 180 pays dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Pour l’ensemble des agences de notation internationales – comme Standard and Poor’s, Moody’s, Fitch et Rating and Investment Information, Inc. (R&I) – le risque de défaillance de la Tunisie sur sa dette extérieure est faible.
La Tunisie est engagée depuis 1986 dans un processus de privatisation. Ce processus a constitué un élément important dans l’instauration de l’économie de marché, le développement de l’investissement privé, le désengagement de l’État de certains secteurs concurrentiels et l’allégement des finances publiques du fardeau de certaines entreprises, constamment déficitaires. Entre 1987 et 2009, 219 entreprises ont été privatisées, rapportant 5 976 millions TND. Près de 90 % des investissements sont étrangers. En 2009, cinq entreprises publiques ont été privatisées et ont rapporté au budget de l’État des recettes totalisant près de 100 millions TND. En 2010, le programme de privatisations concerne 12 entreprises, dont trois sous forme de concessions.
Autres développements récents
Le secteur financier n’a pas subi les effets directs de la crise mondiale, en raison d’un système de titrisation trop limité, de prêts financiers accordés à des taux d’intérêt fixes prenant en compte la capacité de remboursement des bénéficiaires et ne représentant que 10 % des engagements bancaires, de participations étrangères à la bourse de Tunis limitées à 25 % de la capitalisation financière et de placements des réserves tunisiennes en devises, régis par des règles prudentielles strictes.
Pour autant, les autorités ont poursuivi leur stratégie de long terme d’assainissement du secteur bancaire. Ce qui a conduit à une baisse du taux de créances douteuses en pourcentage des créances totales de 17.6 % en 2007 à 15.5 % en 2008 et à une augmentation du taux de provisionnement de 53.2 % en 2007 à 56.8 % en 2008. Les autorités ont l’intention de poursuivre cet effort d’assainissement en 2010, afin de renforcer la solidité du système bancaire, compte tenu de l’ouverture progressive du compte de capital et de la libéralisation du dinar en 2014. Elles souhaitent par ailleurs adapter les cadres réglementaires et de contrôle de l’évolution du secteur et aborder le contrôle bancaire dans une optique plus prospective.
La Tunisie a lancé des mégaprojets d’infrastructure dans l’intention de devenir un centre international de commerce et de services et de s’intégrer davantage à son environnement international et régional. Les chantiers ouverts dans le Grand Tunis (le gouvernorat de l’Ariana) et dans d’autres zones, comme Enfidha (entre Sousse et Hammamet), ont permis de créer de nombreux emplois et d’attirer des financements extérieurs. Il s’agit notamment de l’aéroport international d’Enfidha, dont la mise en exploitation est attendue en mars 2010, avec une capacité d’accueil initiale de 7 millions de voyageurs par an. Cela concerne également le port en eaux profondes qui comportera une zone logistique et d’activités économiques d’une superficie de 2 000 hectares.
La Tunisie a en parallèle programmé de grands projets de promotion touristique visant à propulser l’activité économique. Citons notamment la Cité sportive de Tunis, promue par le groupe émirati Abou Khater sur une superficie de 256 hectares dans la banlieue Nord de Tunis (les berges du lac) ou le Tunis Financial Harbour (TFH) : ce port, qui constitue le premier centre de services financiers offshore de la région d’Afrique du Nord, sera réalisé en 2014 à El-Hassiane dans la délégation de Kalaat El-Andalous (Ariana). Il comprendra une infrastructure financière moderne. Des travaux seront engagés en 2010 au niveau de l’entrée du port, représentant environ 35 % de son coût total estimé à 3 milliards USD (près de 4 milliards TND).
Le pont Radès-La Goulette, mis en service le 21 mars 2009, relie les trois gouvernorats de Tunis, de Ben Arous et de l’Ariana. Cet ouvrage imposant d’une hauteur de 20 mètres au-dessus du niveau de la mer et fixé par deux tours d’une hauteur de 45 mètres chacune permet la fluidité de la circulation des personnes et des marchandises.
Mobilisation des ressources publiques
Les ressources propres de l’État se sont accrues de 19.8 % en 2008, contre 6.7 % pour les dépenses, ramenant le déficit budgétaire à 1.2 % du PIB (contre 2.9 % en 2007). Les réformes du système fiscal et la rationalisation des dépenses publiques ont permis d’améliorer les indicateurs des finances publiques et de lutter contre l’évasion fiscale. En effet, les recettes fiscales (plus de 80 % des ressources totales) ont progressé à un rythme soutenu de 19.1 % en 2008, contre 12.3 % en 2007. Après une baisse en 2007, les recettes non fiscales ont enregistré une augmentation substantielle en 2008. Cette augmentation provient des excédents des entreprises publiques versés à l’État. De leur côté, les dons ont augmenté à la suite de la consolidation de l’appui budgétaire de l’UE, aussi bien au niveau global que sectoriel. La part des recettes fiscales tend à baisser légèrement en faveur des recettes non fiscales, en raison notamment du démantèlement des tarifs douaniers lié à l’instauration de la zone de libre-échange.
Le cadre de la politique fiscale est généralement défini et conçu par les structures centralisées du ministère des Finances, avant d’être approuvé par les deux chambres (députés et conseillers). En 2008, les impôts directs ont augmenté de 23.3 %, contre 19 % en 2007. Ils représentent en moyenne près de 8 % du PIB durant la période 2002-08. Cette évolution est due à l’augmentation des salaires (2008-10) et des bénéfices des sociétés. De leur côté, les impôts et taxes indirects, établis à 13.5 % du PIB sur la période 2002-08, ont augmenté de 16.3 % en 2008 (contre 8.3 % en 2007). Cette augmentation s’explique par la croissance du PIB et celle des importations (23.8 %) et ce, malgré la poursuite de la réduction du nombre de taux des droits de douanes, passés de 54 en 2003 à onze en 2007 et neuf en 2008.
Sur la période 2002-08, les recettes fiscales ont généré un taux de pression fiscale moyenne de 21 % et un taux hors pétrole de 19 %, en dépit d’un secteur informel relativement développé. Estimée par l’Utica, principale union patronale, la valeur ajoutée du secteur informel se situe entre 15 et 20 % du PIB, formant un manque à gagner fiscal de 3 à 4 % du PIB. Les principales caractéristiques des recettes sont la retenue à la source (fiscalité directe), le privilège fiscal et l’assiette d’imposition, qui varie selon l’origine du produit et la nature de la taxe.
Pour les importations, on trouve les droits de douane, les droits de consommation et les autres droits et taxes qui grèvent la valeur CAF des importations, ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui frappe la valeur CAF des importations majorées de toutes les taxes précédentes. Concernant la production locale, entrent en ligne de compte les droits de consommation et les autres droits et taxes, assis sur la valeur de la production hors taxes, ainsi que la TVA qui grève la valeur de la production majorée des deux taxes précédentes.
Les lois de finances relatives aux années les plus récentes ont comporté des dispositions budgétaires et des mesures visant à améliorer la compétitivité, à promouvoir le social, à actualiser le système comptable et à réconcilier le fisc et le contribuable. La Tunisie fait partie des dix pays les mieux classés dans la région Moyen-Orient-Afrique du Nord (MENA) selon l’édition 2010 du rapport Doing Business grâce, notamment aux réformes engages en matière fiscale. Elle a entrepris de faciliter le paiement des impôts via l’introduction du système de déclaration et de paiement électroniques. Ce système s’appuie sur l’institution de deux régimes. Le premier régime (télédéclaration et télépaiement) a été institué dans le cadre de la loi de finances 2001 en tant que régime volontaire, alors que le caractère obligatoire selon le chiffre d’affaires a été institué en 2005. Ce régime a non seulement réduit la fréquence des paiements et le temps requis pour payer les impôts et remplir les déclarations, mais il a surtout entraîné une progression des taux de déclaration et de paiement, ce qui a réduit le taux d’évasion fiscale et limité ainsi les coûts de transaction liés à la collecte des impôts.
Toutefois, les entreprises adhérentes sont généralement de grande taille et beaucoup de PME sont encore réticentes. Afin de répondre à leurs inquiétudes, les autorités tunisiennes ont introduit la possibilité de remplir une déclaration en ligne tout en payant les impôts en personne dans un bureau des contributions. Ce second régime provisoire (téléliquidation) est entré en application en avril 2008. Ces deux modalités viennent d’être renforcées par une troisième qui permet aux contribuables de payer avec une carte bancaire. En outre, la Tunisie a mis en place le guichet unique virtuel Tunisian Trade Net dans le but de simplifier les procédures du commerce extérieur, bancaires et de transport. Elle a également offert aux entreprises la possibilité de remplir les formulaires de charges sociales en ligne.
S’agissant des contribuables, l’effectif n’a cessé d’augmenter d’une année à l’autre, avec un taux d’accroissement dépassant les 3.5 % durant la période 2006-09. Leur ventilation en personnes physiques et morales est de respectivement 85 et 15 %. Les personnes physiques relèvent dans leur quasi-totalité des commerçants, des artisans et des prestataires de services (93 %). Ils se répartissent également à raison de 78 % en tant que contribuables relevant du régime forfaitaire et 22 % du régime réel.
Le régime forfaitaire constitue une niche d’évasion fiscale parce qu’il permet aux contribuables de déclarer un revenu forfaitaire en général inférieur à celui réalisé et regroupe la masse la plus importante des contribuables (78 %). Pour remédier à cette situation et compte tenu de la modestie du système de contrôle (un vérificateur pour six dossiers), les autorités comptent instituer un régime fiscal spécifique. Il permettra la révision du régime forfaitaire à la baisse, ainsi que l’abattement de 20 % de l’assiette de l’impôt au profit des petites entreprises qui adhèrent aux centres de gestion intégrés pour une période de cinq ans, tout en accordant à ces entreprises un abattement de l’assiette imposable, pour leurs trois premières années d’activité, suivant un taux qui passera graduellement de 75 à 50 %, puis à 25 %.
Contexte politique
En octobre 2009, le président tunisien sortant a été réélu pour un cinquième mandat, avec 89.62 % des suffrages exprimés. M. Ben Ali, 73 ans, est au pouvoir depuis le 7 novembre 1987, date à laquelle il a destitué le premier président de la Tunisie indépendante, Habib Bourguiba. Ce nouveau mandat devrait théoriquement être son dernier : la constitution, amendée en 2002, autorise des mandats successifs mais limite à 75 ans l’âge du candidat à la présidentielle. Le dernier score se situe en dessous de la barre des 90 % et plus réalisés lors des deux premières présidentielles pluralistes (1999 et 2004). Le président a été réélu pour cinq ans face à trois candidats de l’opposition parlementaire, dont les scores ont été les suivants : 5 % pour Mohamed Bouchiha (du Parti de l’Unité populaire), 3.8 % pour Ahmed Inoubli (de l’Union démocratique unioniste) et 1.57 % pour Ahmed Brahim. Ce dernier, sous la bannière d’une coalition de gauche autour de son parti Ettajdid, représentait le véritable « concurrent potentiel », car il critique ouvertement le régime. Les deux autres candidats sont proches du régime et ont d’ailleurs déclaré que leur candidat à la présidence était en fait le président actuel. Aux législatives, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) du président a remporté 161 sièges de députés sur 214 (75 %). Les 53 sièges restants sont départagés à la proportionnelle entre six des huit partis en lice.
Les observateurs internationaux et les partis d’opposition ont dénoncé un fort déséquilibre de la couverture médiatique de la campagne présidentielle au profit du président sortant et quelques irrégularités lors des élections – sans pour autant contester la victoire du président Ben Ali. Sa réélection devrait permettre d’assurer la stabilité du régime à moyen et long termes. Néanmoins, la sécurité reste un problème essentiel en Tunisie, la situation demeurant préoccupante dans l’ensemble de l’Afrique du Nord. En effet, plusieurs incidents survenus dernièrement au Maroc et en Algérie ont démontré que des groupes islamistes militants ont repris leurs activités au Maghreb. En décembre 2006 et en janvier 2007, les forces de sécurité tunisiennes ont combattu et démantelé des groupes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Par ailleurs, la succession à la présidence, qui est essentielle à la stabilité du pays, n’a pas encore été préparée.
Les troubles politiques sont en légère hausse en Tunisie depuis 2007 mais ils restent inférieurs à la moyenne de l’Afrique subsaharienne. En revanche, on note un durcissement du régime surtout en période d’élections.
Figure 1 : Taux de croissance du PIB réel et PIB par habitant (USD en PPA à prix courants)
Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques
| 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB | 4.6 | 3.1 | 4.0 | 4.5 |
| Inflation IPC | 5.1 | 3.5 | 3.1 | 3.4 |
| Balance budgétaire % PIB | -0.8 | -3.9 | -3.5 | -2.8 |
| Balance courante % PIB | -4.2 | -2.7 | -1.1 | -1.3 |
Figure 2 : Ventilation sectorielle du PIB, 2008 (en pourcentage)
Tableau 2 : Composantes de la demande
| 2001 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Formation brute de capital | 27.9 | 27.6 | -0.5 | 0.6 | 1.9 |
| Formation brute de capital - Publique | 6.3 | 4.9 | 0.1 | -0.4 | 0.1 |
| Formation brute de capital - Privée | 21.6 | 22.7 | -0.6 | 0.9 | 1.8 |
| Consommation finale | 76.7 | 75.9 | 2.5 | 2.2 | 3.5 |
| Consommation finale - Publique | 15.6 | 13.9 | 0.6 | 0.6 | 0.7 |
| Consommation finale - Privée | 61.1 | 62.0 | 1.9 | 1.6 | 2.8 |
| Solde extérieur | -4.6 | -3.4 | 1.1 | 1.3 | -1.0 |
| Secteur externe - Exportations | 47.7 | 60.8 | -2.4 | 2.0 | 2.3 |
| Secteur externe - Importations | -52.3 | -64.3 | 3.5 | -0.7 | -3.3 |
| Taux de croissance du PIB, en volume | - | - | 3.1 | 4.0 | 4.5 |
Tableau 3: Opérations financières de l'État (en pourcentage du PIB)
| 2001 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Recettes totales (avec dons) | 24.7 | 23.6 | 23.9 | 26.5 | 23.1 | 23.0 | 23.8 |
| Recettes fiscales | 21.6 | 20.5 | 20.8 | 22.4 | 19.3 | 19.3 | 20.1 |
| Dons | 0.3 | 0.1 | 0.1 | 0.4 | 0.1 | 0.1 | 0.1 |
| Autres revenus | 2.8 | 3.0 | 3.0 | 3.6 | 3.6 | 3.6 | 3.6 |
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) | 28.1 | 26.5 | 26.7 | 27.3 | 27.0 | 26.5 | 26.7 |
| Dépenses courantes | 19.4 | 20.1 | 20.1 | 20.8 | 20.7 | 20.8 | 21.0 |
| Sans les intérêts | 16.4 | 17.4 | 17.5 | 18.5 | 18.6 | 18.5 | 18.7 |
| Salaires | 11.9 | 11.8 | 11.6 | 11.4 | 11.3 | 11.2 | 11.4 |
| Biens et services | 1.7 | 1.8 | 1.7 | 1.7 | 1.6 | 1.7 | 1.7 |
| Intérêts | 3.1 | 2.7 | 2.6 | 2.3 | 2.1 | 2.3 | 2.3 |
| Dépenses en Capital | 8.2 | 6.1 | 5.9 | 6.4 | 6.2 | 5.6 | 5.5 |
| Solde primaire | -0.4 | -0.2 | -0.2 | 1.5 | -1.8 | -1.2 | -0.5 |
| Solde global | -3.5 | -2.9 | -2.8 | -0.8 | -3.9 | -3.5 | -2.8 |
Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)
| 2001 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Balance commerciale | -11.8 | -8.1 | -8.1 | -9.8 | -8.7 | -7.7 | -8.6 |
| Exportations de biens (f.o.b.) | 33.2 | 37.6 | 42.5 | 46.9 | 44.6 | 47.3 | 46.7 |
| Importations de biens (f.o.b.) | 45.0 | 45.7 | 50.6 | 56.7 | 53.2 | 55.1 | 55.3 |
| Services | 7.4 | 5.9 | 5.9 | 6.5 | 6.6 | 7.4 | 8.0 |
| Revenu des facteurs | -0.2 | -0.3 | -0.9 | -1.3 | -1.4 | -1.3 | -1.3 |
| Transferts courants | 0.4 | 0.5 | 0.5 | 0.5 | 0.8 | 0.6 | 0.6 |
| Solde des comptes courants | -4.2 | -2.0 | -2.6 | -4.2 | -2.7 | -1.1 | -1.3 |
Figure 3 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)
Tableau 5 : Résultats sommaires
| 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB en volume (incl.Stk) | 4.9 | 1.8 | 5.6 | 6.0 | 4.1 | 5.4 | 6.3 | 4.6 | 3.1 | 4.0 | 4.5 |
| Inflation IPC | 1.9 | 2.7 | 2.8 | 3.6 | 2.1 | 4.5 | 3.1 | 5.1 | 3.5 | 3.1 | 3.4 |
| PIB (échelle $) | 28757.2 | 29276.2 | 30901.6 | 32768.4 | 34106.5 | 35931.2 | 38210.9 | 39974.8 | 41137.6 | 42719.4 | 44539.5 |
| PIB en volume | 19988.2 | 21047.3 | 24967.9 | 28275.9 | 29096.9 | 31092.5 | 35616.9 | 40762.7 | 38896.1 | 41835.2 | 45203.1 |
| Taux de change | 1.4 | 1.4 | 1.3 | 1.2 | 1.3 | 1.3 | 1.3 | 1.2 | 1.4 | 1.4 | 1.4 |
Carte du pays





Contexte social et développement des ressources humaines
Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) devraient tous être atteints d’ici 2015. Le taux de pauvreté monétaire dans ce pays de 10.486 millions d’habitants est passé à 3.8 % en 2005, contre 4.2 % en 2000 et 6 % en 1995. Ce taux devrait encore baisser en 2010. Cette tendance à la baisse s’explique par l’adoption de plusieurs programmes et mécanismes pour lutter contre la pauvreté. Il s’agit de promouvoir les catégories nécessiteuses, de développer une classe moyenne, de donner une place aux femmes dans la société en respectant la parité dans l’accès aux soins et la scolarisation et, in fine, de créer une société équilibrée et solidaire.
Sur une population active estimée à plus de 3.6 millions d’habitants, le nombre de chômeurs en 2008, légèrement supérieur à 520 000 personnes, équivaut à un taux de chômage de 14.2 %. Le chômage est plus élevé chez les jeunes, en particulier chez les jeunes diplômés dont le taux dépasse la moyenne de 3 à 5 points. Pour remédier à ce problème, les autorités ont mis en place une politique active d’emploi. À compter de 2010, le pays entame une campagne de recrutement de plus de 16 000 personnes dans la fonction publique, dont 70 % au moins sont des diplômés de l’enseignement supérieur. Les crédits, alloués exclusivement à l’emploi, passeront de 258 millions TND en 2009 à 304 millions en 2010, soit une augmentation de l’ordre de 18 %. Cependant, le défi majeur de l’économie tunisienne est de résoudre ce chômage à sa racine et non au niveau de ses manifestations superficielles. Une mutation profonde des secteurs traditionnels (textile et habillement, industrie agro-alimentaire, tourisme de masse etc.) et l’émergence de nouvelles activités innovatrices basées sur le design, la conception, l’imitation et le marketing international sont nécessaires non seulement pour résoudre le chômage, mais également pour atteindre un palier de croissance supérieur et réduire le gaspillage des ressources publiques.
Dans le domaine de l’éducation, les ressources allouées au supérieur restent élevées, estimées à 6.7 % du PIB en 2009. Les taux de scolarisation sont de 98 % pour le primaire et de 60 % pour le supérieur. L’enseignement supérieur a entamé depuis quatre ans une réforme LMD (licence, mastère et doctorat) qui vise à introduire une plus grande flexibilité, une meilleure prise en considération des exigences du marché de l’emploi et une amélioration de la qualité de l’enseignement. Cependant, l’université ne figure pas encore dans le classement de Shanghai des 500 meilleures universités dans le monde. Deux institutions seulement ont été classées dans le top 100 du classement des institutions universitaires en Afrique (janvier 2010).
Dans le secteur de la santé, des initiatives tentent depuis quelques années d’améliorer la qualité des services rendus aux malades dans les secteurs public et privé mais aussi de décongestionner les hôpitaux publics. Les dépenses de santé sont passées de 4.76 % du PIB en 2008 à 4.56 % en 2009 dont 2.66 et 2.59 % pour le secteur privé. Les indicateurs de santé se sont améliorés entre 2008 et 2009, puisque l’espérance de vie à la naissance a augmenté, passant de 74.70 à 75.10 années. Le taux de couverture sociale des employés adhérents aux différents régimes de sécurité sociale est passé de 92 % en 2008 à 93.2 % en 2009. La mortalité infantile a baissé de 18.4 à 17.0 décès pour 1 000 naissances vivantes et le nombre de médecins pour 1 000 habitants est passé de 0.968 en 2007 à 1.563 en 2009. Le taux d’accès des femmes enceintes à une consultation prénatale est de 96 %, tout comme le taux de couverture des naissances en milieu hospitalier. Plusieurs maladies épidémiologiques ont été éradiquées : choléra, bilharziose, coqueluche, tétanos congénital et myopathie (aucun nouveau cas enregistré depuis 1992). Plusieurs autres pathologies – comme la varicelle ou la tuberculose – sont maîtrisées. Par ailleurs, plus de 95 % de la population a accès aux prestations de santé à moins de 5 kilomètres de son domicile. Les différents programmes de planning familial initiés depuis les années 1960 ont permis de limiter les naissances. Le taux de natalité est constant, estimé à 17 pour 1 000 habitants. La croissance de la population est elle aussi stationnaire, à 1.08 %. La séroprévalence du VIH est faible (0.1 %), ce qui permet au pays de se concentrer sur la prévention et de distribuer gratuitement un traitement aux séropositifs. Ces aspects expliquent notamment la place du pays (98e rang sur 182 pays) dans l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud).
Tableau 5 : Résultats sommaires
Données de l’INS ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p).