Cameroun
Vue d'ensemble
L’économie camerounaise ralentit : de 2.9 % en 2008, le taux de croissance devrait revenir à 2 % en 2009. Ce ralentissement s’explique par la détérioration de la balance commerciale, la morosité de l’environnement économique international et l’aggravation des difficultés budgétaires du pays découlant des effets combinés de la crise économique et financière mondiale, de la crise alimentaire et du déficit énergétique. Aussi le gouvernement a-t-il pris des mesures d’urgence afin de stimuler le secteur agricole et notamment les productions jugées prioritaires telles que le maïs, le riz, le manioc, la pomme de terre, le palmier à huile et la banane plantain. Toutefois, les signaux de reprise observés dans les pays avancés permettent d’envisager une croissance réelle du produit intérieur brut (PIB) de 3.5 % en 2010 et de 4.6 % en 2011. Selon les prévisions, l’amélioration de l’environnement international devrait se traduire par une forte progression de la demande mondiale, et donc par une relance les exportations de matières premières en provenance des pays en développement.
Du côté de l’offre, la croissance en 2009 a été essentiellement tirée par le secteur agricole, le bâtiment et les travaux publics (BTP) et les services de télécommunications. Du côté de la demande, la croissance reste soutenue par la demande intérieure, notamment par la consommation des ménages qui a été stimulée par la hausse des salaires et celle du nombre des personnels intégrés à la fonction publique depuis 2008.
Le gouvernement s’est doté d’une nouvelle stratégie de développement à long terme. Le document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE), cadre de référence de l’action gouvernementale pour la période 2010-20, a été adopté en fin d’année 2009. Ce document qui va couvrir les dix premières années de la vision à long terme sera centré sur l’accélération de la croissance, la création d’emplois formels et la réduction de la pauvreté. Il vise en conséquence à : i) porter la croissance à 5.5 % en moyenne annuelle au cours de la période 2010-20 ; ii) ramener le sous-emploi de 75.8 % à moins de 50 % en 2020 avec la création de dizaines de milliers d’emplois formels par an durant les dix prochaines années ; et iii) ramener le taux de pauvreté monétaire de 39.9 % en 2007 à 28.7 % en 2020.
En matière de finances publiques, les efforts visent à optimiser les recettes non pétrolières, afin de préserver l’économie d’une dépendance excessive à l’égard des prix volatils du pétrole. Ces efforts consistent aussi à poursuivre l’amélioration de la dépense et de la transparence budgétaire. En ce qui concerne les ressources publiques, le programme du gouvernement en 2009 et 2010 prévoit la poursuite de la mobilisation des recettes non pétrolières en élargissant l’assiette fiscale : il s’agit de dénicher de nouveaux contribuables pour améliorer le rendement de l’administration fiscale.
La politique monétaire a été axée sur la stabilité monétaire et la gestion de la liquidité des banques via la politique de refinancement (action sur l’offre de monnaie centrale) et l’imposition de réserves obligatoires (action sur la demande de monnaie centrale) pour discipliner les banques.
En 2009, le taux d’inflation a atteint 3.2 % en raison d’une envolée des prix des produits vivriers sur le marché local. Cette situation est due notamment à une offre insuffisante pour satisfaire la demande nationale et sous-régionale et aux difficultés d’approvisionnement des marchés.
S’agissant de la position extérieure, le solde du compte courant est resté déficitaire en 2009, il se situe à -3.7 % du PIB, en raison de la répercussion des effets de la crise sur le commerce extérieur, de la structure déficitaire de la balance des services et de celle des revenus.
En ce qui concerne les réformes, le gouvernement a désigné l’équipe dirigeante de la compagnie aérienne nationale, poursuivant ainsi le processus d’opérationnalisation de l’entreprise. D’autres mesures tendent à améliorer l’environnement des affaires, en réponse au rang préoccupant qu’occupe le Cameroun dans le rapport Doing Business 2010 de la Banque mondiale.
Dans le domaine politique, le gouvernement a poursuivi la lutte contre la corruption ; il a continué à moderniser et à mettre en place l’organe chargé de l’organisation, de la gestion et de la supervision de l'ensemble du processus électoral et référendaire. En 2009, le chef de l’État a aussi formé un nouveau gouvernement.
En 2009, le gouvernement a poursuivi sa politique d’amélioration de l’offre en matière d’éducation, de santé et d’emploi. Dans le secteur de l’éducation, de nouvelles écoles et universités ont été construites, notamment l’université de Maroua, ce qui a contribué à élever le taux de scolarisation et le taux d’alphabétisation. Dans le domaine de la santé, des hôpitaux ont été construits et la prise en charge des personnes atteintes du VIH/Sida s’est poursuivie, réduisant ainsi l’incidence de cette maladie au Cameroun.
Figure 1 : Taux de croissance du PIB réel et PIB par habitant (USD en PPA à prix courants)
Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques
| 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB | 2.9 | 2.0 | 3.5 | 4.6 |
| Inflation IPC | 5.3 | 3.2 | 2.2 | 1.9 |
| Balance budgétaire % PIB | 2.3 | 1.6 | 0.7 | 0.2 |
| Balance courante % PIB | -2.3 | -3.7 | -3.8 | -5.4 |
Développements économiques récents et perspectives
Figure 2 : Ventilation sectorielle du PIB, 2008 (en pourcentage)
La crise financière internationale a pesé sur l’économie camerounaise dont le taux de croissance devrait passer de 2.9 % en 2008 à 2 % en 2009. Cette crise a entraîné un recul de la demande et une baisse des cours des principales matières premières – pétrole, bois et caoutchouc notamment –, ce qui a provoqué une détérioration des termes de l’échange de près de 23.6 % en 2009. De plus, la contraction des liquidités internationales a perturbé les plans d’investissements des entreprises des secteurs minier et énergétique. Spécifiquement, la croissance du secteur primaire est tombée à 1.9 % en 2009 contre 5.3 % en 2008, à cause de la contre-performance de l’agriculture industrielle et de l’exploitation forestière. En revanche, l’agriculture vivrière, qui bénéficie des programmes d’encadrement des producteurs et de la forte demande sous-régionale, a contribué à soutenir ce secteur.
Le secteur secondaire a enregistré une croissance de -2.4 % en 2009 contre 0.6 % en 2008, en raison de la baisse de 13.1 % de la production pétrolière. Le déficit énergétique et la concurrence des produits asiatiques bon marché ont également continué à limiter l’activité industrielle. Néanmoins, le secteur secondaire a été soutenu par la bonne tenue du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) après la normalisation des approvisionnements du marché en ciment. Le secteur tertiaire devrait poursuivre son expansion au rythme de 4.9 % en 2009 contre 2.6 % en 2008. Cette évolution découle de la hausse de 7.6 % des services de télécommunications et de la progression de 4.5 % des services des administrations publiques.
Le secteur primaire représentait près de 21.3 % du PIB en 2008 et employait près de 56 % des actifs occupés. Ce secteur regroupe l’agriculture, la sylviculture, l’élevage et la pêche. Avec un taux de croissance de 5.3 % en 2008, le secteur primaire a contribué pour 1.1 point à la croissance réelle. En 2009, ce secteur devrait croître de 1.9 % et contribuer pour 0.4 point à la croissance réelle, grâce aux mesures prises par le gouvernement, telles que la construction de magasins de stockage et de conservation qui visent à améliorer la commercialisation des produits de cultures vivrières.
En ce qui concerne les cultures de rente, la production de cacao devrait atteindre 306 381 tonnes au cours de l’année 2009, enregistrant ainsi une hausse de 28 % par rapport à 2008. Cette évolution s’est faite à la faveur de la montée en production de nouvelles plantations créées avec l’appui de la Société de développement du cacao qui a mis à la disposition des agriculteurs des plants sélectionnés de bonne qualité.
Le bon comportement des cours mondiaux, au cours des trois dernières années, a contribué à une nette augmentation des prix d’achat aux planteurs, favorisant ainsi un meilleur entretien des exploitations. Ces cours ont atteint 1152.1 XAF (Franc CFA BEAC) le kilogramme à la fin de l’année 2008, ce qui représente une hausse de 22.8 % par rapport à 2007. La production de café a également réalisé de bonnes performances en 2009 : celle du café robusta a augmenté de 7.3 % pour atteindre 53 354 tonnes ; celle de café arabica a baissé de 7.3 % pour se situer à 4 151 tonnes. Les cours mondiaux de ces produits ont progressé de 4.7 % pour le café arabica et de 12.4 % pour le café robusta, s’établissant respectivement à 1 363.8 XAF et 1 048.9 XAF le kilogramme en 2008.
Après avoir chuté de 37.5 % en 2008, la production de coton fibre devrait regagner 16.8 % et se situer à 53 400 tonnes. En effet, face à la crise rencontrée par la filière, l’État a octroyé un milliard de XAF à la Société de développement du coton pour lui permettre de financer le fonds revolving engrais (subventions accordées aux planteurs) au début de l’année 2009.
La production de la banane d’exportation a connu en 2008 une progression de 16.8 % consécutive à l’entrée en exploitation de nouvelles parcelles. En 2009, une hausse de 5.5 % de la production est attendue.
Le sous-secteur agriculture vivrière a progressé de 6.6 % en 2008 et devrait croître de 4.2 % en 2009. Le marché continue à enregistrer des tensions sur les prix. Ainsi, l’indice des prix des produits vivriers a grimpé de 13.6 % au premier semestre 2009 alors qu’il avait gagné 6.3 % au cours de la même période de 2008. Cette hausse des prix traduit les coûts élevés d’évacuation des vivres vers les villes, et un certain déficit de l’offre par rapport à la demande locale ou celle émanant des pays voisins.
Concernant les céréales, la production de maïs a augmenté de 11.3 % en 2008 pour s’établir à 1 508 386 tonnes, grâce aux précipitations qui ont été stables dans les principales zones de production et aux appuis reçus par la filière. L’offre de maïs demeure insuffisante au regard de la demande des brasseries et des provenderies qui doivent recourir aux importations. La production de riz paddy a atteint 110 773 tonnes en 2008, en augmentation de 12.6 % par rapport à 2007. Le Cameroun reste dépendant des importations de riz qui se sont élevées à 427 288 tonnes contre 470 947 tonnes en 2007. Pour relancer la production, le gouvernement a notamment signé une convention avec l'Inde, prévoyant la création de 5 000 hectares de riz. En outre, la société Sino Cam Iko est en train de mettre en place 2 000 hectares de riz sur le site de Nanga-Eboko.
S’agissant du sous-secteur élevage et pêche, le ministère de l’Élevage, des pêches et des industries animales estime qu’en 2008 le cheptel comptait 7 millions de bovins et autant de petits ruminants, 1.5 millions de porcins et 45 millions de volailles. La production de volailles, qui a presque doublé, a bénéficié d’une subvention de 1.2 milliard de XAF octroyée par l’État à l’association des producteurs. Cette subvention a permis de produire les parentaux et de démarrer le projet d’appui au développement de l’aviculture villageoise. Plusieurs programmes et projets financés par les ressources de l’initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE) et de l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale sont aussi en cours d’exécution. Pour 2008, la production de la pêche a été estimée à 181 000 tonnes de poissons dont 93 000 tonnes pour la pêche artisanale maritime, 75 000 tonnes pour la pêche continentale, 8 000 tonnes pour la pêche industrielle et 5 000 tonnes pour l’aquaculture. Cependant, cette production nationale ne suffit pas à satisfaire les besoins annuels estimés à 298 000 tonnes.
Le secteur forestier a été très affecté par la crise économique internationale : chute des prix des essences précieuses, baisse des exportations des bois et ouvrages en bois, abandon ou transfert des concessions forestières, mise en chômage technique de près de 1 600 cadres, et licenciement de plus de 2 400 ouvriers. Le volume de bois coupé a été de 2 046 000 m3 en 2008 contre 2 289 416 m3 en 2007. Face à cette conjoncture défavorable, le gouvernement a entre autres i) signé un arrêté modifiant la liste des essences de promotion à exporter sous forme de grumes et ii) allégé la fiscalité du secteur, notamment celle concernant les activités de deuxième et troisième transformation, afin de redynamiser ce secteur et de tirer profit du marché local et sous-régional (suppression de la caution bancaire et réduction de 50 % du montant de la redevance forestière annuelle).
Le secteur secondaire représente 25.9 % du PIB. Sa valeur ajoutée a augmenté de 0.6 % en 2008 grâce aux sous-secteurs des industries manufacturières (+2.5 %) qui ont notamment bénéficié du renouvellement de l’outil de production. A contrario, les sous-secteurs du BTP et de l’industrie extractive ont reculé respectivement de 8.2 % et 1.6 %. En 2009, la production industrielle devrait baisser de 2.6 % suite au tassement du niveau de l’activité observé dans les industries extractives et manufacturières, malgré une bonne tenue des activités du BTP.
Dans le secteur des industries manufacturières, la performance observée résulte de la hausse de 2.1 % de la production des industries agroalimentaires. En 2009, la production dans les industries manufacturières devrait enregistrer une baisse de 1.4 %, résultant notamment de la baisse de la production d’aluminium consécutive au rationnement en énergie. Par ailleurs, la production de ciment devrait croître de 18.5 %, grâce à l’entrée en production du nouveau broyeur de la Cimenterie du Cameroun qui a permis de porter la capacité de production nationale de 0.9 million de tonnes à 1.5 million de tonnes par an.
En ce qui concerne le secteur minier, le Cameroun dispose d’un important potentiel minier dont l’exploitation reste encore limitée aux hydrocarbures. En 2008, la production de pétrole brut a baissé de 1.6 % pour se situer à 30.7 millions de barils. Cette tendance devrait s’accentuer en 2009 et le taux de croissance prévu est de -13 %. S’agissant des autres minerais, dans le cadre des grands projets miniers, les travaux de certification du fer de Mbalam se poursuivent et le début d’exploitation est prévu en 2012. Pour le cobalt/nickel de Lomié, la construction de la mine devrait démarrer en juin 2010.
Dans le secteur de l’électricité, la production de l’énergie électrique a été de 4.503 millions de kilowatts/heure en 2008, en progression de 5.8 % par rapport à 2007. Cette performance tient à la mise en place depuis 2005 par AES Sonel d’un programme d’investissement en vue de la réhabilitation des réseaux de production et de distribution d’énergie. C’est dans ce cadre que la centrale thermique de Yassa-Dibamba, dont la puissance est de 87 megawatts, a été mise en service en août 2009. La production d’électricité, qui devrait atteindre 4.720 millions de kilowattheure en 2009, reste insuffisante face à une demande en augmentation de 6 % par an.
La croissance du BTP devrait être de 13.4 % en 2009. Dans ce sous-secteur, le gouvernement a poursuivi les travaux d’amélioration du réseau routier national et d’augmentation de son linéaire bitumé, et le contrôle des normes techniques de construction des bâtiments et édifices publics. Les travaux d’entretien du réseau routier national réalisés en 2009 portent sur 25 000 kilomètres de routes environ pour un coût total de 47.4 milliards de XAF sur financement du Fonds routier. Ils concernent la construction, l’entretien mécanisé des routes bitumées et des routes en terre, des ponts et radiers.
En 2008, le secteur tertiaire représentait 45 % du PIB et contribuait à hauteur de 1.2 point à la croissance réelle. En 2009, ces deux taux devrait passer respectivement à 46.2 % et 2.2 points. Cette tendance résulte du bon comportement du sous-secteur des télécommunications.
Malgré la crise, le transport aérien devrait connaître une hausse de 1.5 % du trafic en 2009, du fait de la mise en service d’un nouvel opérateur reliant le sud et le nord du pays. Le transport ferroviaire devrait également progresser de 6.5 % en 2009. Les signes de reprise dans les pays avancés et l’ouverture d’une université dans le Grand Nord (dont la voie ferrée est le principal moyen de transport) sont les principales causes de cette performance. Le trafic maritime a également connu une progression de 3.6 % des marchandises transportées en 2008, partiellement due aux investissements réalisés qui ont permis le maintien du chenal d’accès à une profondeur de 7.5 mètres pour favoriser l’entrée de gros porteurs dans le port autonome de Douala.
En 2008, les télécommunications ont enregistré une hausse de 37.1 % du nombre total d’abonnés – 36.6 % pour le téléphone mobile et 50.9 % pour le téléphone fixe – qui s’est traduite par une progression de 4.7 % du chiffre d’affaires. Selon les prévisions pour l’exercice 2009, ces variables devraient croître respectivement de 19 % et de 8.1 % grâce aux investissements réalisés pour l’exploitation de la fibre optique, l’amélioration de la qualité de service, la mise en service de nouveaux produits et de la poursuite de l’extension du réseau.
En 2009, la demande intérieure devrait rester le moteur de la croissance avec une contribution estimée à 3.7 % contre 6.3 % en 2008. Selon les prévisions, cette contribution devrait se situer à 5.2 % en 2010 et à 5.8 % en 2011. En 2009, la consommation – 87.7 % du PIB – s’est accrue de 5.8 % alors que l’investissement – 17.7 % du PIB – a augmenté de 4.1 %. La consommation finale a contribué à la croissance à hauteur de 2.9 % en 2009. L’investissement devrait rester stable autour de 17 % du PIB en 2009. Cette situation s’observerait aussi bien pour la composante privée que publique. L’investissement devrait reprendre à partir de 2010 grâce aux projets structurants et aux programmes de construction des édifices et infrastructures publics. Sa part dans le PIB devrait gagner 1.5 point pour s’établir à 18.5 %.
Tableau 2 : Composantes de la demande
| 2001 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Formation brute de capital | 20.3 | 16.7 | 0.8 | 2.5 | 2.2 |
| Formation brute de capital - Publique | 2.2 | 2.4 | 0.1 | 0.4 | 0.3 |
| Formation brute de capital - Privée | 18.1 | 14.3 | 0.8 | 2.0 | 1.9 |
| Consommation finale | 81.0 | 85.0 | 2.9 | 2.7 | 3.6 |
| Consommation finale - Publique | 10.2 | 10.6 | 0.5 | 0.4 | 0.4 |
| Consommation finale - Privée | 70.7 | 74.4 | 2.4 | 2.3 | 3.2 |
| Solde extérieur | -1.3 | -1.7 | -1.7 | -1.7 | -1.2 |
| Secteur externe - Exportations | 21.9 | 24.7 | -0.8 | -0.3 | 0.3 |
| Secteur externe - Importations | -23.2 | -26.4 | -0.9 | -1.3 | -1.5 |
| Taux de croissance du PIB, en volume | - | - | 2.0 | 3.5 | 4.6 |
Politiques macro-économiques
Politique budgétaire
Pour renforcer la croissance, malgré la chute des cours du pétrole et la baisse du cours du dollar américain par rapport à l’euro, la politique budgétaire en 2009 a privilégié l’accroissement des investissements publics, ainsi que le soutien à la demande intérieure notamment par la confirmation des mesures salariales prises au début de l’année 2008 et la hausse des effectifs dans la fonction publique. À cet égard, les efforts de mobilisation des recettes non pétrolières ont été renforcés, dans l’optique d’assurer la pérennité des mesures d’amélioration du pouvoir d’achat et des conditions de vie des populations. Déjà morose, l’activité économique nationale a encore faibli malgré une timide reprise depuis le deuxième trimestre. Cette conjoncture n’a pas favorisé la mobilisation des recettes.
Ainsi, en 2009, les recettes budgétaires totales inscrites s’élèvent à 2 301.4 milliards XAF, soit 20.8 % du PIB et se répartissent en 89.3 % de recettes internes et 10.7 % de ressources extérieures. Les recettes internes sont constituées des recettes pétrolières, des recettes fiscales et des recettes non fiscales. La réalisation du budget a été estimée à 97 % pour les recettes en 2009.
Les recettes fiscales ont représenté 18.4 % du PIB en 2009. Ces recettes sont en régression de 0.1 point du PIB par rapport à 2008. Les ressources budgétaires extérieures, constituées des prêts au titre des projets d’investissement et des dons, ont réalisé un dépassement de 22.6 % par rapport aux prévisions, suite au prêt de 68 milliards XAF obtenu auprès du FMI au titre de la facilité pour la protection contre les chocs exogènes.
Les dépenses totales sont estimées à 19.1 % du PIB en 2009. Le ratio des traitements et salaires sur le PIB n’a cessé de progresser : il est passé de 4.4 % en 2007 à 5.3 % en 2008, et il est estimé à 5.5 % en 2009. Selon les estimations pour 2010 et 2011, il devrait se stabiliser de autour de 5.6 %. La hausse de ce poste peut s’expliquer par les recrutements massifs opérés dans la fonction publique ainsi que par la revalorisation des salaires des agents de l’État survenue en avril 2008. Les dépenses en capital ont augmenté de 51.4 % en 2008 ; leur part dans le PIB est passée de 4 % en 2007 à 5.5 % en 2008. En 2009, ce ratio est estimé à 5.5 %. Selon les prévisions, il devrait atteindre 6.1 % en 2010 et 6.5 % en 2011.
Tableau 3: Opérations financières de l'État (en pourcentage du PIB)
| 2001 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Recettes totales (avec dons) | 18.2 | 47.6 | 20.5 | 20.8 | 20.8 | 20.6 | 20.5 |
| Recettes fiscales | 16.0 | 17.2 | 17.3 | 18.5 | 18.4 | 18.4 | 18.5 |
| Dons | 0.4 | 28.4 | 1.2 | 0.9 | 1.0 | 0.8 | 0.7 |
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) | 16.9 | 14.6 | 15.7 | 18.5 | 19.1 | 19.9 | 20.3 |
| Dépenses courantes | 13.6 | 11.7 | 11.8 | 13.1 | 13.6 | 13.8 | 13.8 |
| Sans les intérêts | 10.4 | 10.8 | 11.2 | 12.8 | 13.3 | 13.5 | 13.6 |
| Salaires | 5.0 | 4.5 | 4.4 | 5.3 | 5.5 | 5.6 | 5.6 |
| Biens et services | 3.5 | 4.1 | 4.5 | 4.8 | 5.0 | 5.0 | 5.1 |
| Intérêts | 3.2 | 0.9 | 0.5 | 0.3 | 0.3 | 0.3 | 0.3 |
| Dépenses en Capital | 3.3 | 2.9 | 4.0 | 5.5 | 5.5 | 6.1 | 6.5 |
| Solde primaire | 4.5 | 34.0 | 5.2 | 2.7 | 1.9 | 1.0 | 0.5 |
| Solde global | 1.3 | 33.0 | 4.7 | 2.3 | 1.6 | 0.7 | 0.2 |
Politique monétaire
Le Cameroun fait partie des six pays africains membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). La mise en œuvre de la politique monétaire du Cameroun reste donc du ressort de la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), tout comme celle des cinq autres États membres. Dans un contexte de crise financière mondiale, la politique monétaire a été axée sur la stabilité monétaire et la gestion de la liquidité des banques. La BEAC utilise des instruments indirects pour son intervention, notamment la politique de refinancement (action sur l’offre de monnaie centrale) et l’imposition des réserves obligatoires (action sur la demande de monnaie centrale) pour discipliner les banques.
La hausse des prix a été moins forte en 2009 qu’en 2008 : 3.2 % contre 5.3 %. Cette inflation résulte de l’envolée des prix des produits alimentaires, notamment de la hausse de 10.5 % des produits vivriers due à une offre insuffisante pour satisfaire la demande nationale et sous-régionale et aux difficultés d’approvisionnement des marchés. En revanche, la baisse des cours du pétrole, l’application de mesures gouvernementales et l’intensification des contrôles de prix ont contribué au ralentissement de ce taux.
En août 2009, le comité de politique monétaire a examiné les dernières modalités de mise en œuvre du projet d’émission de titres publics à souscription libre. Le lancement des premières émissions a été fixé au quatrième trimestre 2009. Le comité a également révisé à la hausse en juillet 2009 le plafond de refinancement du Cameroun qui est passé de 6 milliards XAF en 2008 à 10 milliards XAF en 2009.
De même, bien que le taux d’intérêt de placement des établissements de crédit à la BEAC ait été revu deux fois à la baisse pendant le premier semestre afin de pousser les banques à recycler leur surplus de liquidité dans l’économie réelle, l’encours moyen de ces placements a augmenté de 62 %. Le taux de rémunération des réserves obligatoires a été révisé deux fois à la baisse depuis fin décembre 2008 : il est passé de 0.15 % à 0.10 % fin mars 2009, puis à 0.05 % fin juin 2009.
Ainsi, entre fin décembre 2008 et fin décembre 2009, on constate une consolidation des avoirs extérieurs nets (+2.1 %) et un regain de 10 % du crédit intérieur, lié à la forte augmentation des crédits à l’économie. La masse monétaire a augmenté de 4 % pour représenter 21 % du PIB.
Position extérieure
Le solde du compte courant demeure déficitaire en 2009 en raison d’une baisse des recettes d’exportation imputable à la crise, de la structure déficitaire de la balance des services et de celle des revenus. Ce solde se situe autour de -3.7 % en 2009 contre -2.3 % en 2008.
La balance des biens en 2009 affiche un solde déficitaire de 0.3 % du PIB, en recul de 3 points de PIB par rapport au solde de 2008. En effet, les exportations du Cameroun, peu diversifiées, sont composées essentiellement de produits bruts, rendant ainsi les recettes d’exportation vulnérables aux fluctuations des cours et de la demande de matières premières. Les deux premiers trimestres de l’année 2009, marqués par le durcissement des effets de la crise sur l’économie mondiale, illustrent cette contre-performance. Cependant, la zone Cemac connaît depuis trois ans un accroissement du commerce de biens, notamment de produits vivriers.
La balance des services reste structurellement déficitaire. Ce déficit se situe autour de -4.1 % du PIB en 2009. Les importations des services sont principalement le fait : i) des entreprises à travers les dépenses au titre du fret maritime, des assurances, de l’assistance technique et de divers autres services, ii) des personnes physiques dans le cadre des voyages professionnels ou personnels (pour soins médicaux, éducation…).
En 2009, le déficit de la balance des revenus s’est réduit de 2 points de PIB et se situe à -0.9 % du PIB. L’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE a permis de réduire le paiement des intérêts sur la dette extérieure. Par ailleurs, la France qui constitue l’un des premiers pays de résidence des investisseurs directs étrangers bénéficie, dans le cadre de la zone franc, de la clause de libre transfert des capitaux. La balance des transferts demeure excédentaire et se situe autour de 1.6 % en 2009, grâce à l’importance croissante des envois de fonds de la diaspora à destination des familles.
L’encours de la dette publique du Cameroun a été ramené à un niveau soutenable depuis l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, en 2006. En 2009, son stock se situe à environ 13 % du PIB, dont 9 % pour la dette extérieure, toujours très en dessous du seuil de 70 % fixé par la Cemac. Ce ratio devrait progressivement diminuer au cours des dix prochaines années, grâce au rythme soutenu des remboursements de ces emprunts.
Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)
| 2001 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Balance commerciale | 1.0 | 3.7 | 3.6 | 2.6 | -0.3 | -1.7 | -2.8 |
| Exportations de biens (f.o.b.) | 19.6 | 21.4 | 24.3 | 24.2 | 19.1 | 18.4 | 17.6 |
| Importations de biens (f.o.b.) | 18.7 | 17.7 | 20.7 | 21.6 | 19.4 | 20.1 | 20.4 |
| Services | -2.3 | -4.5 | -4.0 | -3.8 | -4.1 | -1.8 | -2.0 |
| Revenu des facteurs | -3.6 | -1.8 | -2.4 | -2.8 | -0.9 | -1.3 | -1.6 |
| Transferts courants | 1.6 | 1.7 | 2.2 | 1.7 | 1.6 | 1.1 | 1.0 |
| Solde des comptes courants | -3.3 | -0.8 | -0.6 | -2.3 | -3.7 | -3.8 | -5.4 |
Figure 3 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)
Questions structurelles
Développement du secteur privé
La grave crise financière internationale n’a pas épargné le secteur privé camerounais. Déjà, au cours de l’année 2009, les prix mondiaux ainsi que la demande mondiale des principaux produits exportés par le Cameroun ont baissé. Du fait de la contraction des liquidités internationales, le financement de certains grands projets d’investissement a été retardé, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des industries extractives.
Dans le secteur forestier, environ 10 000 personnes ont temporairement ou définitivement perdu leur emploi. Les mêmes problèmes ont été observés dans le secteur du coton. Aussi les représentants du secteur privé ont-ils invité le gouvernement à prendre des mesures immédiates en faveur des secteurs les plus touchés, suggérant par exemple d’aider les travailleurs licenciés à retrouver un emploi et aussi d’opérer des réformes structurelles afin de permettre à l'économie de mieux résister aux chocs et de devenir plus compétitive. Ils ont aussi souligné qu’il était important d’améliorer la transparence et la gouvernance, l’accès aux financements et les infrastructures.
En ce qui concerne les privatisations, le processus d’opérationnalisation de la Cameroon Airlines Corporation (Camairco) a été relancé : les organes dirigeants ont été désignés en décembre 2008 ; un plan d’action et un calendrier pour le démarrage des activités de la compagnie ont été préparés ; le recrutement du personnel et la recherche d’un partenaire stratégique sont en cours.
S’agissant de l’environnement des affaires, le Cameroun a perdu 19 places dans le classement du rapport Doing Business 2010 de la Banque mondiale, passant du 152e au 171e rang sur 183 pays évalués. En réponse, des mesures de court et moyen terme ont été prises afin de simplifier les procédures de création d’entreprises et les formalités de déclaration et de paiement des impôts (réduction du nombre de formulaires). On peut aussi noter la mise en place de centres de gestion agréés pour les petites et moyennes entreprises. Pour le commerce international, le gouvernement a introduit un nouveau dispositif de suivi des marchandises en transit via le système GPS (Global Positioning System).
Dans le secteur financier et notamment de la réglementation bancaire, trois banques – Amity Bank, Union Bank of Cameroon et Commercial Bank of Cameroon (CBC) – ont été placées sous administration provisoire en 2009. La Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) à été conduite à prendre cette décision pour diverses raisons : non-suspension des transactions financières avec la Société financière africaine (SFA), accroissement du portefeuille de crédits, octroi de crédits de complaisance, insuffisance des fonds propres, défaut de documents comptables fiables, absence de crédibilité du plan de restructuration.
Autres développements récents
L’objectif des pouvoirs publics est de doubler la fraction du réseau routier bitumé, en faisant passer le nombre de kilomètres de routes bitumées pour 1 000 habitants de 0.27 à 0.34 à l’horizon 2020. Quant à la densité du réseau ferré, elle passera de 0.06 kilomètre pour 1 000 habitants à 0.1. Pour ce qui est du réseau routier prioritaire, le taux d’entretien était estimé à 67 %, correspondant à un linéaire de 3 555 kilomètres. En ce qui concerne le réseau principal, 5 591 kilomètres de routes en terre et 4 336 kilomètres de routes revêtues ont été entretenues en 2009. Dans le secteur urbain, un accent a été mis sur le désengorgement des principales voies d’accès aux grandes métropoles, sur la réhabilitation des voiries urbaines et sur l’amélioration du cadre de vie des populations. Le projet de construction de la dorsale à fibre optique dite Backbone a été lancé en décembre 2009, après la signature d’un accord de prêt avec la Chine pour l’implantation de 3 200 kilomètres de fibre optique. Dans le domaine des équipements sportifs, le palais polyvalent des sports de Yaoundé a été inauguré en décembre 2009. Le gouvernement a aussi lancé la construction de deux stades de football, l’un à Limbé et l’autre à Bafoussam, d’un coût de 19 milliards XAF chacun. Toutes ces infrastructures sportives sont financées sur prêt avec la partie chinoise.
La politique de mécanisation de l’agriculture a connu une impulsion en 2009 à la faveur du partenariat noué entre l’État et l’Inde. D’un montant de 18.25 milliards XAF, il porte sur la fourniture de tracteurs et d’équipements agricoles, comprenant l'implantation d'une chaîne de montage. Les pouvoirs publics ont aussi enclenché une dynamique d’accroissement de la production des cultures vivrières porteuses que sont les racines et tubercules, le riz, le maïs et la banane plantain. Parallèlement, grâce au soutien multiforme de l’État, les principales productions de rente, à l’instar du cacao et du café, s’accroissent de façon notable.
Mobilisation des ressources publiques
Le programme du gouvernement en 2009 et 2010 consiste à poursuivre la mobilisation des recettes non pétrolières par le biais de l’élargissement de l’assiette fiscale, afin d’améliorer l’administration de l’impôt et de dénicher de nouveaux contribuables. Il est également question d’améliorer la qualité de la dépense publique. Il s’agit notamment d’augmenter les dépenses d’équipement, de renforcer les capacités administratives et de sélectionner avec soin les nouveaux projets d’équipement afin de stimuler leur impact sur la croissance. Les autorités veulent intensifier le suivi des dépenses publiques et la formation du personnel et renforcer les capacités de préparation, d'évaluation et d'exécution des projets.
S’agissant de la mobilisation des recettes, l’année 2009 a été marquée par une rupture de la tendance haussière des recettes pétrolières, due aux effets induits de la crise financière. En outre, au cours des dix dernières années, les recettes fiscales ont stagné autour de 12 % du PIB. Leur part dans l’ensemble des recettes s’était stabilisée autour de 67 % entre 2000 et 2005 avant de perdre 10 points entre 2006 et 2008, du fait de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE.
La loi de finances est la loi-cadre définissant la politique fiscale. Les documents-clés de la politique fiscale sont généralement le code général des impôts, le code minier, le code pétrolier et les différentes circulaires signées par le ministre des Finances et le directeur général des impôts. Si les lois fiscales n’ont pas été considérées comme un obstacle par la dernière mission Doing Business, le nombre important d’impôts et taxes provoque un allongement des délais de paiement et représente des coûts pour le contribuable.
Les recettes fiscales sont composées principalement des impôts directs, des impôts indirects et des taxes sur le commerce international. Les impôts directs ont représenté près de 26.2 % de l’ensemble et 3 % du PIB au cours des dix dernières années. Les impôts indirects, notamment la taxe sur la valeur ajoutée qui constitue le principal impôt au Cameroun, représentent en moyenne près de 40 % des recettes fiscales et 4.6 % du PIB. Pour la taxe sur le commerce international, ces taux se situent respectivement à 19 % et 2.1 %.
Les principaux impôts directs sont l’impôt sur les sociétés (IS) et l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP). Le taux de l’IS est de 35 % auquel s’ajoutent les centimes additionnels communaux au taux de 10 %, soit un total de 38.5 %. L’IRPP est basé sur le revenu net d’un contribuable. Les taux varient selon les catégories.
S’agissant des impôts indirects, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est une taxe payée sur la base de la valeur ajoutée apportée à un bien à chaque étape de son circuit de commercialisation et définitivement supportée par le consommateur final. Les taux de la TVA sont de 17.5 % pour les transactions à l’intérieur du pays (avec les centimes additionnels communaux, elle revient à 19.25 %).
La direction générale des impôts (DGI) et la direction générale des douanes (DGD), logées au ministère des Finances, sont en charge de l’administration de l’impôt au Cameroun. La politique fiscale est discutée et adoptée par l’Assemblée nationale puis promulguée par le chef de l’État. Cependant, celle-ci est préparée au préalable par la DGI et la DGD qui la soumettent à l’approbation du ministre des Finances. Dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires, le gouvernement a mené plusieurs réformes à travers la commission des réformes fiscales, afin d’améliorer le rendement et de sécuriser les recettes. Ces réformes ont débouché sur la création du guichet unique des opérations du commerce extérieur, sur la consécration au sein de la DGI de la fonction émission et recouvrement de l’impôt, et sur la mise en place d’un système de paiement électronique pour les grands contribuables. Depuis 2003, dans le cadre de la sécurisation des recettes, une division des grandes entreprises, dotée de méthodes de gestion particulières, se consacre au suivi des contribuables réalisant un chiffre d’affaires de plus d’un milliard XAF.
Les réformes en cours portent sur la mise en place de la télédéclaration et sur l’élargissement de l’assiette fiscale car le secteur informel recèle un potentiel de recettes. De plus, la réforme portant sur les transferts et les revenus versés à l’étranger contribue à réduire l’ampleur de l’évasion fiscale. Dans le cadre de la décentralisation, une loi sur la fiscalité locale a été promulguée. Elle définit les modalités et les procédures de gestion des impôts et taxes collectées pour le compte des collectivités locales décentralisées.
D’après un rapport du FMI effectué en 2009, le budget alloué au fonctionnement de l’administration fiscale est encore très insuffisant, ce qui encourage la corruption du personnel. Toutefois, la création d’une brigade anti-corruption et la mise en place d’un numéro vert pour les dénonciations par les contribuables participent à la lutte contre la corruption.
La structure de l’économie et les nombreuses incitations à l’investissement ne facilitent pas la mobilisation des recettes fiscales. En effet, le secteur informel représente près de 40 % du PIB et emploie près de 90 % des actifs occupés. Pour améliorer la collecte des impôts dans ce secteur, l’État envisage la création d’un impôt unique synthétique afin d’alléger les procédures.
Le nombre de contribuables augmente tous les ans (26 % entre 2007 et 2008) porté par les entreprises du secteur informel qui représentent environ 80 % du fichier des contribuables mais fournissent moins de 1 % des recettes totales.
L’administration fiscale affronte diverses difficultés : sous-informatisation, manque de ressources humaines qualifiées, sous-rémunération du personnel, insuffisance des moyens. Cette situation compromet son fonctionnement optimal et ne permet pas de faire face à certains défis.
Contexte politique
Le 30 décembre 2008, le président de la République a procédé à la nomination des 12 membres d’Elecam (Elections Cameroon), un organe chargé de l'organisation, de la gestion, et de la supervision de l'ensemble du processus électoral et référendaire. Ces membres n’ont pas fait l’unanimité car la moitié d’entre eux appartenaient au parti au pouvoir lors de leur nomination. En effet, les articles 8 et 13 de la loi n° 2006/011 du 29 décembre 2006 portant sur la création, l’organisation et le fonctionnement de cet organe stipulent que les membres du conseil sont choisis parmi des personnalités reconnues pour leur esprit de neutralité et d'impartialité.
La lutte contre la corruption s’est poursuivie et même intensifiée avec l’arrestation de certains anciens ministres et directeurs généraux d’entreprises publiques. En outre, les pouvoirs publics ont mené des actions de sensibilisation au moyen de communiqués officiels.
L’année 2009 a aussi été marquée par la formation d’un nouveau gouvernement dont le chef, Philémon Yang, remplace Ephraïm Inoni qui occupait ces fonctions depuis décembre 2004. Âgé de 62 ans, anglophone et magistrat de formation, le nouveau chef du gouvernement appartient au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir.
Figure 1 : Taux de croissance du PIB réel et PIB par habitant (USD en PPA à prix courants)
Tableau 1 : Indicateurs macro-économiques
| 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB | 2.9 | 2.0 | 3.5 | 4.6 |
| Inflation IPC | 5.3 | 3.2 | 2.2 | 1.9 |
| Balance budgétaire % PIB | 2.3 | 1.6 | 0.7 | 0.2 |
| Balance courante % PIB | -2.3 | -3.7 | -3.8 | -5.4 |
Figure 2 : Ventilation sectorielle du PIB, 2008 (en pourcentage)
Tableau 2 : Composantes de la demande
| 2001 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Formation brute de capital | 20.3 | 16.7 | 0.8 | 2.5 | 2.2 |
| Formation brute de capital - Publique | 2.2 | 2.4 | 0.1 | 0.4 | 0.3 |
| Formation brute de capital - Privée | 18.1 | 14.3 | 0.8 | 2.0 | 1.9 |
| Consommation finale | 81.0 | 85.0 | 2.9 | 2.7 | 3.6 |
| Consommation finale - Publique | 10.2 | 10.6 | 0.5 | 0.4 | 0.4 |
| Consommation finale - Privée | 70.7 | 74.4 | 2.4 | 2.3 | 3.2 |
| Solde extérieur | -1.3 | -1.7 | -1.7 | -1.7 | -1.2 |
| Secteur externe - Exportations | 21.9 | 24.7 | -0.8 | -0.3 | 0.3 |
| Secteur externe - Importations | -23.2 | -26.4 | -0.9 | -1.3 | -1.5 |
| Taux de croissance du PIB, en volume | - | - | 2.0 | 3.5 | 4.6 |
Tableau 3: Opérations financières de l'État (en pourcentage du PIB)
| 2001 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Recettes totales (avec dons) | 18.2 | 47.6 | 20.5 | 20.8 | 20.8 | 20.6 | 20.5 |
| Recettes fiscales | 16.0 | 17.2 | 17.3 | 18.5 | 18.4 | 18.4 | 18.5 |
| Dons | 0.4 | 28.4 | 1.2 | 0.9 | 1.0 | 0.8 | 0.7 |
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) | 16.9 | 14.6 | 15.7 | 18.5 | 19.1 | 19.9 | 20.3 |
| Dépenses courantes | 13.6 | 11.7 | 11.8 | 13.1 | 13.6 | 13.8 | 13.8 |
| Sans les intérêts | 10.4 | 10.8 | 11.2 | 12.8 | 13.3 | 13.5 | 13.6 |
| Salaires | 5.0 | 4.5 | 4.4 | 5.3 | 5.5 | 5.6 | 5.6 |
| Biens et services | 3.5 | 4.1 | 4.5 | 4.8 | 5.0 | 5.0 | 5.1 |
| Intérêts | 3.2 | 0.9 | 0.5 | 0.3 | 0.3 | 0.3 | 0.3 |
| Dépenses en Capital | 3.3 | 2.9 | 4.0 | 5.5 | 5.5 | 6.1 | 6.5 |
| Solde primaire | 4.5 | 34.0 | 5.2 | 2.7 | 1.9 | 1.0 | 0.5 |
| Solde global | 1.3 | 33.0 | 4.7 | 2.3 | 1.6 | 0.7 | 0.2 |
Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)
| 2001 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Balance commerciale | 1.0 | 3.7 | 3.6 | 2.6 | -0.3 | -1.7 | -2.8 |
| Exportations de biens (f.o.b.) | 19.6 | 21.4 | 24.3 | 24.2 | 19.1 | 18.4 | 17.6 |
| Importations de biens (f.o.b.) | 18.7 | 17.7 | 20.7 | 21.6 | 19.4 | 20.1 | 20.4 |
| Services | -2.3 | -4.5 | -4.0 | -3.8 | -4.1 | -1.8 | -2.0 |
| Revenu des facteurs | -3.6 | -1.8 | -2.4 | -2.8 | -0.9 | -1.3 | -1.6 |
| Transferts courants | 1.6 | 1.7 | 2.2 | 1.7 | 1.6 | 1.1 | 1.0 |
| Solde des comptes courants | -3.3 | -0.8 | -0.6 | -2.3 | -3.7 | -3.8 | -5.4 |
Figure 3 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations (en pourcentage)
Tableau 5 : Résultats sommaires
| 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Taux de croissance du PIB en volume (incl.Stk) | 4.5 | 4.0 | 4.0 | 3.7 | 2.3 | 3.2 | 3.3 | 2.9 | 2.0 | 3.5 | 4.6 |
| Inflation IPC | 4.4 | 2.8 | 0.6 | 0.2 | 1.9 | 5.0 | 1.1 | 5.3 | 3.2 | 2.2 | 1.9 |
| PIB (échelle $) | 7061.4 | 7344.5 | 7640.6 | 7923.4 | 8105.4 | 8366.7 | 8639.4 | 8888.6 | 9065.3 | 9371.6 | 9792.8 |
| PIB en volume | 9.6 | 10.9 | 13.6 | 15.8 | 16.6 | 18.0 | 20.4 | 23.7 | 24.0 | 27.1 | 28.7 |
| Taux de change | 732.5 | 696.0 | 580.6 | 528.0 | 527.8 | 522.6 | 479.2 | 448.7 | 471.4 | 440.8 | 440.8 |
Carte du pays





Contexte social et développement des ressources humaines
La troisième enquête sur les ménages camerounais a été effectuée en 2007 et ses résultats ont été publiés en 2009. Ses résultats montrent que la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté national est restée quasiment stable, passant de 40.2 % à 39.9 % entre 2001 et 2007. Concernant la pauvreté alimentaire, les données indiquent que la proportion d’enfants de moins de 5 ans souffrant de la faim au niveau national est passée de 22.2 % en 1998 à 19.3 % en 2006. Ces taux restent encore éloignés des cibles fixées par les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) pour 2015 : respectivement 25.1 % et 8 %.
Entre 2001 et 2007, le taux net de scolarisation primaire n’a progressé que de 0.3 point du fait notamment d’un faible accroissement de l’offre d’éducation et du manque de stimulation de la demande (la sous-scolarisation des filles perdure dans les provinces de l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua). Pour ce qui est de l’alphabétisation des 15 à 24 ans, le taux est resté stable, passant de 82.3 % à 83.1 % sur la période. Même si ces deux indicateurs n’ont pas nettement évolué en six ans, ils se maintiennent à un niveau proche de la cible en 2015 (100 %). Par ailleurs, le taux brut de scolarisation est passé de 102 % à 105 %. En outre, le taux d’achèvement du cycle primaire est passé de 51 % en 2008 à 58 % en 2009.
La situation des femmes connaît une nette amélioration, notamment dans l’enseignement primaire où le rapport filles/garçons est passé de 0.83 à 0.89 entre 2001 et 2007. En 2009, ce ratio est évalué à 0.9. Dans le secondaire, ce ratio est passé de 0.83 à 0.85 entre 2008 et 2009. Par ailleurs, l’alphabétisation des femmes de 15-24 ans est restée stable à environ 0.88. En somme, le Cameroun possède suffisamment de potentialités pour atteindre les cibles fixées à 1 pour ces indicateurs.
Au niveau de l’enseignement supérieur, l’université de Maroua, créée en 2008, accueille depuis janvier 2009 plus de 7 000 étudiants au sein de son École normale supérieure. L’Institut supérieur du Sahel, école de cette même université, accueillera aussi ses premiers étudiants cette année, à l’issue d’un concours. Les autres universités ont accru leur offre de formation grâce à l’ouverture de nouveaux établissements tels que l’Institut des beaux-arts de Foumban et l’Institut halieutique de Yabassi et la création de nouvelles filières comme le second cycle de l’École normale à Bambili.
Sous l’effet de l’évolution des mentalités, le taux d’activité salariale des femmes dans le secteur non agricole a nettement augmenté, passant de 20.3 % en 2005 à 21.4 % en 2007. En 2009, le gouvernement comptait six ministres femmes, ce qui est remarquable. Les femmes représentent 13.9 % du parlement actuel.
Le ministère de la Santé publique a bénéficié d’une enveloppe budgétaire de 113 milliards de francs CFA, en augmentation de 4.9 % par rapport à 2008. Les actions menées ont porté sur la lutte contre la maladie, la poursuite du programme élargi de vaccination et l’amélioration de l’offre en soins et services de santé.
Le taux de prévalence du VIH/Sida se situait à environ 5 % en 2009. Cette maladie constitue encore une préoccupation pour les autorités. Ainsi, en ce qui concerne la prévention de la transmission du VIH/Sida de la mère à l’enfant, sur les 18 975 femmes enceintes testées séropositives, 5,7% d’enfants nés ont été testés séropositifs à la Polymerase Chain Reaction (PCR). Afin de prévenir la contamination lors des rapports sexuels, 33 629 358 préservatifs dont 143 593 préservatifs féminins ont été distribués.
Pour ce qui est du traitement, la file active des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) sous ARV est passée de 45 605 en décembre 2007 à 59 960 à fin 2008. En 2009, le nombre de PVVIH éligibles au traitement par antirétroviraux (ARV) est estimé à 75 000.
La mise en œuvre du plan stratégique national de lutte contre le paludisme (2007-2010) a permis d’améliorer la prise en charge et la prévention de cette maladie. Ainsi, en 2008, 1 655 430 doses d’ACT ont été distribuées en complément des 802 515 doses restées en stock l’année précédente ; 756 615 moustiquaires imprégnées ont été distribuées aux ménages avec enfants de moins de cinq ans dans quatre régions. Au 30 juin 2009, 466 250 moustiquaires imprégnées ont été gratuitement distribuées aux femmes enceintes.
Malgré l’augmentation des aires protégées pour préserver l’environnement (13 % en 2000 contre 18.8 % en 2008), l’objectif que la proportion de la population utilisant les combustibles solides atteigne environ 42.2 % ne sera vraisemblablement pas atteint. En effet, cet indicateur ne s’est pas amélioré entre 2001 et 2008.
Tableau 5 : Résultats sommaires
Données de l'institut national de la statistique ; du ministère des Finances et de l'Économie et de la BEAC, calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p).